Le cube et le comédien

Jacques François est mort.

Il est mort le 25 novembre 2003.

Pour ceux qui aurait la mémoire courte, Jacques François était un comédien. Un grand comédien.

Il avait une grande classe, il avait joué dans beaucoup de films et séries, et je garde de lui le souvenir du proviseur de la série TV « Pause Café ».

C’était une personne célèbre et respectée dans sa profession.

Nos chemins se sont croisés.

Je crois que je n’ai pas laissé un bon souvenir…

Avant d’expliquer pourquoi, il me faut faire un petit retour en arrière.

Souhaitant travailler dans l’informatique depuis ma tendre adolescence, et sur les « bons » conseils de mes parents, j’ai consumé une partie de ma jeunesse dans l’enfer de ce que l’on appelle les classes préparatoires. Math sup, puis Math spé. Ayant une certaine ambition, mais pas toujours les moyens d’icelle, l’épreuve fut rude.

Pour améliorer mes chances de pouvoir plus tard travailler moins et de gagner plus, j’ai choisi le statut de « cube ».

Pour tous ceux n’ayant pas la chance d’avoir des parents communistes instits, voici ce qu’est le statut de « cube »: c’est un étudiant redoublant de « Math spé ». Il fait trois années de classes préparatoires là où le génie standard méritant ainsi le surnom de « carré » en fait deux, . La justification en général fournit par les « cubes » est qu’ils souhaitaient obtenir de meilleurs résultats aux concours des grandes écoles que lors de leurs premières tentatives. Il y a même des cas de triplements de Math spé que l’on nomme des « bicarrés ».

Les « cubes » ont ceci de particulier qu’ils maîtrisent parfaitement tous les indicateurs physiques et mentaux les poussant à fuir à grandes enjambées ce système de sélection abominable et ridicule. Ils connaissent également par cœur toutes les annales du concours de l’école polytechnique (surnommée « X », souvenez-vous en) ET celles des ENS (Ecoles Normales Supérieures: Ulm pour les garçons et Sèvres pour les filles[1]).

A ce stade du récit, je dois préciser à ceux qui restent de mes lecteurs que « cube » est une appellation locale traduite dans les autres régions de France par la fraction « 5/2 ». Cette fraction est le résultat du calcul suivant: les classes préparatoires tirent leurs noms du fait qu’elles préparent le concours d’entrée à l’école polytechnique surnommée « X ». D’autre part, « entrer dans une école » se dit « intégrer » en langage « prépa ». Enfin, par le plus grand des hasards, il existe une branche des mathématiques qui s’appelle « calcul intégral ».

Il y a donc des équivalences logiques entre les concepts suivants:

– « cube »

– « préparer l’entrée à l’école polytechnique en trois ans » et

– « intégrer l’X en troisième année »

Si l’on représente les années par des segments sur une règle graduée, la troisième année se situe entre la graduation 2 et 3. Les plus matheux d’entre vous auront vérifié que l’intégrale de X entre deux et trois est bien égale à 5/2. CQFD.

Que les autres me fassent confiance.

Exercice pour la prochaine fois: démontrer que l’expression « carré » est égale à 3/2.

Certains formulaires du Ministère de l’Education Nationale entérine ces appellations avec des cases à cocher: « Etes-vous 5/2 ou 3/2? »… Même si vous préparez d’autres écoles d’ingénieurs.

Maintenant que vous êtes munis de ces informations parfaitement inutiles, vous êtes à même de mieux comprendre la pression qui pèse sur un jeune de 21 ans qui vient de sacrifier trois de ses plus belles années à ingurgiter ad nauseam une quantité incroyable d’informations parfaitement inutiles à la seule fin de passer des concours.

Ceci me permet de fermer le nombre incroyable de parenthèses ouvertes dans ce billet pour revenir à ma rencontre avec Jacques François.

Vous êtes capable d’imaginer la joie – que dis-je, l’explosion de joie – que j’ai ressentie à la fin de la dernière épreuve du dernier concours de ma troisième année (surtout que j’avais cartonné)!

Je suis sorti dans la rue en courant et en hurlant comme un sauvage ma joie de vivre, dans un état second d’euphorie libératrice.

C’est alors que j’ai percuté Jacques François qui promenait son chien.

C’est la force de la jeunesse, dans ces moments là, que de rester debout, là où l’adulte – bien qu’expérimenté – vole les quatre fers en l’air. Je l’ai donc aidé à se relever tout en me confondant en excuse, entre deux bouffées d’euphorie tant ma joie restait présente. Il n’était pas blessé, juste un peu éberlué.

J’espère qu’il a rapidement oublié notre rencontre.

Moi, malgré les années, je ne l’ai pas oublié.

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[1] En 1985, l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (dite Ulm) et l’École normale supérieure de jeunes filles (dite Sèvres) ont fusionné. Dans la langue française, le masculin l’emportant sur le féminin, seul le nom Ulm est resté (bon, en fait, c’est le nom de la rue). Remarquez que l’on ne prononce pas Ulm comme on prononce U.L.M. (private joke).

Monoblogue éclectique hétéroclite

« Chao » me laisse un commentaire sur le billet précédent qui m’interpelle:

je m’écarterais de l’essence même de ce blog.

Son commentaire m’intéresse en ce qu’il contient une question simple: quelle est l’essence de ce blog?

Lorsque j’ai commencé ce blog, je voulais comprendre pourquoi ma fille aînée souhaitait ouvrir un « skyblog ».

J’ai ensuite découvert quelques blogs qui m’ont intéressé.

J’ai écris quelques billets « bidons » sur des sujets simples, j’ai voulu partager les histoires drôles qui me plaisaient, les citations que je trouvais particulièrement justes…

Puis, dans l’idée que je me suis fait d’un blog, je me suis mis à parler de ce que je connaissais le mieux: mes activités personnelles et professionnelles.

J’étais sur de n’avoir aucune audience, car dans mon entourage, lors des réunions de famille, cela n’intéresse personne:

– soit les anecdotes sont archi connues, parce que ça fait dix fois que je les raconte (au moins pour mes proches, car ils sont toujours là quand je les raconte à une nouvelle personne);

– soit les sujets sont tabous (pédophilie, meurtre, décapitations à la machette), pas toujours facile à placer dans la conversation. Au fait, hier soir j’ai vu sur un scellé la vidéo d’un enfant qui se faisait massacrer à coup de machette… Tiens, passe moi le sel.

– soit la matière est un peu trop geek (franchement, personne autour de moi ne trouve vraiment passionnante la découverte d’un mot de passe dans le fichier /var/vm/sleepimage sur un powerbook, alors que tout le reste est crypté, et pourtant…);

– soit le thème gonfle tout le monde, comme la spéléo, parce qu’il faut la pratiquer, pas en parler;

– soit parce que cela ne fait rêver que moi (Espace, frontière de l’infini).

Et là, curieusement, sur ce blog, cela intéresse quelques personnes.

Alors je me suis laissé aller à me raconter. Et j’ai très vite compris ce qui intéressait les visiteurs: les anecdotes d’expertises judiciaires.

Problème: comment raconter ce qui n’est pas racontable, du fait de la discrétion à laquelle est tenue un expert judiciaire?

Et bien, si vous lisez bien ce blog, et que vous aimez particulièrement la rubrique « Anecdotes d’expertises« , vous pouvez constater que je ne raconte que des détails, des surprises, des points techniques, en modifiant les dates, les lieux, les sexes… pour rester en phase avec la déontologie des experts judiciaires, et en règle avec la loi. Mais j’ai à peine vingt ans et quelques… et mon stock d’anecdotes présentables s’amenuise. Et je ne vais quand même pas en inventer!

Alors j’alterne entre vie privée, vie professionnelle et activité expertale.

Je me raconte en un long monologue…

Je monoblogue.

Tiens, justement, les commentaires: tous les jours, matin, midi et soir, je me précipite sur mon ordinateur (c’est une expression, car en fait je suis toujours assis devant un ordinateur, sauf en voiture où il est à ma ceinture) pour voir si j’ai des commentaires.

Seulement voilà, je NE VEUX PAS que les commentaires soient libres, avec modération a posteriori. Et ça, j’ai bien conscience que cela empêche la communication, le débat.

Pourquoi un tel souhait?

– J’ai une vraie phobie de la connerie humaine.

Ceux qui travaillent dans un service informatique comprendront…

– Etre expert judiciaire, cela vous range dans une catégorie que beaucoup de Trolls considèrent comme l’ennemi à abattre. Il ne se passe pas une semaine sans que quelqu’un ne m’explique qu’il est un grand malade pédophile mais que je peux toujours lui courir après car son commentaire a transité par 200 serveurs proxy cryptés, même que la clef elle fait 4096 bits…

J’ai horreur des mythos. Le simple fait d’en parler va les attirer encore plus!

Cela fait une tâche sur mon blog. Et je suis une vache sans tâche (ceux qui ont des enfants comprendront).

– Je veux pouvoir contrôler ce qui est publié ici et ce qui ne le sera pas.

Finalement, je me suis même demandé s’il n’aurait pas été moins frustrant pour l’internaute de ne pas pouvoir déposer de commentaires. Mais ce serait se priver d’une partie de ce qui fait le charme des blogs.

Alors je continue de monobloguer sur ce qui me passionne, même hors du domaine des expertises. Ouf diront certains, dommage dira « Chao », mais c’est comme cela.

Si vous voulez seulement lire les billet traitant des anecdotes d’expertises, oui, c’est possible! Le format pour les flux de rubriques est le suivant:

https://zythom.fr/feeds/posts/default/-/nomdelarubrique

Dans le cas des anecdotes d’expertise, c’est « Anecdotes%20expertises ». Et n’oubliez pas le trait d’union (« -« ) dans l’URL. Ce n’est pas une coquille!

Mais vous n’aurez pas les futurs billets sur la beauté des maths, sur la rétropropagation au sein des réseaux de neurones, ni ceux sur ma prochaine participation aux élections municipales.

Et je vous assure, vous allez rater quelque chose!

Le double effet Eolas

Après Kisscool, voici le double effet Eolas…

1er effet: Passage de 131 visites/jour le 7 décembre à 260 le 8 décembre, grâce à ce billet

2e effet: Avec 4596 visites du 15 novembre au 15 décembre, malgré la fermeture annoncée de ce blog et ma piteuse volte face huit jours plus tard, me voici tétanisé par mon mal de dos ce soudain afflux de lecteurs…

Je me vois donc obligé de réaffirmer d’une part ma gratitude à l’avocat le plus bas haut d’inter(net), et d’autre part la ligne éditoriale de ce blog avec son onzième commandement…

A suivre, un classique de Voltaire (et oui).

Le lapin!!! le lapin!!!

Ceci est un journal intime en ligne

Ce blog est un journal intime en ligne.

INTIME (dictionnaire de l’Académie française, 9e édition)

adj. XIVe siècle.

Emprunté du latin intimus, « le plus en dedans, le plus intérieur ».

1. Qui est intérieur à une chose, qui en constitue l’essence. La structure intime de la matière, d’un tissu vivant. Fig. Qui est tout à fait intérieur à l’être, à la conscience. J’en ai l’intime conviction. Une intime persuasion. Un sentiment intime de confiance.

2. Qui est strictement personnel, privé. Révéler ses sentiments intimes. Vie intime. Journal intime, où une personne note, en principe pour elle-même, ses réflexions ainsi que les évènements de son existence. Tenir un journal intime. Publier son journal intime. Par méton. Se dit de ce qui convient à la vie privée, favorise les relations familières, permet l’intimité. Un lieu, une atmosphère intime. Une pièce intime. Cet endroit n’est pas très intime.

3. Qui lie très étroitement. L’alliage intime de deux métaux. Mélange intime. Fig. Une union intime entre deux êtres. Avoir un commerce intime, des rapports intimes, des relations intimes avec une personne, avoir avec elle des relations amoureuses. Se dit d’une personne qui est liée à une autre par une affection très forte, une familiarité étroite. Un ami intime. Ils sont devenus très intimes. Subst. La famille et les intimes. Nous serons entre intimes. Par méton. Un repas, une cérémonie intime, qui réunit un petit nombre de proches, de familiers.

4. Par euphémisme. Qui a rapport aux organes génitaux. Parties intimes. Toilette intime.

L’expression « journal intime en ligne » fait donc pour moi référence à « Publier son journal intime » par opposition à « en principe pour elle-même« .

Pourquoi ce rappel à la Bible?

Et bien pour dissiper quelques malentendus…

Je ne suis pas un journaliste, et je ne prétends pas l’être.

Je n’en ai pas la formation, ni l’employeur (pour avoir une carte de presse, le journaliste professionnel est celui qui a pour occupation principale, régulière et rétribuée l’exercice de sa profession dans une ou plusieurs publications quotidiennes ou périodiques ou dans une ou plusieurs agences de presse et qui en tire le principal de ses ressources).

On me contacte parfois pour me demander mon avis sur tel ou tel aspect de la vie politique, sur la menace climatique, sur l’évolution de telle ou telle technologie…

Bon, j’ai bien un avis, mais que vaut-il?

Pas de recoupement, pas de vérification, pas de sources d’information spécifiques. Je n’ai pas de réseau, pas d’entrée particulière.

Bref, en général, et malgré une grande concentration, mon avis ne vaut pas tripette, alors qu’il y a des journalistes spécialisés qui vous répondront bien mieux que moi sur ces sujets.

Bien sur, si un journaliste me pose des questions sur l’activité d’expert judiciaire, sur la gestion d’un service informatique ET technique, sur la spéléologie martienne, bref, s’il me demande de parler de MOI, alors là OUI, j’ai un avis et c’est le meilleur!

Lorsque j’ai été nommé « responsable des systèmes d’information », les étudiants, qui me (re)connaissaient comme « professeur », m’ont titillé en me demandant si c’était une confirmation de l’omniprésence de la surveillance informatique. Je leur réponds toujours que je ne suis pas moustachu… Je crois bien qu’ils confondent avec la notion de ministère de l’information.

Les journalistes, eux, travaillent sur l’information.

Les faits qu’un journaliste rapporte au public sont porteurs de sens, par exemple dans le domaine de la politique, de l’économie ou de la culture. Cela confère un pouvoir aux journalistes (dont la profession est souvent qualifiée de quatrième pouvoir, par allusion aux trois pouvoirs constitutionnels) dans le processus de la formation de l’opinion et dans l’influence que la révélation de ces faits peut avoir dans les prises de décisions de ce public. (extrait de Wikipédia)

Oups, cela m’a encore échappé. J’avais pourtant promis de ne plus utiliser wikipédia…

Donc, JOURNALISTE n. XVIIIe siècle. Dérivé de journal.

Personne qui a pour métier de participer à l’élaboration des journaux et autres moyens d’information.

Suffisamment de personnes sont mortes ou sont en prison pour avoir voulu exercer ce métier.

Je suis un (petit) blogueur.

Je ne suis pas journaliste, je suis journalintimiste.

Bande de voyeurs…

L’alerte qui colle à la peau

Si comme moi, vous êtes obligé d’utiliser le système d’exploitation MS Windows.

Si comme moi, vous rencontrez depuis quelques jours une alerte « windows update » indiquant qu’une mise à jour est disponible.

Si comme moi, vous mettez systématiquement (et assez bêtement je dois dire) à jour votre système Windows.

Si comme moi, vous venez de vous rendre compte que quoique vous fassiez, une nouvelle alerte de mise à jour apparaît, et que celle-ci concerne toujours la même mise à jour de sécurité pour Microsoft XML Core Services 4.0 Service Pack 2.

Si comme moi, vous n’avez aucune idée de ce à quoi peut bien servir ce service et son service pack (et en plus vous vous en fichez royalement), mais bon, on ne sait jamais, peut-être que c’est important, indirectement, cela fait longtemps que je n’ai pas eu un bel écran bleu de la mort, pourvu que ça dure…

Voici une solution qui a fonctionné pour moi:
– téléchargez « à la main » la mise à jour en suivant ce lien (Windows XP) ou celui-ci (Vista, concerne la MAJ KB941833 non testée dans mon cas).
– lancez l’exécutable et choisissez « remove ».
– une fois le service désinstallé, réexécutez la MAJ pour cette fois choisir « install »
– redémarrez l’ordinateur pour ne pas devenir fou avec l’apparition toutes les cinq minutes de la fenêtre « Redémarrer maintenant/ultérieurement » (le lancer d’ordinateur par la fenêtre n’est pas recommandé en cas de tour de rein).

La demande de mise à jour a enfin disparu.
Ne me demandez pas ce qui s’est passé, je n’ai pas été missionné pour le découvrir…

HTH, mais SGDZ.

Plein le dos

Rongé par les années qui s’accumulent, plié par les lourdes charges familiales et professionnelles, mon dos s’est rompu.

Non, pas le Disk Operating System cher aux Apple II maniaques de 1978, ni le Denial Of Service propre aux réseaux de robots, ni même le pseudo de Jason Reso… mon vrai dos.

Dos: chez l’Homme, partie postérieure du torse, depuis la base du cou jusqu’à la naissance des reins (Encyclopédie Larousse du XXe siècle, édition 1929, vous avez remarqué le changement de référence encyclopédique depuis que je sais qu’un expert judiciaire ne doit pas faire référence à wikipedia…).

J’ai été terrassé par une douleur foudroyante qui m’a laissé pour mort sur le carreau de ma cuisine ce matin. Depuis, je souffre le martyr et agonise en râlant coincé dans ma ceinture Gibaud…

Bon, entre deux râles, je blogue un peu…

Et soudain, une question existentielle s’est imposée à mon esprit et depuis ne le quitte plus: quel est le plus vieil ordinateur encore en fonctionnement?

Me voici donc parti en chasse, lâchant mes plus fidèles moteurs de recherche sur les bases de données réseaux. Pour l’instant, j’ai trouvé un ordinateur qui fonctionne depuis plus de 30 ans! Et en plus, sans changement de pièce. Qui a dit que l’informatique n’était pas fiable?

Qui dit mieux?

Un moment figé dans le temps

Certaines images me marquent plus que d’autres, vous l’aurez certainement remarqué à la lecture de ce blog.
Pourtant, cette image découverte en flânant sur Internet me fascine au point de l’avoir élu « fond d’écran du mois » sur mon ordinateur.
Je me permets de déroger au deuxième commandement de ce blog, pour vous poser la question à deux euros suivante: d’où est prise cette photo?

Réponse en commentaire à la fin du mois week-end.
Indice: le titre du billet peut vous aider.

11 novembre 2007

C’est la première fois que j’assiste à la cérémonie du 11 novembre dans ma ville. J’y accompagne ma fille qui doit lire un texte, avec ses camarades de classe de CM1. C’est un petit matin froid et nous retrouvons près du monument aux morts, des parents, des anciens combattants, les instituteurs, la fanfare, quelques personnalités et le maire.

La cérémonie est empreinte de dignité, émouvante et solennelle.

Moment de recueillement collectif, tout le monde est concentré sur les textes lus par les enfants à tour de rôle.

Arrive le tour d’un petit garçon dont le mère est à côté de moi. Elle me dit: il est très concerné car il nous a posé beaucoup de questions. Devant mon étonnement, elle m’explique que son arrière grand-père était allemand et avait combattu contre les français lors de la grande guerre…

C’est au tour de ma fille de 9 ans. Voici son texte:

« Plus de 4 millions d’hommes ne survécurent qu’après avoir subi de graves blessures, le corps cassé, coupé, marqué, mordu, la chair abimée, quand ils n’étaient pas gravement mutilés.

Les autre s’en sortirent en apparence indemnes: il leur restait le souvenir de l’horreur vécue pendant plus de 50 mois, la mémoire du sang, de l’odeur des cadavres pourrissants, de l’éclatement des obus, de la boue fétide, de la vermine, la mémoire du rictus obscène de la mort.

Il leur restait des cauchemars pour le restant de leurs jours, des images dont ils n’oublieraient jamais l’horreur. »

Ces mots dans la bouche de ma fille m’ont tiré quelques larmes discrètes.

Apprendre des étrangers

– Je voudrais que mes enfants, ou leurs enfants, si jamais j’en ai, sachent ce qui fait fonctionner cette radio, ou votre chenillette, et un jour cette fusée. Je voudrais savoir beaucoup plus… Plus que je n’en peux apprendre, sans doute. Mais si je puis lancer mes compatriotes dans la voie d’apprendre par eux-mêmes, de la façon dont vous avez dû le faire… […]
– Si vous apprenez ce que vous désirez et commencez à instruire vos compatriotes, leur direz-vous d’où vous sont venues les connaissances? Pensez-vous qu’il serait bon pour eux de le savoir?
– Pour certains, oui. Ils voudraient savoir ce qu’il en est des autres mondes, et des gens qui utilisèrent la même méthode pour acquérir des connaissances à partir desquelles ils débuteraient. Les autres… eh bien, des tas de gens laissent aux autres le soin de tirer les fardeaux à leur place. S’ils savaient, ils ne se soucieraient pas d’apprendre par eux-mêmes. Ils se contenteraient de demander chaque fois qu’ils auraient besoin de savoir… comme j’ai commencé par le faire. Et ils ne concevraient jamais que si vous ne leur répondez pas, c’est parce que vous ne le pouvez pas. Ils penseraient que vous essayez de les tromper. Je crois que si je me confiais à quelqu’un, cette sorte-là le découvrirait tôt ou tard, et… eh bien, je pense qu’il serait préférable de les laisser croire que je suis un génie.

Mission gravité – Hal Clément.

Interview

Je n’aime pas particulièrement les interviews.
C’est parce que je suis un grand timide.
C’est surtout parce que je suis un grand bavard et que je suis souvent déçu par le résumé effectué par le journaliste (mais pas toujours!).
Cette fois encore, quand j’ai vu « interview » dans le sujet d’un email, je me suis renfrogné… Et en plus, il s’agit d’un étudiant qui veut me faire travailler à sa place! Mais cette fois, je vais faire exception, car il s’agit du lieu où j’ai passé mon voyage de noces…

Voici la lettre du coupable:

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Bonjour,
Je m’apelle Wohler Paraita et je suis étudiant en 1ère année de LMD Maths Info à l’université de Polynésie Française.
Nous avons comme travail en première année de préparer un projet professionnel qui consiste à présenter un métier qui nous intéresserait, j’ai choisi le métier d’informaticien expert juridique et j’aimerais vous poser quelques questions.

Déjà pourrais-je citer votre nom dans mon projet ou préférez vous garder l’anonymat? Ensuite est ce que je peux citer votre blog dans mon projet?

Alors voici les questions que j’aimerais vous poser:

Qu’est ce qu’un informaticien expert juridique?
Quel rôle joue t-il dans une affaire?
Comment devient t-on expert informatique?
L’expert intervient t-il sur le terrain? (perquisition, se déplace sur les lieux pour effectuer sa mission etc…)
Quelle est la relation entre l’expert, l’avocat et le juge?
Y’a t-il une déontologie particulière? (différente de la déontologie des experts juridiques?)
La rémunération de l’expert?
Est ce qu’il y a beaucoup d’experts juridique informatique en France? Y’a t-il beaucoup de délits liés à l’informatique? Comment cela évolue t-il?

Par rapport a votre parcours personnel, est ce que vous pouvez me dire comment vous êtes devenu expert juridique?
Quelles études avez vous fait?

J’espère vraiment que vous pourrez prendre un peu de temps pour répondre a mon mail, je compte beaucoup sur votre interview, la plupart de la documentation que j’ai pu avoir proviens des liens que j’ai eu sur votre blog.

Amicalement, Paraita.
———————————

Bon.
Le style est à peu près correct, il n’y a pas trop de fautes d’orthographe, le ton est amical, le sentiment semble bon.
Je vais répondre.

Cher Wohler Paraita, ia ora na.

Je vous remercie d’avoir pensé à moi pour vous aider à préparer votre projet.
Comme de nombreux étudiants pensent aussi à moi pour leurs projets, je me permets de répondre à votre courrier directement par le biais de mon blog. Ceci vous permettant de prouver à vos enseignants que vous avez bien réalisé votre part du travail, tout en me permettant à moi de répondre à l’ensemble des étudiants se posant les mêmes questions, ce que j’avais refusé de faire dans ce billet.

Je vais répondre à vos questions le plus franchement possible, en me permettant parfois des liens vers des réponses déjà écrites que je ne souhaite pas paraphraser.

Tout d’abord, le métier que j’exerce ne s’appelle pas « informaticien expert juridique ». En effet, j’exerce le métier passionnant de responsable informatique dans une école d’ingénieurs. Le titre indiqué sur mes cartes de visite est « Responsable des Systèmes d’Information ». J’y sévis accessoirement comme professeur.

En France, « Expert Judiciaire », ce n’est pas une profession. C’est une activité au service de la Justice.

Pourrais-je citer votre nom dans mon projet ou préférez vous garder l’anonymat?
Je préfère apparaître sous mon pseudonyme Zythom dans votre projet. O Zythom to’u i’oa

Est ce que je peux citer votre blog dans mon projet?
Non seulement vous le pouvez, mais vous devez toujours citer vos sources dans vos travaux, sous la forme d’une référence bibliographique.

Qu’est ce qu’un informaticien expert juridique?
Lire l’article de wikipedia consacré aux experts judiciaires. Vous y trouverez d’ailleurs un lien vers mon blog qu’un confrère a eu la gentillesse de placer (et l’imprudence, cher confrère, votre adresse IP!). Vous pouvez lire également ceci et ceci.

Quel rôle joue t-il dans une affaire?
Il répond le plus clairement possible à des questions posées par un magistrat dans une affaire.

Comment devient t-on expert informatique?
La réponse est ici.

L’expert intervient t-il sur le terrain? (perquisition, se déplace sur les lieux pour effectuer sa mission etc…)
Oui, lire ce billet et celui-là, bien que dans mon cas, je travaille essentiellement sur des scellés, à la maison.

Quelle est la relation entre l’expert, l’avocat et le juge?
Les relations sont celles que l’on trouve entre professionnels à haut niveau de responsabilités: jamais un mot plus haut que l’autre, concentration, bonnes connaissances chacun de sa partie et de son rôle, tensions liées aux enjeux.

Y’a t-il une déontologie particulière? (différente de la déontologie des experts juridiques?)
A mon avis non.

La rémunération de l’expert?
Lire ce billet, puis celui-ci et enfin ceci.

Est ce qu’il y a beaucoup d’experts juridique informatique en France?
Votre question attend une réponse subjective. A mon avis (donc), il n’y a pas assez d’experts judiciaires en France, et les personnes les mieux à même de le devenir ne le souhaitent pas pour des raisons de complexité juridique. J’ai donc suggéré à nos candidats au poste de Président(e) de la République la solution suivante.

Y’a t-il beaucoup de délits liés à l’informatique?
Franchement, je n’en sais rien. Je dirais plutôt qu’il y a maintenant de plus en plus d’informatique liée aux délits.

Comment cela évolue t-il?
Personnellement, et c’est une des raisons principales concernant l’ouverture de ce blog, je constate une très nette augmentation des missions liées à la pédophilie. Est-ce parce qu’il y a plus de pédophiles qu’avant, est-ce parce qu’on les repère plus facilement, est-ce parce qu’on les recherche plus qu’avant, est-ce à cause d’Internet?

Par rapport a votre parcours personnel, est ce que vous pouvez me dire comment vous êtes devenu expert juridique?
J’ai rencontré une personne dont je suis tombé fou amoureux au point de l’épouser.
Il se trouve que cette personne est avocat(e) et moi informaticien(ne).
Un jour, cette personne m’a demandé de lui expliquer la partie informatique d’une affaire dans laquelle elle intervenait.
J’ai trouvé cela intéressant.
Elle m’a dit « mais pourquoi ne pas proposer tes services à la Justice? »
C’est ce que j’ai fait en déposant une demande pour devenir expert judiciaire.

Quelles études avez vous fait?
J’ai fait de longues études passionnantes. Mes amis m’ont longtemps appelé « le plus vieil étudiant de France ». J’estime que mes études ne sont pas terminées, même si j’ai maintenant la chance de pouvoir en vivre.

J’espère vraiment que vous pourrez prendre un peu de temps pour répondre a mon mail, je compte beaucoup sur votre interview, la plupart de la documentation que j’ai pu avoir proviens des liens que j’ai eu sur votre blog.
Amicalement, Paraita.

J’espère avoir répondu à vos attentes, malgré mes sarcasmes initiaux.
Vous me direz comment c’est passé la suite de votre projet, n’est-ce pas?
Amicalement, nana.
Zythom