Transformations

transformations

Il en va de la vie estudiantine comme de la vie tout court: elle est faite d’une succession de transformations. J’en suis souvent le témoin privilégié.

L’entretien

Le candidat assis en face de moi vient tout juste d’avoir son baccalauréat. Il postule pour entrer dans l’école d’ingénieurs où je travaille alors comme professeur d’informatique. Il a 18 ans, il est stressé, il passe pour la première fois un entretien de motivation. Il s’appelle Paul. Je lui pose des questions sur son intérêt pour les études d’ingénieur, sur la vie qu’il pense vouloir mener dans quelques années. Il me répond quelques banalités, mais aussi quelques idées intéressantes. Il est plein d’illusions, mais il a la force de la jeunesse. Il veut changer le monde, l’améliorer, y trouver sa place. Je prends des notes, je l’évalue, je le jauge. Sera-t-il un bon ingénieur ? Question difficile à laquelle je cherche du mieux possible des réponses.

La rentrée

Les étudiants de 1ère année sont assis devant moi. C’est pour la plupart la première fois qu’ils suivent un cours en amphithéâtre. Ils sont à la fois impatients de commencer et déjà conscients des difficultés qui les attendent. Je reconnais parmi les visages quelques uns des candidats que j’ai eus en entretien de motivation. Paul fait parti de ceux-là qui se tiennent droits sur leur siège, attentifs et concentrés.

Je commence mon cours par quelques mises en garde sur la méthode de travail. J’explique la prise de notes. Je prends l’amphi à témoin du fait que personne n’a encore sorti son stylo pour prendre des notes. Cela déclenche quelques rires gênés et un remue-ménage quand tout le monde sort une feuille et un crayon…

Les jeux en réseau

J’ai toujours adoré les jeux en réseau, et encore aujourd’hui, j’aime bien me faire massacrer par les étudiants lorsqu’ils organisent un LAN dans l’école. Ils savent que j’autorise ce genre de pratique, à la condition expresse que le matériel de l’école soit respecté, ainsi que les licences des logiciels utilisés. L’association étudiante « jeux en réseau » est donc essentiellement préoccupée par la recherche de sponsors pour acquérir les précieuses licences qui seront ensuite installées sur les ordinateurs des salles par le service informatique.

Paul est en 2e année quand il s’inscrit à cette association estudiantine et notre première confrontation virtuelle est sanglante. Pourtant, les organisateurs de la séance m’ont placé au dernier rang de la salle pour me permettre de voir les écrans des autres joueurs et me donner un avantage certain. Las, mon niveau sur Half-Life est ridiculement bas quand certains de mes jeunes adversaires accusent déjà des centaines d’heures d’entraînement.

Le cours de C

Je recroise Paul lors du cours de langage C que je faisais alors en 3e année. C’est un jeune bien dans sa peau, entouré d’un groupe d’amis avec qui il passe le plus clair de son temps. Le langage C n’est pas sa passion, et les pointeurs resteront une énigme pour lui malgré tous les efforts que j’aurai déployés. Mais bon, il n’y a pas que l’informatique dans la vie… Je transmets du mieux possible l’importance de l’analyse préalable du problème, de l’algorithmie, de la méthodologie, en rappelant que le langage n’est qu’une illustration technique. Le message passe pour la majorité des étudiants.

Le stage

Le hasard des affectations aux suivis de stages a fait que Paul s’est retrouvé parmi les étudiants dont je supervisais le stage ingénieur.

Son maître de stage en entreprise, présent lors de la soutenance de stage me confiera: « c’est le 1er étudiant que j’ai en stage qui me propose de lui-même au bout d’un mois de faire un exposé au reste de l’équipe sur son sujet de stage ! ». Je ressens une certaine fierté, même si je sais que les compétences de Paul tiennent autant de ses propres efforts que de ceux de ses professeurs et de son école.

Le diplôme

Les étudiants se succèdent sur l’estrade pour recevoir leur diplôme sanctionnant cinq années d’étude. Je les connais tous, pour les avoir fréquentés tout au long de ces années. Chaque visage m’évoque un souvenir. Pour certains, je suis un professeur pénible et inflexible, pour d’autres, un professeur passionné et « intéressant ». Tous se souviendront de moi, pendant que de mon côté certains visages vont devenir flous, et des noms s’effacer de ma mémoire, remplacés par d’autres qui se profilent à l’horizon.

Paul fait parti des diplômés. Curieusement, je me souviens de son visage de jeunot lors de son entretien de motivation. Déjà cinq années ont passé.

Le gala

Chaque année, une part importante des forces des étudiants est engagée dans l’organisation du gala annuel de l’école. Tous les étudiants peuvent y participer, tous les enseignants et bien entendu, les diplômés de toutes les promotions sorties. C’est l’occasion de mettre une tenue un peu plus classe que celle de tous les jours, c’est surtout l’occasion de revoir des étudiants pour savoir ce qu’ils sont devenus. Pour beaucoup d’anciens, c’est aussi l’occasion de discuter avec certains professeurs, sans la barrière d’une certaine anxiété. C’est le moment du « parler vrai » qui peut faire mal, ou pas.

Paul est présent cette année là. Il a eu son diplôme il y a déjà 3 ans, et souhaitait revoir son ancienne école. Il vient vers moi pour me saluer. Nous discutons devant un verre, mais c’est surtout moi qui l’interroge pour savoir ce qu’il est devenu. Il me raconte ses premières années de travail, ses nouvelles responsabilités. Je lui demande ce qu’à son avis nous avions raté dans sa formation,
ce qu’il faut améliorer pour les générations actuelles et futures
d’étudiants.

La vie

Je suis maintenant responsable de service, j’ai quitté mon poste d’enseignant-chercheur. Je suis moins au contact avec les étudiants, enfin moins comme professeur que comme « service support ». Parfois, j’ai une certaine nostalgie de l’énergie qu’il faut déployer pour enseigner, pour faire passer ses connaissances, pour essayer d’intéresser les étudiants, pour parfois qu’ils écoutent simplement.

Certains anciens étudiants viennent de temps en temps dans la région et passent me faire un petit coucou. Ils me surprennent dans mon bureau envahi de dossiers, de documents, de courriers, de papiers en tout genre. Paul est passé aujourd’hui et je l’ai encore interrogé sur son activité professionnelle. Quinze années ont passé depuis son entrée à l’école, il se souvient pourtant encore de son entretien avec moi. J’avoue que de mon côté, les souvenirs sont un peu flous. Tant d’entretiens…

Je regarde dans mes archives, et fouille dans un paquet de vieilles feuilles. Je lui donne alors le document sur lequel j’avais pris mes notes lors de cet entretien de motivation. Il est ému et amusé à la fois.

Je le vois regarder son « moi » d’une autre époque et lui souhaiter bonne chance. Puis il s’en va en me saluant: « à dans dix ans alors ? »

Tant de choses se seront passées encore, tant de transformations. A dans dix ans!

Le vélo, un an après

sport

Il y a un peu plus d’un an, je prenais la décision d’échanger ma voiture pour un vélo, pour venir sur mon lieu de travail. J’en ai parlé ici-même dans ce billet.

Eh bien, un an après, je dois dire, non sans une certaine fierté, que j’ai tenu bon et que je peux compter sur les doigts le nombre de jours où je suis venu en voiture, essentiellement à cause de la glace pendant l’hiver.

Tout d’abord, je voudrais faire un retour sur l’équipement. Le vélo acheté s’est avéré un bon choix: le nombre limité de vitesses (3) me satisfait, l’absence de dérailleur aussi et la chaîne carénée a sauvé plusieurs pantalons…

J’avais aussi investi dans un éclairage à induction magnétique (aimants sur les rayons) en remplacement des éclairages à piles ou à dynamos par frottement. Ils m’ont donné pleine satisfaction. Par sécurité, j’ai laissé l’éclairage arrière (sous la selle) d’origine (à pile) qui vient compléter ma signalisation lors des nuits noires de l’hiver.

Je suis équipé d’un casque ET d’un gilet jaune aussi voyant que seyant. Je suis certain que ce gilet m’a sauvé la vie plusieurs fois, surtout aux ronds-points. Les automobilistes sont beaucoup plus attentifs quand ils voient arriver un gros point jaune fluo à lampes clignotantes… Le casque ne m’a protégé pour l’instant que de ma porte de garage basculante.

La lutte contre les éléments naturels devait se faire avec un grand poncho. J’ai très vite arrêté, sur les conseils de plusieurs commentateurs, et lassé par l’effet spinnaker à vent debout, pour le remplacer par un pantalon de pluie ET un blouson étanche spécial randonnée. Ce dernier est suffisamment aéré pour éviter l’effet cocote-minute, que j’ai bien connu avec mes combinaisons spéléos…

J’ai également un brassard jaune fluo que je porte au poignet gauche, pour éviter de me  faire arracher le bras quand j’indique aux voitures que je souhaite continuer à tourner dans le rond-point (et OUI, je suis prioritaire).

Le danger principal n’est curieusement pas venu des voitures ou des camions, mais surtout des autres cyclistes. Chaque vélocipédiste croit en effet être le seul à vouloir dépasser un congénère, à tourner subitement à gauche ou à entrer sur la piste cyclable… Les règles effectives du code de la route à bicyclette sont donc plus subtiles que celles du code papier: il faut imaginer toutes les réactions, même les plus saugrenues, des autres usagers des pistes cyclables ou des bordures de routes.

J’aurai une pensée particulière pour l’inventeur des laisses de chien de 10 mètres à enrouleur. Qu’il brûle lentement en enfer avec les utilisateurs imbéciles de son invention.

Une autre espèce de piétons m’a également posé problème. Je me suis fait copieusement insulter par plusieurs personnes allant pedibus cum jambis parce que je faisais usage de ma pimpante sonnette afin de les avertir de ma soudaine venue. « Hey connard tu vas pas me klaxonner non ? » m’ont-ils interpeller avec allégresse, avant que je ne n’adopte la stratégie dite du « merci« . En effet, maintenant, lorsque je fais tinter ma petite sonnette afin d’éviter de surprendre désagréablement un rampant, et après que celui-ci se soit de mauvaise grâce retourné (en s’écartant grâce au cerveau reptilien), je lance un désarmant « merci! » qui en surprend plus d’un.

Certains vont même jusqu’à me renvoyer un « yapadkoi » tout aussi rafraîchissant.

Ma plus grande surprise vient de la disparition totale de mon mal de dos chronique (surnommé aussi « le mal du siècle » par mon médecin du travail). Eh bien, fini, débarrassé, envolé le mal de dos. Et pourtant, la pratique du vélo ne semble pas particulièrement recommandée pour lutter contre ce problème… A moins que la reprise de la pratique régulière de l’aviron n’ait quelque chose à voir? Ou tout simplement la deuxième partie du fameux slogan « mangez, bougez »…

J’ai finalement trouvé un cheminement quasi-parfait pour venir travailler: de 10km et 15mn en voiture, j’en suis maintenant à 8km et 20mn en vélo, avec un parcours quasiment exclusivement en piste cyclable ou en voie réservée.

Il ne me reste plus qu’à faire 1/4h d’abdos pour retrouver le physique de mes 40 30 20 18 ans. Deux fois par jour, cinq fois par semaine et 47 semaines par an.

Pour retrouver mes tablettes de chocolat 😉

Bilan à mi-parcours

kriwol.com 2

L’année 2012 arrive à mi-parcours, il est donc temps de faire un bilan provisoire de ma wish list de janvier

  1. Acquérir une paire de lunette vidéo 3D
  2. Arriver à faire fonctionner cette $#%µ& régulation de chauffage au
    boulot
  3. M’intéresser de plus près aux outils des Pentesters
  4. Assister au moins une fois à une Berryer 
  5. Postuler pour une inscription sur la liste de la Cour de Cassation
  6. Suivre plus de formations techniques, en particulier auprès des pentesters
  7. Mettre en place des enquêtes de satisfaction clients auprès des étudiants
  8. Finir l’implantation de l’aire d’accueil des gens du voyage et les accueillir
  9. Mettre à jour et étoffer l’offre de conférences sur l’expertise
    judiciaire que je propose aux lycées, aux
    universités et aux grandes écoles
  10. Passer (et rester!) sous la barre mythique des 25 pour mon IMC
  11. Apprendre à déléguer efficacement pour mettre en valeur mes collaborateurs et les faire progresser
  12. Maintenir avec plaisir le rythme de 4 à 5 billets par mois
  13. Continuer à répondre présent aux magistrats qui me le demandent
  14. Manger un fruit par jour…

Concernant les lunettes vidéo 3D, mon anniversaire n’est pas encore passé, tout espoir n’est pas encore perdu…

Sur le point n°2, la balle n’est plus dans mon camp, mais je sais que des travaux lourds vont démarrer sur le système de régulation du chauffage/climatisation/ventilation dont j’ai la charge… Donc peut-être.

Les outils des Pentesters m’intéressent vraiment, mais je crois qu’il me manque du temps et des compétences. Je pense que ça va être dur pour cette année, mais il me reste 6 mois, et j’ai rencontré pas mal de monde lors du SSTIC qui pourraient m’aider. Donc peut-être.

Les Berryer sont annoncées avec peu de temps d’avance et il faudrait un miracle pour que je sois sur Paris au bon moment et que j’arrive à avoir une place… J’ai donc peu d’espoir de ce côté là, mais l’année n’est pas finie !

Je me demande si un petit expert judiciaire de province a une chance d’être accepté à l’inscription sur la liste des experts de la Cour de Cassation. Je ne sais pas, mais qui ne tente rien n’a rien. Je vais donc déposer un dossier et voir venir en 2013. L’intérêt pour moi est bien sur d’espérer travailler sur des affaires techniquement intéressantes à un niveau supérieur. C’est d’ailleurs amusant de voir que dans le dossier de demande d’inscription se trouve une question « avez-vous déjà travaillé sur une affaire importante au niveau national ? »… Le point n°5 sera presque certainement réussi.

Concernant les formations techniques, c’est bien parti pour 2012. J’ai déjà participé à pas mal de formations intéressantes et compte bien m’inscrire à une formation très technique sur les pentests. Si l’un de mes lecteurs a une piste à me proposer, je suis preneur de tout conseil.

Le point n°7 concerne l’enquête de satisfaction auprès des étudiants de l’école, afin de connaître les ressentis de notre travail en tant qu’équipe support. C’est plus compliqué à mettre au point que je ne pensais, mais c’est en bonne voie.

« Finir l’implantation de l’aire d’accueil des gens du voyage et les accueillir ». Ce point fait suite à ce billet plein d’enthousiasme. Malheureusement, la commune voisine de la mienne a déposé un recours contre notre projet, stoppant net tous les travaux. Notre aire d’accueil des gens du voyage est jugée trop près de leur commune. C’est d’autant plus rageant que nous leur avions proposé de faire un projet commun, plus grand et plus ambitieux, mais qu’ils ont décliné. Je découvre les guerres de clochers et les égoïsmes communaux…

Le point n°9 est de mettre à jour et étoffer l’offre de conférences sur l’expertise
judiciaire que je propose aux lycées, aux
universités et aux grandes écoles. Je suis content d’avoir inauguré ce projet avec une invitation au SSTIC, mais j’ai essuyé un silence radio assourdissant de l’ENM à qui j’ai proposé mes services. Trop petit sans doute (mais un refus de leur part aurait été mieux accepté qu’une absence de réponse). Je ne suis définitivement pas un homme de réseaux.

Concernant l’IMC, je stagne à 25.6 depuis deux mois malgré mes efforts surhumains. Pffff.

Sur le point n°11, je pense être apprécié de mes collaborateurs, même si cela ne doit pas être drôle tous les jours pour eux d’avoir un chef passionné par son travail. Mais comme j’en ai conscience, j’essaye de faire la part des choses.

Concernant le point n°12 « Maintenir avec plaisir le rythme de 4 à 5 billets par mois », je dois reconnaître que je prends de plus en plus de plaisir à venir traîner ici pour pondre quelques bafouilles par mois. J’essaye de ne pas prendre la grosse tête et de garder l’esprit d’un blog de particulier, avec un mélange de privé/public/pro/expertise. J’ai quand même du diminuer mon temps passé sur Twitter qui envahissait doucement mais sûrement toutes mes autres activités privées.

Point 13 : « Continuer à répondre présent aux magistrats qui me le demandent ». Je réponds toujours présent (sauf pour les analyses de téléphones). Par contre, je suis de moins en moins sollicité, sans savoir pourquoi. J’imagine que le budget de la justice, toujours bien en dessous du minimum raisonnable, doit y être pour quelque chose.

La résolution la moins bien tenue reste la dernière « manger un fruit par jour ». Je suis plutôt 5 chocolats et bonbons par jour…Tiens, cela a peut-être un rapport avec mon IMC.

Il me reste six mois pour faire la différence et atteindre 78,57% de mes objectifs 😉

Bon milieu d’année à tous !

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Source image Jan Kriwol

Message de service

white trash repairs this toothbrush is electrifying1

J’ai fini le bricolage du blog :

  • J’ai modifié le thème pour satisfaire les yeux du plus grand nombre ;
  • Je publie maintenant le flux RSS complet des billets pour ceux qui aiment les lire dans leur agrégateur RSS favori ;
  • J’ai remis le plugin ReadSpeaker pour permettre la lecture des billets aux malvoyants ;
  • J’ai mis à jour la blogroll de mes sites favoris en bas à droite du blog, sous la nouvelle rubrique « billets les plus consultés » ;
  • J’ai remis en place l’onglet « Contact » avec le formulaire d’envoi d’email entièrement anonyme (j’en reçois quelques uns par mois) ;
  • J’ai mis en place un nouvel onglet « Recherche traducteurs« . S’il y a des volontaires…
  • J’ai révisé mon onglet « Mentions légales » (thx to Maitre Eolas) ;
  • J’ai remis en place l’onglet « Avertissements » (A lire bien sur ;-).

J’ai découvert que l’auteur de l’intrusion avait effacé complètement mon blog du moteur de recherche de Google avec une demande explicite. Du coup, j’ai refait entièrement le référencement du site grâce aux outils Google pour les webmasters, en particulier les SiteMaps. J’en ai profité pour faire la même chose sur le moteur Bing de Microsoft qui propose un peu la même chose. Le blog apparait maintenant sur la première page
du moteur Google lors d’une requête « expert judiciaire », ce qui me fait particulièrement plaisir, même si c’était le cadet de mes soucis. Il est même premier sur la requête « expert judiciaire informatique ». ^^

Je recommande à tous ceux qui utilisent un compte Google d’activer la double authentification, qui m’aurait bien servi si j’en avais eu connaissance (mais avec des si…). Je vous invite également à masquer vos doigts pour ne pas vous faire filmer lors de la saisie de vos mots de passe…

Le tome 3 est en cours de rédaction, j’essayerai de faire un billet sur le long processus d’auto édition (papier et numérique).

Vive la liberté d’expression, vive l’informatique, vive la France, et merci à tous pour vos petits mots gentils.

Back on line

white trash repairs careful

Suite à l’avalanche de messages de sympathie et, pour tenir compte des demandes formulées dans le billet précédent, j’ai remis en ligne tous les billets et commentaires du blog avant piratage.

Effectivement, il semble que cela peut intéresser les nouveaux lecteurs d’aller se plonger dans les anciens billets (j’espère autant que les anciens lecteurs dans les nouveaux billets ;-).

J’en ai profité pour donner un coup de balai sur le look du blog, et décidé d’abandonner le fond noir qui faisait si mal aux yeux de beaucoup d’entre vous, mais auquel je tenais tant. Nouvelle époque pour ce blog, nouveau design.

Je relisais le billet que j’avais publié juste avant de venir au SSTIC et je me suis demandé si je n’avais pas un 6e sens…

Il me reste quelques réparations à faire, en particulier le plugin de lecture pour les malvoyants, mais le plus gros du chantier est derrière moi. Je tiens d’ailleurs à remercier encore les équipes de Google pour leur réactivité et leur efficacité. Sans elles, je serai encore en train d’adapter les outils de conversion Json vers Xml à mes besoins propres, faute d’avoir procédé à des tests de restaurations de mes sauvegardes sur un blog de secours… Le B.A.BA. Mais comme je l’indiquais sur Twitter, le dieu des sauvegardes devait veiller sur moi.

Il parait que les chats ont neuf vies. Si ce blog est comme eux, il lui reste huit piratages à subir avant que je n’aille en enfer. Vous n’avez pas fini de rigoler, ni mon égo d’en prendre un coup.

Merci à vous tous.

Tome 2

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Tenir un blog, pour beaucoup, c’est prendre plaisir à raconter une histoire, une anecdote ou partager un retour d’expérience. C’est utiliser un peu de la liberté d’expression dont nous disposons pour s’exprimer.

Mais c’est aussi s’exposer à la critique, à la haine et au mépris. Je reçois quelques courriers de cet ordre, qui rejoignent vite le trou noir de ma poubelle numérique. Les problèmes que j’ai rencontrés à cause de la tenue de mon blog sont venus d’ailleurs.

Je suis toujours surpris de constater que le fait qu’internet offre à tous les citoyens la possibilité de s’exprimer directement, sans les filtres habituels, dérange et contrarie un certain nombre de personnes. Dans mon cas, des personnes ont été choquées par le fait que je tienne sous pseudonyme un blog sur lequel je présente mon activité d’expert judiciaire, sans passer par les revues (et comités de lecture) ad hoc, ni par le cercle fermé et discret des réunions ou colloques organisés par les compagnies d’experts judiciaires. Le fait de donner sans filtre, directement auprès du public, une opinion, une vision, une mémoire…

Tenir un blog, confortablement installé dans le fauteuil de mon bureau, peut amener la tempête et l’opprobre des institutions avec lesquelles je travaille, l’invitation à un interrogatoire suspicieux ou la condamnation de mes pairs. C’est ainsi que l’on prend conscience de l’importance de la vie en société, de l’assaut des idées des autres et de leurs jugements.

C’est de tout cela, et d’autres choses, dont il va être question dans les pages du tome 2 du livre « Dans la peau d’un informaticien expert judiciaire », dans les anecdotes « romancées » qui sont toujours en ligne sur le blog à la date de rédaction de cet ouvrage.

Le premier billet du livre commence avec la réception d’une convocation de la Cour d’Appel auprès de laquelle je suis inscrit comme expert judiciaire. Tous les autres billets sont écrits pendant que ce que j’ai appelé l’« affaire Zythom » se déroule, mais sans que je souhaite en parler sur mon blog, même si parfois mon humeur transparaît dans certains billets comme « Sombre ». Ce n’est qu’une fois l’affaire terminée que je me suis permis de la raconter sur le blog, dans les billets qui constituent la fin du livre. Ce tome 2 couvre donc complètement cette période qui fut difficile pour mes proches et moi.

Tenir ce blog me permet de suivre une certaine thérapie par l’écriture. En paraphrasant le magistrat Philippe Bilger, je peux dire : « On est écartelé entre ce qu’on a envie d’écrire et ce qu’on a le droit de dire. Entre [l’expert] et le justicier. Le professionnel et le citoyen. La vie et l’Etat. L’élan et le recul. La réserve et l’audace. Entre soi et soi. »

« Dans la peau d’un informaticien expert judiciaire – Tome 2 – L’affaire Zythom » est disponible au format papier ici en vente chez mon éditeur.

D’autre part, vous le savez sans doute, j’aime assez l’idée de partage et de libre diffusion sans DRM. Ce livre est donc également disponible gratuitement pour tous:

au format PDF (2374 Ko),

au format EPUB (572 Ko),

au format FB2 (759 Ko),

au format LIT (554 Ko),

au format LRF (697 Ko) et

au format MOBI (744 Ko).

Vous pouvez le copier et le diffuser librement auprès de vos amis et de vos ennemis.

Vous y trouverez, comme dans le tome 1,
une sélection de billets laissés dans l’ordre chronologique de leur
publication, et qui peuvent être classés cette fois dans quatre
rubriques :

– mes activités d’expert judiciaire en informatique ;

– mon travail comme responsable informatique et technique ;

– ma découverte du monde politique comme conseiller municipal ;

– et des anecdotes pour mes amis et ma famille.

Avertissements :

Les habitués du blog le savent, mais cela va mieux en l’écrivant: la publication des billets de mon blog, sous la forme de livres, est surtout destinée à ma famille et à mes proches. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi la démarche d’une autopublication. J’ai endossé tous les métiers amenant à la publication d’un livre, et croyez moi, ces personnes méritent amplement leurs salaires! Mise en page, corrections, choix des titres, choix des couvertures, choix du format, choix des polices de caractère, marketing, numérisation, etc., sont un aperçu des activités qui amènent à la réalisation d’un livre. Je ne suis pas un professionnel de ces questions, je vous prie donc de m’excuser si le résultat n’est pas à la hauteur de la qualité que vous pouviez attendre. Le fait d’avoir travaillé seul (avec ma maman pour la relecture, merci à elle), explique aussi le faible prix de la version papier pour un livre de 260 pages.

Je me dois également, par honnêteté envers les acheteurs du livre, de dire que les billets en question sont encore en ligne et le resteront. Les billets sont identiques, à part les adaptations indiquées ci-après.

Le passage d’un billet de blog à une version papier nécessite la suppression des liens. J’ai donc inséré beaucoup de « notes de bas de page » pour expliquer ou remplacer les liens d’origine. Dans la version électronique, j’ai laissé les liens ET les notes de bas de page. Je vous incite à lire les notes de bas de page le plus souvent possible car j’y ai glissé quelques explications qui éclaireront j’espère les allusions obscures.

J’ai également glissé, dans ce tome 2, le nom de l’avocat qui m’a assisté tout au long de l’ « affaire Zythom ». C’est un avocat redoutablement efficace, en plus d’être un homme charmant. Je lui dois d’être encore expert judiciaire et de continuer à tenir ce blog. Ce sera le teasing pour vous inciter à la lecture 😉

J’espère que ce tome 2 vous plaira. En tout cas, je vous en souhaite une bonne lecture.

Etrange étranger

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Depuis longtemps, les écoles d’ingénieurs se sont ouvertes aux étudiants étrangers. Pour propager la connaissance pour lutter contre l’obscurantisme, ou tout simplement parce que le partage du savoir est consubstantiel à la notion même de recherche et d’avancée scientifique.

Cela nécessite une curiosité de l’autre, le développement d’une interculturalité qui n’est pas toujours évidente. On ne peut pas dire à un étudiant: « tu es étranger et donc tu dois t’adapter et t’intégrer ». C’est nier l’apport de la différence, l’attrait du raisonnement « autre ». En peinture, on appelle « lumière étrangère », une lumière différente de la principale, et ménagée artistement pour le bon effet du tableau. Il en va de même pour un étudiant étranger dans un groupe d’étudiants français. Il ne doit pas devenir comme les autres, il doit s’intéresser aux autres et les autres à lui.

C’est vrai, et c’est ce qui est passionnant, que l’étranger surprend souvent. Le mot « étrange » est si proche du mot « étranger » que le Littré nous indique que les deux mots ont été primitivement synonymes. Aujourd’hui ils sont distincts, et signifient, l’un ce qui est hors des conditions naturelles, l’autre ce qui est hors de la nation, du pays. Dans le figuré, les significations se rapprochent beaucoup; cependant elles ne se confondent pas complétement.

C’est pourquoi, je vous demande de rester dignes, comme j’ai su l’être, devant l’anecdote suivante…

L’été, alors que les étudiants sont en vacances stage, l’école prête parfois ses locaux à des organismes de formation qui ont pour but l’enseignement du français à des étrangers.

La responsable de l’équipe de nettoyage de l’école arrive affolée dans mon bureau: Monsieur Zythom, Monsieur Zythom, venez voir, suivez moi, je n’en peux plus, il y a des étudiants qui nous ont fait une blague que je n’admets pas, un manque de respect, un manque de respect total. C’est incroyable, je n’ai jamais vu ça! Venez voir, suivez-moi…

En tant que responsable informatique, technique, hygiène, sécurité, espaces verts, etc., me voilà en train de courir dans les couloirs en me demandant ce que je vais encore trouver comme nouveau désastre à mettre au crédit de l’imagination débordante des étudiants.

La responsable de l’équipe de nettoyage me fait entrer dans les toilettes des femmes.

J’entre dans ce lieu mythique que peu d’hommes peuvent se vanter avoir vu. Il y règne un ordre et une propreté étrangers aux lieux fréquentés symétriquement par les hommes. Mais rien d’autre d’étrange ne me saute aux yeux. Ah!, si, une odeur s’insinue par mes narines, et identifiée aussitôt par mon cerveau à la mémoire associative aiguisée: l’odeur caractéristique des excréments humains… La responsable ouvre alors les portes des cabinets de toilette et je découvre ahuri à côté de chaque siège, par terre, un magnifique tas de papiers hygiéniques usagés responsables de cette odeur bien peu hygiénique.

Je regarde la responsable toujours rouge de colère. Je lui explique que nous sommes en été, il n’y a plus d’étudiants dans l’école et que je ne vois pas qui aurait pu faire cette curieuse blague.

Elle me dit alors cette phrase étrange: « ça doit être les étrangers! ».

Un déclic se fait dans mon cerveau et je lui réponds que je vais me renseigner. Me voilà à la recherche de la personne responsable de l’organisme donnant les cours de français. J’arrive à la contacter par téléphone et lui fait part de mon problème un peu particulier. Je l’entends rire au téléphone et m’expliquer la chose suivante:

Depuis hier, le groupe d’étrangers suivant les cours est un groupe de femmes venant d’un pays d’Afrique où l’eau est une denrée très rare. Il ne leur est pas venu à l’esprit qu’en France, nous utilisons de grande quantité d’eau pour évacuer, non seulement nos excréments, mais également le délicat et doux papier triple épaisseur qui va avec.

Pour en avoir parlé ensuite avec elles, elles utilisaient bien la chasse d’eau, en riant devant cette débauche de luxe, mais déposaient délicatement le papier hygiénique à côté du siège, ne sachant pas quoi en faire. Elles m’ont d’ailleurs avoué leur surprise devant ce manque d’hygiène, car chez elles, il y a un récipient prévu pour cela…

Amusements réciproques et blagues universelles ont accueillis des explications bienvenues. La responsable de l’équipe de nettoyage a soupiré en disant « je préfère ça. Je croyais qu’on m’avait fait une blague ». Un mois plus tard, elle recevait en cadeau d’adieu des étudiantes une magnifique robe traditionnelle multicolore. Elle m’en parle encore aujourd’hui. J’ai depuis demandé à l’organisme d’ajouter une petite explication sur les usages en vigueur dans les « lieux d’aisance ».

J’en ai discuté également avec un ami qui s’est trouvé dans une situation similaire au Japon où les toilettes (privées et publiques) disposent de jet d’eau et de séchoir, considérés comme étant plus hygiéniques que le papier toilette. Le siège des toilettes de l’entreprise qu’il visitait était muni d’une télécommande avec une dizaine de boutons et un mode d’emploi en japonais…

« Laisse parler ton coeur, interroge les visages, n’écoute par les langues… » écrivait Umberto Eco dans « Le nom de la Rose ».

Les étrangers sont des gens étranges.

Dans la peau d’un informaticien expert judiciaire T1

couv T1

Ce blog approche doucement mais sûrement des 700 billets publiés, et cela malgré le nettoyage régulier que je peux faire en supprimant des vieux billets « petits riens » datant du temps d’avant Twitter. Pour autant, la plupart des billets que je laisse en ligne racontent des petites histoires chères à ma mémoire et auxquelles j’aimerais donner une seconde chance, une autre vie.

En 2007, j’avais publié un livre reprenant 126 billets des débuts du blog. J’avais trouvé un éditeur en ligne qui me permettait de réaliser moi-même mon ouvrage et de le diffuser auprès des personnes intéressées, essentiellement ma famille et mes proches.

J’ai donc repris le livre de 2007 pour en faire une seconde édition[1] qui sera le premier tome d’une série intitulée « Dans la peau d’un informaticien expert judiciaire ».

Titre du 1er tome: « L’âge d’or est devant nous ».

Si certains lecteurs sont intéressés, cet ouvrage est disponible au format papier en commandant en ligne chez mon éditeur.

D’autre part, vous le savez sans doute, j’aime assez l’idée de partage et de libre diffusion sans DRM. Ce livre est donc également disponible gratuitement pour tous:

au format PDF (1480 Ko),

au format EPUB (282 Ko),

au format FB2 (330 Ko),

au format LIT (232 Ko),

au format LRF (263 Ko) et

au format MOBI (270 Ko).

Vous pouvez le copier et le diffuser librement auprès de vos amis ou de vos ennemis.

Un chantier autrement plus long qu’une réédition commence maintenant avec la publication des prochains tomes. Tri, choix, mise en page, corrections, relectures, vont m’occuper un certain nombre de week-ends. J’en ferai probablement une note de blog, à destination de tous les petits blogueurs comme moi qui souhaiteraient se faire plaisir avec dans leur bibliothèque un livre portant leur pseudo.

Et en diffusant ainsi mes anecdotes, je suis très heureux d’aller jusqu’au bout de la logique conseillée par la commission de disciple de ma compagnie d’experts judiciaires lors du « procès » de ce blog. C’est pourquoi je souhaite à tous bonne lecture de mes romans 🙂

Comme j’ai conscience qu’un nombre important d’internautes atterrissant ici n’iront pas acheter le livre ni télécharger la version électronique, je souhaite quand même publier ci-dessous la page des remerciements.

Remerciements:

Ce livre n’existerait pas sans l’aide des personnes suivantes (par ordre chronologique):

– Mes parents, qui m’ont donné le jour, élevé et éduqué avec affection et amour. La baisse sensible du nombre de fautes dans cette seconde édition doit beaucoup à la relecture de ma mère.

– Ma sœur qui m’a soutenu tout au long de mes études, en particulier dans les moments difficiles. Je lui dois une partie de ce que je suis.

– Mon épouse qui m’a soutenu devant toutes les difficultés rencontrées lors de la tenue du blog.

– Maître Eolas, dont les encouragements et le soutien ont largement contribué au succès du blog.

– Tous les blogueurs qui entretiennent avec moi des liens à travers les internets. J’apprends souvent beaucoup de nos échanges.

– Et, bien entendu, les lecteurs du blog.

En attendant, le blog continue.

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[1] La deuxième édition corrige essentiellement quelques fautes de frappe, place le numéro ISBN au bon endroit pour les diffuseurs tels qu’amazon.fr, ajoute le nom du tome et les remerciements. Inutile donc pour les personnes ayant acheté la première édition (collector!) de commander cette version sensiblement identique. Stay tuned pour les autres tomes 😉

L’entretien

col joe kittinger

L’école d’ingénieurs dans laquelle je travaille comme responsable informatique et technique recrute sur concours écrits et épreuves orales. Parmi les épreuves orales, une épreuve un peu redoutée par les candidats: l’entretien de motivation. C’est cette épreuve à laquelle je participe depuis plus de 17 ans maintenant.

Je suis moi-même un pur produit de la machine infernale que l’on appelle « les classes préparatoires aux grandes écoles ». J’y ai appris à travailler « vite et bien ». J’y ai appris un nombre de choses colossales en mathématiques théoriques et en physique et j’y ai épuisé trois des plus belles années de ma jeunesse. J’ai un regard mitigé sur ce système de formation depuis que je travaille dans une école d’ingénieurs en cinq ans, post bac, généraliste et sans classe prépa intégrée. Mais mon propos n’est pas là.

La question que l’on se pose lors du recrutement des étudiants est la suivante: « cette personne va-t-elle devenir un bon ingénieur? ». Pour répondre à cette question, il faut s’en poser beaucoup d’autres: « A-t-elle la capacité de travail suffisante? », « A-t-elle les capacités intellectuelles? », « A-t-elle le savoir-être et si non peut-elle l’acquérir? », « Sait-elle travailler en équipe et si non sera-t-elle apprendre à le faire? », etc. A toutes ces questions difficiles s’ajoute le fait que nos candidats ont à peine 18 ans pour ceux qui sont en terminale S, et 20 ans pour ceux qui veulent intégrer l’école en 3e année.

Les éléments pour évaluer un « bon » candidat se limitent à un dossier scolaire, des notes à des épreuves écrites et des notes à des épreuves orales… et parmi ces épreuves orales, l’entretien de motivation.

1) Jessica 17 ans

Je viens chercher le candidat suivant qui attend dans le couloir. C’est une jeune fille qui s’appelle Jessica. Je lui serre la main. Elle a l’air surprise par mon geste. Comme dans un restaurant, je la précède dans la salle pour qu’elle me suive. Je lui indique la place qu’elle doit occuper. Elle s’assoit. Je m’assois en face d’elle. Je commence à parler immédiatement pour ne pas laisser monter plus haut la pression.

« Notre entretien va durer environ 1/2h. Je vous propose de le découper en trois parties: vous allez vous présenter comme dans un CV, je vais vous poser des questions pour préciser votre parcours et vous pourrez me poser des questions sur l’école afin de savoir où vous souhaitez mettre les pieds. »

Jessica est tendue. Son niveau de stress est au maximum. Elle ouvre la bouche, la referme. Son visage est très blanc. Elle baisse les yeux et se met à pleurer en silence. Malaise…

J’ai toujours un stock de mouchoirs en papier pour cette occasion, je lui en tends un. Je prends ma voix la plus gentille possible. « Vous savez, je sais quelle tension vous subissez. C’est normal et cela n’a aucune importance à mes yeux que cela vous mette dans cet état. Nous avons tout notre temps et je vais vous aider à improviser votre présentation. D’accord? »

Jessica hoche la tête. Elle lève les yeux et me regarde derrière ses larmes. Je lui souris. Je lui laisse du temps pour faire redescendre son taux d’adrénaline. Je passe directement à la phase des questions sur son parcours afin de l’aider à établir son CV. Au fur et à mesure de ses réponses, elle reprend des couleurs et son discours s’affirme.

En fin d’entretien, je lui explique qu’elle aura toute sa scolarité, chez nous ou dans une autre école (je ne suis pas le seul évaluateur à intervenir dans le recrutement d’une personne et heureusement), pour apprendre à maitriser son émotivité, que ce n’est pas un défaut à son âge et qu’il serait aberrant d’en tenir compte lors d’un recrutement. Elle semble rassurée. A part cet incident, l’entretien s’est très bien déroulé.

Jessica sera reçue et réussira toute sa scolarité dans le premier 1/3 de sa promotion. Elle est ingénieur dans une grande entreprise du domaine spatial et dirige une équipe de 30 personnes aujourd’hui. Elle se souvient avec humour de son entretien avec moi.

2) Paul 20 ans

Paul est en classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) dans un lycée réputé. Il vient de finir l’épreuve orale de mathématiques juste avant de passer avec moi. Il est détendu car elle s’est bien déroulée. Il est curieux de cet entretien de motivation. Il me pose la question du rôle de l’entretien.

Je lui explique que le but est de mieux le connaître et surtout qu’il puisse expliquer et justifier les éventuels problèmes ou difficultés qu’il a pu rencontrer et qui pourraient se traduire dans son dossier par des notes peu reluisantes. Je lui explique que je ne connais pas son dossier, que c’est fait exprès pour ne pas avoir d’a priori, que c’est un autre groupe de personnes qui va l’étudier et m’interroger ensuite sur les éventuelles zones d’ombres et qu’il serait bien qu’il me donne des éléments pour que je puisse répondre.

Je lui explique qu’il est donc libre de me parler de lui en forçant ses qualités pour se mettre en valeur, mais que si son dossier possède des failles dont il ne me parle pas, je ne pourrai pas l’amener sur ce sujet (ne connaissant pas son dossier) et ne pourrai pas répondre à mes collègues lors de leurs questionnements.

Paul est un peu dépité. Il réfléchit. Rapidement.

Puis Paul m’explique ses difficultés à s’intégrer dans sa classe lors de sa première année de maths sup’, la compétition, le manque de solidarité. Il a eu des notes minables en maths et en physique lors de son 1er trimestre. Il a failli abandonner à Noël. Il s’est accroché, il a progressé chaque trimestre. Il est passé tout juste en 2e année (maths spé’), a continué sa progression, a changé sa méthode de travail. Il a travaillé dur et pour l’instant, tous les concours se passent plutôt bien.

Au fur et à mesure que l’entretien se passe, j’ai l’impression de parler à mon moi d’il y a 25 ans. Je me sens proche de Paul. J’essaye quand même de remplir sa grille d’évaluation le plus objectivement possible.

Paul sera pris à l’école, mais préfèrera choisir une école à son avis plus prestigieuse. J’espère qu’il suit une carrière qui correspond à ses aspirations et qu’il est heureux.

3) Alia 18 ans

Les parents recommandent souvent à leurs enfants une tenue vestimentaire sobre pour passer des oraux de concours. J’ai parfois même des candidats qui arrivent en costard, ce que l’on appelait quand j’étais petit « la tenue du dimanche ».

Alia est arrivée, elle, avec une tenue du samedi soir: robe mettant en avant valeur tous ses atouts, coiffure sophistiquée, déplacement dans la salle modifiant toutes les constantes de temps…

J’ai cette capacité si rare chez les hommes de pouvoir garder mon regard fixé sur les yeux de mon vis à vis sans glisser inexorablement dans les profondeurs d’un décolleté de type Krubera-Voronja.

Alia jouera tout l’entretien sur le mode de la séduction. Mon rôle est évidemment de ne pas en tenir compte et de rester neutre sur ce plan. J’explique les objectifs de l’entretien, je me tiens à mon rôle d’observateur: « Alia peut-elle devenir un bon ingénieur? ».

Je ne suis pas psychologue, je reste un scientifique, un chercheur, une personne curieuse de l’évolution technologique. Mais je ne suis pas dans une tour d’ivoire, je gère un service informatique qui dépanne, entretient, innove, investit, effectue des paris sur l’avenir et se frotte au quotidien des utilisateurs avec l’envie de l’améliorer. Je connais un peu l’âme humaine, et ses différentes facettes. Je pose donc à Alia une question classique de ce type d’entretien: « Alia, pourriez-vous me citer 3 de vos qualités? ». Alia me répond immédiatement et avec entrain trois qualités, et même une quatrième.

« Maintenant, Alia, je suppose que vous imaginez ma question suivante? »

« Heu, je pense que vous voudriez que je vous donne trois de mes défauts… »

« Allez-y »

Tout aussi rapidement, elle m’a expliqué trois de ses défauts (et même un quatrième ;-). Et pas des défauts passe-partout comme la curiosité ou la gourmandise, non, des vrais bons gros défauts: « Je suis paresseuse, arriviste et mes amis me trouvent chiante! Et puis, c’est mon père qui veut que je devienne ingénieur. »

Au moins a-t-elle joué sur le registre de la franchise. Je me fiche bien de ses défauts, mais je ne peux comprendre qu’une motivation provienne exclusivement du désir des parents.

Alia a intégré une autre école. Je ne sais pas si elle est allé jusqu’au bout où si elle a fini par trouver sa voie propre et/ou son bonheur. J’ai un ami qui, après avoir fini ses études d’ingénieurs et diplôme en poche, s’est inscrit aux beaux-arts en me disant: « J’ai fais plaisir à mes parents, maintenant je vais me faire plaisir et tenter de réaliser mon rêve. » Je pense parfois à lui, et à Alia.

4) Vladimir 21 ans

Vladimir impressionne par sa taille… et sa coiffure particulière: tête rasée très très court et deux petites cornes de cheveux en tirebouchon. Il ressemble à un diable moderne. Je ne bronche pas et le regarde droit dans les yeux, exerçant ma vision périphérique comme avec Alia.

Vladimir est un étudiant brillant d’IUT, il est premier de sa promotion. L’entretien se déroule correctement, et je découvre une personne à l’aise dans sa vie personnelle, curieux d’apprendre, vif et tourné vers les autres.

J’ai plutôt l’habitude d’avoir à mener l’entretien, en posant des questions, en relançant le débat, en creusant un point qui me semble obscur, en mettant en évidence des incohérences dans les réponses. Avec Vladimir, la prise des commandes était réciproque, il me posait des questions sur l’école, sur le métier de l’ingénieur, sur l’importance de l’expérience pratique, sur les stages… Vers la fin de l’entretien, il m’interroge: « Que pensez-vous de ma coupe de cheveux? » et attend ma réponse avec un air concentré.

Je lui réponds qu’elle ne me fait ni chaud ni froid et que j’estime que chacun est libre de se coiffer comme il l’entend. Et bien entendu, je lui demande: « pourquoi me posez-vous cette question? ».

Il est un peu interloqué, mais m’explique qu’il constate que ses professeurs lui ont souvent fait « payer » son originalité, sans nécessairement lui dire en face ce qu’ils pensaient. Subtilement, il m’explique qu’il doute de la sincérité de ma réponse.

Esprit brillant, il a réussi toute sa scolarité à l’école en restant dans les dix premiers de sa promotion. Quand je l’ai revu, plusieurs années après sa sortie, au gala annuel de l’école, il avait coupé ses deux petites cornes bouclées. A mon étonnement il a répondu avec malice qu’il évoluait dans ses goûts et il a tourné la tête pour me montrer une courte « queue de rat » à la base de son crâne rasé de près. « Je travaille comme ingénieur dans une grosse entreprise agroalimentaire, et mon équipe me surnomme le « petit diable » ».

Quatre exemples d’entretiens qui me confirment qu’il est très difficile de répondre à la question « cette personne fera-t-elle un bon ingénieur? ». En tout cas, j’essaye, et surtout, avec mes collègues, je fais le maximum pour qu’une fois entrés dans l’école, les étudiants puissent y répondre tout seul.

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Source photo projet EXCELSIOR III, record du monde du plus haut saut en parachute par Joseph Kittinger. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Mademoiselle

J’ai toujours appelé mes étudiantes « madame », et cela les a toujours fait réagir de façons diverses.

Un jour, alors que j’étais en train de faire cours dans un amphithéâtre, une étudiante arrive en retard. J’ai une gestion des retards qui consiste à ne jamais rien dire quand la personne retardataire se fait discrète. Après tout, tout le monde peut arriver en retard, avec même parfois une très bonne raison. Il me semble inutile que je perturbe moi-même le cours en faisant une remarque.

Sauf que cette jeune personne (mes étudiants ont entre 17 et 25 ans) a décidé de venir s’assoir au milieu de l’amphithéâtre au milieu d’une rangée, obligeant ainsi la moitié des étudiants de la rangée à se lever pour qu’elle puisse aller s’assoir.

Je m’interromps alors, regarde la personne en train de faire bouger tout le monde et prends ma voix la plus glaciale possible en prenant l’amphithéâtre à témoin: « Je vais attendre que Madame s’installe ! »

L’étudiante me répond du tac au tac: « Mademoiselle ! Pas Madame ! »

Je lui explique alors, toujours avec ma voix la plus glaciale: « Votre vie privée ne regarde que vous. Je n’ai pas à connaître votre situation familiale, si vous êtes mariée ou célibataire. Dans la mesure où je m’adresse aux jeunes hommes ici présents sous le vocable « Monsieur », en non pas « Mondamoiseau » pour la plupart, par souci d’égalité, je m’adresse à toutes les jeunes femmes ici présentes sous le terme « Madame », ne vous en déplaise! »

Ayant mis tous les étudiants mâles de mon côté par ce trait d’humour décapant, je poursuivais mon cours, magistral et serein, comme un petit Salomon d’amphithéâtre (ref).

J’ai toujours regretté l’attitude que j’avais eue ce jour là, car il est si facile de clouer au pilori une jeune fille, même un peu impertinente, quand on dispose du « pouvoir » de l’autorité du professeur. A ma décharge, il arrive aussi que les professeurs se fassent déborder par l’impertinence des étudiants, mais c’est une autre histoire.

Dans la plupart des cas, les étudiantes réagissent par un sourire, surtout si cela se passe à la fin d’une discussion, quand je réponds à un « Au revoir, Monsieur » par un « Au revoir, Madame ». J’ai souvent comme remarque: « C’est la première fois qu’on m’appelle comme ma mère! ». J’explique ensuite ma vision de l’égalité mondamoiseau-mademoiselle, ce qui les fait franchement rire. Parfois la discussion peut même se prolonger sur le thème plus général du sexisme, avec des idées qui n’ont rien à envier aux suffragettes…

Je leur rappelle également qu’avant la Première Guerre mondiale, les femmes étaient généralement considérées comme intellectuellement inférieures, voire ne pouvant pas penser par elles-mêmes, ce qui ne lasse pas de les surprendre, elles qui s’engagent dans des études d’ingénieurs!

Une fois, dans mon bureau, une étudiante est restée tétanisée par mon « Au revoir Madame » et s’est effondrée en larmes… Entre deux sanglots, elle m’a expliqué que sa maman venait de mourir et que sans le faire exprès, le fait de l’appeler, elle sa fille, Madame, avait touché une corde sensible. Je me suis excusé comme j’ai pu, tout en lui donnant mon mouchoir en tissu (propre!) confirmant ainsi à ses yeux être définitivement ancré dans le XXe siècle…

Pourtant, je suis heureux de rappeler en conseil municipal qu’on ne dit pas ‘heure des mamans’ pour la sortie des classes, mais ‘heure des parents’ (ou ‘heure des nounous’). J’accompagne tous les jours mes enfants à l’école, et je ne suis pas au chômage pour autant. Les mentalités changent doucement, très doucement, et cela passe par une attention aussi sur les petits détails.

Je vouvoie aussi mes étudiants, par respect, même les plus jeunes, ce qui ne manque pas également d’en étonner certains.

Il faut bien là aussi une première fois.