Quelques lecteurs attentifs ont remarqué que je ne souffle mot de la révolte actuelle concernant la base de données E.D.V.I.G.E. (Exploitation Documentaire et Valorisation de l’Information Générale) surnommé « fichier Edvige ».
Effectivement, l’édifice est déjà si haut que je vois mal comment y ajouter ma propre pierre. Je vais donc construire une petite remise à côté, ou plutôt une niche [Edit: à la relecture, c’est plutôt un clapier].
Ce qui m’a le plus frappé, en tant qu’informaticien, est l’utilisation du mot « fichier », avec en plus l’erreur de croire que « fichier » est synonyme de « fichier informatique ».
Que disent les dictionnaires?
J’ai trouvé chez moi le mot fichier dans le dictionnaire « Larousse Universelle en 2 volumes » (édition 1922) que j’ai hérité de mon grand-père. Ce vénérable ouvrage lui donne la signification suivante: « Collection de fiches. Meuble destiné à classer les fiches ».
J’ai fait quelques recherches sur internet et suis tombé sur le « dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle de Frédéric Godefroy« . On y trouve quelques mots intéressants, dont le verbe « fichier »:
fiche:
1- Pic de fer, à la pointe renflée, pour planter la vigne.
2- Déclaration.
ficheis: Percepteur des revenus.
fichet: Poche.
ficheur: Ouvrier qui travaille avec la fiche.
ficheuse: Femme de mauvaise vie.
fichié: (adjectif) Fixe.
fichier: (verbe) Transpercer. Forme réfléchie: se précipiter.
fiçon: Aiguillon, dard.
ficquecion: Etat de quelqu’un qui est comme fiché en place par la force de l’application.
ficticieux: (adjectif) Hypocrite.
Délicieuse musique que ces mots sortis de l’histoire, où le ficheur allait voir le ficheis sa fiche à la main, et qui, s’il lui restait un sou en fichet, se fichier vers sa ficheuse pour la fichier avec son fiçon sans ficquecion…
Ne soyons pas ficticieux. Le problème d’Edvige, c’est de mettre au grand jour des pratiques ayant déjà plusieurs décennies (y compris avant l’informatisation). Et le développement de ces pratiques, et leur redoutable amélioration par l’informatique, ne seront JAMAIS empêchées. Tout au plus peut-on obtenir qu’elles ne soient pas officielles.
A moins de nous attacher à la devise de Frédéric Godefroy: « Invia tenaci nulla est via« .
Mais la devise est vraie dans les deux camps. Et à mon avis, sauf à commencer le Jihad Butlérien, il est déjà bien trop tard.