Miner des cryptos en 2022

J’ai d’abord envisagé d’écrire un billet complet sur les crypto-monnaies, en partant de la définition des blockchains jusqu’à la description des équipes de mineurs, mais finalement, vous trouverez beaucoup d’informations sur ces sujets dans des billets écrits par des personnes bien plus expertes que moi. Ceux qui voudraient des informations vraiment utiles peuvent aller par exemple parfaire leurs connaissances sur https://www.bortzmeyer.org/search?pattern=blockchain, ou sinon, j’ai trouvé l’ouvrage du CIGREF clair, même si je n’ai pas la prétention d’en juger le contenu (pdf gratuit) Blockchain : passer de la théorie à la pratique dans les grandes entreprises

L’histoire (de ce billet) commence quand je me suis retrouvé avec la “vieille” machine de mon gamer de fils : une belle tour équipée d’une carte graphique Nvidia GTX1080Ti (achetée d’occasion sur LeBonCoin…). Première idée : l’utiliser pour casser du mot de passe. Oui, mais j’ai déjà un PC dédié à cette tâche, acheté sur Backmarket et dans lequel j’ai mis l’ancienne-ancienne carte graphique de mon gamer de fils, une GTX1060…

Mais je n’ai pas besoin de casser du mot de passe tous les jours.

Ajoutez à cela les températures en chute libre, le froid qui se glisse dans le petit appartement que j’occupe depuis que je travaille 3 jours par semaine en région parisienne, et le besoin d’acheter un radiateur d’appoint à ce chauffage collectif qui a sans aucun doute été réglé sur le mode économe.

J’ai eu l’idée saugrenue de miner des crypto-monnaies.

Ma conscience écologique a été mise à rude épreuve, surtout en lisant ce que consomment certains algorithmes de consensus (cf Consommation énergétique des technologies blockchain), mais mon mauvais génie de la curiosité m’a convaincu d’essayer “un peu, pour voir et pour comprendre”…

Alors c’est parti dans tous les sens, entre lecture d’articles, navigation sur des sites plus ou moins sérieux, et surtout je me suis immergé dans un monde nouveau, avec ses codes, son jargon, ses concepts, ses arnaques, ses mafias, ses escrocs, ses taxes et ses pigeons.

J’ai essayé de ne pas être dans cette dernière catégorie, j’ai essayé de faire attention où je mettais mes pieds, et ce n’est pas facile.

ATTENTION / DISCLAIMER : investir de l’argent dans les crypto-monnaies est dangereux, vous pouvez perdre entièrement votre mise, vos cheveux et devenir stérile. NE VOUS LANCEZ PAS DANS CETTE ACTIVITÉ, sauf si vous disposez déjà de matériel ET si vous acceptez de couper votre chauffage électrique ET si vous avez fait une croix sur vos cheveux ET atteint votre quota d’enfants. Ce billet n’est sponsorisé par personne.

Voici donc ce que j’ai fait, et ce n’est valable sans doute qu’au moment de l’écriture de ce billet.

Le transfert vers mon compte en banque

Curieusement, j’ai commencé par ce problème, car je souhaitais protéger mes données personnelles sensibles tels que ma carte d’identité ou mon passeport. Quand on ne sait pas trop où l’on met les pieds, mieux vaut être un peu prudent.

Après quelques lectures sur différents sites, j’ai choisi l’application ZenGo sur Smartphone car elle permet d’ouvrir un compte sans devoir fournir des pièces d’identité, dès lors que les transactions restent limitées, ce qui sera mon cas. Une reconnaissance faciale sert de sésame en cas de perte du Smartphone, pour une réinstallation depuis iCloud (iPhone) ou autre prestataire de stockage. Moui.

Au niveau des commissions, ZenGo à l’air de se situer au milieu de la fourchette du marché, mais j’avoue que c’est un peu le cadet de mes soucis pour mon étude. ZenGo supporte plusieurs crypto-monnaies (voir ici la liste) et en particulier celles qui m’intéressent, j’ai nommé Ethereum et Bitcoin.

ZenGo embarque un portefeuille (Wallet) qui me permet de disposer d’une adresse sur la blockchain Ethereum (pour y stocker mes ETH) et d’une adresse sur la blockchain Bitcoin (pour mes BTC).

Attention, ZenGo ne sait transférer que des Bitcoins vers un compte bancaire en euros.

Choix de la crypto-monnaie à miner

Je suis tombé sur ce site https://2cryptocalc.com/what-to-mine-with-1080ti qui recommande de miner des Ethers quand on dispose d’une carte graphique GTX1080ti… Et comme je débute dans cet univers, j’ai suivi le conseil. Les gains espérés sont de 2€ par jour auxquels il faudra retirer les coûts divers dont en particulier les coûts électrique, puis les frais de transaction Ethereum (également appelés “frais de gaz“) qui sont très élevés en ce moment.

Pour éviter ces frais, j’ai trouvé une équipe de mineurs qui me permet de miner des Ethers et d’être récompensé (payé) en Bitcoins : l’équipe 2miners.com. Du coup, j’évite les frais élevés d’enregistrement de mes gains dans la blockchain Ethereum, tout en disposant directement dans ZenGo de Bitcoins que je peux transférer en euros sur mon vrai compte bancaire.

Je ne sais pas si c’est une bonne idée, mais ça m’a permis de commencer sans trop de risques, et sans investir autre chose que du temps de calcul d’une carte graphique de récupération (et des coûts électriques à faire saigner un peu mon cœur DD&RS…).

Commencer enfin à miner

J’ai suivi l’aide en ligne du site de l’équipe de minage : https://eth.2miners.com/help qui recommande (pour une carte Nvidia) soit le logiciel T-Rex, soit Gminer. Pouf pouf, j’ai choisi T-Rex… ce qui donne la commande suivante :

sudo ./t-rex -a ethash -o stratum+tcp://eth.2miners.com:2020 -u <mon adresse BTC ZenGo> -w rigZythom -p x

Six jours après, je recevais 15 euros en BTC. Au bout de trois semaines environ, je devrais dépasser la somme minimale de 37 euros sur mon portefeuille ZenGo me permettant un transfert vers mon compte en banque en euros. En vrai, je n’ai pas encore atteint cette somme, car je fais beaucoup d’essais de transferts entre divers crypto-monnaies et d’expériences en testant des portefeuilles logiciels (Jaxx, Exodus, Zelcore, Metamask), des réseaux secondaires (Polygon), et d’autres crypto-monnaies (FLUX, Monero, MATIC…).

J’ai le radiateur électrique le plus cher du monde, mais je me console en me disant qu’il est constitué de matériels de récupération et consomme moins que mon radiateur électrique “normal”. Ne me jugez pas trop.

Photo de Shubham Dhage via Unsplash

VPN Wireguard site to site EdgeRouter X

Je suis l’heureux propriétaire de plusieurs routeurs EdgeRouter ER-X de la marque Ubiquiti, robustes et peu chers (environ 60 euros). Je me sers de ce routeur pour isoler mon réseau personnel de la box fournie par mon fournisseur d’accès à internet.

D’autre part, il se trouve que j’habite à 450 km de mon lieu de travail, et donc que je loue un studio près de mon entreprise où je suis en présentiel 3 jours par semaine. J’ai donc un deuxième abonnement internet fibre dans ce studio où j’héberge une partie de mon matériel informatique (mon “PC dans le Cloud“, mon serveur de sauvegardes externalisées et un serveur FreshRSS).

Jusqu’à présent, pour accéder à l’un ou l’autre des deux réseaux privés, j’utilisais des serveurs OpenVPN que j’ai mis en place dans chacun des réseaux. Mais pour simplifier mes usages, j’ai voulu mettre en place un VPN site à site reliant mes deux réseaux domestiques. J’ai fait pas mal de tests, que je ne détaillerai pas ici, à base de serveurs dédiés, jusqu’à optimiser la chose (de mon point de vue) en utilisant WireGuard positionné directement sur les routeurs ER-X.

Attention : relier deux sites par un VPN permanent site à site présente un risque important de sécurité. Si l’un des réseaux est compromis, l’autre l’est aussi. A faire à vos risques et périls.

Disclaimer : Je ne suis pas admin réseau, donc réfléchissez bien à deux fois avant de reproduire cette configuration. Si vous êtes spécialiste réseau, n’hésitez pas à améliorer cette configuration ER-X en commentaire, c’est aussi pour cela que je la partage.

Mon objectif est de mettre en place le schéma suivant :

Relier deux réseaux domestiques par un VPN site to site

ATTENTION 1 : J’utilise un FAI qui me propose (encore) une adresse IPv4 fixe pour chaque box. Il est possible de mettre en place cette configuration avec des adresses IPv4 dynamiques, mais il faut disposer d’un DNS dynamique associé à ces adresses IPv4.

ATTENTION 2 : Chaque box envoie tout son trafic entrant vers son routeur ER-X (configuré en IPv4 DMZ, config possible sur une box en mode routeur). Je bloque le trafic IPv6 car je ne maîtrise pas son fonctionnement.

La configuration se fait en 3 étapes:
– 1) Sauvegarde des configurations des routeurs ER-X
– 2) Installation de WireGuard sur chaque routeur
– 3) Configuration de chaque routeur

Première étape : sauvegarde des configurations des routeurs ER-X

Vous pouvez pour cela utiliser l’interface web d’administration du routeur (voir image ci-dessous), à la fois pour sauvegarder la configuration et pour la restaurer.

Je vous recommande également de vous entraîner sur un routeur de test avant de vous lancer sur un routeur de production le vendredi soir…

Deuxième étape : installation de WireGuard sur chaque routeur ER-X

Conformément aux instructions du site https://github.com/WireGuard/wireguard-vyatta-ubnt/wiki/EdgeOS-and-Unifi-Gateway, il faut choisir la dernière version du logiciel correspondant à votre routeur ER-X (et à sa version d’EdgeOS).

Pour les routeurs ER-X, il s’agit de la version e50, et à la date d’écriture de ce billet, du fichier e50-v1-v1.0.20211208-v1.0.20210914.deb

Pour le routeur ER-X A :

ssh adminERXA@192.168.A.254
adminERXA# curl -OL https://github.com/WireGuard/wireguard-vyatta-ubnt/releases/download/1.0.20211208-1/e50-v1-v1.0.20211208-v1.0.20210914.deb
adminERXA# sudo dpkg -i e50-v1-v1.0.20211208-v1.0.20210914.deb

Il faut ensuite générer les clefs avec la commande suivante :

adminERXA# wg genkey | tee /config/auth/wg.key | wg pubkey >  wg.public

Vous obtiendrez des clefs qui ressembleront à cela :

adminERXA# more /config/auth/wg.key #clé privée ER-X A
ADndfjehry126857hhdfyendjfk0983274nsud+jdhf=
adminERXA# more wg.public #clé publique ER-X A
AHsdkfhehdhkqjhgdiuhzdhkjhsciukjc23374485+z=

Profitez-en pour les sauvegarder dans votre KeyPass ou équivalent.

Procédez de même sur le deuxième routeur ER-X B :

ssh adminERXB@192.168.B.254
adminERXB# curl -OL https://github.com/WireGuard/wireguard-vyatta-ubnt/releases/download/1.0.20211208-1/e50-v1-v1.0.20211208-v1.0.20210914.deb
adminERXB# sudo dpkg -i e50-v1-v1.0.20211208-v1.0.20210914.deb
adminERXB# wg genkey | tee /config/auth/wg.key | wg pubkey >  wg.public
adminERXB# more /config/auth/wg.key #clé privée ER-X B
ERDncbfjhgdlkjoijdelzkj145858kjhdfkhkzh+zdd=
adminERXB# more wg.public #clé publique ER-X B
BJFURHFgshkhzihh148576091+jhzgaduygdjfjhkdz=

Troisième étape : configuration de chaque routeur ER-X

Sur le premier routeur ER-X A, créez une interface wg0 avec comme adresse IPv4 10.C.0.1/30 écoutant sur le port UDP 51820 :

ssh adminERXA@192.168.A.254
configure
set interfaces wireguard wg0 address 10.C.0.1/30
set interfaces wireguard wg0 listen-port 51820
set interfaces wireguard wg0 route-allowed-ips true
set interfaces wireguard wg0 private-key /config/auth/wg.key
commit

Puis il faut autoriser le routeur distant B et ses réseaux (avec la clef publique de ER-X B) :

set interfaces wireguard wg0 peer BJ...dz= endpoint IPv4_FAI_B:51820
set interfaces wireguard wg0 peer BJ...dz= persistent-keepalive 15
set interfaces wireguard wg0 peer BJ...dz= allowed-ips 192.168.B.0/24
set interfaces wireguard wg0 peer BJ...dz= allowed-ips 10.C.0.0/30
commit

Il faut également modifier le pare-feu avec les commandes :

set firewall name WAN_LOCAL rule 15 action accept
set firewall name WAN_LOCAL rule 15 protocol udp
set firewall name WAN_LOCAL rule 15 description 'Wireguard'
set firewall name WAN_LOCAL rule 15 destination port 51820
commit

Vérifiez que tout est configuré comme vous le souhaitez :

run show ip route

Si oui, vous pouvez enregistrer la configuration dans le routeur pour qu’elle soit lue à son prochain démarrage.

save
exit

Même opération sur le deuxième routeur ER-X B (avec l’adresse IPv4 10.C.0.2/30 pour l’autre extrémité du tunnel, et la clef publique du routeur ER-X A) :

ssh adminERXB@192.168.B.254
configure
set interfaces wireguard wg0 address 10.C.0.2/30
set interfaces wireguard wg0 listen-port 51820
set interfaces wireguard wg0 route-allowed-ips true
set interfaces wireguard wg0 private-key /config/auth/wg.key
commit
set interfaces wireguard wg0 peer AH...z= endpoint IPv4_FAI_A:51820
set interfaces wireguard wg0 peer AH...z= persistent-keepalive 15
set interfaces wireguard wg0 peer AH...z= allowed-ips 192.168.A.0/24
set interfaces wireguard wg0 peer AH...z= allowed-ips 10.C.0.0/30
commit
set firewall name WAN_LOCAL rule 15 action accept
set firewall name WAN_LOCAL rule 15 protocol udp
set firewall name WAN_LOCAL rule 15 description 'Wireguard'
set firewall name WAN_LOCAL rule 15 destination port 51820
commit
run show ip route
save
exit

A ce stade, le tunnel VPN devrait fonctionner et vous devriez pouvoir voir les machines situées sur l’autre réseau… Sinon, bon courage.

Mon réseau dans deux ans…

Les images réseaux de ce billet ont été construites avec ce site https://app.diagrams.net/

Créer une porte dérobée chez soi

Pour accéder à mon réseau domestique depuis l’extérieur, j’ai mis en place un serveur VPN privé. C’est pratique, cela me permet d’accéder depuis l’extérieur à mes ressources autohébergées (serveur de flux RSS, serveurs de sauvegarde, partages familiaux, etc.) mais aussi de me protéger quand j’utilise un réseau Wifi, lorsque je me déplace avec mon matériel personnel (téléphone, tablette ou ordinateur portable).

Cela m’a permis de fermer tous les ports d’accès que j’avais ouverts sur ma box, sauf bien sûr le port d’accès au serveur VPN.

Mais ce serveur VPN est devenu pour moi un point de défaillance unique (SPOF). Et là, suite à une intervention malheureuse à distance, lors d’une maintenance admin sur ce serveur, j’ai coupé le tunnel VPN. Et pour le relancer, il me fallait… me connecter au serveur via le tunnel VPN. Bref, j’avais scié la branche sur laquelle j’étais assis. Classique.

Cette situation désagréable aurait pu être rapidement résolue si j’avais pu avoir accès à distance à un ordinateur de la maison. Hélas, Mme Zythom était au tribunal en train de défendre un innocent. J’ai donc attendu qu’elle revienne, pour pouvoir prendre le contrôle de son ordinateur (avec AnyDesk) et intervenir par rebond pour accéder à mon serveur VPN et le relancer. N’oubliez pas que je suis trois jours par semaine en télémaison ; je n’aurais pas pu tenir si longtemps sans l’accès à mes flux RSS…

En bon informaticien, je n’aime pas les SPOF mais j’aime hacker mes réseaux, par curiosité bien sûr. J’ai donc eu l’idée de mettre en place une porte dérobée, façon Elliot dans Mr Robot.

A ce stade de mon récit, et comme j’ai déjà eu à faire à la justice pour ce blog, je tiens à mettre en garde mes lecteurs, et à rassurer mes juges : l’auteur de ce blog continuera à respecter les qualités, notamment de conscience, d’impartialité et de réserve, nécessaires au plein accomplissement de sa mission d’expert, fut-il ancien expert judiciaire. La porte dérobée que je vais vous présenter n’est à installer que sur un réseau sur lequel vous disposez de toutes les autorisations du propriétaire dudit réseau. Si vous vivez encore chez vos parents, demandez leur la permission (en expliquant bien tous les risques). Bref, respectez la loi, et si vous avez un doute, abstenez-vous. Ce billet est écrit avec un esprit pédagogique, et avec en tête qu’il peut peut-être sauver les miches de quelques admins… Cette parenthèse est un peu longue, mais elle me paraissait nécessaire pour expliquer le contexte à mes lecteurs magistrats.

Je souhaite donc mettre en place une porte dérobée me permettant d’accéder à une console à distance sur mon réseau personnel pour rebondir sur mes serveurs à moi.

Cahier des charges sommaire : je veux que cette porte dérobée soit discrète pour le reste du monde, et que je sois le seul à pouvoir y accéder. Je ne veux pas faire de redirection de ports sur ma box. Elle doit me permettre de faire un ssh vers un terminal situé au cœur de mon réseau personnel. Personne d’autre que moi ne doit pouvoir y accéder, sauf à disposer de la puissance d’un ordinateur quantique. Elle doit fonctionner 24/7 et donc consommer peu d’énergie.

Voici la solution que j’ai mise en place : un service ssh caché privé Tor sur un Raspberry Pi sous Debian, c’est-à-dire un v3 Onion Hidden Service Stealth for ssh. Procédons par étapes.

Étape 1 : installer Debian sur un Raspberry Pi (ou une VM)

Je ne détaillerai pas cette étape, voici une liste de liens. Attention, Debian pour Raspberry Pi qui s’appelait Raspbian, s’appelle maintenant Raspberry Pi OS.
https://wiki.debian.org/RaspberryPi
https://www.raspberrypi-france.fr/guide/installer-raspbian-raspberry-pi/

Étape 2 : se connecter en ssh sur le serveur mis en place à l’étape 1

Idem : voir par exemple ce tuto https://raspberry-pi.fr/activer-ssh/
L’idée est d’arriver à se connecter au serveur depuis une machine cliente sous GNU/Linux avec la commande suivante :

zythom@Client:~$ ssh pi@ip-serveur

pi@Serveur:~$ 

Étape 3 : se connecter en ssh sans mot de passe
Source : Comment configurer une authentification par clé SSH sur un serveur Linux

L’objectif est de limiter les possibilités de connexion aux seuls comptes clients qui disposent de la clé privée. Si vous disposez déjà d’une paire de clés privée/publique, il vous suffit de placer la clé privée id_rsa dans le répertoire .ssh de votre compte (sans écraser celle qui s’y trouve !) et installer la clé publique sur le serveur avec la commande indiquée à la fin de l’étape 3. Sinon, vous pouvez générer la paire de clés avec la commande suivante :

zythom@Client:~$ ssh-keygen

L’ajout d’une phrase de passe est facultatif. Si vous en entrez une, vous devrez la saisir à chaque fois que vous utiliserez cette clé (à moins que vous utilisiez un logiciel d’agent SSH qui stocke la clé en clair). Je vous recommande d’utiliser une phrase de passe, mais si vous ne le souhaitez pas, il vous suffit d’appuyer sur ENTER pour contourner cette invite.

Your identification has been saved in /home/zythom/.ssh/id_rsa.
Your public key has been saved in /home/zythom/.ssh/id_rsa.pub.

Vous disposez désormais d’une clé publique et privée (sur votre machine cliente) que vous allez pouvoir utiliser pour vous authentifier. Je vous recommande de conserver précieusement une copie de ces deux fichiers dans votre Keepass.

L’action suivante consiste à placer la clé publique sur votre serveur afin que vous puissiez utiliser l’authentification par clé pour vous connecter :

zythom@Client:~$ cat ~/.ssh/id_rsa.pub | \
 ssh pi@ip-serveur "mkdir -p ~/.ssh && cat >> \
 ~/.ssh/authorized_keys"

Vous devriez pouvoir ensuite vous connecter au serveur en ssh, comme à l’étape 2, sans avoir à entrer de mot de passe lié au compte, mais une phrase de passe liée aux clés.

Étape 4 : Installer Tor sur le serveur et configurer un Hidden Service pour ssh

Sur le serveur, exécutez la commande suivante pour rejoindre le réseau Tor :

pi@Serveur:~$ sudo apt install tor

Toujours sur le serveur, modifiez /etc/tor/torrc en ajoutant les lignes suivantes (j’ai choisi le port 6001 pour éviter le port 22, plus par superstition que pour une raison valable) :

HiddenServiceDir /var/lib/tor/ssh/
HiddenServicePort 6001 127.0.0.1:22

Redémarrez Tor :

pi@Serveur:~$ sudo service tor restart

Vérifiez la création du répertoire /var/lib/tor/ssh
et récupérez le contenu du fichier /var/lib/tor/ssh/hostname

pi@Serveur:~$ sudo cat /var/lib/tor/ssh/hostname
3bjgocu36yuyggl...utbofs7us27gd6gvopwuvlywaodabzsad.onion

pi@Serveur:~$ 

La longue ligne se terminant par .onion est le petit nom de votre serveur sur Tor : je l’appellerai “nom-tor-etape4.onion” dans la suite du billet. Il est d’ores et déjà joignable depuis toute la planète depuis le réseau Tor (voir étape suivante), sans avoir à intervenir sur sa box pour rediriger des ports…

Étape 5 : utiliser Tor pour se connecter en ssh sur votre serveur

Vous avez deux manières de faire :

Soit en utilisant torsocks

zythom@Client:~$ sudo apt install torsocks

zythom@Client:~$ torsocks ssh -p 6001 pi@nom-tor-etape4.onion

pi@Serveur:~$ 

Soit en utilisant ncat et les options de ssh (source https://debian-facile.org/doc:reseau:tor)

zythom@Client:~$ sudo apt install ncat

zythom@Client:~$ ssh -o VerifyHostKeyDNS=no -o CheckHostIP=no -o IdentitiesOnly=yes -o ProxyCommand="ncat --proxy 127.0.0.1:9050 --proxy-type socks5 %h %p" -p 6001 pi@nom-tor-etape4.onion

pi@Serveur:~$ 

Étape 6 : transformer votre Hidden Service en Hidden Service Stealth

C’est l’étape la plus intéressante. Elle permet d’interdire à toute machine non autorisée d’essayer de se connecter au service ssh de votre serveur caché. Pour cela, vous allez avoir besoin de générer des clés que vous associerez à vos deux machines.

S1) Sur la machine cliente, générez une paire de clés en utilisant l’algorithme x25519 :

zythom@Client:~$ openssl genpkey -algorithm x25519 \
 -out toto.prv.pem

S2) Transformez les clés en format base32 :

zythom@Client:~$ sudo apt install basez

zythom@Client:~$ cat toto.prv.pem | \
 grep -v " PRIVATE KEY" | \
 base64pem -d | \
 tail --bytes=32 | \
 base32 | \
 sed 's/=//g' > toto.prv.key

zythom@Client:~$ openssl pkey -in toto.prv.pem -pubout | \
 grep -v " PUBLIC KEY" | \
 base64pem -d | \
 tail --bytes=32 | \
 base32 | \
 sed 's/=//g' > toto.pub.key

S3) affichez la clé publique :

zythom@Client:~$ cat toto.pub.key WWRQ37XF6U6FNWH...VHFK7CH4OX4THEUHC5N75IHA

S4) affichez la clé privée :

zythom@Client:~$ cat toto.prv.key GACZ2JCBS4CBKTPYX...4A6PMQANRDK66NBKGYTFAA

S5) Côté serveur :
Créez un fichier zythom.auth dans le répertoire /var/lib/tor/ssh/authorized_clients
contenant la clé publique du S3) formaté comme suit : descriptor:x25519:clé-du-S3

pi@Serveur:~$ sudo su
pi@Serveur:# echo "descriptor:x25519:WWRQ37XF6U6FNWH...VHFK7CH4OX4THEUHC5N75IHA" > /var/lib/tor/ssh/authorized_clients/zythom.auth

pi@Serveur:# cd /var/lib/tor/ssh/authorized_clients
pi@Serveur:# chown debian-tor.debian-tor zythom.auth
pi@Serveur:# chmod 600 zythom.auth
pi@Serveur:# service tor restart

S6) Côté client :
Modifiez le fichier /etc/tor/torrc pour y ajouter la ligne suivante :

ClientOnionAuthDir /var/lib/tor/onion_auth

Puis créez le répertoire /var/lib/tor/onion_auth

zythom@Client:~$ sudo su
zythom@Client:# cd /var/lib/tor
zythom@Client:# mkdir onion_auth
zythom@Client:# chown debian-tor.debian-tor onion_auth
zythom@Client:# chmod 700 onion_auth

Créez dans ce répertoire onion_auth un fichier zythom.auth_private contenant 
adresse-en-onion-sans-le-onion:descriptor:x25519:la-clef-privée-affichée-en-S4

zythom@Client:# cd onion_auth/
zythom@Client:# echo "nom-tor-etape4:descriptor:x25519:GACZ2JCBS4CBKTPYX...4A6PMQANRDK66NBKGYTFAA" > zythom.auth_private

zythom@Client:# chown debian-tor.debian-tor zythom.auth_private
zythom@Client:# chmod 600 zythom.auth_private
zythom@Client:# service tor restart

Étape 7 : utiliser Tor pour se connecter en ssh sur votre serveur

Ce sont les mêmes commandes qu’à l’étape 5, mais qui ne peuvent être exécutées que depuis votre machine cliente :

zythom@Client:~$ torsocks ssh -p 6001 pi@nom-tor-etape4.onion 

Ou :

zythom@Client:~$ ssh -o VerifyHostKeyDNS=no -o CheckHostIP=no -o IdentitiesOnly=yes -o ProxyCommand="ncat --proxy 127.0.0.1:9050  --proxy-type socks5 %h %p" -p 6001 pi@nom-tor-etape4.onion

Et voilà. Vous pouvez bien sûr créer des alias pour ces commandes afin de vous faciliter la vie. Amusez-vous bien.

Retex sur une alerte cyber ratée

Dans mon univers professionnel, Retex signifie “Retour d’expérience” (on dit aussi Rex). Je vais donc vous faire le retour d’expérience d’une alerte cyber ratée. Ce blog me permet en effet de partager mes expériences, et en particulier mes peines.

A 12h22 ce jour là, je reçois une alerte curieuse en provenance de ma supervision “Microsoft Defender for Cloud Apps” : une adresse IP suspecte détourne du trafic de mes utilisateurs.

Aussitôt, je procède à quelques vérifications : cette adresse IP est repérée par Microsoft comme utilisée par un “Serveur C&C pour la propagation de programmes malveillants”.

Pour le lecteur profane en la matière, il faut comprendre qu’aujourd’hui les pirates attaquent souvent leurs cibles avec l’aide de botnets, c’est-à-dire avec l’aide de réseaux de machines qu’ils contrôlent à l’insu de leurs propriétaires. Et pour contrôler ces ensembles de machines, ils utilisent des serveurs de commande et de contrôle (les serveurs C&C ou C2). Ces botnets sont utilisés pour des actions malveillantes, comme par exemple des exfiltrations de données, des envois de spam ou de malwares, ou des attaque DDOS…

Je poursuis mes investigations : avec l’interface de Microsoft Defender for Cloud Apps, je filtre les journaux d’activité de mes utilisateurs reliés à ce serveur piraté. Le constat est grave : plusieurs dizaines de comptes de mes utilisateurs sont utilisés avec des authentifications valides, et cela depuis plusieurs applications Microsoft (Teams, Outlook, Sharepoint…)

Le pirate contrôle et utilise plusieurs dizaines de comptes de mon entreprise !

Je remonte un peu dans le temps, et je constate que le pirate a pénétré l’entreprise depuis au moins un mois ! Mon sang se glace.

Être RSSI (Responsable de la Sécurité du Système d’Information), c’est être en permanence sur le qui-vive. Tous les RSSI le savent, leur entreprise n’est pas à l’abri d’une attaque cyber de grande ampleur. Non seulement ils s’y préparent, mais ils savent que cette attaque majeure, celle qui mettra tout le système d’information par terre, ARRIVERA.

Nul ne sait quand, ni comment, ni l’aspect qu’elle prendra. Mais tout s’arrêtera.

Le RSSI est donc comme Giovanni Drogo, personnage central du “Désert des Tartares”, roman de Dino Buzzati : il se prépare toute sa vie à la grande attaque finale…

Me voici donc en train d’observer de l’intérieur cette prise de contrôle des comptes de mes utilisateurs.

Après quelques minutes de sidération, je prends la décision de faire cesser l’attaque : je demande à l’équipe en charge des parefeux d’isoler les flux en provenance et vers ce serveur C&C, à l’équipe d’admin de modifier tous les mots de passe des utilisateurs concernés, à l’équipe support de s’attendre à un grand nombre d’appel d’utilisateurs en détresse et j’active la pré-alerte pour les participants à la cellule de crise cyber.

Tous mes messages sont conditionnels par précaution, mais je ne cache à personne la gravité potentielle de la situation.

Je révise mes fiches de procédure dans mon classeur de gestion de crise fraîchement créé, je retrouve les numéros de téléphone des personnes à appeler pour les différentes phases de la crise.

L’un des ordinateurs compromis est rapidement récupéré par le support grâce à la rapidité d’un des utilisateurs. Je m’apprête à en faire une image disque pour analyse ultérieure.

Il est 12h30, j’ai déclenché tout ce que j’avais à déclencher.

Non : je contacte l’hébergeur gérant l’adresse IP compromise, via son formulaire “abuse” pour qu’il agisse afin d’isoler ce serveur C&C.

12h45, les ingénieurs réseaux commencent à me remonter de l’information. Nous faisons un point en conférence téléphonique pour évoquer toutes les causes possibles. Le SIEM on prem n’a pas réagi, mais le serveur de logs montre bien la présence de l’adresse IP du serveur C&C.

Et elle est présente en nombre.

Je me prépare à un week-end difficile.

13h, les ingénieurs réseaux m’informent que parmi les ordinateurs concernés, le mien en fait partie. Ils me donnent la date et la plage horaire exacte pendant laquelle tout le flux de mon poste est passé par le serveur C&C. J’arrête mon ordinateur.

Depuis mon ordinateur de secours (un vieil Apple perso que je garde vivant et à jour via ma 4G perso et sans mes comptes professionnels), je vérifie ce que j’ai fait au moment indiqué par les équipes réseaux.

J’étais en train de travailler dans le train.

Avec cette information cruciale, et après quelques vérifications techniques, voici donc le message que j’ai envoyé à toutes les personnes impactées par cette alerte :

[...explications sur le contexte de l'attaque...]
Suite aux investigations techniques plus approfondies, menées avec diligence par l’équipe  Réseaux, il s’avère que Microsoft s’est trompé en indiquant que l’adresse IP XXX est malveillante.

Il s’agit en fait d’une adresse IP utilisée par le service Wifi de la SNCF.

L’alerte était donc un faux positif : je peux donc vous annoncer que votre compte n’a pas été compromis, ni piraté.

La rapidité est un élément clé dans une attaque informatique, et j’assume seul la responsabilité de cette décision. Néanmoins, j’ai conscience du dérangement important occasionné et je vous présente mes excuses les plus sincères.
[Zythom]

Fin du Retex, vous pouvez relire le billet avec la solution en tête et vous moquer autant que vous voulez, mais le soir, toute honte bue, j’ai ouvert une bouteille de champagne.

PS:
– Toujours utiliser le conditionnel quand on explique aux utilisateurs que leur compte a été compromis.
– Ne pas faire confiance aveuglément aux classifications des outils d’alerte.
– Garder à l’esprit que nos raisonnements restent faillibles, surtout sous la pression.
– Lorsque les utilisateurs ont pu lire mon message après avoir récupéré le contrôle de leur compte suite au changement de mot de passe, la plupart m’ont remercié et encouragé.
– Je pense que si quelqu’un lit les remontées des formulaires “abuse”, et s’il fait les vérifications, il doit parfois bien rire…

La vocation du RSSI

J’ai déjeuné avec un jeune RSSI dynamique et enthousiaste. Il s’agissait d’un repas professionnel, ce que j’évite en général tant les postures y sont artificielles.

La discussion était pourtant intéressante et nous en étions à échanger sur nos parcours respectifs quand le jeune me dit soudainement :
“vous ne seriez pas Zythom par hasard ?”

Un peu interloqué, j’acquiesce puisque je ne me cache pas vraiment derrière ce pseudonyme, qui me sert plus de sas entre ma vie professionnelle et ma vie de blogueur. C’est alors qu’il me dit “Incroyable, j’ai choisi mes études et ce métier (de RSSI) grâce à votre blog !”

Nous avons ensuite discuté jusqu’à une heure avancée de la nuit, partageant nos passions de l’informatique en général, et de la sécurité informatique en particulier. Mais sa remarque m’avait profondément ému.

Mes 10 années comme professeur d’informatique à plein temps dans une école d’ingénieurs m’ont appris ce plaisir de revoir des anciens étudiants aux détours de leur carrière et d’échanger sur leur jeunesse et mon impitoyable “UN ALGORITHME, CA DOIT TOUJOURS TENIR SUR UNE FEUILLE A4 !”, et sur les 1000 petites anecdotes qui rythment les amphis, les TD, les TP ou les salles informatiques en libre service. Mais c’est la première fois qu’un expert de la sécurité me dit que ce blog est à l’origine de sa passion et de son métier.

“Vous avez raconté la réalité des enquêtes informatiques que vous avez menées pour le compte de la justice, et vous l’avez expliqué dans des termes accessibles à l’adolescent que j’étais…”

Diantre, cela m’a touché beaucoup plus que je ne le pensais.

Je me suis souvenu alors de mes années d’adolescent écartelé entre les filles et les bricolages électroniques, entre les filles et le club d’informatique, entre les filles et les revues scientifiques, entre les filles et les avancées de l’intelligence artificielle, entre les filles et le LISP, entre les filles et le calcul des prédicats…

Je me suis souvenu que dans le club d’informatique de mon école, il y avait un panneau à l’entrée de la salle sur lequel nous avions écrit “Hacker’s corner” et qu’à l’époque, “hacker” signifiait simplement “bidouilleur”. Nous étions à la fois des jeunes curieux et de curieux jeunes. Nous étions passionnés et nous avions envie de partager notre passion. Nous avions envie de montrer que l’informatique pouvait être facile, pouvait faciliter la vie des gens, pouvait offrir un monde meilleur.

Et puis le temps est passé, la réalité des adultes s’est imposée à moi. La vie a été une longue descente aux enfers : chercheur en IA, puis professeur d’informatique, puis DSI et expert judiciaire, puis enfin RSSI. De la tour d’ivoire, à la soute.

Alors quelles ont été mes motivations ? Qu’est-ce qui peut bien motiver le RSSI que je suis devenu ? Voici mon top 3 :

La première me semble être la soif d’apprendre. Bidouiller, démonter, comprendre, hacker restent mes moteurs principaux. En 1159, Jean de Salisbury prête à son maître Bernard de Chartres la citation suivante : “Nous sommes comme des nains assis sur des épaules de géants. Si nous voyons plus de choses et plus lointaines qu’eux, ce n’est pas à cause de la perspicacité de notre vue, ni de notre grandeur, c’est parce que nous sommes élevés par eux.” Le philosophe Francis Bacon ne nous enseigne-t-il pas également que “Nam et ipsa scientia potestas est” (Savoir, c’est pouvoir), lui qui a inventé en 1605 un système de stéganographie qu’il a appelé “alphabet bilitère“, basé sur un code binaire et un texte de couverture. Pour revenir à mon époque, je dirai plutôt que je me sens comme un homme de petite taille cherchant à escalader des géants.

Ma seconde motivation est sans doute plus pragmatique : dans un monde numérique qui va de plus en plus mal, il faut/faudra de plus en plus de soldats pour défendre le village global. J’ai envie d’être membre du bataillon d’exploration avec pour objectif de rendre à l’être humain la liberté qu’il a perdue lors de l’attaque des Titans (ne spoilez pas, je n’en suis qu’à la saison 2 !).

Enfin, ma troisième motivation vient de ma rencontre, certes (sans jeu de mot) brutale, avec le monde de la cyber lors des 10 ans du SSTIC en 2012. J’y ai découvert des intelligences hors normes (et hors diplômes), des techniciens hors pairs et une agitation cérébrale bon enfant. J’ai eu envie d’en rencontrer plus.

Mais vous, si un jour vous croisez quelqu’un qui a déclenché en vous le déclic, n’hésitez pas à le lui dire, cela l’emplira de bonheur.

Manuel de survie numérique à destination d’un cabinet d’avocate – partie 1

Je suis fréquemment interrogé par des avocates pour mener un audit de la sécurité informatique de leur cabinet. Cela vient bien sûr de mon parcours d’expert judiciaire en informatique, de mon travail comme informaticien responsable de la sécurité du système d’information d’une grande école de commerce, mais aussi du fait que la femme de ma vie exerce avec brio la difficile profession d’avocate. Ses consœurs me contactent donc de temps en temps pour que je les conseille sur leurs usages numériques.

Je me suis dit que cela pourrait intéresser un cercle plus large d’avocates, en particulier les jeunes qui sortent fraîchement diplômées et souhaitent poser rapidement leur plaque.

Comme je suis prudent, je vais commencer par un avertissement : suivre mes conseils se fait intégralement à vos risques et périls. Je ne pourrais pas être tenu responsable des dommages pouvant résulter des recommandations que je donne sur ce blog, ni des conséquences de l’usage de l’informatique que je préconise, dans le passé, le présent ou le futur. Il est fait attribution exclusive de juridiction aux tribunaux compétents de Tandaloor.

Ma première recommandation : faites appel à un informaticien connu et reconnu, de la même manière que vous recommanderiez à un justiciable de se faire accompagner par une avocate pour tout problème juridique. Vous pouvez donc stopper ici la lecture de ce billet, ou continuer, mais seulement si vous êtes curieuse.

Point grammaire : j’utilise à dessein le terme d’avocate plutôt que celui d’avocat depuis le début de ce billet, non seulement parce que l’une d’entre elles est la femme qui illumine ma vie de ses plaidoiries enflammées, mais aussi parce que les femmes sont majoritaires dans cette profession depuis 2009 (source) et que j’ai envie d’inventer une nouvelle règle de grammaire : celle du genre majoritaire. J’espère que vous me passerez cette coquetterie, qui n’a pour seul objectif que d’agacer les trolls qui ne manqueront pas de venir pleurer en commentaire pour défendre la règle dite du “masculin l’emporte sur le féminin”.

Seconde recommandation : chiffrez le disque dur de votre ordinateur.

J’ai commencé par cette question simple, lors de mon intervention à la table ronde des Confluences pénales de l’Ouest 2019 dont le thème était “Justice et secret(s)”: qui dans la salle chiffre le disque dur de son ordinateur ? Seules quelques mains se sont alors levées parmi les centaines d’avocates présentes, et j’ai même entendu quelques unes poser la question “mais ça veut dire quoi chiffrer ?”.

Point définition : Le chiffrement (ou cryptage) est un procédé de cryptographie grâce auquel on souhaite rendre la compréhension d’un document impossible à toute personne qui n’a pas la clé de (dé)chiffrement. Les québecoises définissent ainsi le chiffrement : Opération par laquelle est transformé, à l’aide d’un algorithme de chiffrement, un texte en clair en un texte inintelligible, inexploitable pour quiconque ne possède pas la clé cryptographique permettant de le ramener à sa forme initiale.
Je vous laisse fureter sur les liens pour parfaire votre connaissance du terme et de ses dérivés.

Point terminologie : J’ai pu vérifier que les oreilles des juristes saignent quand elles entendent que la loi stipule, mais les informaticiens tuent un chaton à chaque utilisation du mot cryptage. De même que “le contrat stipule et la loi dispose”, on chiffre les messages et on crypte les chaînes de télévision. Et pour moi, crypter, c’est mettre en crypte.

Chiffrer le disque dur de son ordinateur, c’est donc le rendre inexploitable pour quelqu’un qui ne dispose pas du “sésame ouvre toi”.
Par exemple, en cas de perte ou de vol.

A ce stade de la lecture, avec mon expérience d’enseignant-chercheur basée sur 100% des étudiants de mon cours d’initiation à la sécurité informatique, vous devez être en train de penser : “bah, ça ne me concerne pas, ça ne m’arrivera pas, pas à moi… Si je me fais assez petite, dans toute ma vie professionnelle, jamais je ne perdrai mon ordinateur ou ne me ferai cambrioler.

J’ai la même statistique pour mon conseil sur les sauvegardes, qui fera l’objet d’un autre billet.

En tant qu’avocate, vous êtes une cible privilégiée. D’une part tout le monde pense que vous êtes riche (alors qu’en fait ce sont les notaires), et d’autre part votre assurance Responsabilité Civile Professionnelle (Complémentaire) ne couvre pas la perte d’image professionnelle quand toutes les données de vos clients seront dans la nature…

Donc chiffrez le disque dur de votre ordinateur.

Comment chiffrer le disque dur de son ordinateur ?

Si vous êtes sous Windows, je vous recommande d’activer BitLocker (par exemple en suivant cet article). Attention, si votre ordinateur est ancien ou dans une vieille version de Windows, il faudra passer au tiroir caisse et acheter un ordinateur plus récent ou installer une version plus récente de Windows. Faites vous aider par un informaticien et sauvegardez vos données auparavant (fichiers, mots de passe, etc.).

Si vous êtes sous macOS d’Apple, activez FileVault (par exemple en suivant l’aide du support Apple). Attention, si votre ordinateur est ancien ou dans une vieille version de macOS, il faudra passer au tiroir caisse et acheter un ordinateur plus récent ou installer une version plus récente de macOS. Faites vous aider par un informaticien et sauvegardez vos données auparavant (fichiers, mots de passe, etc.).

Si vous êtes sous GNU/Linux, félicitation. Vous trouverez beaucoup de tutos sur les différents outils de chiffrement disponibles pour votre distribution, ainsi que l’aide directe de nombreux bénévoles. Pour ma part, mon conseil est simple : sauvegardez toutes vos données et réinstallez votre distribution en cochant l’option “tout chiffrer” ad-hoc lors de l’installation. Quoiqu’il en soit, vous n’aurez a priori pas besoin de l’aide d’un informaticien, ni de passer par le tiroir caisse. Par contre, vous allez galérer avec le support du Cloud des Avocats du CNB qui ne prend pas en compte d’autres OS que Windows ou MacOS… Je vous invite à rejoindre (si pas déjà fait) le groupe “Avocats sous Linux” sur Facebook ou sur Google Groups.

Si vous utilisez un autre système d’exploitation (par exemple NetBSD, FreeBSD, OpenBSD…), vous savez sans doute déjà comment faire, moi pas.

Ce billet commence à être très long, vous avez certainement beaucoup de pain sur la planche, et moi aussi car ma douce et tendre est encore en garde à vue à cette heure avancée de la nuit et qu’il me faut mettre en page ses conclusions.

A bientôt pour la suite de ce billet qui devrait être consacrée aux sauvegardes. SGDZ.

Source pinterest

Les mots de passe et la mort

J’ai publié sur mon compte Twitter un petit sondage dont les résultats m’ont étonné, et sur lequel je voudrais revenir ici sur ce blog, à tête reposée.

La question (mal) posée était la suivante : “Avez-vous fait un testament pour vos comptes informatiques ?”. Voici les résultats des réponses de 192 votants (la légende de l’image est destinée aux logiciels d’aide aux malvoyants)

Sondage réalisé par le compte Twitter Zythom le 8 juin 2021 :
Question : "Avez-vous fait un testament pour vos comptes informatiques ?"
Réponses :
- Mots de passe dans la tombe avec moi = 63%
- Mots de passe données à l'être aimé = 26%
- Oui, loi 78-17 article 85 = 9%
- Mot de passe oublié (au singulier) = 2%
– Mots de passe dans la tombe avec moi = 63%
– Mots de passe données à l’être aimé = 26%
– Oui, loi 78-17 article 85 = 9%
– Mot de passe oublié (au singulier) = 2%

Je m’attendais à plus d’équilibre entre les deux premières réponses, et à moins de votes sur la 3e réponse… Du coup, je me suis dit que ça pourrait faire l’objet d’un billet de blog pour présenter ma pratique en la matière.

La question est mal posée parce qu’on ne peut choisir qu’une seule des réponses possibles (c’est une limitation de l’option de sondage sur Twitter), et que le nombre de caractères est limité. Je préfère donc répondre dans ce billet à une question plus générale : comment avez-vous organisé la transmission de vos mots de passe pour après votre mort ?

Toutes les personnes ayant eu à gérer administrativement la disparition d’un proche savent que “c’est compliqué”. En France, les différents organismes à contacter sont légions, peu communiquent entre eux, et l’univers du “Château” de Kafka n’est jamais très loin. Constatant que la transition de la société vers un monde de plus en plus numérique génère la création d’un nombre toujours plus important de comptes informatiques, il convient à mon avis de préparer de son vivant la transmission (ou non) de cet héritage numérique.

Et la plupart du temps, cet héritage numérique est protégé par des mots de passe.

Les cercles de la vie privée

Je vous propose d’examiner par cercles successifs, mes interactions avec les autres (comme dans feu le réseau social Google+).

Le premier cercle, est celui dans lequel je suis seul. C’est celui de ma vie intime que je ne veux partager avec personne, pas même avec l’être aimé ou l’être suprême. Dans mon cas personnel, j’y consacre une partie spéciale du disque dur de mon ordinateur, dont la clef de chiffrement (ie le mot de passe) n’est connue que de moi seul. J’y place des données très personnelles, ne concernant que moi, et qui disparaîtront à ma mort. C’est mon jardin secret. Techniquement, j’ai fait le choix d’un container VeraCrypt mais chacun fait ce qu’il veut. Il est sauvegardé démonté, sur un système de sauvegarde lui-même chiffré.

Le mot de passe de ce premier cercle n’est écrit nul part, et ne ressemble à aucun autre mot de passe. Le seul moyen de le connaître est de l’intercepter lors de sa frappe sur le clavier (ce qui est possible, notez le bien), de le décrypter avec des moyens qui n’existent pas encore (mais qui existeront, notez le bien), de me torturer (je suis très douillet) ou de venir le lire directement dans mon cerveau (technique non encore parfaitement au point, surtout sur mon cerveau, où règne quand même un sacré bazar).

Le deuxième cercle est celui où s’ajoute Mme Zythom. Je partage avec elle des données personnelles que je ne souhaite pas partager avec d’autres personnes, ni même avec mes enfants. Dans mon cas, il s’agit de lettres non numérisées qui ne regardent que nous deux : pas de protection par mot de passe, pas de diffusion sauvage dans la nature au gré d’un virus informatique. Une simple boite qui ne devrait pas attirer le regard d’un cambrioleur. A ma mort, Mme Zythom en fera ce qu’elle voudra bien en faire. Et si avant que la mort ne nous sépare, nous signons une séparation de corps ou un divorce, alors peut-être que le romantisme maladroit de mes jeunes années apparaîtra au grand jour… Rien qu’un peu de pommade à égo ne saura réparer.

Le troisième cercle est le cercle familial proche : Mme Zythom et mes trois enfants. Je dispose depuis très longtemps d’un serveur de stockage familial (un NAS) sur lequel nos données individuelles et communes sont stockées. Chacun dispose d’un compte avec mot de passe, et y gère ses données. Et pour ma part, j’y ai placé le coffre-fort numérique contenant tous les mots de passe de mes différents comptes informatiques (hors cercle un et deux). Techniquement, j’ai fait le choix d’utiliser le logiciel KeePass (version portable), protégé par un mot de passe ET un fichier secret. L’ensemble est stocké sur le répertoire personnel de ce NAS auquel j’accède depuis tous mes ordinateurs, y compris sous GNU/Linux (avec Mono).

Cela fera peut-être sursauter les vrais experts en sécurité informatique, mais j’ai relié mon KeePass à mes navigateurs Firefox avec l’extension “Kee” pour éviter d’utiliser le service de synchronisation proposé par Firefox, et pour que les mots de passe soient renseignés automatiquement dans Firefox sans que celui-ci ne les mémorise (ils restent tous et uniquement dans KeePass). C’est rapide, pratique, et je ne connais quasiment aucun des mots de passe stockés dans mon KeePass car j’utilise beaucoup sa fonctionnalité de générateur automatique de mot de passe (112 mots de passe différents à ce jour).

Toutes les fois où c’est proposé, j’active la double authentification avec l’application FreeOTP sur mon smartphone (30 comptes à ce jour). Les comptes les plus sensibles sont protégés avec une clef physique YubiKey (compatible NFC).

Pour ce troisième cercle, j’ai donc confié à l’être aimé l’endroit où se trouve l’enveloppe cachetée dans laquelle se trouvent le mot de passe de mon compte NAS (pour accéder au dossier KeePass), celui pour déverrouiller mon KeePass, celui de l’accès à mon téléphone et où se trouve ma YubiKey. Le tout assorti du conseil de vite trouver un vrai informaticien pour exploiter tout cela (et continuer à faire fonctionner ce qui devra continuer à fonctionner après ma dernière révérence).

Après ma mort, si vous ne voyez rien venir sur ce blog ou sur les différents réseaux sociaux sur lesquels je sévis, alors c’est que ma procédure est nulle : il faudra alors contacter chaque organisme pour, au choix, débloquer la situation administrative, payer le serveur d’hébergement, faire fonctionner les sauvegardes, pouvoir les exploiter au cas où, convertir les éthers en euros…

Et vous, que pensez-vous de tout cela ? Qu’avez-vous prévu ? Que me conseillez-vous ?

L'image représente un canapé ensanglanté avec un cadre décroché dont le coin a percuté la tête d'une personne (absente de l'image, mais la forme de la tâche de sang la représente en pochoir). La légende indique "De toute façon, je comptais changer de déco".
Extrait de http://salemoment.tumblr.com/
avec l’aimable autorisation de l’auteur Olivier Ka

QR codes et pass sanitaire

J’ai été contacté par Jérôme Hourdeaux, journaliste de Médiapart, qui préparait un article sur le passage au Sénat du projet de loi de gestion de la sortie de crise sanitaire. Je me suis prêté au jeu des questions réponses, et il a accepté que je publie ici notre échange.

- Tout d’abord, est-ce que vous pourriez résumer comment fonctionne un QR Code ? Celui utilisé dans le cadre du pass sanitaire a-t-il des particularités ?
Le QR code est un type de code-barres bidimensionnel qui représente l'information à l'aide d'une grille de pixels, là où le code-barres classique utilise des barres et des espaces d'épaisseur variable.
Un QR code peut stocker plus de 4 000 caractères alphanumériques, bien plus que la capacité du code-barres classique (de 10 à 13 caractères). 
Le QR code peut donc facilement être utilisé pour stocker l'adresse d'un site internet, des informations de connexion à une borne Wifi, des informations permettant de faire un paiement direct avec son téléphone mobile, du texte libre, etc.

L'utilisation principale du QR code aujourd'hui est de permettre de transférer des informations vers un smartphone sans que l'utilisateur n'ait besoin de taper les informations lui-même (URL d'une vidéo, URL d'un site web présentant le menu d'un restaurant, etc.). Parfois même le smartphone enchaîne plusieurs opérations automatiquement : l'appareil photo détecte la présence d'un QR code, reconnait qu'il s'agit d'un site internet, ouvre le navigateur et se dirige sur le site internet. On imagine aisément ce qu'il peut se passer si le site est infecté.

Dans le cas du pass sanitaire français, le souhait du gouvernement est d'encourager les utilisateurs à centraliser les différentes informations du pass sanitaire au sein d'une application unique (controversée) TousAntiCovid.

3 transferts possibles vers le smartphone :
- le certificat de test virologique négatif (test RT-PCR et test antigénique)
- le certificat de rétablissement de la Covid-19
- l'attestation certifiée de vaccination

L'application TousAntiCovid devrait générer un QR code contenant ces informations, QR code à présenter pour entrer dans les lieux publics recevant un grand nombre de personnes.


- Quels sont les risques d’afficher son QR code comme vous l’évoquez sur Twitter ? Que peut-on y lire concrètement ? Et pourquoi flouter ne suffit pas ?

Le principal défaut d'un QR code est que les humains ne les lisent pas facilement : il faut un appareil ou une application pour les déchiffrer. Le risque quand on publie un QR code est donc de ne pas savoir ce que l'on publie (sauf si l'on a vérifié avant). L'utilisateur imprudent a l'impression de publier une image, alors qu'il publie de l'information potentiellement confidentielle.
Certains QR codes contiennent des informations telles que des codes d'annulation de billets d'avion, des codes individuels d'accès à un concert ou à une zone réservée.
Dans le cas du pass sanitaire, il s'agit d'informations relatives à sa santé.


- Peut-on forger un QR Code, par exemple pour s’attribuer un faux test négatif ou une preuve d'immunité ?

Il est très facile de générer un QR code, de nombreuses applications le permettent. Si les personnes publient des QR codes sur les réseaux, il devient facile de les récupérer pour fabriquer un faux et falsifier un document officiel. 


- A l’inverse, y-a-t-il un risque de voir apparaître dans l’espace public des faux QR Codes diffusant par exemple des virus, ou volant les données des téléphones ?

De la même manière qu'il ne faut pas mettre une clef USB inconnue dans son ordinateur, il ne faut pas flasher les QR codes à tout va. Il s'agit de faire une estimation de la confiance que vous avez et du risque que vous prenez. Malheureusement, beaucoup de gens font trop confiance et n'ont pas conscience des risques. Cela fait le lit des pirates. Imaginez l'impact d'un QR code malicieux placé près d'une zone souvent prise en photo.


- Concernant le pass sanitaire, recommanderiez-vous t’utiliser l’appli, ou une version papier ? D’une manière générale, avez vous des conseils de sécurité à formuler pour cette sortie d’état d’urgence sanitaire et les dispositifs de contrôle qui l’accompagne ?

L'application TousAntiCovid est mal conçue : elle n'est pas compatible au niveau européen, donc les touristes en sont exclus, elle est basée sur une technologie dont les informaticiens ont immédiatement indiqué qu'elle serait inefficace, elle coûte très cher au contribuable pour un résultat minime, elle collecte des données personnelles sensibles (les personnes que l'on rencontre), elle ne prend pas en compte les personnes n'ayant pas de smartphone... Bref, je ne recommande pas l'utilisation de cette application (mais chacun fait ce qu'il veut).

On peut scanner ses papiers et certificats en les prenant en photo, c'est plus pratique. Idem pour les anciennes attestations de déplacement : un simple lien suffisait pour les remplir et les conserver au format pdf sur son téléphone.

Les seuls conseils de sécurité informatique que je me sens capable de donner sont les suivants : soyez curieux du fonctionnement des technologies, essayez de les comprendre vous-même, démontez les appareils, méfiez-vous des raisonnements simplistes ou alarmistes, ne donnez pas votre confiance éternellement (à un dispositif, à une personne politique...), soyez critique et autocritique, méfiez vous des systèmes trop automatiques, et surtout ne soyez pas trop naïf.

Concernant les QR codes, utilisez de préférence une application qui se contente de les déchiffrer et de vous afficher leur contenu. Vous pourrez faire un copier/coller ensuite dans l'application appropriée, en toute connaissance de cause.

Une partie de cet échange a été utilisé par Jérôme Hourdeaux pour son article publié dans Médiapart et intitulé “Le Sénat tente d’encadrer le passe sanitaire” (réservé aux abonnés).

Je le remercie pour son autorisation de publication de nos échanges sur ce blog.

Souvenir du premier trailer du jeu vidéo Grand Theft Auto IV

J’ai été Vincent – conclusion

Avant toutes choses, je voudrais remercier les organisateurs de cette expérience, à commencer par Kozlika qui m’a encouragé à y participer. J’imagine mal le temps qu’ils vous a fallu pour mettre en place tous les aspects du projet, mais je suis sur qu’il a été immense. BRAVO pour le résultat \o/

A titre personnel, c’est la première fois que je me lance dans l’exercice de l’écriture. Tenir un blog sur sa vie est une chose, inventer une histoire et la faire vivre en est une autre. Pour l’anecdote, je me suis d’abord inscrit sous mon pseudonyme de blogueur, pour venir ici faire vivre une histoire à mon pseudonyme… Kozlika m’a gentiment suggéré de prendre un autre prénom pour faciliter la création. Je l’ai même laissé choisir le prénom de mon personnage, c’est dire le désarroi dans lequel j’étais.

Le bilan de l’expérience est positif, tant j’ai appris de choses (pas toujours à mon avantage). La plus grande difficulté a été de comprendre la différence entre mon MOI IRL, mon MOI comme auteur, mon personnage et mon MOI comme commentateur (j’utilisais alors mon pseudonyme de blogueur). Cela a fait beaucoup de personnes dans ma petite tête. Surtout quand Kozlika m’a expliqué que je commentais avec la même adresse email que celle utilisée pour m’enregistrer comme auteur, alors que je commentais sous mon pseudonyme de blogueur, ou que je répondais à un commentateur d’un de mes billets en tant qu’auteur de mon personnage… Bref, il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre cette multiplicité d’identités.

En tant qu’auteur débutant, sans formation littéraire, j’étais déjà bien à la peine à gérer une histoire qu’il fallait raconter à travers l’écriture du personnage dans son carnet intime, tout en lisant tous les autres carnets intimes (mais sans pouvoir en tenir compte, mais quand même un peu beaucoup)… Cela explique aussi que j’ai peu commenté les billets du projet, tant j’avais peur d’apparaître sous l’identité de Vincent Mem. Le projet est toujours en ligne sur son site dédié : l’auberge des blogueurs. et j’y ai lu tous les billets, avec plaisir, surprise, et une pointe de jalousie pour leur auteur(e).

J’ai eu aussi du mal à proposer des interactions, parce que j’ai eu beaucoup de mal à construire une histoire et à la découper pour essayer de la rendre intéressante. Je voudrais remercier tous les auteurs qui m’ont proposé une interaction, et ce n’était pas facile car le personnage que j’ai créé ne s’y prête pas trop (de ce point de vue, il est un peu à mon image), son histoire non plus, pas plus que la narration que j’ai choisie. MAIS les auteurs viennent aussi discuter sur le forum des interactions possibles de leurs personnages. MAIS du coup, cela crée une difficulté supplémentaire pour un auteur débutant : discuter avec les auteurs qui sont aussi des lecteurs, sans dévoiler les retournements de situation prévus (ou pas).

Écrire les résumés de chaque texte a également été un exercice délicat : résumer sans dévoiler !

J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir les difficultés de l’écriture et à me frotter à la construction d’une histoire. Merci à vous de l’avoir lu, et merci à Kozlika et son équipe d’avoir organisé cet exercice littéraire et de m’avoir permis de réaliser un rêve de beaucoup de personnes : écrire une histoire.

Je voudrais enfin présenter des excuses à ceux que l’histoire de Vincent Mem a fait souffrir en faisant remonter des souvenirs douloureux. Ce n’était évidement pas l’objectif et ce n’est que maladresse de ma part de ne pas y avoir pensé en concevant l’histoire.

Un blog ne serait pas un blog s’il ne renvoyait pas à un moment ou à un autre vers tous ceux qui ont rendu possible cette aventure. Voici donc ceux que j’ai nommé LES ORGANISATEURS tout au long de mes “explications de texte” précédentes.

Le site : l’Auberge des Blogueurs

Les aubergistes :

Franck Paul
Kozlika
Pep

* Franck Paul et Pep étaient les Frères Molette, nos mécanos de compétition.
* Graphisme et intégration du blog : Kozlika.

—————————————————-

Les contributeurs :
Hors modos et orga. Dont les contributeurs non joueurs*

Ezelty (menus)
Lola* (relecture règles du jeu)
Luce* (accessibilité du site)
Marion* (aspects légaux)
Noé dit Lomalarch (tests blog)
Stéphane* (carte de situation, accessibilité du site)
Tomek (tests blog)

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La Direction (aka les modérateurs)

Franck Paul 
Jonathan-Clovis / Nuits de Chine
Kozlika 
Philippe / Dissitou

Les auteurs : https://auberge.des-blogueurs.org/pages/les-auteurs

Les personnages : https://auberge.des-blogueurs.org/personnages

Les blogueurs qui en ont parlé (liste non exhaustive) :
* Cunégonde (Claire) http://www.banalitescunegonde.fr/post/2 … -blogueurs
* Dissitou (Lucien) https://www.dissitou.org/post/Auberge-d … lap-de-fin
* Franck (Henri) qui https://open-time.net/post/2020/10/01/A-l-ombre
* Garfieldd (Côme)
    – https://garfversion2.wordpress.com/2020 … blogueurs/
    – https://garfversion2.wordpress.com/2020 … aby-blues/
* Gilda (Mme Danchin) https://gilda.typepad.com/traces_et_tra … C3%A0.html
* Gilsoub (Eric Javot) http://www.legaletas.net/blog/index.php … -est-finis
* Kozlika (Jeanne, Joseph) http://www.kozlika.org/kozeries/tag/aub … -blogueurs
* Laurent (Paul)
    – https://desfraisesetdelatendresse.blogs … ueurs.html
    – https://desfraisesetdelatendresse.blogs … -cafe.html
    – https://desfraisesetdelatendresse.blogs … indon.html
* Luce (Natou) http://lucecolmant.com/carnet/post/2020 … u-et-merci
* Nééa (Margaux) https://neealemeur.wordpress.com/2020/0 … t-cet-ete/
* Noé (Artus, Vernon) https://www.noecendrier.fr/misc/post/20 … -l-adresse
* Nuits de Chine (Émile) https://www.nuitsdechine.org/index.php/ … /09/18/819
* Obni (Mela) http://www.obni.net/dotclear2/?post/202 … log(u)eurs
* Orpheus (June, Livia)
    – http://orpheusonline.com/blog/a-l-auberge-1-3.html
    – http://orpheusonline.com/blog/a-l-auber … e-2-3.html
    – http://orpheusonline.com/blog/a-l-auber … a-3-3.html
* Raphaël Isla (Mattéo) http://www.famille-isla.net/raphael/blo … -blogueurs
* Sacrip’Anne (Calliste, Alexeï) https://sacripanne.net/post/2020/09/21/voila-c-est-fini
* Tomek (Colin) https://www.envisagerlinfinir.net/post/ … ns-le-jura
* Zythom (Vincent) https://zythom.fr/tag/auberge-des-blogueurs/

Merci aux lecteurs habituels de mon blog d’avoir enduré la publication de mes textes et des explications qui les accompagnaient. Vous savez que je n’en fait ici qu’à ma tête.

Et finalement, qu’en avez-vous pensé ?

Le mendiant de l’amour 9/9

Résumé du texte qui suit : Le rôle du cahier, et la lettre écrite pour Sylvie.

5 juillet

Comme mon arrivée à l’auberge, le lundi 15 juin, me semble loin. Ce cahier que j’ai trouvé dans la chambre m’avait ouvert ses pages. Pourtant, je me suis méfié : je n’y ai rien écrit le jour de mon arrivée, mais comme dans les romans de mon adolescence, j’ai glissé un de mes cheveux dans la première page… C’est comme cela que j’ai su que quelqu’un lisait ce carnet intime.

J’écris donc aujourd’hui une dernière fois à celui ou celle qui lit discrètement les pages de ce cahier. Est-ce vous Léandre, l’homme de chambre indiscret de l’auberge ? Si oui, sachez que je ne vous en tiens pas rigueur. Pour une raison simple : je me suis servi de vous.

Les premières pages écrites dans ce cahier racontaient une histoire noire que vous vous êtes empressé sans doute de raconter au reste du personnel de l’auberge. Ce qui fait que quand ma femme Sylvie a téléphoné pour savoir si j’avais bien réservé une chambre, l’accueil téléphonique, non content de répondre par l’affirmative, a ajouté “ah oui, le monsieur triste qui ne parle à personne”.

Était-ce le fruit de vos lectures indiscrètes, ou simplement le constat d’un fait évident, je ne le saurai pas. Pas plus que je ne saurai si vous avez lu ce dernier texte puisque vous partez comme moi aujourd’hui.

Ma maladie s’appelle avant tout le mal de vivre, la perte de sens, la routine.

La dépression.

Et Sylvie, l’amour de ma vie, l’a parfaitement compris en laissant tout tomber pour me rejoindre ici.

Bien sûr, il a fallu que je lui donne quand même des indices, pour l’inquiéter et la faire venir. J’ai avant tout pensé à moi avant de penser à nous. Je savais qu’elle viendrait, et je lui ai écrit une lettre pour tout lui expliquer, et elle m’en a tenu rigueur un quart d’heure. Peut-être dois-je mon bonheur à cet homme, Mattéo, qui est intervenu au moment critique ? Ou à cette inconnue qui m’a serré dans ses bras dans le couloir ?

J’espère bien vivre cette passion le plus longtemps possible.

Donnez moi de la tendresse, surtout pas d’argent.
Gardez toutes vos richesses, car maintenant
Le bonheur n’est plus à vendre. Le soleil est roi.
Asseyez-vous à ma table, écoutez-moi.
On est tous sur cette Terre des mendiants de l’amour,
Qu’on soit pauvre ou milliardaire, on restera toujours les mêmes,
Ces Hommes extraordinaires, ces mendiants de l’amour.
Moi, j’ai besoin de tendresse chaque jour.
(extrait du “Mendiant de l’amour” d’Enrico Macias)

Je laisse ce cahier là où je l’ai trouvé le jour de mon arrivée. Qui que vous soyez, faites-en ce que vous voulez : brûlez-le, complétez-le, arrachez-en les pages, lisez-le, rendez-le public.

Je glisse dans les pages la lettre que j’ai écrite à Sylvie et qu’elle a lue le jour de son arrivée à l’auberge.

Vincent

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Vendredi 19 juin 2020

Mon amour,

Je ne peux pas me résoudre à voir notre amour devenir calme et raisonnable avec l’âge.
Je ne veux pas vieillir à tes côtés en me calant confortablement contre toi, le soir au coin d’un feu doux et ronronnant.
Je veux un feu de joie, ardent, brûlant et déraisonnable.
Je veux retrouver nos 20 ans, notre passion impétueuse magnifiée par l’expérience et la connaissance.
Je veux redécouvrir nos corps, décrasser la calamine de notre couple.
Je veux que l’on trouve de nouveau le temps de ne rien faire, de faire l’amour, de se parler, de se taire ensemble.
Je veux couper le lien avec le monde, oublier les outils numériques.
Je veux t’attirer ici et t’isoler de ton comité de direction.
Je veux t’offrir les plus beaux souvenirs de moi que tu puisses avoir.
Je te veux pour moi seul comme si je n’avais plus que six mois à vivre.
Je voudrais tant que toi aussi tu aies envie de tout cela…

Et si l’on s’offrait six mois de pure folie ?

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Commentaire de Vincent-auteur, écrit sous le billet d’origine, et qui pour moi fait partie du projet et conclut le texte :

Je suis content que tous les lecteurs aient considéré que Vincent a menti sur sa maladie, alors qu’il indique seulement avoir su que son cahier était lu, et qu’il avait besoin de se servir du personnel pour convaincre sa femme de le rejoindre.

Il écrit que sa maladie est “avant tout” le mal de vivre, etc. et fait deux fois référence aux six prochains mois dans la lettre écrite à Sylvie.

Donc, quel est le sens exact de la phrase “Je te veux pour moi seul comme si je n’avais plus que six mois à vivre.” ?

Et si finalement, il voulait toujours cacher la réalité de sa maladie ET vivre pleinement ses six derniers mois, sans en parler à sa femme, ET tout en faisant en sorte que celle-ci ne regrette pas d’avoir AUSSI pleinement profité des six derniers mois de son mari…

Je rappelle que l’avant dernier texte se terminait par “Ce sera l’apothéose de mon crépuscule.” Je voulais finir sur un mini coup de théâtre, l’exploitation du cahier par Vincent, qui sait qu’il est lu par un membre du personnel de l’auberge. Mais le carnet terminé, refermé et abandonné, ne pouvait pas clore complètement l’histoire : j’ai donc trouvé cette astuce d’intervenir dans les commentaires en jouant sur l’ambiguïté Vincent-auteur/Vincent-personnage. Car enfin, le fond de mon idée était de laisser le doute sur le comportement de Vincent : a-t-il menti tout au long de son récit dans le carnet pour raviver la flamme de sa passion avec Sylvie, comme le personnage du film “Le Zèbre“, ou est-il réellement malade et veut vivre heureux ses six derniers mois, sans regret, tout en faisant en sorte que ses proches les vivent heureux également, sans commisération.

Le penchant naturel des lecteurs du projet et des auteurs qui ont commenté était clairement en faveur d’une fin heureuse. Mais la vie est une pièce tragique et comique qui se termine par une catastrophe.

Le billet suivant est le bilan personnel de cette expérience d’écriture.

Raviver la flamme ^^