Marcel 70 ans

Marcel

Marcel a 70 ans et s’est acheté un PC. Un beau PC tout neuf qu’il a acheté auprès du marchand au coin de la rue. Mais Marcel n’est pas content, car au bout de trois mois son PC ne marche plus.

Alors Marcel a contacté le marchand qui lui a dit de lui amener son PC. Après l’avoir gardé deux semaines, le marchand lui a rendu en lui disant qu’il ne pouvait rien faire, que le PC n’était pas réparable à moins de changer tous les composants importants, qu’il avait du prendre une surtension liée à la foudre, qu’il aurait fallu le brancher sur une prise parafoudre…

Et Marcel, il a l’impression de se faire avoir, et ça, Marcel, il n’aime pas.

J’ai beau expliquer à Marcel qu’il ne faut pas qu’il me raconte tout ça, pas tout de suite, car le marchand n’est pas encore arrivé. Marcel ne m’écoute pas, il en a gros sur le cœur, alors il parle et me raconte son histoire. Je vois bien que Marcel est en colère, je vois bien qu’il ne m’écoute pas quand je lui explique que la procédure étant contradictoire, nous ne devons pas commencer tant que toutes les parties convoquées ne sont pas arrivées. Je cherche du regard un appui de son avocat, mais celui-ci m’indique d’un haussement d’épaule son impuissance à canaliser son client.

Marcel a 70 ans, nous sommes chez lui dans son salon, assis sur le canapé, son avocat et moi. Marcel nous a servi un café et des petits gâteaux. L’intérieur de la maison est propre et bien rangé. Il y a une petite odeur de cuisine et j’essaye de deviner le plat qu’il s’est préparé à midi. Pour détourner la conversation, je lui demande ce qu’il s’est cuisiné. Un peu surpris, il me répond et m’explique que son épouse est morte depuis cinq ans et me raconte sa vie de veuf. Le changement de sujet lui a fait du bien, il semble se détendre.

Je regarde ma montre et constate que le marchand a une demi-heure de retard. J’ai pourtant été clair sur la convocation envoyée en recommandé avec avis de réception. J’abandonne Marcel et son avocat en leur demandant de m’excuser et je téléphone au marchand. Celui-ci me répond qu’il n’a pas que cela à faire et voudrait savoir qui va payer son déplacement… Je prends alors ma voix la plus glaciale possible et lui explique que la réunion d’expertise ayant été régulièrement convoquée, celle-ci se tiendra même en l’absence d’une des parties et qu’il prend le risque de ne pas voir ses éventuelles explications prises en compte. Je lui rappelle enfin qu’il est probable que l’ensemble des frais d’expertise soit à sa charge si le magistrat en décide ainsi. Et que le compteur tourne depuis déjà une demi-heure…

Cinq minutes après, le marchand est dans la place, seul, ayant estimé inutile de se faire accompagner par un avocat. La réunion d’expertise peut enfin commencer.

Le marchand prend toute l’affaire de très haut et commence à dénigrer l’avocat de Marcel. Celui-ci ne se laisse pas faire et explique au marchand quelques aspects intéressants de la loi en matière commerciale. Je les laisse s’expliquer un peu en regardant Marcel. Celui-ci s’est assis dans un fauteuil et regarde la scène avec un petit sourire. Il a sur ses genoux un dossier contenant toutes les pièces qu’il a rassemblées.

Une fois que le marchand s’est fait calmer par l’avocat de Marcel, je reprends la parole et explique que je souhaite entendre successivement chaque partie dans le calme, explique mon rôle auprès du tribunal et énonce les missions qu’il m’a données. Je passe la parole à Marcel qui semble ravit de recommencer à tout m’expliquer: l’achat du PC auprès du marchand, l’achat d’une prise parafoudre sur les conseils de son fils, facture à l’appui avec date antérieure à celle de l’achat du PC, sa découverte de l’informatique sur son nouveau matériel, avec l’aide de son fils, la panne inexpliquée au bout de trois mois et le refus du marchand de faire jouer la garantie après avoir gardé le matériel deux semaines.

Marcel s’exprime avec des mots simples. Il est en colère mais sa voix ne tremble pas. Son avocat a sa main posée sur son bras. Il a probablement à peu près l’âge de son fils. Le marchand est debout dans un coin de la pièce et a du mal à garder son calme. Une fois que Marcel a terminé, je passe le bâton de parole au marchand.

Celui-ci explique que la carte mère a subit un choc électrique dû à une surtension qui n’est pas couverte par la garantie, que son équipe et lui ont déjà passé beaucoup de temps sur ce dépannage, un temps supérieur à la valeur marchande du produit.

En présence des deux parties, j’ouvre l’unité centrale du PC et constate l’absence de traces visibles de surtension. Je constate la présence d’une multiprise parafoudre sur laquelle est branchée l’alimentation de l’unité centrale ainsi que l’écran de l’ordinateur. Je constate que l’écran fonctionne correctement en le branchant sur mon PC de test que j’ai amené dans mon coffre de voiture. J’y branche dessus à titre de vérification le disque dur du PC de Marcel, le lecteur DVD et l’alimentation. Tous ces éléments fonctionnent correctement. Après plusieurs tests, je constate que seule la carte mère est défectueuse.

Pendant tout ce temps, Marcel observe avec intérêt mes manipulations. Je le vois même prendre des notes de mes explications, ainsi qu’une photo.

« C’est pour mon fils » m’explique-t-il.

Dans mon rapport, j’indique au magistrat que la cause de la panne est un défaut sur la carte mère, défaut d’origine inconnue, apparu pendant la période de garantie. J’indique la date approximative de la panne, basée sur l’analyse du disque dur, sur les déclarations de Marcel et le dépôt du PC chez le marchand pour réparation. Je joins au rapport un extrait des analyses d’ERDF des impacts de foudre sur la période concernée sur son réseau de distribution, montrant qu’aucune fluctuation n’a eu lieu à cette date.

Un an et demi après, j’ai appelé le greffe du tribunal pour essayer de connaître la décision du tribunal. La greffière m’a répondu: « remise en état de l’ordinateur concernant le dommage matériel, paiement des honoraires d’avocat et des frais d’expertise, et enfin un dommage moral au titre du préjudice d’agrément, le tout entièrement à la charge du marchand ».

Aujourd’hui Marcel est mort, mais je suis sûr qu’avant de disparaître, il ne s’est surement pas laissé faire.

Stats 2011

motorcycle2Bguy

Tenir un blog, c’est aussi aller de temps en temps regarder les statistiques de consultations, c’est-à-dire les traces que vous laissez lorsque vous me faites l’honneur de venir par ici.

Seulement voilà, aucun outil n’existe pour établir des données véritablement fiables, ce qui constitue souvent un casse tête pour les dircoms et leurs webmasters.

Pour ma part, j’utilise Google Analytics depuis l’ouverture de ce blog et cela m’amuse de savoir que mes lecteurs de 2011 utilisent à plus de 58% Firefox, devant Chrome (17%) et IE (12%).

Pour avoir une petite idée de la volumétrie, Google Analytics m’indique que pour l’année 2011, le blog a reçu 135 351 visites contre 126 040 en 2010 et 103 767 en 2009.

Mais comme vous revenez plusieurs fois sur le blog, je trouve le paramètre « visiteurs uniques » plus pertinent (pour ce qu’il vaut réellement…):

53 694 en 2011

56 061 en 2010

42 514 en 2009

Mais si vous revenez, c’est qu’un nouveau billet est annoncé par votre agrégateur de flux RSS, un tweet ou un de vos cercles Google+ (à moins que vous soyez simplement plusieurs derrière un proxy a venir lire le même billet). C’est pourquoi, je trouve que l’indicateur le plus pertinent est le nombre de visiteurs uniques divisé par le nombre de billets à l’année:

53 694 visiteurs uniques en 2011 pour 50 billets, soit 1073 lecteurs

56 061 en 2010 / 60 billets, soit 934 lecteurs

42 514 en 2009 / 112 billets, soit 380 lecteurs

27 471 en 2008 / 146 billets, soit 188 lecteurs

17 687 en 2007 / 200 billets, soit 88 lecteurs et

876 en 2006 / 52 billets, soit 16 lecteurs.

Bien sur, ces chiffres sont très approximatifs, car un nouveau lecteur peut très bien lire plusieurs billets en une seule visite, ou comme je l’ai dit, plusieurs lecteurs se cacher derrière une seule adresse IP. Ma famille, mes amis, ma sœur, mes cousins et leurs amis ont très bien pu mettre en place une stratégie de clics à partir de plusieurs ordinateurs/téléphones/tablettes depuis chez eux ou depuis leurs employeurs pour faire augmenter les stats de ce blog, pensant me faire plaisir.

En 2011, vous étiez dans 130 pays, ce qui ne lasse pas de me faire voyager virtuellement dans des contrées où je n’irai probablement jamais.

Ceux qui viennent ici en passant par un moteur de recherche, ont très majoritairement tapé dans celui-ci le mot clef « Zythom » (7982), en 2e position vient « expert judiciaire informatique » (365) puis « devenir expert judiciaire » (254), ce qui me gène un peu pour quelqu’un qui parle pas mal de son service militaire ou de ses souvenirs d’enfance 😉 Vous êtes quand même 109 à atterrir ici après avoir tapé « images pedophiles », 108 pour « image pédophile », 85 « image pedophile », 74 « image pedophilie », 71 « images pédophiles » et 5 « nudisme et pédophilie »… Je ne juge pas ces visiteurs, car je pense à la citation suivante: « Je me suis jeté dans la boue plus d’un demi-million de fois. Cela permet-il d’en déduire quoi que ce soit sur mon état mental? » Sepp Maier (gardien de but allemand).

Si vous êtes venus ici après avoir cliqué sur un lien ailleurs que dans un moteur de recherche (ou dans vos marques-pages), vous êtes, en 2011:

– 16076 en provenance de maitre-eolas.fr

– 1908 via boulesdefourrure.fr

– 1375 via sid.rstack.org

– 1234 via sebsauvage.net

– 969 via maitremo.fr

– 542 via laplumedaliocha.wordpress.com et

– 530 via standblog.org

Que tous ces grands blogueurs en soient remerciés. On dit parfois que le blogueur est un loup pour le blogueur, mais ce n’est pas nécessairement vrai.

Vous êtes 66% sous Windows, 17% sous Linux et 12% sous Mac. Seuls 1,3% d’entre vous ont la chance de me lire sur fond blanc sur iPhone…

Et n’oubliez pas, alors que 2012 sera l’année des sondages, « Les statistiques, c’est comme le bikini. Ce qu’elles révèlent est suggestif. Ce qu’elles dissimulent est essentiel. » (Aaron Levenstein)

To do is to be (Platon)

To be is to do (Marx)

Doo be doo be doo (Frank Sinatra).

2011 est mort, vive 2012

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En relisant mon billet de l’année dernière, je me rends compte qu’il est toujours valable concernant les différents bilans sur mon activité d’expert judiciaire et mes vies professionnelle, publique et personnelle. La vie continue, et une année est passée dont j’ai relaté certains évènements ici même.

Il me faut par contre faire le point sur ma liste de résolutions 2011:

– être toujours vivant, si possible en bon état [ok, ça, c’est bon]

– arriver à obtenir le paiement des expertises judiciaires effectuées (deux ans de retard) [OUI, le solde m’a été réglé juste avant Noël !!]

– acquérir une paire de lunette vidéo 3D [raté, mais j’ai toujours bon espoir d’une baisse des coûts avec l’arrivée des TV 3D]

– arriver à faire fonctionner cette $#%µ& régulation de chauffage au boulot [raté, mais le propriétaire a prévu des travaux au budget 2012…]

– faire évoluer les serveurs web du boulot [YES, outre un gros projet d’évolution de notre ERP, un projet Extranet a démarré en 2011 et se poursuivra sur 2012]

– faire un peu plus de sport et plus régulièrement [OUI, vélo tous les jours + aviron une fois par semaine]

– m’intéresser de plus près aux outils des Pentesters [raté, là aussi, c’est un métier. Par contre, je suis invité en 2012 à une manifestation importante sur la sécurité, j’en parlerai ici même]

– assister au moins une fois à une Berryer [encore raté]

– postuler pour une inscription sur la liste de la Cour de Cassation [raté]

– suivre plus de formations techniques, en particulier auprès des pentesters [raté]

– approcher quelques experts judiciaires pour leurs soutirer des billets invités [OK, mais seule une personne a accepté]

– me préparer à devenir expert judiciaire « prestataire de services » [ok ;-]

– mettre en place des enquêtes de satisfaction clients auprès des étudiants [raté]

– encourager le personnel de l’établissement à venir en vélo plutôt qu’en voiture [OUI: construction d’un garage à vélo en 2011]

– venir moi-même en vélo [Ok, cf billet ici]

– acheter un vélo [Yes]

– migrer le système d’information de mes trois sites de production [Ok pour 2]

– suivre de près la rénovation de l’école primaire de ma commune [Ok, chantier démarré et suivi de près]

– finir l’implantation de l’aire d’accueil des gens du voyage et les accueillir [raté, recours de la commune voisine :(]

– dire et montrer l’amour que je porte à mes proches et être réellement présent dans les difficultés. C’est un peu simplet, mais la vie a aussi besoin de choses simples [Ok, mais pas assez à mon goût]

Si j’ai bien compté, cela fait 12 résolutions réalisées pour 8 toujours dans les tuyaux… Finalement, l’année 2011 n’a pas été si mal de ce point de vue 😉

Comme il faut toujours aller de l’avant, je complète avec les résolutions suivantes:

– mettre à jour et étoffer l’offre de conférences sur l’expertise judiciaire (et revoir mes tarifs 😉 que je propose aux lycées, aux universités et aux grandes écoles;

– passer (et rester!) sous la barre mythique des 25 pour mon IMC

– apprendre à déléguer efficacement pour mettre en valeur mes collaborateurs et les faire progresser;

– maintenir avec plaisir le rythme de 4 à 5 billets par mois;

– continuer à répondre présent aux magistrats qui me le demandent;

– manger un fruit par jour…

Je sens que 2012 va être une belle année.

Bonne année à tous! Qu’elle vous apporte joie et bonheur.

Et parce que j’aime bien pasticher Margot Motin:

un quintal de Chantilly Powa dans ta face!

Poutoux-poutoux-coeur-paillettes-et-bonne-année

🙂

La loi des séries

sarahconnor

J’ai reçu ce matin le courrier que j’attends depuis une semaine. Je vais enfin savoir où se cache cette personne disparue.

Quelques semaines plus tôt, j’ai reçu un courrier d’un juge d’instruction qui me désigne avec pour mission de collecter le plus d’informations possibles sur une personne disparue. Sa famille la recherche depuis plusieurs jours et les faits sont suffisamment troublants pour que la justice soit saisie.

Mes missions sont simples: je dois contacter la gendarmerie pour qu’elle m’amène un ordinateur qui a été mis sous scellé. Je dois examiner son contenu à la recherche de tout indice permettant de savoir ce que la personne disparue a pu devenir.

Derrière un énoncé simple des missions se cache en fait un problème terrible: pas de recherche possible par mot clef, pas de piste particulière qui pourrait guider l’exploration numérique, rien a priori.

Je contacte donc la gendarmerie, prends rendez-vous avec l’Officier de Police Judiciaire en charge de cette affaire, et le jour J, il m’amène l’ordinateur sous scellé. Nous discutons du dossier, je lui pose des questions sur le contexte de la disparition, je signe le reçu de remise du scellé (comme dans « NCIS »).

Me voici dans mon bureau laboratoire devant le scellé. Je le prends en photo (comme dans « Les Experts »), je l’ouvre avec précaution, je prends des notes dans mon cahier d’expertise. Je démonte le disque dur, j’en prends une empreinte numérique complète, avec mon bloqueur d’écriture pour ne pas modifier le disque original. Je démarre une machine virtuelle basée sur la copie numérique et commence l’exploration.

Comment aborder ce type de mission? Comme dans « Dr House », je dispose dans mon vaste bureau un grand tableau blanc Velleda sur lequel j’écris les différentes hypothèses et les conséquences possibles. Quelle trace peut laisser une personne qui disparaît? Est-ce une disparition volontaire? Je commence par extraire tous les fichiers du disque dur, effacés ou non, complets ou pas. Je fais ensuite la liste exhaustive des fichiers pouvant contenir du texte: documents doc, docx, wpf, odf, xls, xlsx, txt, cvs, pdf, pub, ppt, html, pst, dbx, etc. Me voici à la tête de plusieurs milliers de documents à lire.

Comme dans « FBI portés disparus », je trace une ligne de temps et je classe les différents évènements que j’arrive à retirer de la lecture des documents. Une histoire familiale commence à prendre forme, avec ses joies et ses peines. Dans cette affaire, les courriers électroniques sont les plus instructifs: des coups de gueule, des réconciliations, des mots doux… A un certain moment, les traces d’emails que je retrouve par bribe dans le cache du navigateur correspondent à l’utilisation quasi exclusive d’un webmail au détriment du logiciel local de messagerie. Me voici dans une impasse.

L’analyse complète du disque dur durera plusieurs jours nuits, et ne donnera rien de pertinent. Rien n’est plus difficile et long que les recherches qui n’aboutissent pas.

La piste du webmail me semble potentiellement prometteuse. Tel un enquêteur de « New York, unité spéciale », je contacte le juge d’instruction qui m’a désigné. Dans la vraie vie, il me faut batailler pour arriver jusqu’à lui et pouvoir discuter de mon problème: il me faudrait une commission rogatoire pour persuader l’hébergeur du webmail de m’ouvrir les portes du compte. Le magistrat soutient ma démarche et quelques jours plus tard, je reçois le sésame épistolaire.

Mais comment contacter l’hébergeur bien connu du webmail? Un bon expert judiciaire, même marginal et insociable, se doit d’être dans les bonnes listes de diffusion-qui-vont-bien sur lesquelles je lance un email à la mer. Quelques experts parisiens bien informés et partageurs me fournissent l’adresse postale de l’hébergeur et, Saint Graal de l’internaute lambda, le numéro de téléphone qui permet de tomber directement et rapidement sur quelqu’un de compétent, comme dans « RIS ».

J’explique mon souhait, je faxe ma commission rogatoire, et en retour, par fax également, je reçois les login et mot de passe de l’utilisateur de la boite webmail. Je me connecte aussitôt, en notant sur mon cahier d’expertise les jour, heure, minute et adresse IP de ma connexion.

Un rapide constat s’impose: un grand nombre d’emails n’ont pas été lu depuis plusieurs semaines… sauf quelques uns, parmi les plus personnels. Je prends des copies d’écran, je lis tous les emails, cherche sans succès des traces de réponses.

Je recontacte le service juridique de l’hébergeur pour obtenir les adresses IP des connexions ayant permis la lecture des emails dont je fournis la liste. Toutes les informations demandées vont m’être adressées par courrier postal.

J’ai reçu ce matin le courrier que j’attends depuis une semaine. Je vais enfin savoir où se cache cette personne disparue qui n’a pas résisté à la tentation de consulter sa boite email.

Les adresses IP correspondent à celle de la gendarmerie en charge du dossier. Les enquêteurs avaient eu à disposition les login et mot de passe du webmail, fournis par la famille et avaient cherché des indices dans quelques emails qui semblaient prometteurs.

Je n’ai jamais su ce qu’était devenue cette personne disparue. Peut-être aurai-je un jour la réponse dans « Victimes du passé« …

Effacement

effacement

Dans ce dossier de recherche d’images et de vidéos pédopornographiques, la justice me demandait de retrouver également tous les contacts sur l’ordinateur mis sous scellé.

Me voici en train de procéder à l’analyse du disque dur, après avoir ouvert le scellé et effectué la copie de travail du disque dur (copie identique en tout point à l’original). Comme d’habitude, je commence par créer une machine virtuelle fonctionnelle pour pouvoir me promener sur le disque dur avec l’explorateur de fichiers, afin de me faire une première idée de l’organisation générale, avant de lancer la grosse artillerie pendant des heures. Et là, je constate que les fichiers ont été effacés avec un utilitaire de nettoyage en profondeur… Plus aucune trace de quelque fichier que ce soit appartenant à l’un des utilisateurs de l’ordinateur, à part les fichiers et dossiers systèmes et les applications installées.

Bon.

Je lance quand même l’analyse avec mes outils habituels (Sleuthkit, etc), je trie les photos et films récupérés dans les différentes zones du disque dur non traitées par le nettoyage soi-disant en profondeur (zone non allouée, fichier hiberfil.sys et pagefile.sys principalement) et remplis ma mission en mon honneur et ma conscience (cf serment sous le titre du blog) en mettant de côté tout ce qui ressemble de près ou de loin à des données pédopornographiques. J’y passe quelques week-ends et quelques nuits.

Mais de contacts point. A part quelques bribes d’adresses emails récupérées difficilement par des scripts de recherche lancés sur toutes les données du disque dur susceptibles de stocker des adresses en clair (essentiellement des fichiers de logs).

Avant de commencer à rédiger mon rapport et de fournir les données trouvées, je recommence un tour d’horizon manuel du contenu non effacé du disque dur. Et sur le compte de l’utilisateur Droïdekas, je tombe sur le répertoire suivant:

« C:Documents and SettingsDroidekasApplication DataApple ComputerMobileSyncBackup »

contenant deux sous-répertoires codés.

Tiens, tiens.

Je lance mon moteur de recherche favori Duck Duck Go Yippy Google, qui me confirme qu’il s’agit bien là de la sauvegarde d’un iPhone associé à cet ordinateur.

Il se trouve que je ne suis pas spécialisé dans l’analyse inforensique de ce que nos amis polynésiens appellent un Vini, nos voisins suisses un Natel, nos cousins québécois un cell, mes enfants un portable et moi un téléphone mobile. Encore moins dans l’analyse des smartphones.

Mais Google est mon ami, et une recherche à peine poussée me permet de trouver un petit programme qui s’appelle iPhone Backup Extractor. Une fois téléchargé, antivirus-analysé, installé sur une machine virtuelle, testé, validé, et payé, je peux procéder à la récupération de toutes les données sauvegardées de cet iPhone.

Et bien entendu, de tous les contacts de l’utilisateur.

Et des SMS.

Et des rendez-vous.

Et des images et vidéos.

Cela m’a donné deux semaines de travail supplémentaire, porte de bureau fermée, avec une pensée pour ce newbie en matière de disk wiping.

Il ne faut jamais être trop confiant en matière d’effacement de traces.

Une histoire simple et banale – Conclusion

gardien

Ce billet est la suite de celui-ci.

Cette série de billets commence avec celui-ci.

Ce billet conclut cette petite série que j’ai pris plaisir à écrire. Il y avait longtemps que je souhaitais vous raconter un peu plus en détail le déroulement complet d’une expertise, comme si vous y étiez.

Les leçons que j’ai essayées de vous faire tirer de cette série de billets sont les suivantes:

– l’expert ne doit donner son avis que sur les questions qui lui sont posées. Dans certains cas, les magistrats élargissent un peu le périmètre avec des missions plus générales, ce qui était le cas ici avec « donner tout élément utile à la manifestation de la vérité ». Il est toutefois délicat de donner un avis basé « simplement » sur une expérience personnelle, qu’il est difficile de justifier scientifiquement.

– en choisissant une histoire où un « gros » essaye de faire payer un « petit », qui en plus est son client, j’ai essayé de vous montrer que les sentiments personnels, les opinions politiques ou une certaine vision du monde, n’ont pas leur place lorsqu’un magistrat vous demande votre avis. Vous devez lui fournir tous les éléments techniques à votre disposition pour l’éclairer. C’est lui le juge, pas vous. Et c’est souvent difficile. C’est d’ailleurs à mon avis l’un des rôles les plus importants des avocats lors de l’expertise: s’assurer que l’expert donne un avis objectif et technique sans sortir de son rôle.

– le savoir faire réellement technique n’est en fait qu’une petite partie de l’expertise. Ce n’est pas pour rien que j’ai intitulé cette série « une histoire simple et banale »: simple car la partie technique est facilement accessible (une base de données), et banale car on est loin de l’ambiance technophile des experts judiciaires de l’univers cinématographique ou télévisuel. La plupart des actions entreprises par l’expert judiciaire sont affligeantes de banalités. Un expert judiciaire, ce n’est pas un super spécialiste hyper pointu en sécurité des systèmes d’informations, c’est un ultra généraliste (en informatique) qui a en général beaucoup d’heures de vol. Cela explique parfois les reproches qui me sont remontés sur des confrères du genre « mais cet expert est nul, il ne sait même pas faire une injection SQL!! » (mes contacts sont suffisamment gentils pour ne pas me faire ce type de reproches directement ;-). C’est souvent une question de confrontation de générations. J’ai personnellement rarement vu (mais cela existe) un jeune informaticien qui soit un excellent généraliste, alors que j’en ai vu beaucoup qui soient de super bons spécialistes.

– les avocats ne sont pas des adversaires. Il faut comprendre leur métier, leur rôle de conseil auprès de leur client et écouter les remarques qu’ils ont à faire. Il faut bien sur rester sur le terrain technique, votre domaine, mais se laisser un peu emmener sur le terrain juridique, surtout s’ils sont de bons guides. Il faut les laisser faire leur travail, et en général ils vous laisseront faire le votre. C’est vrai que l’expert judiciaire est un peu seul face aux parties. Je rêve d’ailleurs d’un système où l’expert serait assisté d’un avocat. C’est, par chance, mon cas… Je dois dire que c’est surtout parce que c’est aussi faire le constat que la justice française ne dispose pas de moyens suffisants pour remplir sa mission. Bien sur, tant que vous n’êtes pas concernés, vous vous en fichez un peu, mais le jour où vous y aurez à faire… Néanmoins, en tant que citoyen, je serais prêt à travailler gratuitement pour la justice, si par contre l’Etat me donne accès aux outils logiciels adaptés aux missions que la justice me confie.

Alors certains vont me demander la décision finale du tribunal dans l’affaire éditeur de ERP/PGI c/ ARRAKIS et CORRINO. Je sens que je vais les décevoir, car la mission de l’expert judiciaire s’arrête lorsqu’il dépose son avis sous forme de rapport. Il n’est pas tenu au courant des suites données à l’affaire. Je crois savoir que parfois cela vaut mieux pour lui car les avocats ne sont pas nécessairement tendres avec un rapport qui leur est défavorable… Bien sur, il est possible de contacter le greffe au bout d’un certain temps pour savoir si l’affaire est terminée et savoir quelles ont été les décisions prises. J’aimerais toujours connaître l’avis du magistrat qui a lu mon rapport, savoir s’il l’a trouvé clair, et en discuter avec lui. Mais le système ne fonctionne pas comme cela. C’est parfois dommage, et toujours un peu frustrant. J’espère partager ici un peu de ma frustration 😉

J’aime pourtant à croire que le « gros » éditeur de ERP/PGI s’est fait débouter de toutes ses demandes, que les sociétés CORRINO et ARRAKIS continuent de travailler en bonne intelligence et que M. Leto conserve une sauvegarde sans limite de temps avant et après chaque migration importante.

Une histoire simple et banale 7e partie

planque

Ce billet est la suite de celui-ci.

Cette série de billets commence avec celui-ci.

La date butoir indiquée aux parties est arrivée, toutes m’ont adressées des critiques conclusions dires dans les temps. Il me faut maintenant entreprendre la rédaction du rapport final.

Je commence logiquement par les réponses à chaque dire que je numérote. Pour le présent exercice, je vais prendre les dires dans l’ordre d’arrivée:


1) Maitre Stéphane:

« Mission 5 dernier paragraphe:

« La société CORRINO n’a pas effectué cette dernière partie du paramétrage ».

Vous ne pouvez pas l’affirmer, le service technique de ARRAKIS aurais très bien pu changer les droits après l’installation de CORRINO (même si ce n’est probablement pas le cas). »

Réponse de l’expert:

Je reconnais qu’il s’agit d’une pure conjecture de ma part. Je supprime la phrase suivante de mon rapport final:

« La société CORRINO n’a pas effectué cette dernière partie du paramétrage, probablement à cause d’une maîtrise technique fragilisée par le changement de logiciel pendant la prestation (le logiciel ERP est devenu PGI). »


2) Maitre Anonyme/Voyou:

« Comme vous l’avez constaté par vous-même, le logiciel n’a pas été installé selon les licences acquises. Nous souhaitons donc que la société xxx paye les licences correspondantes à l’installation qui a prévalue jusqu’à notre intervention. »

Réponse de l’expert:

Contrairement à votre affirmation, je n’ai pu faire le constat du défaut d’installation à la date de la réception du logiciel. J’ai simplement constaté, à travers les sauvegardes du système, qu’une année après la recette, les licences n’étaient pas en conformité avec les droits acquis. La cause de cette mauvaise configuration n’a pas pu être établie.

Je complète mon pré-rapport en remplaçant la phrase suivante:

« A mon avis, l’éditeur du logiciel ERP/PGI n’a subi aucun préjudice, malgré le mauvais paramétrage du logiciel par la société CORRINO, paramétrage corrigé dès qu’il a été signalé. »

par la phrase ainsi rédigée:

« A mon avis, l’éditeur du logiciel ERP/PGI n’a subi aucun préjudice, malgré le mauvais paramétrage du logiciel par la société CORRINO constaté dans la sauvegarde la plus ancienne (date), paramétrage corrigé dès qu’il a été signalé (date signalement). »

Je complète également mon pré-rapport en ajoutant le paragraphe suivant à la fin de ma réponse à la mission n°5:

« Le mauvais paramétrage du logiciel peut donc être le fait de la société CORRINO, sans que je puisse en apporter la preuve formelle. Ce mauvais paramétrage peut tout aussi bien être le fait de la société ARRAKIS, bien qu’aucune trace d’usage des droits supplémentaires ainsi acquis n’ait pu être trouvée. Le mauvais paramétrage pourrait être causé par le manque de précision des indications fournies par l’éditeur du logiciel lors du remplacement d’ERP par PGI (voir documents d’installation fournis en annexe X). Enfin, une intrusion dans le système informatique par un tiers pourrait également être envisagée, même si aucune trace n’a été découverte. »


3) Maitre Mister K.

« Comme indiqué dans le rapport, les traces obtenues ne permettent pas d’écarter une utilisation des fonctions liées aux droits de niveau 1.

D’autre part, le fait que lesdites fonctions aient été utilisées ou non n’enlève rien au fait que l’installation trouvée chez ARRAKIS viole clairement la licence qui lui a été accordée.

A ce titre, nous exigeons une mise à niveau rétrospective de la licence majorée par les frais de traitement liés à ce dossier. »

Réponse de l’expert:

Le préjudice est le dommage qui est causé à autrui d’une manière volontaire ou involontaire. Dans son ouvrage intitulé « L’expertise judiciaire en informatique de gestion », Jean-Marie Breton et Edouard Piégay écrivent au chapitre 5 « Préjudices et réparations »: L’expert judiciaire constate des dommages ou désordres survenus (ou prétendus) dans des installations ou dans des matériels ou des données ou des programmes informatiques. Il peut aussi constater l’inexistence des dommages ou désordres allégués par une ou plusieurs parties.

A la page 69, les auteurs rappellent que « l’expert ne doit pas qualifier juridiquement un fait car il pénétrerait dans le domaine du juriste ». C’est pourquoi dans le présent rapport, je me contente de présenter des faits informatiques et de donner mon avis.

Cet avis est que l’éditeur du logiciel ERP/PGI n’a subi aucun préjudice.


4) Maitre Orobas/Shaddam:

« Votre analyse fait totalement l’impasse sur les aspects techniques et les difficultés rencontrées par les ingénieurs et les techniciens de la société Corrino lors de la transition du logiciel ERP vers le logiciel PGI.

Il me semble pourtant évident que lors de cette transition, des problèmes de compatibilité entre les différentes versions ont pu apparaitre.

Dans ces conditions, il est possible que certaines fonctions qui devaient être accessible à un utilisateur de niveau 2, n’étaient accessible que pour les utilisateur de niveau 1. On peut encore supposer que lors de la transition, les utilisateurs de niveau 2 avaient des problèmes de stabilité que la société Corrino ne pouvaient résoudre du fait de la faible quantité d’information distillé par la société éditrice du logiciel PGI

Il appartient donc à la société éditrice de PGI de prouver que lors de la transition, elle a correctement informé les techniciens et ingénieurs de la société Corrino afin de leur permettre de correctement paramétrer le logiciel PGI. »

Réponse de l’expert:

Vous faites l’hypothèse de problèmes de stabilités qui n’ont pas été établis de manière contradictoire lors des réunions d’expertise. Je ne saurais en tenir compte.

Concernant les informations données par l’éditeur du logiciel ERP/PGI concernant le paramétrage des droits, le point a été abordé en réunion d’expertise à travers les documents fournis par l’éditeur (voir annexe X) qui me semblent clairs pour un informaticien.

De plus, la société CORRINO produit une brochure publicitaire à ses futurs clients (voir annexe X), brochure dans laquelle elle met en avant la qualification avancée de ces équipes sur les logiciels ERP/PGI, ainsi que leurs formations continues sur ces produits. Je ne peux donc les considérer comme inexpérimentés sur l’offre logicielle concernée.


5) Maitre Scif:

I) « Au point 2) vos termes semblent reprocher à ma cliente d’avoir fait évoluer son logiciel pour mieux répondre aux besoins des utilisateurs. En sa qualité de sachant il appartenait à la société CORRINO de se tenir informée de ces évolutions techniques. Je vous prie donc de bien vouloir préférer une formulation plus appropriée. »

Réponse de l’expert:

Je ne fais que rapporter des propos tenus par la société CORRINO de manière contradictoire en réunion d’expertise. Par ailleurs, la société CORRINO a indiqué avoir privilégié le respect des délais dans le projet d’informatisation de la société ARRAKIS, plutôt que de tout stopper pour aller se former sur le nouveau logiciel PGI.

Je maintiens la formulation utilisée dans le paragraphe concerné.


II) « Au point 3), vous retiendrez que la société ARRAKIS a directement méconnu la licence qui lui a été octroyée. Vous retiendrez donc sa responsabilité conjointe et solidaire à l’égard de ma cliente avec la société CORRINO. »

Réponse de l’expert:

Le contrat de prestation mentionne que la société CORRINO assure l’installation du logiciel ERP et effectue une recette en présence de la société ARRAKIS sur des jeux d’essai fournis par cette dernière (et à défaut sur des jeux d’essais standards fournis par le prestataire CORRINO). Il n’est nul part fait mention d’une vérification par la société ARRAKIS de la conformité de l’installation aux licences acquises. L’installation dans les règles de l’art en la matière est implicite et à la charge seule de la société CORRINO.


III) « Au point 4) je m’étonne que vous ne reteniez aucun préjudice au motif de l’absence d’utilisation effective des droits. Je vous rappelle qu’une licence logiciel ne porte que sur des droits d’utilisation, indépendamment de l’usage qui en est fait ; droits d’utilisation dont a effectivement bénéficié la société ARRAKIS au détriment de ma cliente indépendamment de toute faute de celle-ci. Vous évaluerez – à tout le moins à titre d’élément d’appréciation quand bien même vous ne proposeriez pas au tribunal de le retenir – donc le préjudice en prenant pour référence la tarification commerciale de ma cliente. Vous évaluerez également le préjudice moral, le préjudice d’image, le préjudice financier et le préjudice d’agrément. Je vous prie de bien vouloir d’ores et déjà trouver ma note d’honoraires d’un montant de 24 867 euros que vous intégrerez à l’évaluation du préjudice de ma cliente. »

Réponse de l’expert:

Je vous renvoie à la réponse que je fais au dire n°3 que je reproduis ici pour faciliter la lecture:

Le préjudice est le dommage qui est causé à autrui d’une manière volontaire ou involontaire. Dans son ouvrage intitulé « L’expertise judiciaire en informatique de gestion », Jean-Marie Breton et Edouard Piégay écrivent au chapitre 5 « Préjudices et réparations »: L’expert judiciaire constate des dommages ou désordres survenus (ou prétendus) dans des installations ou dans des matériels ou des données ou des programmes informatiques. Il peut aussi constater l’inexistence des dommages ou désordres allégués par une ou plusieurs parties.

A la page 69, les auteurs rappellent que « l’expert ne doit pas qualifier juridiquement un fait car il pénétrerait dans le domaine du juriste ». C’est pourquoi dans le présent rapport, je me contente de présenter des faits informatiques et de donner mon avis.

Cet avis est que l’éditeur du logiciel ERP/PGI n’a subi aucun préjudice.


IV) « Au point 5), je partage vos regrets quant au fait que les sociétés ARRAKIS et CORRINO n’ont, indépendamment de ma cliente, victime, pas conservé les éléments nécessaires pour se dégager de leur responsabilité. »

Réponse de l’expert:

Je n’ai pas de réponse particulière à faire à ce dire.


V) « Toujours au point 5), vous faites état de pratiques courantes des utilisateurs de logiciels pour des motifs de confort en semblant justifier de telles pratiques, sans prendre en considération le point de vue des sociétés éditrices. Je vous rappelle que les licences accordées par ma cliente ne permettent pas d’accorder temporairement des droits supplémentaires à un utilisateur. Ma cliente est ouverte à négocier l’ouverture de tels droits temporaires contre une rémunération destinée à couvrir ses frais ; aucune démarche n’a cependant en l’espèce été entreprise en ce sens par les sociétés CORRINO et ARRAKIS. Je vous prie d’envisager la possibilité de retirer ce passage du rapport définitif. »

Réponse de l’expert:

Je n’affirme pas que la société CORRINO a pu procéder de la sorte, puisque la réunion d’expertise technique n’a pas pu prouver de telles pratiques. Je ne fais que présenter un avis basé sur mon expérience personnelle.

Mon rapport reste inchangé sur ce point.


Le rapport est ensuite imprimé dans sa version définitive, en autant d’exemplaires que de parties, plus deux pour le tribunal (et un pour moi).

Les annexes citées dans le rapport sont imprimées et numérotées. Les autres sont numérisées sur un cédérom joint à chaque exemplaire.

Chaque rapport est relié et relu pour vérifier qu’il ne manque aucune page. Je signe chaque exemplaire.

Les rapports sont envoyés en recommandé avec avis de réception. Chaque envoi est assorti d’un courrier d’accompagnement adapté. J’adresse le rapport directement aux sociétés car parfois celles-ci sont en froid avec les avocats que j’ai rencontrés lors des réunions d’expertise. J’adresse néanmoins un courrier (en RAR également) par courtoisie aux avocats pour qu’ils sachent que leur cliente (et le tribunal) vont recevoir mon rapport final.

L’envoi du rapport final au tribunal me sort du procès en cours. Je deviens la cible des sociétés mécontentes de mon travail et/ou de mon avis, mais je ne le saurai pas, sauf convocation par le tribunal (ce qui ne m’est jamais arrivé).

J’adresse enfin ma note de frais et honoraires au tribunal.

Le prochain billet sera est la conclusion de cette série.

Une histoire simple et banale 6e partie

hard job

Ce billet est la suite de celui-ci.

Cette série de billets commence avec celui-ci.

Nous sommes samedi matin. J’ai prévenu mon épouse (et mes enfants) que j’allais travailler tout le week-end à la maison dans mon bureau, où de toute façon ils me voient la plupart du temps. Ce dossier ne m’oblige pas à fermer ma porte à clef, comme celui-ci ou celui-là, donc je vais pouvoir être disponible s’ils ont besoin de moi pour un devoir, une partie de ping-pong tennis de table ou un peu de couture. Mais j’ai besoin de concentration.

J’ai devant moi toutes les pièces qui m’ont été communiquées par les parties, tous les courriers, tous les bordereaux, mes notes manuscrites et vocales. J’ai vérifié que toutes les pièces ont bien été communiquées aux parties adverses. J’ai vérifié que toutes les règles de procédures ont bien été respectées, du moins de mon côté.

Il faut maintenant que je donne mon avis, par écrit, dans un pré-rapport.

Un pré-rapport, c’est un rapport complet que l’on soumet aux parties pour qu’elles l’étudient, le critiquent, fassent des remarques et posent des questions. Je modifierai ensuite ce pré-rapport en fonction des remarques et le complèterai de mes réponses aux questions des parties que l’on appelle des dires.

J’ai déjà précisé en détail dans ce billet comment j’organisais mes rapports d’expertise. Voyons ici ce que cela donne (les éléments repris du billet sont en italique entre guillemets).

Je vous propose de lire la suite de ce billet en chaussant des lunettes d’avocat (soit celui d’ARRAKIS, soit celui de CORRINO, soit celui de l’éditeur du logiciel ERP/PGI) et d’essayer de me faire part de vos dires en commentaire(s).


Maitre,

Je vous prie de trouver ci-joint mon pré-rapport d’expertise. Il s’agit d’un document de travail adressé à toutes les parties. Vous pouvez m’adresser vos remarques sous forme de dires jusqu’à la date du X minuit, date à partir de laquelle j’entreprendrai la rédaction du rapport définitif. Les dires postérieurs à cette date ne seront pas pris en compte.

Je vous rappelle que les dires doivent également être adressés en copie à l’ensemble des parties.

Je vous prie d’agréer, Maitre, l’expression de mes sentiments distingués


1) La partie procédurale.

« Vous trouverez dans cette partie tous les éléments concernant la nomination de l’expert (date, n° de PV, etc), les différentes références du dossier (références du tribunal, de la maréchaussée, de l’expert, voire des parties), les missions de l’expert telles que précisées par le magistrat, les dates et lieux de réunions, les noms et coordonnées des participants à l’affaire… Bref, tout ce qui relève de la procédure. C’est pratique d’avoir cela en un seul endroit et cela permet à un œil exercé d’avoir une vision globale de cet aspect du dossier. »

Je ne m’étendrai pas sur cette partie assez rébarbative, à rédiger pourtant minutieusement. Cela montre l’importance et la difficulté du métier de secrétaire.

2) La partie technique.

« Cette partie doit être rédigée (à mon avis) pour être lue par un autre expert. Elle doit contenir les détails des investigations: les noms des logiciels utilisés, les procédures utilisées, la méthodologie d’investigation jusque dans ces détails les plus précis. Pour ma part, je la conçois comme le cahier que tiennent les expérimentateurs dans les laboratoires de recherche. Toute personne connaissant bien le domaine doit pouvoir lire cette partie et reproduire les mêmes investigations (d’où l’intérêt des analyses non modificatrices, par exemple avec bloqueur d’écriture). »

Lors de la 2e réunion d’expertise, j’ai scrupuleusement noté toutes les opérations effectuées, fait des copies d’écran, et imprimé des informations. Tout ceci est retranscrit ici sans effort de pédagogie particulier. Il doit s’agir de faits, je ne donne pas d’avis argumenté.

3) Les réponses aux questions posées par le magistrat.

« C’est le cœur du rapport. C’est la transcription en langage clair et intelligible pour le profane de la partie technique du rapport. C’est un exercice difficile car il demande une bonne pédagogie et une bonne connaissance du niveau technique du lecteur auquel le rapport est destiné (magistrat, enquêteur, avocat…). De nombreux magistrats sont maintenant parfaitement au fait des nouvelles technologies et de leurs limites ou possibilités. L’utilisation de notes de bas de page permettent de rappeler la définition d’un concept potentiellement abscons. Il ne s’agit pas pour autant d’écrire un cours. »

Les missions confiées à l’expert étaient les suivantes:

– Mission n°1: Convoquer les parties et entendre tous sachants.

Pré-rapport: Après avoir régulièrement convoqué la première réunion d’expertise par courriers avec avis de réception (voir annexe X), celle-ci a eu lieu le X au siège social de la société ARRAKIS. Monsieur X, président directeur général de la société ARRAKIS était présent et assisté par Monsieur Léto, directeur informatique et Maître X, avocat au barreau de X. Monsieur X, gérant de la société CORRINO, était également présent et assisté de Monsieur X, informaticien spécialiste du logiciel ERP/PGI salarié de la société CORRINO et de Maitre X, avocat au barreau de X. Enfin, Maitre X représentait la société X éditrice du logiciel ER/PGI. La feuille d’émargement de cette réunion est jointe au présent rapport en annexe X.

La réunion s’est déroulée de telle heure à telle heure.

En fin de réunion, les parties m’ont autorisé à convoquer une nouvelle réunion d’expertise limitée cette fois aux seuls informaticiens, Messieurs X de la société ARRAKIS et X de la société CORRINO, a fin de procéder à des analyses purement techniques permettant de répondre aux missions qui m’ont été confiées. Ces analyses sont présentées de manière contradictoire dans le présent document afin de permettre aux parties de formuler leurs remarques et questions sous forme de dires.

La date du X a été retenue pour cette 2e réunion et la convocation a été faite oralement le X à la fin de la 1ère réunion d’expertise.

Lors de la 2e réunion, j’ai pu rencontrer Monsieur X, technicien chez ARRAKIS, qui m’a fourni une aide logistique lors de l’installation du logiciel ERP/PGI (voir feuille d’émargement en annexe X).

– Mission n°2: Dire si le logiciel PGI était installé par la société de service CORRINO en conformité avec les licences concédées par l’éditeur de PGI.

Pré-rapport: A la date du X, la société CORRINO a procédé à l’installation chez ARRAKIS du logiciel ERP, conformément au contrat de prestation informatique joint en annexe X. Cette installation s’est déroulée jusqu’à la date de X, soit X mois. La recette du logiciel a été effectuée le X (voir annexe X). Aucune copie, ni sauvegarde, de l’état de l’installation qui a été réceptionnée ce jour là, ne m’a été présentée. Le logiciel ERP, devenu PGI pendant la phase d’installation, a été utilisé en production dès ce jour là, sur un système informatique régulièrement sauvegardé, mais dont les sauvegardes ne permettent un retour arrière que sur un horizon d’une année (voir annexe X décrivant le schéma de sauvegarde).

Par contre, lors de la 1ère réunion d’expertise, la société CORRINO m’a indiqué avoir rencontré les difficultés suivantes: du fait de la fusion-acquisition (voir annexe X), le logiciel ERP mentionné dans le contrat d’installation changeait de nom et s’intégrait à une suite logicielle sous l’appellation « PGI ». Ce changement de nom était associé à des changements techniques puisque la suite logicielle « PGI » couvrait un champ fonctionnel plus large que celui de la suite logicielle « ERP » (voir comparatif en annexe X). Parmi ces changements techniques, la gestion des droits utilisateurs était différente (voir annexe X).

Lors de la 1ère réunion d’expertise, Monsieur X de la société CORRINO, m’a indiqué « qu’il était probable que des droits niveau 1 aient été mis à tous les utilisateurs pendant la période de tests et de pré-production afin de se concentrer sur les bugs rencontrés sans être gêné par des problèmes de droits, surtout qu’ils étaient gérés différemment ».

A ma question de savoir si les droits avaient été remis en niveau 2 pour les utilisateurs concernés, il m’a indiqué ne pas se souvenir si lui ou l’un de ses collaborateurs avaient traité cette question.

Pour autant, si je n’ai pas trouvé trace d’une modification du paramétrage du logiciel ERP/PGI pour obtenir des droits supérieurs à l’ensemble des utilisateurs, j’ai bien relevé la modification inverse, c’est-à-dire celle ramenant les différents utilisateurs au niveau 2, à la date du X, soit quelques jours après l’alerte effectuée par l’éditeur de PGI.

Je ne peux donc vérifier personnellement si le logiciel PGI était installé par la société de service CORRINO en conformité avec les licences concédées par l’éditeur de PGI.

– Mission n°3: Si non, établir les responsabilités des sociétés ARRAKIS et CORRINO.

Pré-rapport: Dans l’hypothèse (non prouvée) où le logiciel n’aurait pas été installé par la société de service CORRINO en conformité avec les licences concédées par l’éditeur de PGI, la responsabilité de la non conformité incomberait à pleine responsabilité à la société CORRINO. En effet, le contrat de prestation (voir annexe X) prévoit l’installation de licences niveau 2 et de deux licences niveau 1 pour deux informaticiens. Le paramétrage correct du logiciel était à la charge de la société CORRINO.

– Mission n°4: Estimer les préjudices.

Pré-rapport: Le logiciel ERP/PGI est paramétré pour garder la trace de toutes les opérations effectuées par les utilisateurs utilisant des fonctions réservées au niveau 1. L’historique est conservé avec un horizon variable et ne permet pas de remonter jusqu’à la mise en service du logiciel lors de la prestation d’installation de la société CORRINO.

Pour autant, à partir de toutes les sauvegardes étudiées lors de la réunion technique (2e réunion d’expertise), j’ai pu constater l’absence d’utilisation des fonctionnalités réservées au niveau 1. La seule utilisation constatée est celle ayant corrigé les droits des utilisateurs après alerte de l’éditeur du logiciel (à la date du X, tous les utilisateurs ont été ramené au niveau 2 conformément aux licences acquises).

A mon avis, l’éditeur du logiciel ERP/PGI n’a subi aucun préjudice, malgré le mauvais paramétrage du logiciel par la société CORRINO, paramétrage corrigé dès qu’il a été signalé.

– Mission n°5: Donner tout élément utile à la manifestation de la vérité.

Je regrette que les sociétés ARRAKIS et CORRINO n’aient pas conservé de sauvegardes de l’état du système à la date de la recette, suite à l’installation initiale. Cet état des lieux aurait permis de constater la réalité des droits configurés initialement.

Par ailleurs, le temps passé entre l’installation initiale et la réunion d’expertise n°2 est supérieur à l’horizon total de la stratégie de sauvegarde mise en œuvre par la société ARRAKIS. Cette stratégie de sauvegarde, conforme aux règles de l’art, ne m’a permis de couvrir que partiellement l’historique des opérations nécessitant des droits de niveau 1 (voir chronologie en annexe X). Je ne peux pas connaître les éventuelles opérations qui auraient été effectuées dans les trous de cet historique.

Enfin, mon expérience personnelle montre que beaucoup de prestataires informatiques, ou même de services informatiques, donnent aux utilisateurs plus de droits que nécessaire pendant les phases de tests afin de se concentrer en priorité sur d’autres problèmes de paramétrage. Lorsque tous les problèmes de paramétrage ont été abordés, les droits des utilisateurs sont affinés, soit pour sécuriser les accès (lecture seule, invisibilité de certaines données, par exemple), soit pour correspondre exactement aux licences accordées par l’éditeur.

La société CORRINO n’a pas effectué cette dernière partie du paramétrage, probablement à cause d’une maîtrise technique fragilisée par le changement de logiciel pendant la prestation (le logiciel ERP est devenu PGI).

4) Les réponses aux questions posées par les parties.

[« En matière civile et commerciale, la procédure est contradictoire. Les parties peuvent poser des questions à l’expert (par écrit: cela s’appelle des dires), et celui-ci est tenu d’y répondre dans son rapport. Lorsque les avocats ont la gentillesse de me faire parvenir leur dire sous forme électronique, c’est le règne du copier/coller dans le rapport, avec insertion de ma réponse entre chaque question. Si les dires sont transmis sous forme papier uniquement, c’est le règne du copier/coller, mais cette fois avec ciseaux et colle à papier – un régal d’archaïsme (mais bon, c’est plus rapide que l’OCR…). »]

Cette partie est vide pour l’instant.

5) Les annexes.

[« Il est indispensable de placer en annexe toutes les pièces utiles à la lecture du rapport. Ceci même si le nombre d’annexes est important. Il peut être judicieux de placer en annexe un cédérom contenant une version numérisée des documents. Cela allège le rapport final, à condition de citer les passages importants des annexes dans le corps du rapport pour en faciliter la lecture (et non pas un renvoi vers une annexe dématérialisée). La numérotation des annexes est un vrai casse tête. En effet, chaque partie a déjà son propre référencement, et l’expert ne fait qu’ajouter un nouveau classement. »]

Pour faciliter le travail de lecture et diminuer le coût de l’expertise, je ne place en annexe pour l’instant que les documents cités dans le présent pré-rapport, ainsi que les bordereaux de communication de pièces des parties.


Merci au lecteur intéressé de choisir l’une des parties à la cause et de s’essayer en commentaire à la rédaction de dires. La réponse aux dires fera l’objet du prochain billet de la série. De mon point de vue, les dires de l’avocat de la société CORRINO et de celui de l’éditeur du logiciel doivent être les plus intéressants à rédiger (c’est toujours plus drôle d’être l’avocat du Diable ;).

A vous !

La suite de ce billet est à lire ici.

Dialogue avec un expert judiciaire

mains

Parmi les obligations de l’expert judiciaire, il y a celle qui consiste à devoir rester à jour sur le plan technique, à maintenir une veille permanente sur son domaine d’expertise. Dans mon cas, il y a bien entendu la pratique professionnelle quotidienne, mais je suis abonné à de nombreux flux d’informations sur internet et bien entendu, abonné à plusieurs revues spécialisées. Je lis scrupuleusement en particulier la revue Experts, que je recommande à tous les experts judiciaires, et plusieurs revues des éditions Diamond: GNU/Linux magazine et MISC.

La revue MISC (Multi-system & Internet Security Cookbook), spécialisée dans la sécurité informatique, m’a fait l’honneur de publier dans son numéro 56 une interview de votre serviteur. Par courtoisie vis à vis de la rédaction, j’ai laissé passer suffisamment de temps pour que le numéro suivant sorte, avant de publier ici sur mon blog cette interview réalisée par Frédéric Raynal, avec son aimable autorisation. Bonne lecture.

Présentation

MISC: Zythom, qui êtes vous?

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Je suis depuis 2006 l’auteur du blog de « Zythom, blog d’un informaticien expert judiciaire ». L’idée m’est venue parce que j’avais du mal à parler à mes amis ou à ma famille de la souffrance que je ressentais sur certains dossiers d’expertises judiciaires, en particulier en matière de recherches d’images et de films pédopornographiques. Cette souffrance est concrétisée sur le blog par le choix d’un fond noir, très décrié par certains de mes lecteurs. De fil en aiguille, le blog est devenu le réceptacle de plus de 600 billets écrits autour de quatre axes: mon activité d’expert judiciaire, mon métier de responsable informatique et technique, mes découvertes du monde politique comme conseiller municipal et des anecdotes plus « privées » pour mes amis et ma famille. Conçu au départ pour « crier dans le désert », le blog a trouvé une audience d’environ 10 000 visites par mois autour de 4 à 5 billets publiés. Je dois pour cela remercier le blogueur Maître Eolas de « Journal d’un Avocat » qui m’a fait découvrir à ses lecteurs en me mettant dans sa blogroll. Sans lui, je crierais toujours dans le désert, sans cet échange apporté par les commentateurs du blog que je salue également.

MISC: D’où vient le pseudo « Zythom »?

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Je réponds à cette question sur ce billet de mon blog:

https://zythom.fr/2006/09/pourquoi-zythom.html

« Zythom est le dernier mot de mon dictionnaire. La signification m’importe peu et ça sonne bien. »

J’ajoute d’ailleurs qu’en vérité, le dernier mot de mon dictionnaire de l’époque était « zythum » et que je me suis trompé en le retranscrivant de manière phonétique. Une recherche sur google m’indiquait en mai 2006 que ce pseudo était libre, alors je l’ai adopté 🙂

L’expert judiciaire en informatique

MISC: C’est quoi « expert judiciaire’ en informatique »

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Je vais construire ma réponse en trois phases: qu’est-ce qu’un expert, qu’est-ce qu’un expert judiciaire et qu’est-ce qu’un expert judiciaire en informatique.

Un expert? Nous sommes tous les experts de quelque chose. Par notre parcours professionnel, ou tout simplement nos activités personnelles, nous développons des compétences pointues dans un domaine particulier: certains deviennent experts dans l’art de bouturer un rosier, d’autres dans celui de réussir un bon petit plat, ou dans la collection de cartes postales…

Un expert judiciaire? Lorsque les magistrats doivent juger une affaire, ils s’appuient sur tout leur savoir faire en matière de droit. Mais il arrive que dans certains dossiers, ils leur faillent faire appel à des non juristes, pour des compétences techniques qui leur échappent. Comment faut-il guider les magistrats pour leur permettre de choisir un expert, parmi tous ceux qui se disent experts du domaine concerné? La loi a organisé un système de listes, une par Cour d’Appel, et une pour la Cour de Cassation. Être inscrit sur l’une de ces listes fait de vous un expert judiciaire.

Un expert judiciaire en informatique? Vous l’avez deviné, il s’agit d’une personne inscrite sur une liste d’expert judiciaire, et qui connaît bien le domaine informatique. Pour être honnête, l’expression n’existe pas réellement dans l’univers judiciaire, car les experts judiciaires sont catalogués selon une nomenclature particulière où l’informatique apparaît à plusieurs endroits. Par exemple, la rubrique E.1.2 correspond à « Internet et multimédia », E.1.3 à « Logiciels et matériels », E.1.4 à « Mise en œuvre des systèmes d’information », E.1.5 à « Télécommunications et grands réseaux ». Mais vous avez également la rubrique F.5.5 qui concerne « Biostatistiques, informatique médicale et technologies de communication », ou G.2.5 les « Documents informatiques ».

Personnellement, je suis qualifié E.1.3 « Logiciels et matériels ». Je suis donc un « expert judiciaire en logiciels et matériels ». C’est plus simple pour tout le monde de dire expert judiciaire en informatique (mais l’univers judiciaire est plus précis).

Sinon, pour reprendre mes exemples précédents, l’expert dans l’art de bouturer les rosiers pourra demander son inscription à la rubrique A.8 « Horticulture », le fin cuisinier en A.2 « Agro-alimentaire » et le collectionneur de cartes postales en B.3.14 « Philatélie ».

Tous les métiers sont représentés, et dans tous les domaines. Vous avez même des experts en fumisterie (C.1.26 « Thermique »)…

MISC: Comment le devient-on?

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Il suffit de demander au greffe de votre Cour d’Appel un dossier de demande d’inscription sur la liste des experts judiciaires, de le remplir et de l’adresser avant le 1er mars au procureur de la République du tribunal de grande instance de votre domicile ou de votre activité professionnelle. Et environ huit mois plus tard, vous recevez un courrier vous indiquant que vous êtes accepté (ou pas). Vous ne savez pas pourquoi vous êtes pris ou refusé. Dans mon cas, et il semble que cela soit fréquent, j’ai été refusé la première fois et accepté l’année suivante.

Si vous êtes accepté, vous prêtez le serment suivant « Je jure, d’apporter mon concours à la Justice, d’accomplir ma mission, de faire mon rapport, et de donner mon avis en mon honneur et en ma conscience » et vous devenez expert judiciaire pour une période probatoire de trois années. Ensuite, votre expérience et l’acquisition des connaissances juridiques nécessaires au bon déroulement des missions d’expertises seront évaluées. Si tout va bien, vous serez alors inscrit sur la liste des experts judiciaires pour cinq ans, période à la fin de laquelle il faudra demander votre réinscription, de nouveau pour une période de cinq années.

MISC: Pourquoi le devient-on?

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La question est ambigüe et dépend du point de vue.

Du point de vue de la justice:

Les critères de choix de la commission de sélection composée de magistrats et d’experts restent un mystère pour moi. Néanmoins, en parcourant différents textes, et en particulier le décret n°2004-1463 du 23 décembre 2004 relatif aux experts judiciaires, j’ai pu comprendre qu’une candidature doit réunir les conditions suivantes:

1° N’avoir pas été l’auteur de faits contraires à l’honneur, à la probité et aux bonnes mœurs;

2° N’avoir pas été l’auteur de faits ayant donné lieu à une sanction disciplinaire ou administrative de destitution, radiation, révocation, de retrait d’agrément ou d’autorisation;

3° N’avoir pas été frappé de faillite personnelle ou d’une autre sanction en application du titre II du livre VI du code de commerce;

4° Exercer ou avoir exercé pendant un temps suffisant une profession ou une activité en rapport avec sa spécialité;

5° Exercer ou avoir exercé cette profession ou cette activité dans des conditions conférant une qualification suffisante;

6° N’exercer aucune activité incompatible avec l’indépendance nécessaire à l’exercice de missions judiciaires d’expertise;

7° Sous réserve des dispositions de l’article 18, être âgé de moins de soixante-dix ans;

8° Pour les candidats à l’inscription sur une liste dressée par une cour d’appel, dans une rubrique autre que la traduction, exercer son activité professionnelle principale dans le ressort de cette cour ou, pour ceux qui n’exercent plus d’activité professionnelle, y avoir sa résidence.

Du point de vue de l’expert judiciaire:

Chaque personne a ses propres motivations. Je pense que beaucoup considère l’inscription sur la liste des experts judiciaires comme l’apothéose d’une longue et brillante carrière, avec la reconnaissance de leurs compétences et le prestige qu’ils en retirent auprès de leurs pairs. Certains comptent peut-être sur le titre pour développer leur clientèle ou pour consolider leur notoriété professionnelle.

Pour ma part, ayant été l’un des plus jeunes experts judiciaires en informatique de France – j’ai été inscrit à 35 ans – je ne peux pas dire que cela couronnait ma carrière, ni que cela développerait ma clientèle (je suis salarié). Ma raison première était de me rapprocher de l’univers de travail de mon épouse qui est avocate. Elle m’aide d’ailleurs beaucoup à appréhender les subtilités juridiques de certaines situations, parfois dangereuses pour l’expert, en particulier dans le respect des procédures et la réponse appropriée à faire dans les cas un peu tendus. Ma deuxième motivation était personnelle: j’ai toujours rêvé être au cœur de l’enquête, à la recherche de preuves, de documents cachés ou des traces laissées par le « méchant ». J’avoue que j’ai été servi et que je continue à avoir le frisson quand les gendarmes ou les policiers m’amènent un ensemble de scellés informatiques « à faire parler »…

Enfin, avec le recul, je dois dire que le savoir faire que j’acquière avec l’activité d’expert judiciaire me sert beaucoup professionnellement: l’animation des réunions d’expertises judiciaires m’a donné de l’assurance et une aisance à la conduite des situations de crises. Et puis, voir ailleurs toutes les erreurs pouvant être commises, cela donne quand même à réfléchir sur ses propres pratiques techniques et permet de les améliorer. Je lis mieux les contrats de prestations et prépare mieux les grandes migrations informatiques maintenant.

MISC: Un truc me titille dans votre réponse sur comment devient-on expert judiciaire. Très souvent, le mot « expert » est largement galvaudé. Et là, si j’ai bien suivi, je ne vois aucune évaluation d’un savoir-faire. Du coup, j’ai l’impression de pouvoir revendiquer le titre d’expert en fumisterie sans que personne n’y trouve rien à redire. Ai-je raté quelque chose?

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Le mot « expert » n’est pas protégé. Toute personne qui le souhaite peut revendiquer le titre d’expert en quelque chose et en faire une plaque ou des cartes de visite. Les expressions protégées sont « expert judiciaire près la Cour d’Appel de » et « expert judiciaire près la Cour de Cassation ». Nul ne peut les utiliser sans être inscrit sur les listes concernées. Il faut donc faire attention et ne pas confondre « expert automobile » (pour les assurances) et « expert judiciaire automobile » (rubrique E.7.4). Idem pour les experts immobiliers, les experts comptables, etc. L’adjectif « judiciaire » change tout.

Concernant l’évaluation des compétences, dans le dossier de demande d’inscription, vous devez joindre tous les éléments permettant d’apprécier votre savoir-faire: études initiales, publications, parcours professionnel, projets importants, etc. et la commission de sélection prendra, si elle en a besoin, les meilleurs candidats. Ne pas être pris ne signifie pas nécessairement que l’on soit mauvais, mais simplement que le besoin d’experts dans votre domaine est déjà satisfait. Et être accepté ne signifie pas que l’on soit le meilleur de son domaine, mais le meilleur qui a postulé. Et comme les contraintes pesant sur l’expert judiciaire sont fortes, dans certains domaines – comme l’informatique – les meilleurs ne postulent pas nécessairement.

MISC: Comment est gérée votre activité d’expertise par rapport à votre employeur principal? Est-ce comme pour les militaires de réserve avec un temps donné accordé par l’employeur, ou est-ce sur vos soirées et week-ends?

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J’ai demandé l’autorisation à mon employeur d’exercer une activité parallèle. Cela m’a été accordé très facilement dans la mesure où je me suis engagé à ne jamais mélanger les deux activités. Je fais mes expertises le soir, le week-end ou en posant des jours de congés pris sur mes cinq semaines de congés payés.

Le travail de l’expert judiciaire en informatique

MISC: Quel est le déroulement d’une procédure? Le jeu de l’expertise, de la contre-expertise, et comment est tranché celui qui a raison? Juste sur l’art du discours?

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Les procédures diffèrent selon que vous intervenez dans une procédure administrative, commerciale, civile, pénale, etc.

Dans le cas des procédures civiles, l’aspect contradictoire est très important, là où il peut être inexistant en matière pénale, lors d’une instruction par exemple, où je travaille seul dans mon laboratoire.

Dans tous les cas, la procédure se termine pour l’expert judiciaire par le dépôt d’un rapport écrit. Il est alors dessaisi du dossier.

Il est possible qu’une autre expertise soit demandée, et dans ce cas, un autre expert sera désigné. Il est possible également qu’un groupe d’experts soit désigné, et rende un avis collectif, avec une partie personnelle pour chacun en cas de divergence d’avis.

Celui qui tranche est toujours le juge, qui n’est pas lié par l’avis des experts.

Dans le cas d’une cour d’assise, le rapport d’expertise peut être présenté oralement par l’expert (nous sommes dans le cadre d’une procédure orale), et la décision est prise par le jury.

On peut être un piètre orateur et un très bon expert judiciaire, au moins en France.

MISC: Au niveau des affaires que vous traitez, quand on écoute le législateur, tout tourne autour soit de la pédophilie / pédo-pornographie, soit du terrorisme. Est-ce effectivement ce que vous constatez dans les affaires que vous traitez.

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Les lois en France sont faites par les élus du peuple, c’est-à-dire par des femmes et hommes politiques. La politique des poursuites pénales est (encore aujourd’hui) décidée par le Garde des Sceaux qui demande aux Procureurs de poursuivre en priorité tel ou tel délits ou crimes. Je constate que depuis le milieu des années 2000 (vers 2004 ou 2005) les magistrats me désignent beaucoup plus souvent sur des missions de recherches d’images ou de films pédopornographiques. Auparavant, j’étais surtout désigné sur des affaires commerciales ou civiles.

Pour faire une réponse complète, je ne sais pas si le fait que je sois beaucoup désigné sur des affaires pédopornographiques dépend des directives données aux magistrats, des augmentations de ce type d’affaire (j’en doute), de mes compétences techniques, des tarifs particulièrement bas que je pratique (je divise souvent par deux ou trois le nombre d’heures effectivement passées), du fait que je rends mes rapports toujours dans les délais ou que j’accepte de travailler pour un tribunal qui ne paye mes honoraires (et frais avancés) que deux ans après…

Mais le fait est qu’aujourd’hui, plus de la moitié de mes dossiers sont de ce type, soit environ cinq sur dix par an.

MISC: Si le terrorisme est essentiellement traité par les services de renseignement, on a l’impression de l’extérieur que les services de police / gendarmerie sont surtout concentrées sur la pédophilie. Et pourtant, « trainant » sur internet depuis 15-20 ans, je ne suis jamais tombé sur de tels contenus. Quel est l’ampleur de ce fléau?

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Je ne peux pas répondre de manière scientifique sur ce point, n’ayant pas une vision suffisamment globale pour juger correctement l’ampleur du fléau. Par contre, il est relativement simple d’accéder sur internet à des contenus pédopornographiques dès lors qu’on les cherche. Il existe de nombreux sites ou forums qui permettent l’échange de fichiers de toute sorte, de manière légale ou non. Et parmi ces fichiers, certains sont de nature pédopornographique. Encore faut-il bien préciser ce que l’on entend par là: par exemple, des bandes dessinées représentants des enfants pré-pubères se livrant ou présentés comme se livrant à une activité sexuelle explicite ne sont pas interdites dans tous les pays (exemple le Japon avec certains mangas). Et ce qui est autorisé dans certains pays se retrouve très souvent sur internet accessible aux pays où cela est interdit. Cela fait réfléchir un peu sur la notion de liberté.

Mais je peux faire une réponse politique: sur la quantité d’informations disponibles sur internet, une infime minorité concerne à mon avis la pédopornographie. Et il est possible de contrer celle-ci avec les méthodes traditionnelles de luttes contre les réseaux mafieux. La pédopornographie est surtout utilisée comme prétexte pour faire passer des lois liberticides par des personnes qui ont des intérêts dans le contrôle.

MISC: Les interventions sont-elles toutes autour de l’analyse post-mortem ou sont-elles parfois d’autre nature?

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La plupart de mes expertises sont des analyses de scellés dans le cadre d’affaires à l’instruction. Il s’agit donc pour moi de réaliser une copie fidèle des supports numériques (disque dur, cédérom, clefs USB, etc) pour ne pas risquer de dégrader le scellé, puis d’analyser la copie pour répondre aux questions qui me sont posées.

Mais il y a beaucoup d’expertises in situ, en particulier dans des dossiers auprès des tribunaux de commerce, en général des litiges entre une entreprise, une SSII et un éditeur de logiciel. Il s’agit alors d’analyses de systèmes opérationnels présentant des bugs (selon l’une des parties).

Il y a également toutes les expertises qui consistent à assister les OPJ ou les huissiers lors de perquisitions. Là, c’est l’inconnu, je ne sais jamais sur quoi je vais tomber: une entreprise avec 15 ordinateurs en réseau et trois serveurs, dont un situé ailleurs, un particulier avec du GNU/Linux, de l’Apple ou du Windows 98…

MISC: J’ai dans l’idée qu’il est assez facile facile de fabriquer du faux sur un ordinateur et qu’en conséquent, la falsification d’une « preuve » informatique est loin d’être impossible. Alors, même si une décision de justice se prend sur un faisceau d’éléments, comment appréhender ce doute?

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Un bon expert judiciaire en informatique n’affirme rien qu’il ne puisse présenter de manière scientifique. Je n’écris pas « Monsieur X, propriétaire du PC, a fait telle chose », mais « l’utilisateur du compte informatique X a fait telle chose ». Et encore, après avoir vérifié la présence éventuelle de spywares, malware et autres chevaux de troie. Je n’écris pas « Monsieur X a stocké des images pédopornograhiques », mais « J’ai trouvé trace d’images pédopornographiques sur le scellé qui m’a été remis », etc.

J’ai écris dans un billet récent: « j’ai suivi une formation scientifique, la science est le domaine du doute, la critique du travail des autres est consubstantielle de l’activité scientifique et, les experts sont des êtres humains comme les autres. »

Si j’ai le moindre doute, je le mets par écrit dans mon rapport d’expertise.

MISC: Avez vous déjà été confronté à de telles situations?

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Pas encore, mais j’ai la hantise de l’être un jour, surtout si c’est trop tard, comme le Professeur Tardieu dont je raconte l’histoire dans ce billet:

https://zythom.fr/2007/12/lternel-voyage-de-la-science.html

Questions complémentaires qui ont déjà fait l’objet de billets détaillés que nous vous recommandons très fortement d’aller lire

MISC: Quels sont les besoins pour faire une expertise? Des tournevis, des disques durs, …

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J’ai une rubrique sur mon blog consacrée à cette réponse:

https://zythom.fr/search/label/Les%20outils

Tout dépend de la nature de l’expertise: s’il s’agit d’un travail de recherche à faire seul dans son laboratoire, j’ai plus de moyens que s’il s’agit d’accompagner des OPJ lors d’une perquisition.

J’ai écrit un billet qui décrit le contenu de ma valise d’intervention:

https://zythom.fr/2009/05/langoisse-de-lintervention.html

Mais pour faire bref, citons: des connecteurs et adaptateurs, câbles réseau, stylos, papier, plein de tournevis, une lampe électrique, un live CD d’ophcrack, un tabouret en toile, vis, patafix, colliers…

MISC: Quelles sont les expertises qui vous ont marqué (bref, le coin des anecdotes tant dramatiques que comiques)

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Les expertises qui m’ont le plus marqué sont celles relative aux images et aux films pédopornographiques. Cela a été la raison d’ouverture de mon blog et ma méthode de d’évacuation. Je suis papa de 3 enfants et je ressentais avec mes tripes le viol de ces jeunes enfants. L’un de mes premiers billets sur le sujet a été diversement apprécié: https://zythom.fr/2006/11/lhorreur-de-la-pdophilie.html

Extrait: Comment expliquer l’horreur d’une image pédophile?

Une image pédophile, c’est une enfant de quatre ans empalée sur un sexe d’homme. On y voit clairement la souffrance de l’enfant liée à la différence de taille entre les deux sexes.

Une image pédophile, c’est un garçonnet de cinq ans sodomisé par un homme qui lui déchire le corps.

Une image pédophile, c’est une fillette qui a en bouche un sexe plus grand que sa tête.

Un dossier pédophile, c’est un expert judiciaire qui pleure tout seul dans son atelier.

Sinon, j’ai aussi été bien secoué par un film trouvé sur un disque dur mis sous scellé. Il s’agissait du massacre d’une femme à la machette. Je reconnais ne pas être préparé à ce type de vidéo. Il a fallu pourtant que je la visualise entièrement pour remplir ma mission (en l’occurrence la recherche de vidéos pédopornographiques, parfois insérées dans d’autres films). C’est une histoire que j’ai raconté dans ce billet: https://zythom.fr/2009/09/un-petit-week-end.html (attention, âmes sensibles s’abstenir).

L’usage que certains jeunes ados font d’internet me bouleverse parfois:

https://zythom.fr/2009/11/manon13.html

Sinon, j’ai aussi parfois des souvenirs de belles rencontres, comme celle-ci

https://zythom.fr/2009/04/le-noir.html

où j’ai travaillé avec un jeune mal voyant.

J’ai également assouvi un rêve d’enfant en fouillant avec une greffière dans la caverne d’Ali Baba que constitue un entrepôt de scellés: https://zythom.fr/2007/07/la-salle-derrire-au-fond.html

J’ai une petite pensée pour les salariés qui ont sans le savoir un rôle déterminant dans une catastrophe informatique:

https://zythom.fr/2009/08/le-dernier-maillon.html

Enfin, j’ai été assez secoué par mon passage devant la justice pour avoir tenu le blog de Zythom. Je raconte cette histoire dans cette série de billets:

https://zythom.fr/2009/01/laffaire-zythom-introduction.html

En général, j’ai assez peu de souvenirs comiques liés aux expertises, ou en tout cas je préfère ne pas en parler pour ne froisser personne. Je préfère l’autodérision, comme par exemple dans ce billet

https://zythom.fr/2006/12/le-sicle-des-lumires.html

MISC: Rentrer dans un exemple précis d’une expertise, d’un début à la fin, ça serait super intéressant avec les multiples aspects (juridiques, techniques, etc.), mais ça serait bien trop long pour cette rubrique. Cependant, si vous voulez rédiger cela, n’hésitez pas :p

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C’est l’objet de mon blog, rubrique « anecdotes d’expertises » que je vous invite à explorer:

https://zythom.fr/search/label/Anecdotes%20expertises

Le mot de la fin de la rédaction

Pour Zythom: merci! Merci pour le temps que vous avez pris à rédiger ces réponses élaborées. Et merci surtout pour ce blog qui permet de rappeler que la sécurité est avant tout une histoire de personnes.

Pour les lecteurs: pour ceux qui ne connaissent pas son blog, nous vous en recommandons plus que fortement la lecture, c’est bon, parfois drôle, souvent émouvant, et ça fait un bien fou.

Une histoire simple et banale 5e partie

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Ce billet est la suite de celui-ci.

Cette série de billets commence avec celui-ci.

Me voici de nouveau présent dans l’entreprise ARRAKIS. Quinze jours ont passé, je suis en présence de Monsieur Léto, le DSI de l’entreprise, et d’un de ses ingénieurs. Nous allons enfin pouvoir aborder la partie technique du problème.

Tout d’abord, je lui rappelle les conditions de l’exercice que nous nous apprêtons à faire: je dois réaliser moi-même toutes les opérations, avec son aide bien entendu, mais moi-même.

« Ah bon? Mais nous avons déjà installé le serveur de test et procédé à l’installation de PGI et d’une première sauvegarde… »

« Et bien, cela montre que c’est possible, vous avez certainement résolu tous les petits désagréments que l’on rencontre dans ce genre d’installation, ce qui va nous faire gagner beaucoup de temps, mais je dois procéder moi-même à l’installation pour pouvoir remplir ma mission. »

Nous voici donc à recommencer l’installation d’un deuxième serveur de test (je préfère que l’on garde le 1er pour permettre à l’informaticien d’aller vérifier le paramétrage qu’il-a-mis-en-place-mais-pas-noté-sur-une-fiche-de-procédure-parce-que-bon-hein-on-a-autre-chose-à-faire). Je pousse les cédéroms, je suis les procédures, je prends des copies d’écran pour mon rapport. Comme je m’y attendais, tout cela prend quand même du temps, c’est-à-dire une bonne partie de la matinée.

Vient ensuite la restauration de la plus vieille sauvegarde, datant d’un an, et en particulier des dumps de la base. Mon objectif n’est pas de peaufiner un serveur de pré-production, ni de convaincre Monsieur Léto de l’utilité des exercices de restauration.

Je lui glisse quand même un petit avis personnel sur le fait de procéder à une sauvegarde complète du système AVANT installation du logiciel PGI, puis à une sauvegarde juste APRÈS recettage, sauvegardes qu’il est judicieux de conserver INDÉFINIMENT en cas de litige ultérieur. Il me répond assez classiquement, qu’on n’est pas en permanence à penser à une situation de litige avec ses partenaires. C’est une erreur, il faut toujours prévoir le pire.

Nous prélevons le contenu de la table contenant les droits des utilisateurs, selon la procédure indiquée par l’éditeur dans le fameux courrier à l’origine de l’affaire. J’utilise les outils de l’éditeur, avec lesquels je suis peu familier, sous la commande de l’ingénieur qui lui les connaît bien et manque plusieurs fois de m’arracher le clavier des mains tant il est exaspéré de ne pouvoir taper lui même les commandes. Pour me racheter un peu à ses yeux, je joue avec Toad sur mon PC pour examiner les entrailles du logiciel PGI.

Nous procédons ainsi pour toutes les sauvegardes encore actives dans la société ARRAKIS. Nous mangeons un sandwich sur place, entre deux restaurations de dump de la base. A chaque fois, je prélève une copie du contenu de la table des droits des utilisateurs que j’imprime aussitôt avec une mise en page basique.

A chaque fois, je constate invariablement que tous les utilisateurs sont au niveau 1, alors qu’ils devraient être uniquement au niveau 2.

A partir d’un certain moment, le contenu de la table change, juste après la réception du courrier de l’éditeur informant de l’anomalie constatée.

Je demande alors à Monsieur Léto s’il peut m’expliquer la différence entre le niveau 1 et le niveau 2 et quelles sont les opérations permises uniquement par le niveau 1. Il sort le manuel du logiciel PGI, me trouve la page répondant à mes questions. Je note que le niveau 1 permet d’utiliser des outils réservés aux administrateurs de la base. Je constate sur le système de production que ces outils ne sont pas installés sur les postes des utilisateurs, mais uniquement sur le poste de Monsieur Léto et de son ingénieur système. Je constate que la société ARRAKIS a payé pour avoir le droit niveau 1 pour deux utilisateurs dits « avancés ». Je constate également (grâce à mon petit outil « Toad ») que le logiciel PGI historise les accès privilégiés de niveau 1. Je peux ainsi constater que l’historique du système de production nous montre que les accès niveau 1 ont été limités dans le temps à la période du projet de déploiement initial et à quelques accès (probablement lors d’opérations de maintenance effectuées par la société CORRINO). Tous les accès ont été effectués à partir des deux postes affectés aux deux utilisateurs et toujours sous leurs identifiants personnels.

Je demande les bons d’interventions de la société CORRINO signés par Monsieur Léto à la fin de chaque intervention, ce qu’il me fournit assez facilement (c’est rare). Je note de les demander également à la société CORRINO.

Je demande enfin le fonctionnement des synchronisations horaires des systèmes informatiques (serveurs et postes utilisateurs). Monsieur Léto me montre que tous ses systèmes se synchronisent sur un groupe de serveurs de temps indépendants de l’entreprise et garantissant l’heure exacte sur tous les postes. Il souligne l’importance de cette exigence par la présence d’un logiciel de pointage horaire pour tous les salariés qui ne sont pas au forfait jour.

Il est 20h30, j’ai tous les éléments techniques pour rédiger mon pré-rapport.

Il me manque les documents de chaque avocat contenant leurs arguments au sujet de leur estimation des préjudices. Il me faudra ensuite relancer l’un des avocats qui tarde à m’adresser ce document.

Il me reste à rédiger mon pré-rapport, puis à le soumettre aux parties[1] pour qu’elles m’adressent leurs dires.

La suite de ce billet est à lire ici.

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Crédit images darkroastedblend.com

[1] A chaque entreprise ET à son avocat, en recommandé avec avis de réception. Il arrive que l’entreprise se fâche avec son avocat et que celui-ci soit déchargé du dossier. N’envoyer qu’aux avocats est donc risqué. N’envoyer qu’aux entreprises fait perdre du temps, en particulier aux avocats. De plus, c’est mettre ceux-ci dans une situation de découvrir mon travail après leur cliente, ce que je trouve particulièrement impoli. Je recommande donc de toujours adresser les documents à la fois aux entreprises ET à leurs avocats.