Un colleur collé

Je suis le champion toute catégorie en réparations diverses. Toute la famille m’amène les objets cassés pour que je les répare! Et mon truc à moi, c’est la colle: j’ai tout un assortiment de tubes de colle, de super forte à ultra forte en passant par « surpuissante ».

Par contre, selon une habitude que je condamne fermement, je n’effectue aucun test préalable « sur un petit morceau du matériau à coller ». Je fonctionne à l’instinct et je sors un tube de colle en fonction de mon expérience.

Connaissez-vous la différence entre l’éducation et l’expérience ? L’éducation, c’est quand vous lisez tous les alinéas d’un contrat [mode d’emploi]. L’expérience, c’est ce qui vous arrive quand vous ne le faites pas.

Pete Seeger « Loose talk »

Dernièrement, ma fille m’amène une chaussure dont la lanière de cuir a cédé.

« C’est dommage car j’aime bien cette paire de chaussures » (évidemment!). Me voici donc à dégainer un tube de colle « ultra forte », du genre de celle qui permet à un humain de se trouver suspendu par les pieds au plafond. Oui messieurs dames, et avec deux gouttes seulement (bon, d’un autre côté, le tube contient dix gouttes, donc de quoi coller cinq personnes au plafond).

Et c’est là qu’apparaît l’application parfaite de la loi de Murphy: je commence mon délicat travail de réparation quand, sous mes yeux étonnés, la colle déposée sur la lanière bigarrée se met à fumer sous l’effet d’une réaction chimique plutôt exothermique. Non seulement la pièce s’est remplie d’une odeur acre désagréable m’obligeant à un rapide retrait stratégique, mais la lanière est devenue toute noire et dure comme du bois (carbonisé).

Chimie 1, Zythom 0, chaussure -1

Einstein oui, mais plus Franck qu’Albert sur ce coup là…

Ma fille me garde toute sa confiance, mais je sens que mon étoile faiblit.

Deux milliards de trucs à faire

Après le retour de vacances, après la rentrée des étudiants, après la fin des « vacances judiciaires », voici venu le temps des « deux milliards de trucs à faire »…

Etant malheureusement sujet à la procrastination, mais d’autre part responsable devant mon employeur, aimant devant ma famille, méticuleux et toujours-dans-les-temps devant les magistrats, il me faut gérer correctement l’avalanche des tâches prioritaires.

J’ai donc décidé de procéder scientifiquement et avec méthode: depuis une quinzaine de jours, je consacre un temps chaque jour aux tâches que je n’ai pas envie de faire mais qui sont importantes: je consacre à ces tâches pénibles chaque jour une heure au boulot, une 1/2h à la maison, un 1/4h pour les expertises!

Incroyable mais vrai, cela marche!

Professionnellement, ma pile de dossier « pénibles » diminue. Côté privé, les plantes du jardin sont arrosées (enfin pas tous les jours, mais bon), et le rangement de mon bureau avance. Enfin, les factures à faire et autres tâches fastidieuses concernant les expertises échappent à l’enlisement.

En comptant 8h de sommeil, il me reste donc 13h disponibles pour m’éclater au boulot, en famille et en expertise! Elle est pas belle la vie.

« Il y a les malins et les pas malins. Et le moins malin des malins n’est pas beaucoup plus malin que le plus malin des pas malins. Mais en cas de nombre impair, il peut être les deux à la fois. »
Philippe Geluck « L’avenir du Chat »

Rugby IRL

Avant de vous raconter une (petite) anecdote sur mon expérience rugbystique, je voudrais préciser en ces temps de coupe du monde que IRL (voir titre) désigne certes l’Irlande en code alpha-3 de la belle langue de la norme ISO 3166-1, mais aussi « In Real Life » en novlangue internet.

Il ne s’agit donc pas ici de vous narrer une rencontre avec les irlandais, mais de vous livrer ma seule expérience rugbystique dans la vraie vie.

J’étais allé disputer un tournoi étudiants d’aviron à Cardiff (Pays de Galles).
La particularité de ce tournoi était d’associer deux sports très différents: les équipes s’affrontaient d’abord dans leur sport respectif, puis une revanche était organisée le lendemain, mais en intervertissant les sports. Cette année là j’avais été envoyé comme rameur dans l’équipe d’aviron, et la revanche se faisait au rugby.

Le premier jour les rameurs ramaient et les rugbymen rugbymaient. Le lendemain, les rameurs jouaient au rugby pendant que les rugbymen défonçaient les pelles d’aviron.

Notre inquiétude s’est éveillée lorsque nous avons rencontré l’équipe de rameurs adverses. Il fallait voir leurs carrures! De vrais rugbymen.
Nous avons été battu physiquement (en aviron) bien que notre technique était supérieure. Leur « huit d’aviron » est arrivé bien avant nous sur la ligne (plusieurs longueurs). Nos rugbymen ont été caterpillés

Nous n’en menions pas large pour la « revanche ». Aucun d’entre nous n’avait jamais touché un ballon ovale…

Nous avons été ÉCRASÉS.
Nous avons été ridiculisés.
Leurs rameurs avaient tous derrière eux une longue carrière de rugby. Et s’ils pratiquaient l’aviron, c’est uniquement parce qu’ils étaient moins forts que les autres rugbymen et n’avaient pas leur place dans une sélection estudiantine.

A ma plus grande honte (aujourd’hui), je dois dire que nous avons gagné uniquement la troisième mi-temps. Et encore, de justesse.

J’en suis sorti sur les deux jambes.
Ce n’était pas le cas de la plupart des gallois.

Nunc est bibendum!

Votre plus vieille donnée?

Le Conseil d’Etat a rejeté le recours des FAI sur le décret les obligeant à conserver les informations de connexion de leurs abonnés. Cette mesure leur impose de conserver pendant un an toutes les données de connexion par Internet, téléphone fixe et mobile de leurs clients (source: 01net.com).

Cette lecture m’a donné l’idée d’une Question à deux euros pour alimenter ma rubrique la plus fumeuse: quelle est la donnée la plus ancienne de mon disque dur?

Ni une, ni deux, me voici à la recherche de cette curieuse information… Bien entendu, je recherche une donnée m’appartenant, pas le fichier d’une quelconque installation à la date douteuse (1970 par exemple…)

C’est comme cela que je suis tombé sur l’un des premiers emails que j’ai écris!

Daté du 11 février 1989, je l’avais envoyé à un collègue lors du raccordement à internet de mon laboratoire de recherche. Notre laboratoire, bien que situé en plein Paris était en retard. Nous avions encore une partie des bâtiments électrifiés en 110v! Des canalis amenaient le 220v spécialement pour nos stations de travail Apollo.

En 1989, le web graphique n’existait pas encore! Il me faudra attendre 1993 pour utiliser les premières versions de NCSA Mosaic.

Nous utilisions des lignes de commandes pour échanger des fichiers et envoyer des emails. Si si! (je m’adresse à mes jeunes lecteurs).

De transferts en conversions, de changements en déménagements, d’une station de travail Apollo sous Unix en passant par un mac II SI et toutes une suite de machines sous Windows, cet email se trouve aujourd’hui sur mon thunderbird, dans la catégorie « A ranger »(!)

Et vous quelle est votre plus vieille donnée présente sur votre disque dur?

Attention, vos vieilles cartes perforées ne comptent pas (sauf à en faire le transfert aujourd’hui, et je vous souhaite bien du courage).

Et ne me demandez pas le contenu de ce vieil email! C’est ridicule personnel.

La voiture hantée

Il y a quelques jours, en allant faire une course au supermarché, j’entends un bruit de tôle violemment froissée à quelques mètres de moi.

Surpris, je tourne la tête et aperçois une voiture perpendiculaire au trottoir avec le pare-chocs avant en butée sur un gros plot de béton renversé. Aïe.

Mais le plus étonnant, c’est qu’il n’y avait personne dans la voiture…

En regardant d’où pouvait bien provenir la voiture, je remarque une dizaine de mètres plus loin une place de parking vide. Le propriétaire de la voiture avait probablement mal serré son frein à main, ou celui-ci a cédé, laissant la voiture glisser vers son emboutissage final.

Quand je suis revenu de ma petite course, la voiture était toujours là, et une voiture avait pris sa place sur le parking. J’ai tout de suite pensé à ce dessin de Boulet

J’ai failli laisser une petite note sur le parebrise de la voiture accidentée: « désolé, mais j’avais besoin de me garer rapidement, aussi j’ai pris votre place de parking… »

5 septembre 2036

Nous sommes le 05/09/2036 et je sens que je vais bientôt quitter cet univers. Je regarde vers le passé et je me souviens.

Tiens, une anecdote rigolote: vous n’allez pas le croire, mais j’ai commencé à écrire mes souvenirs au début du siècle, en 2006. A l’époque, on appelait cela tenir un « blog ». Et justement, c’est aujourd’hui la date anniversaire puisque j’ai commencé le 5 septembre 2006.

Au bout d’une année, j’avais écrit 217 billets relatant certains évènements de ma vie privée, de ma vie professionnelle ou de mon activité d’expert judiciaire.
J’étais jeune alors, j’étais plein de vie et mes enfants s’accrochaient à moi dès que je rentrais de ma dure journée de labeur. Après les avoir embrassé dans leur lit, je m’éclipsais dans mon bureau pour écrire ce journal intime public.
Le plus amusant est qu’à l’époque des gens lisaient encore sur des écrans posés près de la machine qui nous permettait de communiquer.
Mais le plus drôle, c’est que certains me posaient des questions, le plus souvent directement, et parfois sous forme de commentaires directement placés sous les bêtises que j’écrivais.

C’était une belle époque. Les gens étaient heureux, la vie était radieuse et mes rhumatismes inexistants.

Alors aujourd’hui, je fête cet anniversaire avec une pensée émue pour tous ceux qui m’ont écrit. Je lève ma souris à leur santé (enfin ce qui fera office de souris…)

Tchin.

Le geek pur et dur

Cela faisait longtemps que je voulais faire un billet sur le thème du « geek », mais je viens de tomber sur un billet très bien fait qui traduit exactement mon fond de pensée.

Alors, comme un vulgaire « Troll », je vais dire « Pareil », « Bien dit », et « je suis d’accord avec vous » et vous envoyer à la lecture de ce que je n’ai pas su écrire:

« Parce que ça commence à bien faire… »

Un petit extrait quand même:

À une époque, la Terre était peuplée de beaucoup de gens pauvres, d’une minorité de riches, et parmi eux, d’une toute petite minorité de geeks, qui se tapaient une honte permanente de par leur simple existence […] mais désormais il existe également ce que j’appellerai ici la communauté des pseudo-geeks, qui eux ne se tapent pas du tout la honte, et sont au contraire plutôt hype […] Un geek, c’est donc quelqu’un qui est passionné d’informatique et potentiellement de sciences en général, et qui passe une très grande partie de son temps sur son ordinateur à essayer d’en tirer plus que ce qui lui a été vendu […]

Je dois ajouter que parmi les critères qualifiants cités (allez lire le billet, c’est tellement juste), je me reconnais dans les suivants:

– Être capable de tenir une discussion sur les langages de programmation plusieurs heures (mon côté prof).

– Être fortement agacé par la fuite en avant vers le convivial (mon côté chercheur).

– Savoir pourquoi « Software is like sex » (mon côté privé)…

En fait, plus qu’un « geek » dont le mot me semble trop récent (au moins dans mon vocabulaire), je me sens plus un « hacker » au sens premier du terme, c’est-à-dire « bidouilleur ». Je me souviens d’ailleurs que du temps de ma jeunesse, dans notre coin TRS80, nous avions inscrit sur une banderole-papier-listing « hacker’s corner ». Et le terme n’avait alors aucune connotation « pirate ».

Suis-je resté « hacker » en ce sens premier: oui un peu, mais plus avec ce côté virtuose d’antan.

Suis-je alors un « geek » des temps moderne? Non, probablement pas.

Je reste un passionné d’informatique, même si ma passion pour l’intelligence artificielle s’est un peu émoussée au contact de la dure réalité du chercheur besogneux que j’étais.

Et avec l’âge, je suis peut-être devenu un bobo de l’informatique…

J’ai par contre acquis un certain sens civique et je mets le peu de savoir technique que j’ai au service de la justice.

En attendant la relève.

Conditions Générales d’Utilisation

Je ne suis pas juriste.

J’ai découvert que ce domaine pouvait être passionnant quand j’ai rencontré ma fem lorsque j’ai commencé mes expertises judiciaires.

Il m’arrive donc de plus en plus souvent de me pencher sur des textes juridiques pour en comprendre les tenants et les aboutissants.

J’aime bien.

Je suis informaticien.

C’est un domaine passionnant dans lequel je baigne depuis tout petit.

Il m’arrive très souvent d’installer des logiciels et de créer des comptes sur internet pour accéder à des services.

Conclusion: je lis maintenant avec attention le contenu des licences logicielles et des conditions générales d’utilisation des services. Vous savez, ces textes qu’il faut lire en entier et que [presque] personne ne lit juste avant de pouvoir accéder au service/logiciel.

Et pourtant vous avez dit que vous avez lu les conditions…

Si, si, vous avez cliqué sur OK après avoir coché une case jurant sur vos enfants, parents et amis que vous les avez bien lu, et que vous vous engagez à les respecter « les présentes conditions d’utilisation modifiables à tout moment« .

Et bien vous devriez les lire pour savoir ce à quoi vous vous êtes engagé. Parfois, d’autres le font pour vous:

Un petit exemple, les Conditions Générales d’Utilisation d’AOL (extrait, les gras sont de moi):

Si vous diffusez un contenu [NDZ: sur les sites Internet qui sont proposés par AOL France], vous garantissez automatiquement être titulaire des droits sur ce contenu ou être autorisé à le diffuser. Par l’effet des présentes, vous accordez expressément à AOL et aux Sociétés AOL pour le monde entier, une licence et un droit gratuits, irrévocables, cessibles, transférables et non exclusifs d’accéder, d’utiliser, reproduire, représenter, diffuser, distribuer, publier, éditer, modifier, adapter, traduire, corriger, numériser, intégrer, transcrire, créer des œuvres dérivées, et/ou inclure le contenu (tout ou partie) dans d’autres oeuvres sous quelque forme, moyen de communication ou technologie que ce soit, pendant la durée des droits dont vous êtes titulaire sur ce contenu, cette durée ne pouvant en toute hypothèse être inférieure à la durée de la mise en ligne du contenu ; en outre, vous garantissez disposer des droits nécessaires à l’octroi à AOL et aux Sociétés AOL de ces droit et licence.

Autre exemple, Microsoft FrontPage 2003 (extrait):

Vous n’êtes pas autorisé à utiliser les Composants Web en rapport avec tout site qui dénigre Microsoft, MSN, MSNBC, Expedia ou leurs produits ou services […]

Sources: Adullact

Un dernier pour la route, CGU de l’Option Anti-virus Firewall PC 1 poste d’Orange (extrait, les gras sont de moi):

Le Logiciel n’a pas d’effet sur les éventuels virus ayant infecté le système du Client avant son installation. Si un virus est déjà présent sur le micro-ordinateur du Client avant l’installation du Logiciel, il est possible que notamment:

– le Logiciel ne détecte pas et/ou n’élimine pas ce virus, ce qui laissera perdurer les dysfonctionnements réels ou potentiels liés au virus;

– et/ou l’installation du Logiciel ne soit pas possible;

– et/ou le Logiciel ne fonctionne pas correctement.

Etonnant, non ? (™ Desproges)

(edit du 05/09/2007) Bruno Kerouanton m’indique en commentaire un lien très intéressant: www.eulahallofshame.com. Mdr comme disent les jeunes…

Transport de route

Après une anecdote d’expertise, une petite anecdote personnelle sans rapport avec l’informatique.

Dans ma jeunesse, comme beaucoup, j’ai participé à des échanges culturels avec les pays voisins. Mes parents avaient un faible pour l’Angleterre, pensant ainsi booster mes résultats linguistiques (ce qui n’est pas complètement faux, mais pas complètement vrai non plus).

Une fois, après quelques jours passés dans une famille d’accueil située en pleine nature anglaise, j’eus l’idée saugrenue de demander s’il m’était possible de faire une petite promenade solitaire en vélo. Je souhaitais tester par moi-même l’étrange sensation que l’on ressent quand on roule du mauvais côté de la route.

Après moultes conseils de la maîtresse de maison (inconsciente), me voici donc à vélo errant dans le bocage de la belle Albion. C’était un bel après-midi, un peu frais, et une légère brume planait sur la verdure. La route faisait des tours et détours dans les petites collines, et on ne voyait pas bien loin devant soit à cause des pentes, des virages et de l’étroitesse de la route entourée de haies.

Soudain le bruit des oiseaux est couvert par un vacarme métallique.

Un grondement sourd accompagné de cliquetis monte crescendo.

Mon inquiétude grandit lorsque je ressens des vibrations dans le sol.

Je descends de vélo.

Plusieurs minutes s’écoulent pendant que le bruit augmente encore.

C’est alors que j’aperçois, sur cette petite route anglaise, venant dans ma direction, un char d’assaut!

Spectacle improbable que ce petit de France tenant son vélo à la main sur le bas côté et se faisant dépasser dans ce cadre féérique digne du Roi Arthur par un monstre d’acier meurtrier anachronique à la peine pour rester sur la chaussée.

Je me souviens avoir gardé la bouche ouverte pendant plusieurs minutes.

Il a bien fallu que je me reprenne et retrouve le chemin du retour.

Tout excité par cette rencontre incroyable, je décidais d’en parler à ma famille d’accueil. Comme je ne savais pas dire « char » en anglais, j’ai utilisé la paraphrase suivante: « un véhicule qui transporte sa propre route ».

Personne ne m’a compris avant que je ne trouve une photo dans un livre sur la seconde guerre mondiale.