L’erreur et l’expertise judiciaire

La hantise de l’expert judiciaire est de commettre une erreur. Je cite souvent l’histoire du professeur Tardieu qui a probablement fait condamner nombre d’innocents. Et pourtant il ne s’était toujours prononcé qu’à coup -qu’il croyait- sûr.

Au delà des ignorances des futures avancées de la science, toujours en mouvement, l’expert judiciaire reste humain et est donc faillible à ce titre. Il peut commettre des erreurs et celles-ci peuvent avoir un impact considérable sur la suite du processus judiciaire.

Je suis tombé par hasard sur cette page de www.kitetoa.com où se trouvent deux rapports d’experts judiciaires qui vont illustrer mon propos.

L’affaire concerne un informaticien poursuivi pour contrefaçon. Le premier expert judiciaire intervenant dans cette affaire est contacté par un magistrat qui lui demande de venir étudier le dossier au palais et de répondre à plusieurs questions. La démarche est particulière puisque le magistrat ne demande pas à l’expert judiciaire de mener des investigations techniques sur les scellés (qui existent pourtant dans cette affaire), mais d’étudier un dossier papier et de donner son avis dessus. L’expert a accepté sa mission, et à mon avis, son erreur réside dans cette acceptation.

Extrait du rapport du 1er expert judiciaire:

Page 3

I) Lecture des éléments du dossier en la présence de Madame le Juge H.

Nous , Monsieur R., avons procédé à la consultation du dossier No du Parquet [42], no d’instruction [101], afin de répondre à la mission confiée.

Ensuite, pour chacune des questions posées, l’expert judiciaire commencera sa réponse par « A la lecture des faits exposés dans les éléments de la procédure nous pouvons répondre… »

Un deuxième expert judiciaire s’est penché, en appel semble-t-il, sur le travail de son confrère. Voici son analyse:

Extraits du rapport du 2e expert judiciaire:

Page 5

Les investigations judiciaires ont été confiées à l’Office Central de Lutte contre la Criminalité liée aux Technologies de l’Information et de la Communication (OCLCTIC).



Au cours de ses investigations, l’OCLCTIC a placé sous scellé deux éléments techniques : le scellé numéro « UN » (cote D 74), qui correspond à la copie de l’espace d’hébergement alloué au site internet de « G. », et le scellé numéro « R-UN » (cote D 60), qui correspond au fichier « VGNaked.zip », téléchargé à partir du site internet « www.g…..net ».



Une mission d’expertise technique a été confiée à Monsieur R., dont le rapport précise que la mission a été réalisée sur l’unique fondement de la « lecture des éléments du dossier en la présence de Madame le Juge H. ».



Ce seul et unique fondement des travaux d’expertise est confirmé par la phrase : « A la lecture des faits exposés dans les éléments de la procédure », qui introduit chacun des trois paragraphes de conclusion du rapport de Monsieur R.



Sur ce seul et unique fondement des travaux d’expertise, le rapport de Monsieur R. conclut par l’affirmative sur l’ensemble des faits reprochés à Monsieur G., c’est-à-dire sur la modification et l’adaptation du logiciel ViGuard, sur la mise à disposition, gratuite ou onéreuse, d’un logiciel ViGuard créé à partir des éléments permettant la suppression ou la neutralisation du logiciel ViGuard.

[…]

Page 16

Le scellé numéro « UN », correspondant à la copie de l’espace
d’hébergement alloué au site internet de « G.3, n’a fait l’objet d’aucune
expertise technique.



Il est donc techniquement
impossible de caractériser et de fonder les éléments techniques d’une
infraction à propos de ce scellé.



Le scellé numéro « R-UN », correspondant au fichier « VGNaked.zip », téléchargé à partir du site internet « www.g…..net », n’a fait l’objet d’aucune
expertise technique.



Il est donc techniquement
impossible de caractériser et de fonder les éléments techniques d’une
infraction à propos de ce scellé.

Pages 17-18

[…]

Ces éléments informatiques n’ont pas été analysés par l’expert désigné.

[…]

Cela signifie que les éléments techniques placés sous scellé par l’OCLCTIC, essentiels à la compréhension du dossier et indispensables à la qualification de l’infraction éventuelle, n’ont pas été analysés au cours de l’expertise technique réalisée par Monsieur R.



Cela signifie également que Monsieur R., au mépris des règles expertales fondamentales, a émis ses conclusions sans avoir procédé à aucune analyse des éléments techniques contenus au sein des scellés.



Comment, dans ces conditions, Monsieur R. peut-il affirmer et conclure être en présence « d’un cas avéré de modification et de réassemblage de tout ou partie de logiciel », sans qu’aucune analyse des éléments informatiques que sont le logiciel original et le logiciel modifié ait été réalisé, sans que soient décrits la méthode et les outils du désassemblage et du réassemblage, et sans que soient précisées la nature et l’ampleur des modifications ?



De même, comment, dans ces conditions, Monsieur R. peut-il affirmer et conclure à « la distribution gratuite de logiciels tirés du source du logiciel ViGuard », sans avoir eu accès au code source du logiciel ViGuard, sans avoir analysé la nature et le contenu du ou des fichiers mis en cause, et sans avoir vérifié et analysé les conditions de la mise à disposition du ou des fichiers mis en cause ?



Enfin, comment, dans ces conditions, Monsieur R. peut-il affirmer et conclure que Monsieur G. « diffuse bien tous les éléments, comportements, logiciels, extraits de code et informations permettant la neutralisation du produit ViGuard », sans présenter la liste et le contenu de ces éléments, comportements, logiciels, etc., sans avoir défini, ni comment, ni en quoi, le logiciel ViGuard pouvait être neutralisé par ces éléments, et sans avoir procédé à aucun test protocolaire démontrant que l’ensemble de ces éléments permet effectivement (condition nécessaire et suffisante) de neutraliser le logiciel ViGuard ?



Dans ces conditions, les conclusions du rapport d’expertise de Monsieur R. sont donc d’un point de vue technique totalement infondées et injustifiées, et par voie de conséquence, ne peuvent en aucun cas être retenues pour caractériser ou fonder une infraction.

[…]

La charge est dure et sans appel. Qui a dit que les experts se soutiennent les uns les autres… Remarquez au passage que l’analyse du deuxième expert suit rigoureusement les règles de déontologie des experts judiciaires: « l’expert qui remet une note ou des observations écrites sur les travaux d’un confrère, doit le faire dans une forme courtoise, à l’exclusion de toute critique blessante et inutile. Son avis ne peut comporter que des appréciations techniques et scientifiques« .

Ce que je cherche à mettre en avant est qu’il est toujours possible de corriger l’erreur d’un expert judiciaire, à condition de le faire le plus tôt possible. Si l’expertise judiciaire est contradictoire, faites vous accompagner de votre propre expert (un expert peut mener une expertise privée à vos côtés et s’assurer que son confrère respecte les règles de l’art en matière d’expertise judiciaire). Parlez en avec votre avocat.

Lorsqu’un expert judiciaire adresse son pré-rapport aux parties, celles-ci peuvent émettre des remarques, en général sous forme de questions à l’expert. Ce sont « les dires à expert ». Faites vous aider par un expert qui saura faire préciser un point ou lever un doute. Parlez en avec votre avocat.

Lorsque le rapport est définitif, les choses sont plus compliquées, mais l’affaire n’est pas encore jugée. Il vous est possible de demander un rapport d’expertise privée qui analyse de façon critique le rapport déposé. Parlez en avec votre avocat. Même chose si vous faites appel.

L’erreur est de croire que tout s’arrange tout seul et que les magistrats verront facilement les défauts éventuels d’un rapport d’expertise, surtout sur les points très techniques. L’erreur est de croire que la dépense est inutile, ou que la justice est gratuite. L’erreur est de se laisser faire sans mettre toutes les chances de son côté.

Pour l’expert, l’erreur sera de croire qu’il faut accepter toutes les
missions demandées par le magistrat, sous prétexte que ce dernier est
garant de la procédure.

Pour l’avocat, l’erreur est de penser qu’il pourra seul détecter les failles techniques d’un rapport d’expertise. Il est expert en droit, rarement en technique.

Bien entendu, je prêche pour ma paroisse…

L’admin réseau, cet enquêteur inconnu

Nous venons de terminer une migration de notre infrastructure d’accès à internet. Nous sommes passés d’un réseau de collecte à un autre, réseaux de collecte nous permettant d’avoir accès à un point d’entrée du réseau RENATER, FAI officiel des établissements d’enseignement supérieur et de recherche.

Concrètement, pour moi, il s’agit d’acheter un appareil électronique qu’on appelle un routeur, le déballer et le visser dans une armoire pleine d’appareils similaires (en fait des switchs), attendre qu’un prestataire approprié vienne configurer cet appareil, et le jour J, au top conjoint donné par un informaticien de RENATER et du réseau de collecte, déconnecter le câble branché sur A pour le mettre sur B. Voilà, voilà.

Oui, mais non.

Jeudi, quand j’ai changé le câble de prises, l’accès à internet a été coupé, mais n’est pas revenu aussitôt le câble rebranché. 1000 personnes ont vu leurs cheveux se dresser sur leurs têtes: plus d’internet (en fait, je les ai rassuré aussitôt, plus d’accès à internet, merci pour lui).

Bah, j’étais prévenu, on ne change pas un chemin d’accès d’un claquement de câble dans une prise. Les plus studieux d’entre vous iront lire cette présentation du changement de routage de manière dynamique avec BGP. Disons pour résumer qu’un expert de ces problématiques s’occupe de tout au NOC (Network Operation Center) de RENATER.

Premier problème : l’ancien réseau de collecte A annonce la route vers mon établissement avec la priorité maximale. Difficile pour le nouveau réseau de collecte de faire mieux et de devenir prioritaire. La migration s’annonce difficile, surtout que la personne en charge de BGP chez A est… en congés aujourd’hui. Je fais finir par croire que A est fâché de ne pas avoir remporté l’appel d’offre et met quelques freins à la migration vers B.

Vendredi, le problème est réglé, je bascule tout l’établissement vers le nouveau réseau de collecte B. Le trafic passe dans les deux sens. Voilà, voilà.

Oui, mais non.

Le trafic ne passe pas. Retour arrière. Sauf que le réseau de collecte A voit d’un mauvais œil les alertes sur sa plate-forme de supervision « un coup je m’en vais », « un coup je reviens », surtout en cette période où plus de 40 établissements font plus ou moins la même chose. Ces choses là se règlent au téléphone, mais ce n’est pas le meilleur moment. Pourtant, je reste calme, cela ne sert à rien d’énerver tout le monde avec mon stress. Autre réunion téléphonique, avec RENATER et le nouveau réseau de collecte B cette fois. Tout le monde me dit que tout est ok de leurs côtés et que les problèmes viennent de chez moi.

C’est là que débute une véritable enquête.

Nous mettons en place en salle serveurs un tableau de papier sur lequel nous listons tous les problèmes rencontrés: perte partiel de l’accès internet (merci le loadbalancing avec une simple LiveBox), sites webs ok mais deux serveurs DNS sur quatre injoignables, accès aux services web internes aléatoires, envois des emails intermittent, etc.

La tension est palpable mais j’avais pris les devant en prévenant tous les clients que nous allions vivre une migration importante et qu’il risquait d’y avoir des perturbations dans La Force. Nous sommes concentrés sur la résolution du problème.

Tout est remis en cause. Et quand je dis tout, je veux vraiment dire tout: câbles, prises, virtualisation des passerelles, virtualisation des switchs, les VLAN, les switchs physiques, l’apparition d’une boucle sur le réseau réel, sur les réseaux virtuels. Les admins réseaux se sont transformés en enquêteurs suspicieux de tout ce qu’ils ont mis en place. Et pour chaque idée, un test est effectué.

Le vendredi soir arrive, la nuit et l’heure tardive n’y change rien. Je rentre chez moi le cœur gros. Le samedi est consacré à mon fils et son tournoi de ping-pong. Mais mon esprit est ailleurs : qu’est-ce que j’ai pu rater pour que notre migration se soit mal passée ?

Le week-end sera court : je décide de travailler tout le dimanche sur le problème. Me voilà donc seul dans cette maudite salle serveurs à faire différents tests. Je reboote les équipements les uns après les autres, y compris les serveurs de virtualisation après avoir migré les différentes machines virtuelles. Et soudain: EUREKA! Le port du switch sur lequel est branché la passerelle n’est pas correctement tagué. Je corrige la configuration, je branche la passerelle et j’ai enfin un accès internet correct. Je suis aux anges. Je préviens mon équipe par SMS, je tweete avec allégresse et finesse, et je rentre le cœur léger.

Mais lundi matin, en arrivant à mon bureau, patatra. Mon équipe me dit que rien ne marche. Nous reprenons toute notre enquête.

Elle durera 14h.

14h à refaire toutes les hypothèses, à reprendre toutes les pannes possibles, à passer des coups de fil pour s’entendre dire « non, non, le problème vient de votre côté ». A un moment, nous nous sommes retrouvés avec tout notre réseau
débranché, une passerelle physique construite de bric et de broc avec un
PC et deux cartes réseaux et un live cédérom pfsense, le tout branché
sur un switch HP récupéré et reconfiguré avec les VLAN adhoc pour
l’occasion… A 23h, je lâche le coup, exténué. Je ferme mon bureau avec le moral au plus bas. Pour la petite histoire, je monte sur mon vélo pour rentrer, et je découvre que la roue arrière est déboîtée. Je cherche dans l’école des outils pour essayer de réparer. Mon moral descend encore d’un cran. Sale journée.

Deux points positifs quand même: j’ai réussi à remettre la roue de mon vélo (j’aurai réussi au moins à réparer une chose ce jour-là). Et j’ai réussi à reproduire le problème sur commande: lorsque la passerelle est branchée seule sur le nouveau routeur du nouveau réseau de collecte, j’arrive à surfer sur internet à partir d’un poste (le seul ayant cette machine comme passerelle). MAIS si j’ouvre plusieurs pages dans plusieurs onglets, au bout d’une dizaine d’onglets, la passerelle n’accède plus à internet. Si j’attends environ une minute, elle retrouve ses esprits et accède de nouveau à internet. A n’y rien comprendre.

J’ai très peu dormi cette nuit là. Cinq jours que nous sommes quasiment coupés d’internet. Quelques personnes disposent d’un accès via la LiveBox du PRA. Nos serveurs web principaux sont sains et sauf (hébergés à l’extérieur en prévision de la migration). Mais beaucoup des outils du SI sont en temps normal accessibles aux étudiants et à leurs parents, et leur inaccessibilité commence à peser sur l’organisation.

Une part importante de mon métier est de penser à des plans B. J’ai d’ailleurs développé un sens aigu du film d’horreur permanent. Seulement voilà, dans le cas présent, j’arrive au bout du bout des idées possibles de tests à imaginer, de pannes possibles, de vérifications à effectuer…

Mais la nuit porte conseil. Je me réveille avec en tête l’hypothèse que le nouveau routeur, bien que configuré correctement (configuration plusieurs fois vérifiée), PEUT présenter un dysfonctionnement en cas de sollicitation. C’est mon dernier espoir. Problème: je ne connais pas ce nouvel équipement qui se configure en ligne de commande, et la documentation fait 300 pages. Je décide de prendre l’option « appel à un ami ».

Nous sommes mardi matin. Je téléphone à un expert du nouveau réseau de collecte pour lui demander de venir m’aider en salle serveurs. Après quelques négociations, il me propose de tout faire depuis son bureau, si je lui ouvre un accès ssh à notre passerelle. Pendant une heure, nous ferons des tests avec lui. Jusqu’au moment où je l’entends dire au téléphone: « tiens, ça me donne une idée ». Cela faisait 24h que je n’avais pas entendu cette phrase.

Quelques minutes après notre problème était résolu.

Rien ne clochait de notre côté. Ni sur notre réseau, ni sur notre passerelle, ni sur nos DNS, ni sur notre routeur. Le problème venait de leur côté à EUX. Le port sur lequel est branché la fibre optique venant de notre routeur était auparavant utilisé pour gérer des échanges entre une adresse IP unique et une adresse IP unique (une connexion entre serveurs proxys appairés). Il avait été configuré pour résister à une attaque DDOS, c’est-à-dire qu’il refusait de fonctionner s’il détectait un comportement anormal. Or, son branchement sur notre routeur a entraîné une discussion entre l’IP de notre routeur et un grand nombre d’adresses IP, ce qui a été détecté comme une anomalie, et donc une mise « OFF » pendant une minute.

Cela explique que dimanche, alors que j’étais seul à surfer, et que je n’avais pas pensé à ouvrir 20 onglets dans mon navigateur, tout fonctionnait. Mais lundi, dès que le personnel et les étudiants ont commencé à vouloir surfer, le système se coupait « quasiment » en permanence.

L’enquête est terminée. La fin a été comme souvent heureuse, grâce à l’entraide des différents admins réseaux, même si le réflexe initial de chacun est d’avoir confiance en SON système et de rejeter la faute sur le système de l’autre.

La morale est sauve: celui par qui le problème est arrivé, est celui qui l’a résolu. Je lui ai promis de boire ensemble une bouteille de champagne. L’erreur de configuration était subtile, mais sa perspicacité lui a permis de la débusquer.

Et grâce à lui, nous avons révisé en profondeur nos configurations…

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Crédit images darkroastedblend.com

Le petit blogueur et l’ANSSI

En discutant avec les personnes du stand de l’ANSSI aux JRES2013, je me suis rendu compte que mon billet intitulé « L’ANSSI et le test Google » avait fait grincer quelques dents… Cela m’a désolé car ce n’était vraiment pas le but. En relisant le billet, je me suis dit que je n’avais pas été très clair et que l’autodérision dont j’avais essayé de faire preuve n’était pas bien passé et que n’était resté que le dénigrement d’un processus de recrutement.

Voici donc quelques points que j’aimerais clarifier:

L’ANSSI, Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information, est une structure gouvernementale étatique chargée d’assurer la sécurité et la défense des systèmes d’information de l’état et des sociétés stratégiques françaises. Vous trouverez tous les détails de son fonctionnement et de son histoire sur son site, ou sur la page Wikipédia qui lui est consacrée.

N’étant ni spécialiste de la sécurité, ni DSI dans un établissement sensible ou stratégique, je n’ai entendu parlé de l’ANSSI que lorsque j’ai été invité au SSTIC 2012 (où je me suis fait déchirer mon blog, merci de me le rappeler..) pour parler de l’activité d’expert judiciaire.

J’ai alors découvert l’existence de l’ANSSI, son mode de fonctionnement et pu discuter avec des personnes passionnantes, toutes très compétentes dans leur spécialité. Pour dire les choses autrement, l’ANSSI regroupe un nombre impressionnant des spécialistes de la sécurité informatique, et est la seule structure française à recruter de manière importante dans ce domaine.

C’est pourquoi, j’ai voulu voir si un profil comme le mien pouvait les intéresser, sachant que MOI j’étais très intéressé par leur profil. Hélas, mes compétences ne correspondaient pas au poste pour lequel j’ai postulé. J’ai donc logiquement pris une veste. Fin de l’histoire.

Le billet « L’ANSSI et le test Google » raconte tout cela, mais avec comme sujet principal une moquerie de ma part sur les tests mesurant les compétences. Il faut dire que je travaille depuis 25 ans dans des établissements d’enseignement supérieur et que les méthodes et pratiques d’enseignement et d’éducation (ce que l’on appelle « la pédagogie« ) sont au cœur de mes préoccupations. Et comme tout enseignant, j’ai des idées bien arrêtées sur ce sujet. Je ne vais pas réécrire le billet…

Mais alors que je ne faisais qu’écrire une moquerie dans un billet de petit blog, j’oubliais un point très important: les employés de l’ANSSI sont tenus à la plus grande discrétion. Ils ne disposent pas d’une liberté qui m’est chère: la liberté d’expression. Ou plutôt, ils en disposent, mais avec un fort encouragement à la discrétion. C’est comme cela. Je rappelle que l’ANSSI est rattachée au secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, et que si chacun à l’ANSSI pouvait raconter sa vie dans un blog, tout cela ne ferait pas très sérieux (mais serait certainement très intéressant)…

[Certains de mes confrères experts judiciaires me rappellent parfois que mon blog « ne fait pas très sérieux », voire « est la honte de l’expertise judiciaire », ou encore « mais qui est le CON qui tient ce blog? ». Seulement voilà, c’est mon petit coin d’internet, ma manière de profiter de cet espace de liberté. Je n’oblige personne à me lire et je rappelle qu’on est toujours le CON de quelqu’un. Je souffre du fait que les ordres des avocats ont encouragé ceux-ci à ouvrir des blogs, mais que les compagnies d’experts n’ont rien fait sur le sujet. C’est tellement XXème siècle…]

Ce n’est jamais intelligent de lancer une pique (une pichenette ?) contre des personnes qui ne peuvent pas répondre. Je travaille suffisamment avec les gendarmes pour comprendre cela.

Je voudrais donc m’adresser aux personnes de l’ANSSI qui ont trouvé mon billet désagréable et faire remonter un commentaire que j’avais écrit sous le billet: « oui, je suis déçu car j’aurais bien voulu travailler avec les roxors de l’ANSSI« . 

Ma consolation : je suis sur la photo présentant le directeur général de l’ANSSI sur la page Wikipédia d’icelle 😉

Et pour les autres, souvenez vous : tout s’arrange autour d’une binouze, surtout au SSTIC.

Conséquences des agissements de la NSA sur les expertises judiciaires

Depuis plusieurs mois, les informations révélées par Edward Snowden secouent l’univers de la sécurité informatique. Car, s’il s’agit du plus grand scandale de surveillance électronique occidental éclatant au grand jour, il s’agit aussi du plus grand fiasco de la sécurité informatique de tous les temps.

Avec tous les spécialistes pointus en sécurité informatique, tous les audits effectués sur les différents matériels, toutes les alertes récurrentes sur les espions chinois et russes, personne (parmi les gens pouvant parler librement) n’a rien remarqué, personne n’a su où regarder, personne ne s’est rendu compte de la collecte massive d’informations avant qu’Edward Snowden ne livre les documents de la NSA.

Bien sur, certains journalistes, comme ceux travaillant chez Reflets, avaient commencé à lancer des alertes en recoupant des informations et des données techniques, mais la prise de conscience collective a été plus que tardive.

Quand je lis chez Korben, dans ce billet, que les Etats-Unis disposent depuis 1997 d’un service d’informaticiens offensifs (TAO) qui se sont infiltrés dans 258 systèmes informatiques de 89 pays, ma première pensée est pour toutes les expertises judiciaires que j’ai menée depuis, avec une seule question à l’esprit: ai-je pu affirmer dans l’un de mes rapports d’expertise judiciaire quelque chose qui pourrait avoir été le fait d’une action d’une telle équipe ? Ai-je pu charger un innocent d’un élément qu’il aurait pu ne pas commettre ? Ai-je moi-même été piégé dans mes investigations, quand tant de personnes se sont faites roulées ?

J’ai alors relu tous les rapports que j’ai rédigé depuis 1999, avec en tête l’action de la NSA, l’existence de cette équipe de hackers d’état et la guerre électronique en cours, avec l’ampleur qu’on lui connaît maintenant. J’ai vérifié mes conclusions et j’ai pu constater avec soulagement que j’avais toujours pris les précautions élémentaires dans l’analyse des preuves sur lesquelles j’ai eu à travailler. En partie à cause grâce à l’existence de longue date des malwares et virus toujours plus sophistiqués qui obligent l’expert judiciaire à toujours émettre des réserves quand on lui demande, par exemple, si tel ou tel compte informatique a servi au téléchargement d’images pédopornographiques, puisqu’un tel téléchargement peut être effectué, par exemple, par un malware à l’insu de l’utilisateur de l’ordinateur.

Oui, mais ai-je été assez pédagogique dans mes avertissements ? Ai-je moi-même réellement cru que je pouvais me trouver face à un ordinateur sciemment piraté ? N’ai-je pas haussé les épaules en me disant qu’il était peu probable que l’ordinateur de M. Toutlemonde que j’avais sous scellé devant moi ai été la cible d’un groupe de hackers chinois, russes ou même américains ou français ?

J’espère avoir été clair dans mes rapports sur l’existence de ces risques.

Pourtant, je ressens un malaise. A chaque fois que j’ai été confronté à un ordinateur infecté de malware et/ou de virus, je l’ai signalé noir sur blanc dans mon rapport, en indiquant la nature des malwares trouvés. Mais qu’en est-il des backdoors logicielles inconnues à l’époque et que l’on découvre aujourd’hui ? Qu’en est-il des logiciels implantés puis effacés correctement, avec nettoyage parfait des traces ? Je ne peux être certain de rien. Je me sens comme le professeur Tardieu.

Oh, certes, j’ai toujours été scientifique dans mes approches du problème qui m’était présenté. J’ai été factuel, méticuleux et consciencieux. Je n’ai pas écrit « M. Truc a stocké des images pédopornographiques sur son ordinateur », mais « Je constate la présence d’images pédopornographiques sur l’ordinateur appartenant à M. Truc ». J’ai toujours indiqué que les téléchargements effectués avec le compte informatique de M. Truc pouvaient être le fait d’une autre personne utilisant son compte, voire d’un logiciel agissant à l’insu de M. Truc.

Maintenant que tous les mois des routeurs montrent leurs faiblesses et qu’il est clair que tous les pays espionnent tous les citoyens de la planète, que les forces de l’ordre mènent des actions hors du contrôle de la justice de leur pays, il est facile de critiquer la naïveté des informaticiens et plus globalement la naïveté des citoyens (et de leurs élus).

Mon problème est d’expliquer aux magistrats, aux avocats et aux policiers qu’un ordinateur est devenu une passoire, que le réseau est devenu une passoire, que les sites web sont devenus des passoires… Il va falloir vivre dans ce monde, mais avant que tous ne comprennent que les preuves numériques sont de moins en moins fiables, des innocents risquent d’être poursuivis et condamnés.

C’est aux experts judiciaires en informatique d’en faire prendre conscience rapidement aux acteurs de la justice.

Quant à la vie privée, je ferai parler la NSA à travers la bouche du Colonel Nathan R.
Jessup (Jack Nicholson dans « Des hommes d’honneur »), en modifiant à peine quelques paroles de la scène d’anthologie du film:

Nous vivons dans un monde qui a des murs, et ces murs doivent être gardés par des hommes en arme. Qui va s’en charger ? Vous ?

Je suis investi de responsabilités qui sont pour vous totalement insondables. Vous pleurez Santiago votre vie privée et vous maudissez les Marines la NSA.

C’est un luxe que vous vous offrez. Vous avez le luxe d’ignorer ce que moi je sais trop bien. La mort de Santiago de la vie privée, bien que tragique, a probablement sauvé des vies. Et mon
existence, bien que grotesque et incompréhensible pour vous, sauve des
vies.

Vous ne voulez pas la vérité parce qu’au tréfonds de votre vie frileuse
de tout petit bourgeois vous ME voulez sur ce mur, vous avez besoin de
moi sur ce mur.

Notre devise c’est « Honneur Code Loyauté ». Pour nous ces mots sont la poutre maîtresse d’une vie passée à
défendre des bastions. Chez vous ces mots finissent en gag.

Je n’ai ni le temps ni le désir de m’expliquer devant un homme qui peut
se lever et dormir sous la couverture d’une liberté que moi je protège
et qui critiquera après coup ma façon de la protéger.

J’aurai préféré que vous me disiez merci et que vous passiez votre
chemin ou alors je vous suggère de prendre une arme et de vous mettre en
sentinelle postée.

Colonel Nathan R. Jessup
(Jack Nicholson)

La vie privée est morte depuis longtemps, et je crains que le Colonel Nathan R.
Jessup n’ait finalement gagné, contrairement à ce qu’il se passe dans le film. Le seul moyen de lutter contre lui est le chiffrement à tout va, de gré à gré.

Mais j’attends toujours de tomber sur un disque dur chiffré par M. Toutlemonde, disque placé dans un ordinateur équipé d’un système d’exploitation sécurisé, ordinateur branché sur un réseau chiffré, sur et décentralisé, réseau où se trouveront des serveurs respectueux de la vie privée, et reliant des utilisateurs attentifs au respect de leurs données personnelles.

Ce jour là, je vous promets d’ouvrir une bouteille et de trinquer à la protection de la vie privée, et cela même si cette protection complexifie (un peu) la lutte contre les activités criminelles de quelques uns.

Je sens que je ne suis pas prêt de me saouler sur ce coup là…

Réponse de la cour d’appel

C’est la période où les cours d’appel envoient aux candidats à l’inscription sur les listes d’experts judiciaires la réponse tant attendue. Je le sais, car je reçois beaucoup de courriers de lecteurs se posant beaucoup de questions sur leur avenir judiciaire…

Alors , résumons un peu la situation: vous avez constitué un dossier de candidature que vous avez déposé avant le 1er mars. Vous avez peut-être été reçu en entretien par un magistrat qui vous a questionné sur vos capacités. Un policier ou un gendarme a mené une enquête de bonne moralité en questionnant vos voisins (ou votre conjoint). Les magistrats de la cour d’appel se sont réunis pour décider s’ils pouvaient vous inscrire sur la liste des experts judiciaires. Un greffier a rédigé leur réponse que vous tenez dans vos mains tremblantes.

Cas n°1: Vous n’avez pas été accepté à l’inscription sur la liste des experts judiciaires. Votre déception est à la hauteur du temps d’attente qu’aurait mis les tribunaux à vous rembourser vos frais d’expertises. Le choc est aussi sec que le ton du courrier que vous relisez incrédule…

Extrait du courrier que j’ai reçu le 11 décembre 1997:

Monsieur,

J’ai l’honneur de vous notifier, conformément aux dispositions de l’article 18 du décret n°74-1184 du 31 décembre 1974, relatif aux experts judiciaires, que votre candidature n’a pas été retenue pour l’année 1998 par le cour d’appel de [Tandaloor], réunie en assemblée générale le 24 octobre 1997.

Je puis vous indiquer que les décisions prises pour l’établissement des listes d’experts, ne peuvent donner lieu qu’à un recours devant la cour de cassation.



Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.

Remarquez au passage qu’il a fallu un mois et demi pour rédiger ce courrier, ce qui donne une idée du temps judiciaire des sous-effectifs déjà à cette époque, courrier que je me permets de mettre en regard du courrier type que je reçois quand je un de mes étudiants postule à une offre d’emploi:

Monsieur,

Après analyse de votre candidature, et malgré la qualité de celle-ci, nous sommes au regret de vous informer que nous ne pouvons pas retenir votre dossier pour le poste de DSI du projet Mars 2014 (H/F) (Référence DTC2014) au sein de la société VoyageSansRetour. En effet, d’autres candidats ont un profil plus proche de celui recherché pour ce poste.



Nous vous remercions de la confiance que vous avez témoignée à VoyageSansRetour et nous vous prions d’agréer, Monsieur, nos sincères salutations.

Une fois passé l’amère déception (sisi, je vous assure, ça va passer), vous vous demandez ce qui a pu aveugler l’assemblée générale des magistrats de la cour d’appel et l’empêcher d’accepter de vous inscrire sur leur prestigieuse liste des experts judiciaires. Je vous donne quelques pistes:

– Vous vous êtes trompé de cour d’appel pour le dépôt de votre dossier de candidature. Vérifiez sur Google (ou mieux sur Duckduckgo), surtout si vous êtes en région parisienne. Etre inscrit sur la liste, ça se mérite…

– Votre candidature est excellente, mais les magistrats disposent d’assez d’experts excellents sur leur liste.

– C’est votre première candidature et les magistrats testent votre motivation (légende urbaine ?).

– Vous n’avez pas assez d’expérience car vous êtes encore étudiant et les magistrats pensent qu’il vous faut vous aguerrir un peu dans cette jungle impitoyable où s’affrontent les 16-70 ans et qu’on appelle le monde du travail. Et je ne parle même pas des stagiaires de troisième…

– Vous avez trop d’expérience ou celle-ci est trop ancienne à 69 ans en tant que retraité de l’aviation de chasse.

– Vous n’avez pas été nommé comme expert judiciaire dans des affaires d’envergure nationale ou internationale où vous auriez pu briller par votre excellence (je prends le cas où vous postuliez pour une inscription sur la liste des experts près la cour de cassation).

– Vous n’êtes pas assez qualifié (bruit du ciel qui vous tombe sur la tête).

Je n’ai qu’un seul conseil à vous donner: retentez l’année prochaine (avant le 1er mars), sauf si vous êtes étudiant auquel cas il faudra passer vos examens et attendre dix ans un peu pour acquérir de l’expérience. Si vous n’êtes pas pris la deuxième fois, laissez passer quelques années et retentez.

Cas n°2: Vous êtes accepté !!!!!  / / / / /

Votre cœur bat à 200 pulsations par minute, et malgré les recommandations répétées de votre cardiologue, vous sautez de joie sur les différents murs de votre habitation, vous embrassez votre belle-mère, vous installez Gentoo Linux sur la tablette que vous avez reçue à Noël…

Mais passées ces dix secondes de joie incommensurable, un poids terrible s’abat sur vos épaules: serez-vous à la hauteur ? Vous errez dans votre quartier portant une lanterne et cherchant l’humanité, vous maigrissez et vos amis ne vous reconnaissent plus, vous doutez de tout, même de Gentoo…

Vous relisez encore une fois le courrier reçu pour essayer d’en déchiffrer le contenu caché au delà du premier paragraphe.

Voici celui que j’ai reçu le 17 décembre 1998:

Monsieur,



J’ai l’honneur de vous aviser de votre inscription sur la liste d’experts judiciaires de la cour d’appel de [Tandaloor] pour l’année 1999, sous la rubrique:

informatique



Vous trouverez en annexe, pour faciliter l’exécution des missions qui vous seront confiées, une notice résumant les principales obligations de l’expert judiciaire.



Je vous serais obligé de bien vouloir vous présenter le lundi 11 janvier 1999 au siège de la cour d’appel de [Tandaloor], dans la grande salle d’audience (porte 101) afin de rencontrer les chefs de cour préalablement à votre prestation de serment qui aura lieu à 14h dans cette même salle.



Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.

Ressaisissez vous !

Voici quelques conseils (et réponses aux questions que l’on me pose le plus souvent):

– N’achetez aucun matériel, ni bloqueur, ni PC surpuissant, ni microscope électronique, ni salle blanche, ni matériel Apple. Investissez dans une tenue sobre mais solennelle, pour votre prestation de serment, et répétez cent fois devant un miroir et la main sur le cœur: « je le jure« .

– Recherchez les coordonnées de la compagnie pluridisciplinaire de votre cour d’appel. Contactez les, prenez rendez-vous avec son président, préparez toutes les questions que vous vous posez et votre carnet de chèques: inscription à la compagnie, à la revue Experts, à l’assurance indispensable en responsabilité civile (prix défiant toute concurrence en tant que membre de la compagnie). Inutile de contacter à ce stade une compagnie spécialisée, qui de toute façon n’accepte en son sein et en général que des experts inscrits obligatoirement dans une compagnie pluridisciplinaire.

– Parmi les questions, revient souvent les aspects administratifs et comptables… Ma réponse: ça dépend de votre emploi principal. Pour ma part, je suis salarié. J’ai choisi le statut d’autoentrepreneur (qui n’existait pas en 1999, je vous passe les détails historiques sordides). Pour la comptabilité, adressez vous à votre femme à votre compagnie. Surtout ne demandez rien à l’administration ! Personne ne comprend le statut des experts judiciaires, j’ai toujours eu des discussions où je me rendais compte que j’en savais plus sur le sujet que mon interlocuteur. Les seuls interlocuteurs valables sont vos futurs confrères de votre compagnie pluridisciplinaire et/ou les cahiers de la revue Experts. Même les textes de loi sont parfois obscurs ou sans décret d’application.

– La formation obligatoire. En tant que nouvel inscrit, vous êtes en période probatoire (inscription sur la liste pour une période de deux ans seulement, au lieu de cinq pour les experts aguerris). Vous devez suivre une formation (en général de cinq jours). Renseignez-vous auprès de votre compagnie pluridisciplinaire. Cela n’existait pas en 1999 et je me suis formé directement auprès de mon épouse avocate qui a réussi à me faire entrer dans le crâne la différence entre civil et pénal, le sens profond des mots « warrant », « verus dominus », « usucapion », « Urssaf », « quérable », « léonin », « forclusion », « exécution provisoire », « contradictoire », « incompétence du juge » ainsi que le sens des différentes abréviations « OPJ », « JI », « Urssaf », « T.com. », « TGI », « SAS », « COJ », « Bull. », « Cass.civ.II », etc. Cette formation vous permettra normalement de pouvoir reconnaître les différentes personnes auxquelles vous allez avoir à faire, pour éviter de dire « bonjour Maître » à l’avocat général… Une (re)lecture de l’intégrale du blog de Maître Eolas est nécessaire, et au moins de ce billet.

– Achetez quelques ouvrages dans votre librairie préférée. Les parisiens ou les provinciaux en visite à Paris peuvent s’approvisionner chez Gibert Jeune « Droit, Économie, Gestion », 6 place Saint Michel. Sinon une recherche « expert judiciaire » sur Amazon.fr donne de très bons résultats 😉

– Soyez patient. Il est possible que vous ne soyez pas désigné du tout pendant les deux années de probation… C’est dommage, mais c’est comme ça. J’ai eu des années avec 10 affaires et des années avec… zéro.

– Prévenez votre employeur de votre bonne fortune et assurez vous que vous pourrez vous absenter de temps en temps (en général une journée) en posant des jours de congés.

– L’inscription sur une liste d’entraide entre experts judiciaires me semble être une bonne idée. Je vous recommande chaudement celle mise en place par le LERTI pour les experts en informatique, et qui regroupe des personnes de qualité qui n’hésitent pas à donner un bon conseil ou le bon tuyau quand on est dans la peine (par exemple: quel est le fax du service juridique de tel FAI…)

– Enfin, l’abonnement à ce flux RSS me semble indispensable 😉

Bienvenue dans cette confrérie que forment les experts judiciaires. N’écoutez pas les vieux cons (dont je suis) et soyez indépendants mais avec politesse. Cela s’appelle la confraternité.

Et surtout, n’oubliez pas que vous n’êtes pas juge, que vous donnez un avis technique basé sur une méthode scientifique et que la science est le domaine du doute et de la remise en cause.

Ne dites pas « M. Truc a ouvert ce fichier à 14h », mais « le compte informatique de M. Truc a servi pour l’ouverture de ce fichier à 14h, heure relevée dans les métadonnées de l’ordinateur, dont le BIOS indique (au moment de l’expertise) qu’il existe un décalage de X minutes et dont le système d’exploitation indique (au moment de l’expertise) qu’il ne suit pas l’heure d’été ».

Écrivez vos rapports d’expertise d’une main tremblante en pensant à l’éternel voyage de la science et au professeur Tardieu. Pensez également aux personnes qui se sont faites une spécialité des torpillages critiques des rapports d’expertises. La qualité de votre travail est à ce prix.

« Voilà ce qui me paraît être la vérité », dit le savant.

« Voilà la certitude », traduit la foule ignorante, oublieuse de « l’éternel voyage » de la science.

Bon voyage, et si vous avez des enfants, pensez à fermer la porte de votre bureau pendant certaines expertises

Journées réseaux 2013

Quelques jours après mon retour des « journées réseaux » (JRES) 2013 qui se sont tenues à Montpellier, voici le temps de faire un petit bilan de cette expérience.

Cela fait plusieurs années que je souhaite participer à cette manifestation qui regroupe une grande partie de la communauté des informaticiens travaillant dans les établissements d’enseignement supérieur et/ou dans la recherche, c’est-à-dire ma communauté professionnelle.

Et le hasard a fait que cette année, les organisateurs m’ont contacté via ce blog pour m’inviter à faire une présentation en séance plénière sur le thème de l’expertise judiciaire. Autant dire que je ne pouvais pas dire non…

Les premiers contacts ont été pris il y a longtemps (janvier 2013), et l’idée de parler devant mes pairs sous le pseudonyme Zythom était attrayante. Mais plus les mois passaient et plus la pression montait: ma présentation de généraliste de l’informatique allait-elle intéresser l’assemblée de spécialistes présente dans la salle ? Comment serait perçu mon souhait de participer à cette conférence sous pseudonyme ? Quel regard mes pairs allaient-ils porter sur moi ? Comment les quelques lecteurs du blog présents dans l’assistance allaient-ils réagir ?

Bref, plus le temps passait et plus je pétochais…

L’organisation des JRES 2013 s’est avérée impeccable du point de vue de l’invité que j’étais: une personne s’est attachée à s’assurer que je franchissais correctement les jalons, et me relançait avec patience quand je tardais sur la remise d’un livrable, notice de présentation, visuels de la présentation, détails pratiques sur le transport, l’hébergement, etc.

Et le premier jour de la conférence est arrivé: je me suis retrouvé assis dans la grande salle de l’opéra de Montpellier, avec 1500 personnes ! C’est vraiment à ce moment là que j’ai senti la peur me nouer les tripes: j’allais devoir parler deux jours plus tard dans cette même salle, devant ce public de spécialistes des réseaux…

Il faut dire que la salle est très impressionnante.

Quelques internautes ont pris des photos qu’ils m’autorisent à reproduire ici (et je les en remercie):

Photo depuis les loges (cliquez pour agrandir)

Photo (cliquez pour agrandir)

 Et voici la photo prise depuis la scène avec mon smartphone, quelques minutes avant ma présentation:

Photo Zythom (cliquez pour agrandir)

Autant vous dire que j’étais dans mes petits souliers…

La veille, j’ai séché l’après-midi de présentations pour travailler et répéter ma présentation une dizaine de fois. J’ai quitté le « social event » du mercredi soir car j’étais encore trop stressé, ce qui fait que je n’ai pas pu profiter de la fête organisée pour les 10 ans des JRES.

Le mercredi matin, j’ai présenté à la salle de preview (la salle réservée aux orateurs pour permettre de soumettre une nouvelle version de leur présentation), la énième version encore modifiée de mes visuels. Puis je me suis réfugié dans un coin du palais des congrès pour écouter un peu de musique pour me détendre contre cette angoisse grandissante difficile à contrôler, et c’est là que j’ai eu l’idée de relire la « Litanie contre la peur » des sœurs du Bene Gesserit de l’univers de Dune. Cela ne marche pas du tout sur moi, mais je me suis dit que cela ferait une bonne introduction à mon intervention… Pour ceux qui n’ont pas lu l’ouvrage de Frank Herbert, voici le mantra:

Je ne connaîtrai pas la peur car la peur tue l’esprit.

La peur est la
petite mort qui conduit à l’oblitération totale.

J’affronterai ma peur.

Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi.

Et lorsqu’elle
sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin.

Et là où
elle sera passée, il n’y aura plus rien.

Rien que moi.

Si vous voulez voir un Zythom très tendu et stressé, voici l’intégralité de ma présentation (avec en bonus track à 43′ la prière des RSSI 😉 :

 Vidéo JRES 2013 (meilleures définitions disponibles ici)

Ce que je garderai comme souvenir de ces journées réseaux, c’est une super organisation, un grand stress de mon côté, des présentations de qualité où j’ai appris beaucoup de choses, et des rencontres très agréables avec , , , et plein d’autres lecteurs du blog. C’est très intimidant de discuter en présentiel avec chacune de ces personnes !

J’espère pouvoir aller dans deux ans aux JRES 2015, mais cette fois comme simple participant…

Hôpital en mer

Le bateau file bon train sur la mer déchaînée. Nos voiles sont gonflées et la gîte est forte malgré la grand-voile arisée. Le vent souffle fort et aucun autre voilier n’est sur l’eau. L’apprentissage de la voile doit se faire aussi dans de rudes conditions, et ce stage à l’école des Glénans ne fait pas exception.

Je vous parle des années 1980, une époque où nulle électronique n’avait sa place à bord des voiliers de cette école de voile prestigieuse (en dehors d’un récepteur radio pour prendre la météo). Nous mesurions la vitesse du bateau avec une planche lestée reliée à un bout à nœuds (un loch), la profondeur d’eau sous la quille avec un plomb et la force du vent avec la forme des vagues. Les téléphones portables n’existent pas encore…

La mer est blanche de l’écume des vagues emportée par le vent. Il fait « vent frais » disent les marins. Nous sommes emmitouflés dans nos cirés jaunes, éclaboussés par les embruns. Nous avançons vent arrière, surfant sur les vagues en formation. C’est un moment d’émotions fortes, partagé par tout l’équipage.

Hélas, le barreur fait une faute. Une vague mal négociée déstabilise le bateau qui fait une embardée. Par vent arrière, la bôme est presque perpendiculaire au bateau. Elle hésite entre bâbord et tribord. Le moindre déséquilibre et elle change de côté. Cette manœuvre s’appelle l’empannage. Mal maîtrisée, les conséquences peuvent être dramatiques: la bôme traverse brutalement le bateau en balayant tout sur son passage.

Dans notre cas, la bôme n’a percuté personne. Mais l’écoute, qui relie la bôme au pont du bateau, a attrapé la tête d’un équipier et l’a brutalement projeté sur le coin de la cabine… Le choc sur la boite crânienne a fait un bruit terrifiant et il reste inanimé sur le pont, ballotté par les vagues pendant qu’on reprend le contrôle du bateau.

Nous sommes deux penchés au dessus de lui. Il est inconscient. Avec précaution, nous essayons de voir s’il a une blessure apparente. Nous découvrons du sang qui s’écoule de son oreille. J’ai 18 ans, mais je sais que ce symptôme ne présage rien de bon.

A ce moment là, je me rends compte que nous sommes loin de tout, même si nous naviguons à vue des côtes, entre l’île d’Houat et Belle-Île. Je descends dans la cabine jusqu’à la table à carte. Je regarde la position approximative où nous nous trouvons, le point ayant été fait peu de temps auparavant. Il y a sur une carte marine plein d’informations qui sont indiquées: les amers pour faire le point, la nature des fonds marins, le nom des ports… et, je m’en rends compte à ce moment là, les hôpitaux !

Il y a un hôpital à Le Palais sur Belle-Île ! Je remonte annoncer la nouvelle à mon chef de bord qui, aussitôt, demande à l’équipage d’effectuer les manœuvres ad-hoc pour mettre le cap sur Le Palais. Je le remplace au chevet de mon camarade blessé. Je me place à genoux au dessus de lui et cale sa tête sur mes cuisses pour essayer d’amortir le choc des vagues.

Le temps nous semble infiniment long. Belle-Île s’approche lentement de nous. Nous sommes tous très tendus, attentifs à faire fonctionner le bateau au plus vite. Mes cuisses me font mal à force de rester dans cette position. Je me sens inutile à l’avance du bateau et indispensable à empêcher l’impensable.

Nous entrons dans le port à pleine vitesse. Notre bateau, comme la grande majorité des bateaux de l’école de voile des Glénans de l’époque, n’a pas de moteur, pas même un moteur d’annexe. D’habitude, nous rentrons dans un port très doucement, propulsé par notre seule voile d’avant (en général un foc), après quelques louvoiements plus ou moins rassurants pour les propriétaires des bateaux amarrés. Cette fois-ci, nous arrivons toutes voiles dehors, à pleine vitesse, droit vers le quai principal.

Je revois encore le membre d’équipage debout à la proue et faisant office de brigadier avant, lorsqu’il a bondi sur le quai et couru jusqu’au premier passant venu. Il l’a attrapé par le col et lui a hurlé dessus: « OÙ EST l’HÔPITAL ? OÙ EST l’HÔPITAL ? ». Aujourd’hui, on parlerait d’agression caractérisée… Le pauvre ère lui a indiqué une direction dans laquelle s’est engouffrée mon camarade d’infortune. Un quart d’heure après, une ambulance venait chercher notre blessé. Nous étions tous hagards en la regardant l’emmener aux urgences.

Ce n’est que quelques jours plus tard que nous avons appris qu’il avait une fracture du crâne, et qu’il s’en sortirait sans séquelle.

Depuis ce jour, j’évite toujours de me trouver entre les écoutes et la cabine d’un bateau, surtout par vent arrière.

Ensemble, avec Vous et pour Tous, continuons !

Je parle assez peu de mon activité de conseiller municipal sur ce blog, alors qu’elle occupe de plus en plus de mon temps libre, surtout en ce moment avec la préparation des élections municipales de 2014.

J’ai toujours été intéressé par les événements de ma commune. Je suis lecteur assidu du journal communale et j’assistais épisodiquement à différentes manifestations plus ou moins folkloriques.

Jusqu’au jour où un voisin qui travaillait à la marie m’a incité à assister à un conseil municipal. Tout à mon ignorance, je lui ai répondu « Ah bon, c’est public? »… Et dès le mois suivant, je me retrouvais assis dans les rangs du public, enfin du public, plutôt à côté d’un tondu et d’un pelé, assistant à mon premier conseil municipal.

Depuis, le virus ne m’a pas quitté, et quand il a fallu trouver des bénévoles pour aider à tenir les bureaux de votes supplémentaires (la population de la commune est en forte croissance), un conseiller de l’époque m’a foncé dessus en me disant: « puisque je vois que vous êtes toujours dans les rangs du public, je vous propose de m’aider à tenir le bureau de vote ».

Tenir un bureau de vote, c’est être au cœur de la vie de notre démocratie. Mais c’est aussi de longues heures d’attente comblées par des discussions sur tous les sujets du moment. Ce qui fait que lors des dernières élections municipales, le candidat principal est venu me trouver pour compléter sa liste. Je me suis donc retrouvé antépénultième sur sa liste (lire ce billet). Normalement, je n’aurais pas du être élu. Sauf qu’il n’y a pas eu d’autres listes face à nous…

Cette fois, pour les élections de 2014, c’est avec un bilan de 5 années de travail comme conseiller municipal que je m’apprête à participer à l’ensemble de la campagne électorale. C’est une découverte pour moi.

Tout d’abord, le maire sortant ne se représente pas, ayant passé plus de 30 ans à gérer sa commune et atteint un age respectable. Il sait qu’il faut passer la main et ne pas faire le mandat de trop. Il passe le relais à son 1er adjoint qui est, me semble-t-il, très bien préparé à son futur rôle de 1er magistrat de la commune (s’il est élu). Il a donc fallu constituer une liste avec tous les conseillers qui souhaitent repartir pour 5 années de travail, et compléter la liste (car tous ne souhaitent pas repartir) avec des « petits » nouveaux.

Ma commune fait environ 5500 habitants et jouxte une ville très dynamique. La campagne municipale qui s’annonce, avec le départ du maire historique local, sera à l’image de la commune: dynamique! C’est-à-dire qu’il y aura plusieurs listes qui vont s’affronter, et un futur conseil municipal avec une opposition, ce qui est une bonne chose.

Pour l’instant, sauf dans les grandes villes où les monstres politiques sont déjà en action, notre équipe (et celles de nos futurs concurrents) travaille discrètement et construit le programme. C’est une phase intéressante où de nombreuses idées sont exprimées, ce qui est très important surtout dans une liste quasi apolitique. Comme la liste est constituée majoritairement de conseillers sortants, nous partons des projets en cours et du bilan pour nous projeter sur l’avenir de la commune, ses difficultés et ses atouts.

Parallèlement au programme, il faut s’intéresser également à la « tactique » de campagne: quand présenter la liste au public, quand commencer les premières réunions publiques et sur quels thèmes du programme, quel slogan choisir, quelles affiches imprimer. Il faut également écrire les courriers, préparer le site internet, décider des outils technologiques, etc. Sachant que dans notre cas, il n’y a pas de conseiller en communication et que toutes les dépenses se font sur notre argent personnel.

J’assiste également aux manœuvres des listes adverses, aux tentatives d’espionnage, de débauchage de membres de la liste. J’ai ainsi été approché pour faire parti d’une autre liste, ce que l’ai refusé poliment. C’est le bal des hypocrites 😉

Tant que ce n’est pas le bal de ardents

Chaque mois nous nous réunissons avec des taches à faire, des sujets à trancher, des discussions à avoir. A chacun son travail, même si parfois, cela tient un peu de la « bricole ». Moi, par exemple, je m’occupe du site internet… Je sais réserver des noms de domaine (check), je sais choisir des hébergeurs (check) et gérer les boites aux lettres du domaine (check), mais quant au choix du design du site, c’est une autre histoire… J’en suis à tester différents modèles tous prêts pour me faciliter la tâche!

Et début 2014 commencera la saison du combat politique: les réunions publiques et les confrontations d’idées! Pour un timide compulsif comme moi, additionné d’une once d’agoraphobie, la période s’annonce difficile. Pensez-y avant d’envoyer une tomate sur l’orateur 😉

Ensuite la liste sera déposée officiellement, avec une alternance stricte homme/femme. A ce moment là, je saurai en quelle position je suis, et je verrai si j’ai une chance d’être élu, puis d’être adjoint ou simple conseiller. 

Une chose me rend plus fort que bon nombre de mes concurrents: je n’ai aucune ambition. Si je ne suis pas élu, je serai ravi d’être dans l’opposition, même assis dans les rangs du public. La critique, c’est bien aussi. Et puis, c’est plus facile 😉

Si je suis élu ET adjoint, je pourrai peut-être célébrer avec fierté le premier mariage homo de la commune ! Si je suis élu, je ferai en sorte que nul vote électronique ne vienne semer le doute dans notre démocratie locale. Si je suis élu, j’essaierai d’accueillir chaque nouvelle personne qui s’installe sur la commune comme il se doit. Si je suis élu, je continuerai à lutter contre l’insolence des riches. Si je ne suis pas élu, je continuerai quand même à consacrer un peu de temps pour les moins chanceux d’entre nous (lire aussi ce billet). Si je suis élu, j’espère pouvoir enfin aller serrer la main des gens du voyage.

N’oubliez pas d’inciter les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales avant le 31 décembre, et dites leur de voter! En attendant, je serai toujours ému par les réactions des gens dans un bureau de vote (lire aussi ce billet).

Quand je serai plus vieux, j’enlèverai mon béret devant l’urne de vote.

Votez pour moi !

Ma petite entreprise

J’ai décidé de créer ma propre entreprise.

Ouaip, rien que ça.

J’ai un métier qui me fait vivre, qui me passionne et qui me demande chaque jour d’être au top. Mais l’activité d’expert judiciaire en informatique, que je mène en parallèle, m’a fait découvrir un univers qui m’intéresse beaucoup, et pas uniquement parce que mon épouse est avocate. Seulement voilà, les expertises judiciaires, c’est bien, mais vu comment évolue le budget de la justice, les magistrats ordonnent de moins en moins d’expertises, et les Officiers de Police Judiciaire sont de plus en plus compétents pour mener les investigations techniques dans leurs affaires.

Pour autant, avec la complexité croissante de l’informatique, et la
tendance à la judiciarisation de la société, le nombre de litiges techniques va
augmenter. Le budget de la justice étant de plus en plus contraint,
l’expertise judiciaire sera de plus en plus cruciale, et décisive, d’autant plus
qu’elle sera rarement suivie d’une contre-expertise. Il est donc
important que chaque partie soit accompagnée tout au long de
l’expertise, mais également après, par un expert privé.

En 2010, j’ai décidé de tester un peu l’activité d’expert freelance. Il se trouve que depuis cette période, mon chiffre d’affaire concernant cette activité n’a fait qu’augmenter, au point de dépasser cette année celui de mes activités d’expert judiciaire. Je donne un exemple d’expertise freelance dans ce billet intitulé « Contre expertise« .

Il est temps maintenant de structurer cette activité, et en particulier de déterminer précisément les services que je peux proposer et les faire connaître au public approprié. Ce blog perso sera l’un de mes outils de communication. Je compte sur vous pour en parler autour de vous 😉

Les services que je propose:

1) Assistance technique pendant les réunions d’expertise judiciaire.

En complément de l’avocat qui est l’expert en droit qui s’assurera que vos intérêts sont bien défendus d’un point de vue juridique, et qui établira la stratégie juridique, il est souvent intéressant de s’adjoindre les conseils d’un expert technique qui connaît et comprend parfaitement les problèmes informatiques mis en jeu, mais aussi les procédures d’expertises judiciaires et leurs pièges. L’expert judiciaire en charge des réunions d’expertise est souvent très content d’avoir à faire à des personnes qui parlent le même langage que lui et en comprennent toutes les subtilités. Je jouerai le rôle de facilitateur entre mon client et l’expert judiciaire, au mieux des intérêts de mon client.

2) Assistance dans la rédaction des dires.

Il existe de plus en plus d’avocats parfaitement compétents en matière informatique, mais ils sont encore trop peu nombreux. L’art de l’avocat est d’assurer la bonne défense juridique de son client, et pour compléter cela, certains n’hésitent pas à faire appel à un expert technique pour étudier tous les éléments techniques laissés éventuellement en suspend par l’expert judiciaire. L’expert judiciaire est seul devant toutes les parties, et il doit être soutenu dans sa recherche de la vérité par un débat contradictoire qui a lieu avant le dépôt de son rapport, et en particulier par l’analyse de son pré-rapport. Il faut éviter les zones d’ombre et souvent plusieurs experts valent mieux qu’un pour éclairer un dossier dans toutes ses dimensions. Il ne s’agit pas d’attaquer l’expert judiciaire pour le faire trébucher, mais de lui permettre d’être exhaustif dans l’accomplissement de ses missions, avant la remise de son rapport définitif.

3) Analyse critique d’un rapport d’expertise judiciaire.

Les différentes réunions d’expertise ont eu lieu, le pré-rapport a été discuté avec des dires et leurs réponses, et le rapport définitif a été remis au magistrat. Et ce rapport vous est très défavorable, d’une manière qui vous semble excessive. Votre avocat sait que l’affaire est mal engagée et souhaite mettre toutes les chances de votre côté. Il n’est plus alors question de peser le pour ou le contre sur la question de savoir s’il faut engager des frais pour se faire assister par un expert technique pendant les phases précédentes. La défense est aux abois, il faut faire analyser le rapport d’expertise judiciaire, non plus sous l’angle du droit, mais sous l’angle purement technique. C’est le type de service qui m’est le plus demandé, et en général en urgence.

Si l’expert judiciaire est compétent, ce qui est le plus souvent le cas, je ne peux que faire l’éloge de son travail et vous aider à faire le deuil de vos prétentions.

Mais parfois, comme le rappelle Madame Marie-Claude MARTIN, vice-présidente du TGI de Paris, qui a publié dans la revue « Experts » (numéro 73 de décembre 2006), un excellent article intitulé « la personnalité de l’expert »:

« […] plusieurs comportements sont susceptibles d’être observés:

– « L’expert sans problème« : Je lis la mission, elle rentre parfaitement dans mes attributions, je l’accepte.

– « L’expert aventureux, ou téméraire, ou intéressé« : La mission ne paraît pas relever de ma compétence, mais elle m’intéresse ; je prendrai un sapiteur ultérieurement […]

– « L’expert optimiste qui dit toujours oui« : Je suis surchargé, je prends quand même cette mission, je me ferai aider au besoin par l’équipe qui m’entoure […].

– « L’expert stressé qui ne sait pas dire non« : Je suis surchargé, mais si je dis non, je ne serai plus désigné et je vais rapidement me trouver sans mission.

Il y a donc des cas où le travail d’expertise peut ne pas avoir été parfait. Dans ces cas, je crois sincèrement que les avocats devraient s’adjoindre les services d’un expert privé.

Le public ciblé:

Les avocats constituent le public privilégié des services de que je propose. Je n’accepte une mission que si elle est validée/proposée par un avocat. Le travail en direct avec une partie, sans la caution juridique d’un avocat ne m’intéresse pas: chacun son métier, je ne peux pas vous guider dans les arcanes des procédures juridiques, ni même vous conseiller dans ce domaine. Mon domaine à moi, c’est l’informatique.

Travailler avec un avocat, c’est pour moi la garantie de pouvoir me concentrer sur la partie purement technique. Dans la plupart des dossiers que j’ai déjà eu à traiter, l’avocat m’a surpris par la finesse de la compréhension qu’il avait des problèmes techniques soulevés. Mais tout les avocats ne sont pas aussi compétents en informatique que Maître Eolas, ou Maître Iteanu, ou Maître Bensoussan. Il est souvent profitable pour le client de former un binôme avocat-expert performant. C’est ce que je vous propose.

Procédure de travail

Je travaille depuis plusieurs années avec des avocats aux six coins de la France.

J’aime les choses
simples et efficaces: si vous n’êtes pas
avocat, contactez d’abord votre avocat et discutez de votre affaire avec
lui. Proposez lui mes services et s’il estime en avoir besoin, dites
lui de me contacter. Si vous êtes avocat, contactez moi par le biais de ce formulaire.
Si vous savez utiliser une clef publique OpenGPG, la mienne se trouve sous le formulaire. Décrivez moi le contexte de l’affaire. Je garantis
une prise de contact rapide pour discuter des détails à suivre, des
délais et du coût estimatif.

Le coût:

Je parlais des coûts des expertises privées quand je lançais timidement cette activité en 2010, dans ce billet. Je dois reconnaître que les tarifs ont évolué. Il faut maintenant me contacter pour les connaître.

En janvier 2013, j’ai publié un billet intitulé « Pourquoi les experts judiciaires sont-ils si chers« . Je vais reprendre ici la blague que j’avais alors citée pour illustrer la réponse à cette question:

C’est l’histoire d’un ingénieur qui a un don exceptionnel pour réparer tout ce qui est mécanique. Après toute une carrière de bons et loyaux services, il part à la retraite, heureux.

Un jour, son ancienne entreprise le recontacte pour un problème apparemment insoluble sur l’une de leur machines à plusieurs millions d’euros. Ils ont tout essayé pour la refaire fonctionner et malgré tous leurs efforts, rien n’a marché. En désespoir de cause, ils l’appellent, lui qui tant de fois par le passé a réussi à résoudre ce genre de problème.

A contre cœur, l’ingénieur à la retraite accepte de se pencher sur le problème. Il passe une journée entière à étudier et analyser l’énorme machine. A la fin de la journée, avec une craie, il marque d’une petite croix un petit composant de la machine et dit « Votre problème est là… »

L’entreprise remplace alors le composant en question, et la machine se remet à marcher à merveille.

Quelques jours plus tard, l’entreprise reçoit une facture de 10 000 euros de l’ingénieur. La jugeant un peu élevée, elle demande une facture détaillée, et l’ingénieur répond alors brièvement :

– Une croix à la craie : 1 €

– Pour savoir où la mettre : 9 999 €.

La société paya la facture et l’ingénieur repartit dans sa retraite heureuse.

Je ne suis pas encore à la retraite, mais je SUIS cet expert qui sait où tracer la croix à la craie dans votre (pré)rapport d’expertise défavorable.

Et si le rapport d’expertise est parfait ET défavorable, je ne peux plus rien pour vous. Je vous le dirai en première lecture et il ne vous en coûtera rien.

Mais réagissez bien, réagissez vite !

Contactez moi avant qu’il ne soit trop tard 😉

GERME

Depuis trois ans, je suis une formation au management. Comme beaucoup d’ingénieurs, j’ai toujours privilégié la connaissance et la compétence technique au détriment des autres qualités que doit avoir un bon « chef d’équipe ». Le travail en équipe et l’animation d’équipe ne m’ont pas été enseignés lors de ma formation initiale maintenant lointaine. Et après 30 ans d’immersion dans la technique, il était temps de retourner à l’école, pour corriger ce que j’avais pu apprendre « sur le tas ». Le management en fait partie.

Je suis allé voir la personne en charge des ressources humaines dans mon entreprise et elle m’a conseillé de prendre contact avec une animatrice de ce formidable organisme qui s’appelle GERME.

Késako ?

GERME est une association loi 1901 qui est née d’une initiative de membres et d’animateurs de l’Association Progrès du Management (APM) en 1992 qui ont souhaité une approche de perfectionnement au management des entreprises pour leurs cadres de direction. L’association GERME a finalement été créée fin 1997 et constitue le réseau de référence pour les managers qui veulent développer et mettre en œuvre de nouvelles compétences en management. l’acronyme GERME signifie d’ailleurs Groupes d’Entraînement et de Réflexion au Management des Entreprises.

Les managers adhérents à GERME progressent et se développent par la formation, les mises en situation et le partage d’expériences au sein de groupes présents sur tout le territoire français, les Antilles et la Belgique. Chaque groupe compte de 15 à 20 cadres de direction qui se réunissent 8 fois par an pour suivre un cycle de formation, pilotés par des animateurs formés à la pédagogie GERME.

C’est pour moi l’occasion de prendre un peu de recul par rapport à la pression du travail, à l’urgence des problèmes que je rencontre au quotidien dans mon entreprise. C’est surtout pour moi un lieu d’échanges en confiance. En effet, quoi de mieux que de rencontrer des personnes d’autres entreprises, ayant des responsabilités similaires, mais dans des métiers très différents, et de pouvoir se confier à eux, de pouvoir parler de ses propres faiblesses, erreurs et défauts en étant écouté sans se sentir jugé.

Une fois par mois, sur 8 mois sélectionnés judicieusement pour que tout le monde puisse participer, je rencontre des personnes qui sont devenues pour moi des camarades de galère, que je connais maintenant mieux que leurs collègues de boulot, et nous suivons une journée de formation animée par un conférencier sélectionné par le réseau GERME, sur un thème que nous avons collectivement choisi. Les thèmes se regroupent dans 4 axes pédagogiques: le manager et le monde, le manager et son entreprise, le manager et son équipe, et enfin le manager lui-même…

Pour vous donner une idée, voici quelques unes des formations que j’ai suivies depuis 2011:

– Comment gérer les personnalités difficiles ?

– Comment motiver son équipe ?

– Comprendre et manager la génération Y

– Anticiper et accompagner le changement

– L’attitude intérieure positive

– Prendre la parole en public et rester zen

– L’intelligence émotionnelle

– Comment mieux gérer son stress ?

– Humour et management

– Conduire le changement

– Décrypter la gestuelle pour rendre plus efficace sa communication

– La communication de crise, quelles relations avec la presse ?

– L’art de la répartie : comment réagir en toute situation ?

– Équilibre vie professionnelle vie privée

A chaque fois, le conférencier anime la journée en alternant présentation, mise en situation, exercices pratiques, échanges entre apprenants, etc.

Cela permet de recevoir des connaissances en provenance d’un professionnel expérimenté, de pouvoir les discuter et se les approprier, et surtout de confronter « entre nous » les expériences – bonnes ou mauvaises – des uns et des autres. Qui n’a pas eu à gérer une réunion houleuse, une personne qui réagit de manière désagréable, des problèmes d’ego ou un conflit au sein de son équipe de travail ?

J’apprends beaucoup sur moi-même au cours de ces formations. Elles ont contribué – j’espère – à améliorer mon contact avec les autres, que ce soit dans mon univers professionnel où l’on est parfois prompt à critiquer l’interface chaise-clavier, dans ma gestion des réunions d’expertise où l’écoute est importante ainsi que la bonne gestion de crise, ou dans ma tache de conseiller municipal, je pense en particulier à l’animation des réunions publiques.

Les valeurs GERME, sur lesquelles travaillent tous les adhérents, sont les suivantes: Progrès, Respect, Ouverture, Confiance, Humilité et Ensemble (PROCHE). Elles illustrent bien le mode de fonctionnement du groupe GERME auquel j’appartiens. Elles permettent de développer et mettre en œuvre de nouvelles compétences en management. Elles permettent d’apprendre à se connaître pour accepter ses limites et renforcer ses points forts.

En septembre 2013, il y avait 87 groupes GERME réunissant 1310 adhérents. Les groupes accueillent des cadres de direction associés à la réflexion et aux décisions stratégiques: cadres en responsabilité d’équipes, cadres en responsabilité transversales et parfois des dirigeants de TPE. Les adhérents sont accueillis dans un groupe en veillant à la diversité des fonctions et à la non-concurrence des entreprises représentées. Vous trouverez plus d’informations sur le site de l’association. N’hésitez pas à entrer en contact avec un animateur proche de vous ou directement avec l’équipe d’accueil de l’association. Les formations sont prises en charge par votre entreprise.

J’avais beaucoup d’idées reçues sur le management, principalement par méconnaissance. J’imaginais que certaines personnes avaient une sorte de qualité naturelle innée de « leader » charismatique, ou d’autres l’insupportable comportement de « petits chefs ». Je pensais que les cours de management consistaient en un ensemble de « trucs » pour manipuler les gens et en augmenter la productivité. J’avoue être allé un peu à reculons aux premières formations, moi le scientifique pur cru.

Au final, j’apprends à être plus ouvert, responsable, engagé, en constant perfectionnement, capable de comprendre mon environnement avec du recul, acteur et diffuseur de progrès au sein de mon entreprise, et acteur du changement.

Mes collègues ont constaté le changement. J’ai pu apprécier mon évolution dans la conduite des réunions d’expertise judiciaire. Même les étudiants sentent que j’ai changé en mieux. Même mes enfants…

Il me reste à mettre tout cela en pratique avec les élections municipales qui s’annoncent…

J’en parlerai sûrement ici.