Analyse du rapport de la commission de réflexion sur l’expertise

desfoispassavoir

L’introduction de ce billet est à lire ici.

Le rapport Bussière/Autin fait 56 pages, dont une page de titre, deux pages de sommaire, six pages de tableau récapitulatif et 13 pages d’annexes, soit selon la méthode préconisée dans le rapport, 34 pages « utiles ».

Le rapport est agréable à lire, me semble clair et la présentation des préconisations juste après la présentation de chaque problème est judicieuse, ainsi que le tableau récapitulatif. Le document pdf mis en ligne aurait mérité l’insertion de quelques liens hypertextes pour faciliter la lecture, en particulier le renvoi aux textes de loi. S’agissant d’un rapport destiné à être remis au Garde des Sceaux, à l’occasion d’une cérémonie formelle, je suppose que ma remarque est futile. En tout cas, certains rapports d’expertise mériteraient d’être aussi clairs 😉

Les lettres de mission adressées aux auteurs du rapport étant judicieusement jointe en annexe 1, il est possible de connaître la feuille de route établie à l’intention du groupe de travail:

« [La] modernisation [de la justice] doit s’attacher à faciliter l’accès à la justice, améliorer la qualité des décisions rendues mais aussi à faire en sorte qu’elles soient rendues dans des délais acceptables pour nos concitoyens.

L’expertise se trouve souvent au cœur de ces problématiques. Elle concentre nombre de critiques qui sont adressées à la justice et contribuent à sa mauvaise image. »

J’ai un peu tiqué dans la mesure où il me semble plus important de s’intéresser au bon fonctionnement de la justice plus qu’à son « image ». Ce point est corrigé à la fin de la lettre de mission:

« Je souhaite que le groupe que vous co-présiderez, nous permette à la fois de mieux appréhender l’ensemble des problèmes suscités par l’expertise dans tous les domaines (civils, commerciaux et pénaux) et de proposer toutes les solutions qui seraient de nature à améliorer le fonctionnement de la justice sur ce point et à mieux répondre aux attentes des usagers. ».

La mission est très générale et j’avoue que j’admire les magistrats qui l’ont acceptée, tant elle est vaste. Une critique néanmoins, les deux lettres de mission précisaient que le rapport devait être remis au ministre au plus tard à la fin de l’année 2010. Mon esprit positif me fait croire que les deux courageux magistrats ont eu de bonnes raisons de demander une prolongation de délai afin de le remettre le 1er avril 2011.

1ère partie: Expertise et accès à la Justice.

A – Améliorer l’accès à la justice au regard du choix de la mesure.

Shorter: le juge doit s’attacher à n’ordonner une expertise que dans les cas où elle est objectivement indispensable, car la république des experts, cela coute cher et c’est long.

Préconisation n°1: « Recourir davantage en matière civile, lorsque les conditions sont réunies, aux mesures d’instruction plus rapides et moins coûteuses que l’expertise: consultation et constatations. »

Ma remarque: c’est l’article 263 du code de procédure civile

Préconisation n°2: « Accroître en matière pénale le recours aux constatations par exemple en matière financière et informatique par:

– le développement des capacités techniques des services enquêteurs,

– l’amélioration de la formation des magistrats et enquêteurs,

– l’augmentation du nombre d’assistants spécialisés. »

Ma remarque: Il me semble parfaitement normal que les services enquêteurs voient leurs capacités techniques développées et que le nombre d’assistants spécialisés augmentent. Mais je n’ai pas l’impression que les moyens financiers suivront! Il semble plus facile pour le gouvernement actuel de choisir de « privatiser » un certain nombre de constatations en les externalisant au coup par coup auprès de particuliers qui vont utiliser leur propre matériel (ou celui de leur employeur). L’expert judiciaire est en train de devenir un prestataire de service, souple, jetable, renouvelable, et qui coute beaucoup moins cher qu’un fonctionnaire à plein temps. Je constate que, dans mon département, l’unique gendarme formé aux technologies informatiques modernes et ayant en charge (entre autres choses) les affaires d’intrusions informatiques, d’escroqueries informatiques, de contrefaçon de carte bancaire, et assurant l’assistance technique aux services de police et l’analyse criminelle (N-Tech), était quelque peu débordé par les nombreuses poursuites d’internautes dans des affaires de recel d’images et de films pédopornographiques, ce qui m’a valu d’être désigné pour traiter les affaires qu’il ne pouvait pas absorber. Nul augmentation d’effectif n’était en vue… Et c’était avant la fusion Police/Gendarmerie!

B – Améliorer l’accès à la justice au regard de l’information du justiciable.

Shorter: Un expert, c’est cher. Le justiciable ne le sait pas. Les magistrats ne connaissent pas bien les tarifs de leurs experts ni leurs réactivités.

Préconisation n°3: « Élaborer une fiche d’information sur l’expertise (site internet du Ministère). »

Ma remarque: Le rapport précise que le site internet du ministère de la Justice présente succinctement l’expert judiciaire, mais ne fournit aucune information sur le déroulement et le coût de l’expertise. Je n’ose même pas imaginer une fiche détaillant l’ensemble des coûts possibles pour toutes les catégories d’expertises possibles. Il n’y a qu’à déjà lire la nomenclature qui inventorie les différents experts judiciaires possibles… Faut-il indiquer au justifiable les coûts moyens d’un expert judiciaire « neige et avalanche » (A.9)? Ceux d’un expert judiciaire « gravures et arts graphiques » (B.3.8)? Les tarifs de l’expert judiciaire « travaux sous-marins » (C.1.29)?

Préconisation n°4: « Diffuser au niveau de chaque cour d’appel au profit exclusif des magistrats des éléments d’information sur les coûts et délais moyens des expertises réalisées par les différents experts inscrits sur la liste. »

Ma remarque: C’est la reconnaissance de l’excellent travail de la revue « Experts » qui réalise chaque année, sur la base du bénévola, une grande enquête auprès de ses lecteurs afin d’établir des statistiques sur le travail des experts judiciaires. Une reprise de ce travail par la puissance publique serait souhaitable, surtout qu’elle dispose déjà de tous les éléments puisqu’elle est l’ordonnateur des expertises et en contrôle les délais et le paiement. Par contre, je ne comprends pas le secret demandé: « au profit exclusif des magistrats ». Pourquoi ne pas publier ses chiffres de manière détaillée au profit de l’ensemble des justiciables?

Préconisation n°5: « Faire établir par l’expert dès la mise en œuvre de sa mission un calendrier des opérations d’expertise et un relevé du montant des frais et honoraires au fur et à mesure de leur engagement. »

Ma remarque: C’est pour moi le B.A.BA de la gestion de projet que de commencer par établir un budget prévisionnel et un échéancier des phases du projet. Un corolaire de cette préconisation sera toutefois le remboursement très rapide (moins de 90 jours) du montant des frais avancés et honoraires après recettage de la prestation de service.

C – Le prix de l’expertise.

Shorter: Le coût de certaines expertises rend difficile l’accès à la justice pour ceux dont les revenus sont faibles mais pas suffisamment pour que leurs frais de justice soient pris en charge par l’État. Par ailleurs, les prix fixés par l’État pour certaines expertises (médecine légale, psychiatrie…) sont si bas que les personnes les plus qualifiées pour les faire refusent de devenir expert judiciaire. Enfin, les délais de paiement des frais et honoraires des experts judiciaires sont dissuasifs.

Préconisation n°6: « Instaurer une assurance en ajoutant dans un contrat composite (assurance multirisque habitation…) une garantie obligatoire de protection juridique couvrant les domaines juridictionnels les plus sollicités. »

Ma remarque: Pas de problème si les français acceptent de payer un peu plus leurs assurances pour qu’elles prennent en charge les coûts parfois très élevés d’une expertise. Mais quid des français n’ayant pas de contrat « multirisque habitation »? Ne serait-il pas plus simple et juste de relever les plafonds des aides juridictionnelles? Comment ça, ça coute?

Préconisation n°7: « Développer localement les chartes entre les compagnies, les juridictions et les avocats afin de promouvoir les bonnes pratiques permettant une réduction des frais en cours d’expertise (cf. chartes de la Cour d’Appel de Paris, de Versailles…). »

Ma remarque: Dans la mesure où l’activité d’expert judiciaire n’est pas une profession, qu’il n’existe pas d’ordre des experts judiciaires, et que l’appartenance à une compagnie d’experts judiciaires n’est pas obligatoire, je ne vois pas en quoi la mise en place d’une charte s’imposera à tous les experts judiciaires. Mais il est vrai que cela n’altère pas les finances publiques.

Préconisation n°8: « Modifier l’article 280 du code de procédure civile pour rendre obligatoire la demande par l’expert de consignation complémentaire si la provision initiale s’avère manifestement insuffisante. »

Ma remarque: Très bonne idée, j’adhère pleinement à cette bonne pratique. Un souhait néanmoins: le traitement rapide de cette demande sinon les délais d’expertise vont singulièrement augmenter. Bon nombre d’experts ont les yeux rivés sur le temps qui passe, les réunions qui s’enchaînent et la date butoir qui approche. Si l’on doit ajouter à cela une demande de consignation complémentaire…

Préconisation n°9: « Modifier l’article 282 du code de procédure civile pour y insérer l’obligation faite à l’expert de transmettre aux parties sa demande de rémunération en même temps que son rapport. »

Ma remarque: Cela va dans le sens de la transparence. Chaque partie doit être tenue au courant des avancées de l’expertise, y compris de son coût. Que cette bonne pratique soit inscrite dans la loi plutôt que dans une charte locale me semble bienvenu.

Préconisation n°10: « Revaloriser certaines expertises tarifées (médecine légale, psychiatrie, psychologie…). »

Ma remarque: Les experts concernés vont être contents. Mon petit doigt me dit qu’il ne faut pas non plus s’attendre à une augmentation extraordinaire, rapport au budget de la justice et tout ça. Souvenez-vous aussi de la phrase maladroite de mon confrère «Quand on paie les expertises au tarif d’une femme de ménage, on a des expertises de femmes de ménage!». Le Garde des Sceaux de l’époque avait alors demandé sa radiation, refusée par la Cour d’Appel de Rouen qui avait estimé que l’expert n’avait commis aucune faute susceptible d’entraîner sa radiation et que son travail avait été « extrêmement fouillé et individualisé ». Je m’en étais fait ici même l’écho.

Préconisation n°11:  » Clarifier et simplifier les circuits de paiement en vue d’abréger les délais de règlement notamment dans le cadre de l’application du logiciel CHORUS. »

Ma remarque: clap clap clap. Sauf peut-être si cet article de Eco89 est toujours vrai…

Préconisation n°12: « Mettre financièrement les juridictions en capacité de régler sur toute l’année les mémoires des experts dans des délais raisonnables. »

Ma remarque: clap clap clap. Et qu’on soit bien d’accord: délai raisonnable = inférieur à 90 jours, sinon pénalités.

Préconisation n°13: « Modifier l’article R.115 du code de procédure pénale afin de permettre le versement d’acomptes provisionnels allant jusqu’à 50% du montant des frais et honoraires prévus. »

Ma remarque: clap clap clap. Aujourd’hui, c’est 33% maximum, le reste étant payé jusqu’à deux ans après. Je précise que je n’ai jamais demandé d’avance dans mes dossiers au pénal, et toujours attendu leur règlement presqu’en silence. Là encore, je pense malheureusement que le temps de traitement par la machine judiciaire de telles demandes vont entraîner l’augmentation des délais de réalisation des expertises.

La suite concerne la 2e partie du rapport, intitulée « Expertise et qualité de la justice ». Elle sera traitée dans un prochain billet.

Peut-être.

Prolégomènes à l’analyse du rapport de la commission de réflexion sur l’expertise

reading for dummies

En 1996, mon épouse avocate me demande de l’aide pour comprendre un rapport d’expertise judiciaire informatique qui apparaît dans l’un de ses dossiers. Cela tombe bien, je suis ingénieur en informatique industrielle, docteur en intelligence artificielle informatique, professeur d’informatique dans une grande école d’ingénieurs et responsable informatique. La compréhension de ce rapport ne me pose aucun problème, mais je découvre ainsi le travail d’un informaticien qui s’est mis ponctuellement au service de la justice.

Ma femme me propose alors de postuler pour mettre mes propres compétences au service de la justice. Je trouve l’idée excellente car c’est pour moi un moyen de me rapprocher de l’univers professionnel de mon épouse.

En février 1997, je dépose un dossier de candidature. Plus exactement, un dossier de demande d’inscription sur la liste des experts judiciaires de ma Cour d’Appel.

Première demande refusée, sans explication.

En février 1998, je redépose une demande d’inscription. Celle-ci sera acceptée, sans plus d’explication.

En janvier 1999, je prête serment et deviens à 35 ans l’un des plus jeunes experts judiciaires en informatique de France.

Me voici prêt à offrir mon concours à la justice.

« Offrir? » me dit mon épouse. « Tu vas avancer des dépenses qui devront t’être remboursées par l’une des parties au procès, ou par l’État, tu vas comptabiliser du temps qui peut être rémunérer sous forme d’honoraires. Il va te falloir tenir une comptabilité et établir des feuilles de frais et honoraires et en demander le remboursement. »

« Ah bon? » lui répondis-je. « Mais je suis pourtant d’accord pour travailler gratuitement. On me demande mon avis et je le donne. Le simple fait de considérer mon avis comme digne d’être écouté me comble et me suffit! »

« Mais oui, mais oui… Et comment comptes-tu payer l’URSSAF, CANCRAS et CARBALAS? Et ton assurance en responsabilité civile si tu commets une erreur? Et tes déplacements à l’autre bout de la région judiciaire? Et les journées de congé que tu devras prendre? Et les formations que tu vas devoir suivre? »

Moi: « … »

Les femmes étant souvent plus intelligentes que les hommes, et dans mon cas, plus compétentes en matière juridique, mon épouse s’est débrouillée avec les différents greffes ad hoc pour obtenir une grille des différents tarifs considérés comme normaux par les magistrats en charge du contrôle des expertises.

Ensuite, j’ai mis au point ma note de frais et honoraires.

Puis j’ai découvert la valeur du succès. Et parfois, l’exercice délicat des expertises privées. J’ai découvert un univers particulier, habité par des personnes extrêmement compétentes, mais aussi par ce que Dirdir appelait « des hommes d’affaires, des hommes de pouvoir » ici-même dans son rapport d’étonnement.

Pour conclure ses prolégomènes, je rappellerais à mes chers lecteurs que l’activité d’expert judiciaire n’est pas une profession réglementée et que l’expert est considéré comme un collaborateur occasionnel du service public de la justice.

Il existe des associations loi 1901 regroupant les experts qui souhaitent y adhérer, soit par cour d’appel (compagnies pluridisciplinaires), soit par ce que vous voulez, la création d’association étant libre en France. Je parle de ces organisations dans les explications liminaires de ce billet sur mon passage en commission de discipline en 2008 à cause de la tenue de ce blog.

C’est donc avec un esprit d’indépendance, que je vais essayer d’analyser le rapport demandé en mai 2010 par le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Libertés, réalisé par Madame Chantal Bussière, Premier Président de la Cour d’Appel de Bordeaux, et Monsieur Stéphane Autin, Procureur Général de la Cour d’Appel de Pau, rapport que j’appellerai « rapport Bussière/Autin », remis le 1er avril 2011 et rendu public le 3 mai 2011. Vous pouvez le consulter dès maintenant ici.

Mon analyse sera personnelle, tiendra compte de mon expérience forcément limitée de petit expert judiciaire informatique provincial, et ne pourra pas être considérée comme la position officielle de l’ensemble des experts judiciaires.

Enfin, j’ai suivi une formation scientifique, la science est le domaine du doute, la critique du travail des autres est consubstantielle de l’activité scientifique et, les experts sont des êtres humains comme les autres.

Billet(s) à suivre.

Le respect des anciens

lesanciens

C’est peut-être l’approche de la cinquantaine qui commence à me faire prendre conscience que je ne suis plus le jeune homme d'(avant) hier.

A 15 ans, j’avais fait le calcul de l’âge que j’allais avoir en l’an 2000: 36 ans! Cela me paraissait à la fois lointain et déjà un âge respectable.

Maintenant que j’ai bientôt 48 ans, j’ai réalisé que :

– le 19 janvier 2038, j’aurai 74 ans, et serai peut-être à la retraite quand on m’appellera pour sauver le monde.

le 28 juillet 2061 (Odyssée trois), j’aurai presque 98 ans et un beau télescope (en cuivre) avec systèmes d’optique adaptative.

Mais bon, comme je dois mourir le 15 mai 2037, j’espère que vous penserez à moi ces jours là, avec un peu du respect dû aux anciens. Surtout si je tombe en pleine analyse d’un vieil ordinateur neuronal des années 20 (autant dire au champ d’honneur;).

Un billet du vendredi, court et nawak, pour le plaisir de partager une belle œuvre de street art (image cliquable).

L’insolence des riches

lesriches

Quand j’ai vu le Président de la République Nicolas Sarkozy inviter ses amis du premier cercle dans un grand restaurant le soir de son élection, quand j’ai vu la Garde des Sceaux Rachida Dati s’habiller des plus belles parures de haute couture, quand j’ai vu les décisions politiques, Dadvsi, Hadopi, Loppsi, prises au nom des intérêts des plus riches, j’ai compris qu’une partie du monde politique travaillait pour maintenir les acquis de quelques uns. Et si possible, pour en profiter soit même un peu, voire beaucoup.

J’ai ouvert les yeux me diront les plus clairvoyants.

Pourtant, en travaillant chaque semaine dans le conseil municipal ou dans différentes commissions d’une commune de 5000 habitants, je peux constater qu’à l’échelon le plus bas, l’enrichissement personnel n’est pas un objectif recherché des élus consacrant tout leur temps à la gestion des dossiers communaux.

La signification principale du « Pouvoir » à ce niveau semble être le pouvoir de décider ce qui est bon pour la commune.

La semaine dernière, il s’est passé un évènement peu banal dans la vie du conseil municipal: une partie des habitants d’un quartier est venu protester d’une décision (ancienne) du conseil municipal de créer près de leur lotissement une zone artisanale.

Les faits: nous constatons que de nombreux artisans sont installés sur la commune, mais travaillent chez eux. Le coût des terrain en lotissement privé est de 250 €/m², alors que dans une zone artisanale, il serait de 80 €/m². Les camionnettes des différents artisans ont du mal à se garer, leurs fournisseurs aussi. Le conseil municipal, après étude d’aménagement effectuée par un bureau spécialisé, a donc voté à l’unanimité la création d’une zone artisanale à un endroit idéalement situé par rapport aux accès routiers. Publicité de cette décision a été faite à travers plusieurs organes de communication (site internet et revue municipale).

La réaction: le terrain, actuellement non constructible, appartient à une riche famille qui comptait bien revendre celui-ci par petites parcelles dès qu’il serait classé constructible. Le bénéfice d’un classement en zone artisanale est donc pour eux bien moins intéressant. Dès lors, une pétition a été organisée pour diaboliser les artisans qui devenaient alors des fauteurs de trouble, des personnes bruyantes et surtout, pour instiller la croyance que la zone artisanale allait faire baisser la valeur des biens immobiliers voisins.

Une précision: ma commune voit le prix de ses terrains augmenter de 10% chaque année depuis 10 ans, ce qui entraine le doublement de leur valeur en 7 ans! Même les terrains situés sous les lignes EDF à très haute tension sont vendus en quelques jours au prix fort! Alors, la proximité d’une zone artisanale…

La discussion: la montée de la peur est similaire à l’effet larsen en sonorisation électronique. Une quarantaine de personnes sont donc venues plus ou moins remontées perturber le dernier conseil municipal. Le maire les a reçus, dans la salle des mariages, et a écouté leurs doléances. Il a ensuite expliqué la décision du conseil municipal et présenté les différentes options qui s’offraient à nous pour le terrain concerné: création d’une zone artisanale, création d’une aire d’accueil des gens du voyage (grand silence dans la salle) ou création d’une zone boisée.

La décision: celle-ci reste encore du ressort du conseil municipal qui peut parfaitement maintenir sa décision antérieure. Ce qui est amusant, c’est que l’ensemble des personnes présentes, à une exception près, était très enthousiaste à l’idée d’une zone arborée. La seule personne qui semblait très réticente, était celle qui avait compris que le prix d’une zone boisée est (pour lui) d’environ 10 €/m². C’est à cela que j’ai reconnu le propriétaire du terrain.

L’insolence des riches affronte parfois le pouvoir des pauvres.

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L’image, cliquable pour l’avoir en grand, est une excellente publicité Bentley. Je suis presque sur que, comme toute publicité, elle ciblait bien son public… Soyons positifs, et voyons-y un très bon second degré.

Les mentors

joie

Je parle souvent ici de mes souvenirs, des faits de mon passé qui m’ont marqué. Conformément à la ligne éditoriale de ce blog, les anecdotes sont égocentrées et tirées de ma propre expérience.

Pourtant, je ne suis que ce que mes maîtres ont fait de moi. Je suis un nain posté sur les épaules de géants.

Quels sont ces géants?

– Mes parents, bien sur, qui m’ont élevé (au sens propre et figuré);

– Ma sœur, qui m’a soutenu, en particulier pendant les années noires des classes préparatoires;

– Ma femme, qui a éveillé ma conscience morale (et pas que), en particulier lors de nos discussions sur la peine de mort;

– Mes professeurs, de la crèche au doctorat, et en particulier LP qui m’a appris à désapprendre au début de mes années de recherche;

– Les spéléologues JYP et AJ qui ont partagé avec patience et passion leurs connaissances sportives et intellectuelles abyssales;

– Les élus que je côtoie une fois par semaine et qui consacrent (eux) beaucoup (plus) de temps à régler les problèmes de la vie de notre collectivité;

– Les experts judiciaires, et en particulier ceux (et ils sont nombreux) qui offrent, plus qu’ils ne monnayent, leur savoir-faire à la justice;

– Les auteurs de SF, Asimov, Clark, van Vogt, Herbert, Dick, Lovecraft, Bradbury, Pohl, Heinlein, Simak, Sturgeon, Haldeman, Laumer et les autres, qui peuplent mes soirées et mes rêves d’explorations spatiales et temporelles;

– Les blogueurs, et en particulier Maître Eolas, qui m’ont encouragé, pris sous leurs ailes, et conseillé quand certains ne me voulaient pas que du bien;

– Les étudiants qui, par leur travail, leurs exigences et leur enthousiasme, font que tous les matins, j’ai hâte d’être au boulot;

– Mes enfants, qui me montrent presque tous les jours que l’on peut apprendre à ses aînés;

Et puis bien sur, il y a vous, chère lectrice et cher lecteur, qui me faites l’honneur de venir encore ici, sur ce petit coin d’internet alors qu’il y a tant de chose à voir ailleurs.

Je suis la somme de toutes les expériences que vous m’avez apportées.

Merci encore à tous.

GPS

gps

Nous utilisons de plus en plus d’appareils qui tracent nos déplacements, en toute connaissance de cause, mais parfois aussi à notre insu.

J’ai découvert récemment dans un article que certains systèmes GPS d’information de trafic routier utilisent le fait que, même en veille, nos téléphones mobiles se signalent aux bornes du réseau. Une accumulation anormale de téléphones sur une route signifie donc un bouchon, information que l’on peut relayer aux abonnés à ces systèmes d’alertes routières. Sans le savoir, vous contribuez au fonctionnement de ces systèmes.

Dans le cadre d’une affaire de grand banditisme, une expertise judiciaire a été ordonnée sur le système GPS d’une des voitures saisies. Voici son histoire.

Certaines voitures haut de gamme disposent d’un système GPS intégré. Il s’agit ici d’un GPS comprenant un disque dur. Les OPJ ayant placé ce disque dur sous scellé, me voici avec une analyse hors du commun. Je contacte le magistrat en charge du dossier. Celui-ci me rassure, il dispose de suffisamment d’éléments. L’expertise est demandée en complément, au cas où… Me voici donc avec un disque dur à analyser, mais sans le mode d’emploi détaillé, si je puis dire.

Mon premier réflexe est de procéder à une copie bit à bit du disque dur, en utilisant les outils qui me servent pour mes autres expertises judiciaires: bloqueur d’écriture, création d’une image numérique fidèle (tenant compte des éventuels secteurs défectueux du disque) et analyse de celle-ci. Seulement voilà, le disque dur est formaté avec un format propriétaire inconnu par mes outils d’analyse. Pas d’analyse possible à mon niveau… et aucune information exploitable pour l’instant.

Démarre alors une après-midi de coups de téléphone. Tout d’abord à l’OPJ pour qu’il me donne plus de détails sur la marque et le modèle du GPS. Des coups de fils au distributeur français, au sous traitant allemand, au distributeur « Europe ». Après moultes musiques d’attente, de rappel à cause de réunions, de filtres de secrétaireries, j’arrive au sésame de tout expert judiciaire (comme de toute personne appelant à l’aide un support): une personne compétente techniquement au bout du fil.

Après plusieurs jours de négociations, d’explications, d’échanges d’emails, nous convenons de la procédure suivante: j’amènerai moi-même à la structure technique parisienne le disque dur pour qu’il soit analysé en ma présence via une procédure interne spéciale propre au constructeur. Sous le sceau de la confidentialité.

Le jour J, me voici dans un petit local de banlieue, accueilli par un technicien attentif. Je lui explique les conditions dans lesquelles je souhaite que soit effectuée l’opération, je lui fournis mon bloqueur d’écritures et le disque dur. Il place le tout dans un système d’analyse propriétaire qui effectue la lecture complète des données du disque dur. Il m’explique que le GPS embarqué effectue environ une mesure par seconde et la stocke sur le disque dur considéré comme une bande sans fin. Je ressors de là avec un fichier Excel contenant toutes les mesures (et bien sur le disque dur remis sous scellé).

Me voici de retour chez moi avec un ensemble de coordonnées GPS codées en dégrés décimaux WGS84 (World Geodetic System 1984) et un ensemble de conseils précieux fournis par le technicien « faites bien attention lors de la conversion si vous comptez utiliser des cartes pour y placer les points ».

C’est effectivement assez délicat de passer de celles-ci à mes habituelles coordonnées LAMBERT (utilisées en spéléo avec les cartes IGN d’état major) au format sexagésimal (base 60).

J’ai donc eu l’idée d’utiliser Google Earth qui utilise une projection cylindrique simple avec un plan de référence WGS84 pour sa base d’images. J’ai ainsi pu placer les points de mon fichier Excel sur une carte (après moultes essais, je dois l’avouer). Et étudier les déplacements de la voiture concernée. Et ses arrêts longues durées à certaines adresses. Adresses qui se sont révélées être celles de présumés complices, soi-disant inconnus de l’utilisateur de la voiture.

Comme Google Earth n’est pas un logiciel d’expertise (lire les conditions d’utilisation) et ne garantit pas l’exactitude des reports de points, j’ai effectué plusieurs vérifications avec mes cartes IGN pour m’assurer que je ne commettais par d’erreur. J’ai rendu un rapport complet expliquant ma méthode et les adresses des points d’arrêt relevés. Le magistrat au téléphone avait l’air content de mon travail. Malheureusement je ne connais pas les suites données au dossier, étant « expulsé » de la procédure dès le dépôt de mon rapport.

Mais depuis, je ne regarde plus mon téléphone ni mon Tomtom de la même manière…

L’arrivée des beaux jours

Faire son service militaire, c’est aussi faire connaissance avec des opinions nouvelles, en particulier dans le domaine de la capilliculture. C’est arriver tous différents, et devenir tous identiques. L’égalité républicaine de la longueur du cheveux.

Et cette longueur égalitaire s’obtient avec un instrument d’une simplicité militaire: le sabot. Il s’agit d’un élément de plastique que l’on ajoute à la tondeuse électrique et qui permet de garantir, pour peu que l’on sache s’en servir, une longueur constante de cheveux. Il y a donc plusieurs sabots, chacun correspondant à une longueur désirée: sabot de 2, de 4, de 6, etc. J’ai très vite compris que les numéros correspondaient à une mesure de longueur en millimètre.

Dans ma caserne, ils utilisaient le sabot de 4mm. C’est peu. Très peu.

Remontons de quelques jours en arrière. J’avais reçu ma convocation m’indiquant qu’après moultes reports en raison de mes études, la patrie souhaitait qu’enfin je me présente tel jour à telle heure en gare de Lille, muni d’un minimum d’effets personnels et de la présente convocation, pour un voyage gratuit vers l’Allemagne. Ledit voyage a duré quand même 12h, notre train militaire s’arrêtant en chemin dans à peu près toutes les arrières gares, loin du public, afin que personne ne soit blessé par les objets passant par les fenêtres (en majorité des cannettes de bière, qui à l’époque étaient essentiellement en verre). Je précise également qu’il n’y avait que des appelés du contingent dans notre (très) vieux train, avec des membres de la police militaire quelque peu débordés par cette jeunesse enthousiaste.

Une fois arrivé à la caserne, nous fûmes briefés par les gradés, répartis dans les chambrés et autorisés à dormir un peu.

Le cycle de sommeil a vite été perturbé par un réveil à 5h du matin par des gradés nous demandant (de manière très sonore) de descendre nous mettre en tas en rang en groupe afin d’écouter le programme de la journée: distribution du paquetage, apprentissage de la marche au pas et passage chez le coiffeur.

Pour une raison que j’ignore, nous n’avons pas pu passer chez le coiffeur le premier jour, mais le troisième jour. Ce qui fait que pendant trois jours, la caserne a hébergé plus d’une centaine de jeunes hommes aux longueurs de cheveux très diverses. Cela a, semble-t-il, choqué de nombreuses huiles, au point donc que le troisième jour, une armada d’appelés s’est occupée de nous.

Nous voici donc encore en file indienne dans les couloirs de la caserne, attendant notre tour sans trop savoir à quelle sauce nous allions être mangé. Les militaires ont le chic pour créer des situations où l’on attend derrière une porte à travers laquelle filtre une certain nombre de bruits effrayants, et où les suppliciés sortent par une autre porte.

J’entre à mon tour, avec trois autres condamnés.

Quatre fauteuils nous attendent. Le sol est jonché de cheveux. Je réponds poliment aux blagues qui fusent des appelés-apprentis-coiffeurs. Je prends place dans l’un des fauteuils. Dans le fauteuil d’à côté, l’appelé a la longue chevelure des adeptes du heavy metal. Il sera ma chance en focalisant toute l’hilarité haineuse des coupeurs de tifs. Ils lui « dessineront » quelques signes cabalistiques indiens avec la tondeuse électrique.

Je suis ressorti avec le crâne rasé à 4mm.

De retour dans nos chambrés, impossible de nous reconnaître les uns les autres. Le lendemain matin, lorsque les cris des gradés nous tiraient du lit et que je me trainais jusqu’à la salle de bain commune, un réflexe m’avait fait prendre mon peigne dans ma trousse de toilette. Je regardais tristement dans la glace ce visage étranger avec la main levée pour se coiffer. L’ombre d’un sourire l’a éclairé: je n’aurais plus besoin de me coiffer pendant plusieurs semaines. Dans un coin de la salle de bain, un appelé pleurait en silence. Je reconnus mon voisin de torture adepte du métal lourd.

Dans la cour, le lieutenant nous a dit:

« Transmetteurs, avec l’arrivée des beaux jours, un vent frais vous rafraichira la tête ».

Une phrase creuse dont seuls certains ont le secret.

C’était la fin de ma coupe à la Beatles.

Et maintenant, avec le recul, je sais que c’était la fin d’une période de ma vie.

Une période importante qu’on appelle la jeunesse.

Les grands moments de solitude

ololol

J’écris souvent des billets sur les « succès » que je rencontre dans mes expertises judiciaires, et curieusement beaucoup moins sur les échecs ou les moments de solitude auxquels j’ai du faire face. Encore que

Il m’arrive parfois dans une réunion d’expertise qu’au moment où je demande aux parties d’entrer dans le vif du sujet, c’est-à-dire la partie technique, d’écouter l’exposé fait par un des informaticiens et de me rendre compte que je ne comprends rien à ce qu’il explique.

C’est une sensation très désagréable, surtout quand on a l’étiquette de « l’expert », c’est-à-dire de celui qui sait tout sur tout (en matière informatique).

Je pense que déjà à ce stade de la lecture du billet, certains des lecteurs doivent se dire: « mais il est nul cet expert… », comme d’ailleurs certains de mes interlocuteurs lors des expertises judiciaires.

Cela provient du fait que beaucoup de gens pensent qu’un expert judiciaire est un spécialiste de son domaine, et en ce qui me concerne, un spécialiste en informatique. C’est vrai, mais d’un point de vue macroscopique seulement. Le magistrat qui va désigner un expert judiciaire dispose d’une liste de disciplines dans laquelle il va sélectionner un spécialiste de cette discipline (l’informatique par exemple). Mais l’informatique est un vaste champ de compétences possibles, avec une multitude de métiers très différents les uns des autres. Etes vous sur qu’un développeur java comprendra les subtilités du déploiement multisite d’un ERP? Un spécialiste de la sémantique dénotationnelle navigue dans un univers très différent du spécialiste de la sécurité informatique (enfin, je crois).

Mon univers à moi, c’est celui du service informatique d’une école d’ingénieurs. J’y travaille comme chef de service et comme professeur. J’en ai les compétences (enfin, j’espère) et les limites.

Lorsque le greffe du tribunal m’adresse une décision de désignation d’expert judiciaire, j’ai très peu d’informations techniques sur le problème. J’ai souvent fait remarquer ici sur mon blog que j’arrivais la plupart du temps lors des interventions in situ sans connaissance sur le nombre d’ordinateurs, ni les systèmes d’exploitation en présence.

Il est donc souvent difficile de refuser une mission parce que l’on ne se sent pas compétent, puisqu’on ne le sait pas encore.

Il m’est arrivé souvent, en discutant avec des informaticiens spécialistes, d’entendre comme critiques sur les experts judiciaires: « ah mais l’expert judiciaire que j’ai connu dans tel dossier, il était vraiment nul, il ne connaissait pas le procédé machin et n’avait jamais travaillé sur le programme truc! »

Le problème, c’est que des spécialistes du logiciel truc, il y en a peut-être un ou deux en France, et qu’il y a peu de chance qu’ils aient eu envie de demander leur inscription sur la liste des experts judiciaires (de leur Cour d’Appel), et encore moins que le magistrat de votre coin ait pu le désigner s’il habite l’autre bout de la France. Et je ne vous parle même pas du coût de l’expertise qui en découlerait.

J’ai eu une mission d’expertise judiciaire sur des problèmes informatiques rencontrés par un jeune aveugle. J’en parle un peu ici. Et bien, c’était la première fois que je découvrais l’environnement matériel et logiciel d’un malvoyant. Il a donc fallu que très rapidement je comprenne les tenants et aboutissants de sa problématique, ce qui n’a pas été très simple, ce qui lui a fait peut-être penser que j’étais mauvais.

Mais l’un de mes plus grands moments de solitude a été quand, au milieu d’un débat houleux, l’un des participants a tapé du point sur la table en disant:

« IL N’EST PAS NORMAL QUE LE HDJFKGT DU LOGICIEL ZORJFUTJ AIT CESSE DE FLDKEHFHCN EN PLEINE ZJSHDUFJGKLGLM »

Et que tout le monde s’est tu en se tournant vers moi…

N’ayant compris que quelques mots de la phrase pourtant fortement déclamée, je n’ai pu que demander des explications plus claires, pendant des heures, en passant probablement pour un incompétent aux yeux du spécialiste.

Il faut savoir parfois rester modeste et ravaler sa fierté, pour mieux remplir sa mission. C’est mon côté inspecteur Columbo…

Et croyez moi, cela me sert beaucoup quand je me fais massacrer par mes étudiants dans un LAN, comme un sux0r, sans pourtant être un no0b. Comme toujours, il ne faut pas se comporter comme un lamer, sans pour autant rester un nub.

Mâles venus

bouchons

Nous sommes deux devant la maison. Le temps est maussade, il fait plutôt frisquet dans le vent et le ciel est menaçant. Il est 10 heures du matin.

La petite maison est plutôt proprette avec son jardin et ses belles clôtures toutes neuves. Entourée de terrains vagues, elle n’en paraît que plus jolie dans son isolement, comme une tâche de couleurs dans un univers gris.

J’ai dans ma mallette tout le nécessaire pour une intervention en territoire technique inconnu. Je ne sais même pas combien d’ordinateurs je vais devoir analyser, ni leur âge, ni les systèmes d’exploitation que je vais affronter. Je sais simplement quelles données je dois rechercher, et encore, c’est un peu flou. Une mission floue dans un paysage gris.

L’ordonnance qui me concerne a désigné également un huissier. Chaque métier a ses détracteurs, ses clichés et sa croix à porter. Le métier d’huissier de justice porte, à mon humble avis, un lourd tribut à cette règle. Pourtant, à chaque fois que j’ai eu à travailler avec des huissiers, je n’ai rencontré que des personnes affables, compétentes et plutôt sympathiques.

Les huissiers de justice doivent parfois faire des constatations sur du matériel informatique. Ils se sont très vite formés à la spécificité du domaine, en particulier lors des constats internet à faire après s’être assuré que le cache du navigateur a bien été vidé.

La plupart des huissiers que j’ai rencontré maitrisent très bien l’informatique. Mais parfois, les magistrats souhaitent qu’ils soient assistés d’un informaticien, auquel cas ils désignent un expert judiciaire en informatique. D’où ma présence parfois à leur côté.

L’huissier sonne au portillon. Il y a de la lumière dans la maison. Une voiture est garée devant l’entrée. Tout est calme aux alentours.

Un volet roulant remonte devant la baie vitrée. Le voilage se soulève. Un visage de femme apparaît. Elle nous regarde sans sourire.

L’huissier est vêtu d’un costume sombre, il tient une sacoche à la main. J’ai un grand manteau noir, un costume passe partout, une cravate dont j’ai eu du mal à faire le nœud ce matin. Et ma mallette à la main. Nous sommes deux représentants de la Justice, investis du pouvoir d’investigation. Nous sommes deux hommes en gris observés par une femme derrière une baie vitrée.

Je ne sais pas pourquoi, mais je pense aux Men in Black.

Le voilage retombe.

La porte reste close.

L’huissier sonne une nouvelle fois.

Plus rien ne bouge dans la maison.

« Heu, on fait quoi, là, Maître? ».

« Rien, l’ordonnance ne mentionne pas l’emploi de la force publique pour entrer ».

Nous avons attendu 10 minutes, sonné plusieurs fois. Puis nous sommes repartis. Deux hommes puissants, la queue entre les jambes

Deux heures de route, une heure de préparation, un peu de stress face à l’inconnu. Pour rien. Dans la voiture, sur le chemin du retour, je pousse un soupir de soulagement. Je n’aime pas ce type de mission.