Emballages et I/O

Dans le cadre de mes expertises judiciaires, je reçois régulièrement des scellés contenant les objets que j’ai à analyser. Cela peut être une unité centrale, une clef USB, un disque dur externe, un ordinateur portable, un paquet de cédérom, etc.

Dans tous les cas, l’objet est emballé, étiqueté et numéroté. L’étiquette est toujours du même type, un papier cartonné couleur « ancien ». Elle comporte un cachet de cire scellant une ficelle hors d’âge qui ligote l’objet pour éviter de l’ouvrir sans casser le cachet ou la ficelle.

J’ai déjà raconté dans ce billet comment j’utilise parfois un petit creuset en verre pour faire fondre de la cire pour réaliser un sceau de scellé (avec mon propre sceau!).

Mais ce petit jeu de cachetage m’a finalement lassé, et j’opère depuis différemment. Pour éviter d’avoir à réinventer l’eau chaude (voir illustration d’entête), j’utilise les emballages que je peux récupérer lors de mes achats. J’ai toute une collection de plastiques de toutes tailles que je conserve au grand dam de mon épouse qui désespère de voir mon bureau (et la maison) s’encombrer tous les jours un peu plus.

Car finalement, l’objectif du scellé est de permettre d’empêcher la modification de la preuve que constitue l’objet retiré à son propriétaire. Mais placer une simple ficelle d’emballage autour d’une unité centrale n’a jamais interdit de la brancher sur le secteur pour en effacer/modifier le disque dur…

Je recommande donc à tous les experts (ou OPJ) débutants qui me lisent de ne pas hésiter à placer les objets dans des sacs plastiques que vous fermerez hermétiquement avec du gros adhésif de déménagement. Ce que vous perdrez en esthétique (personnellement j’utilise des sacs poubelles transparents pour les unités centrales), vous le gagnerez en coûts et en fiabilité.

N’oubliez pas de signer sur l’emballage et sur l’adhésif, sinon n’importe qui pourra défaire et refaire votre paquet.

N’oubliez pas l’étiquette du scellé d’origine sur laquelle vous mentionnerez « scellé reconstitué par l’expert + date ». Il n’y a pas de rubrique pour cela, alors écrivez petit sur l’étiquette. L’étiquette doit être accessible de l’extérieur pour permettre à chaque personne concernée par la procédure d’inscrire ce qu’il doit dessus. Personnellement, je fais un petit trou dans le sac pour laisser passer la ficelle d’origine que je fixe à l’objet.

Inscrivez sur votre rapport comment le scellé était constitué lorsqu’on vous l’a remis et comment vous l’avez reconstitué. A besoin, prendre une photo numérique que vous conservez dans votre dossier (avant/après).

Si vous devez analyser une deuxième fois un scellé (c’est rare, mais cela m’est déjà arrivé), notez impérativement dans votre rapport si votre emballage d’expert a été ouvert avant votre deuxième expertise.

Enfin, préparer un cahier de traçabilité des scellés me semble une sage précaution pour un expert judiciaire: vous y indiquerez la nature, le nombre des scellés, les dates de remise (entrée et sortie), ainsi que les nom/fonction des personnes qui vous les remettent et qui les récupèrent, et leurs signatures. Il n’est pas rare qu’une personne en dépanne une autre pour le transport d’un scellé et que celui-ci se retrouve dans la nature alors que pour le magistrat, vous en êtes toujours responsable. On n’a pas l’air très fin quand un juge d’instruction vous appelle pour vous demander où se trouve un scellé et que l’on ne sait pas répondre qui exactement est venu le reprendre…

Si d’autres experts ou OPJ procèdent différemment, indiquez le moi que je mette à jour ce billet (et que j’améliore ma propre pratique).

Finalement, les retours d’expérience, cela tient parfois à pas grand chose.

Enigma SPAM

Apprenti expert judiciaire, une phrase est encodée dans le texte suivant, sauriez-vous trouver laquelle?

Vous avez deux minutes (on sait ou on sait pas!)

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wish to be removed from our lists, simply do NOT respond
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right decision when you signed up for our directory
! If you no longer wish to receive our publications
simply reply with a Subject: of « REMOVE » and you will
immediately be removed from our mailing list . This
mail is being sent in compliance with Senate bill 1623
, Title 5 , Section 303 . This is NOT unsolicited bulk
mail ! Why work for somebody else when you can become
rich within 10 weeks . Have you ever noticed how long
the line-ups are at bank machines and people are much
more likely to BUY with a credit card than cash . Well,
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Un indice: c’est un faux Spam (une imitation, quoi).

Vous ne regarderez plus vos spams de la même façon…

Enquête exclusive: les experts

Maitre Eolas m’ayant signalé l’émission de M6 « Enquête exclusive » consacrée aux experts, et lacqx m’ayant indiqué l’accès via m6replay, je viens de regarder cette émission lors de ma pause repas-saladette.

Je dois dire que je m’attendais au pire. Et bien non, le reportage est excellent et couvre toutes les difficultés rencontrées par les experts, depuis leur nomination jusqu’à leur radiation, en passant par leur réinscription.

Vous trouverez en particulier dans le reportage un expert plutôt compétent en accident de voiture et un expert géomètre en réunion tendue avec les parties.

Mais vous verrez aussi deux médecins experts dont l’indépendance semblent toute relative et les problèmes liés aux experts travaillant avec les compagnies d’assurance (en contradiction avec les règles de déontologie des experts judiciaires, voir paragraphe V-35). Si les faits décrits dans le reportage sont avérés, les deux médecins ne devraient plus être experts judiciaires, de mon point de vue. Je comprends mieux pourquoi il est recommandé de venir à une expertise médicale accompagné de son avocat.

Un point que le reportage n’aborde pas concerne la rémunération des experts par la justice, et c’est dommage, car cela aurait montré à quel point le budget de notre justice est catastrophique et expliqué pourquoi le système actuel devient dangereux, avec des personnes qui postulent pour devenir expert, non pas pour apporter leur savoir faire à la justice, mais pour la carte de visite qui ouvre des portes dans le privé.

Je regrette également que le reportage n’aborde pas les expertises judiciaires informatiques, mais elles sont peu télégéniques.

Un reportage à voir: Enquête exclusive – Indemnisations, accidents, procès: les experts sur la sellette. Le reportage sera rediffusé sur M6 le jeudi 8 octobre 2009 à 0h35. A vos magnétoscopes!

L’affaire Zataz

pwnedJe n’ai pas souhaité m’exprimer plus tôt sur cette affaire (du point de vue technique) car je ne disposais comme éléments techniques que des informations publiées sur le site zataz.com (et bien entendu l’excellente vidéo d’un certain maitreeolas;), et il me semblait plus raisonnable d’attendre d’avoir plusieurs sons de cloches avant de me faire une opinion.

Maintenant que j’ai lu l’arrêt du 9 septembre 2009 de la Cour d’Appel de Paris sur le site legalis.net, je trouve l’affaire plus intéressante.

Je ne souhaite pas faire plus de commentaires, sinon
– vous inciter à aller lire l’arrêt pour y découvrir (un peu) le travail de deux experts judiciaires effectué dans le cadre d’expertises privées,
– et bien entendu saluer leur travail consciencieux.

Le petit monde des experts judiciaires

lisezplusJe viens de lire ce billet intitulé « Expert judiciaire, vous avez dit “indépendant”? » consacré à une décision de la Cour de cassation confirmant la non réinscription d’un médecin sur la liste des experts judiciaires en raison d’un nombre trop élevé d’expertises privées.

Un passage du billet m’a fait tiquer:

« Disons le d’emblée. Le monde des experts est un petit monde lucratif où on se connaît, on se côtoie, et où on sait distinguer les confrères compétents des autres. »

Il se trouve que cette affirmation revient souvent dans les conversations que je peux avoir sur le sujet des expertises judiciaires. Je pense que les gens regardent trop la télévision.

Car la réalité est toute différente, et les lecteurs habitués de ce blog le savent bien. Je ne nie pas qu’il puisse y avoir quelques experts judiciaires aventureux et j’aime citer Madame Marie-Claude MARTIN, vice-présidente du TGI de Paris, qui a publié dans la revue « Experts » (numéro 73 de décembre 2006), un excellent article intitulé « la personnalité de l’expert ». Dans le paragraphe consacré à la désignation de l’expert, elle écrit:

[…] plusieurs comportements sont susceptibles d’être observés:
– « L’expert sans problème »: Je lis la mission, elle rentre parfaitement dans mes attributions, je l’accepte.
– « L’expert aventureux, ou téméraire, ou intéressé »: La mission ne paraît pas relever de ma compétence, mais elle m’intéresse ; je prendrai un sapiteur ultérieurement […]
– « L’expert optimiste qui dit toujours oui »: Je suis surchargé, je prends quand même cette mission, je me ferai aider au besoin par l’équipe qui m’entoure […].
– « L’expert stressé qui ne sait pas dire non »: Je suis surchargé, mais si je dis non, je ne serai plus désigné et je vais rapidement me trouver sans mission.

Comme elle, je ne peux pas affirmer que tous les experts sont parfaits. Mais ils sont nombreux ceux qui font consciencieusement leur travail.

Un expert judiciaire s’enrichit-il en exerçant cette activité? Il va gagner de l’argent, mais sans commune mesure avec l’idée que peut s’en faire le grand public, toujours prompt à classer l’expert dans la catégorie des notables. Je vous rappelle que « expert judiciaire », ce n’est pas une profession (bien que je propose que cela le devienne), et je vous ai déjà présenté comment j’établis ma note de frais et honoraires ou les difficultés que je rencontre dans l’établissement d’un devis.

On ne devient pas riche en choisissant d’exercer l’activité d’expert judiciaire.

Le monde des experts judiciaires est-il un petit monde où tout le monde se connait et se côtoie? Là aussi, je voudrais atténuer le trait. Il y a dans ma cour d’appel, plusieurs experts judiciaire dans ma spécialité, et je n’en connais aucun. J’ai du en croiser un ou deux lors d’une conférence, et s’il est possible que nous ayons échangé des propos, c’était sans savoir que nous étions voisins de travail. Nulle confrérie, ni groupe occulte derrière tout cela. Ou en tout cas, je n’en fais pas partie. Et il n’y a pas de concurrence entre nous. Par ailleurs, j’ai déjà expliqué plusieurs fois sur ce blog que je ne goutais guère les réunions corporatistes, leur préférant des réunions d’échanges techniques et de retours d’expérience.

Quant à l’influence des compagnies d’experts, j’en ai déjà parlé ici.

Reste finalement à parler de l’indépendance de l’expert. Règle I-7 de déontologie de l’expert judiciaire: « L’expert doit conserver une indépendance absolue, ne cédant à aucune pression ou influence, de quelque nature qu’elle soit. »

A cela s’ajoute le serment de l’expert judiciaire: « Je jure, d’apporter mon concours à la Justice, d’accomplir ma mission, de faire mon rapport, et de donner mon avis en mon honneur et en ma conscience. »

Ajoutez y encore la surveillance des avocats lors du déroulement d’une expertise civile ou commerciale, l’obligation de déport lors d’intérêts croisés, et le fait que le magistrat n’est pas tenu de suivre l’avis de l’expert, et vous voyez que tout encourage à l’indépendance.

Tenez, une dernière preuve: alors que de nombreux avocats, poussés par leurs instances dirigeantes, tiennent des blogs avec talents, ainsi que le font plusieurs magistrats, le fait que je tienne ici un blog en tant qu’expert judiciaire, bientôt rejoint par une multitude de blogs d’experts judiciaires, ne prouve-t-il pas notre indépendance?

Les experts peuvent se tromper

09 07 01J’ai lu attentivement l’article de Jean-Marc Manach dans InternetActu qui s’intitule « Quand les experts se trompent« , article repris par ailleurs dans Le Monde.fr.

Je dois dire que j’ai déjà écrit quelques mots timides sur le sujet dans ma rubrique « erreurs judiciaires« , souvent sur des points de détails ou sur des affaires lointaines, afin d’éviter de trop attirer les foudres de mes confrères experts judiciaires, tout au moins ceux qui voient ce blog d’un mauvais œil.

Mais depuis « l’affaire Zythom« , je dois dire également que je me sens plus libre d’exprimer ce que je pense, dès lors que je n’enfreins aucune loi de la République. Enfin, du fait que je n’appartiens activement à aucun réseau d’experts judiciaires, je dois rappeler que mes écrits ne reflètent que ma seule opinion, et non celle de l’ensemble des experts judiciaires.

Je peux donc dire que l’article est excellent et qu’il me sert d’excuse pour un petit rappel sur le sujet.

Les experts peuvent se tromper pour de multiples raisons.

Dans mon billet sur la femme sans visage, je relate une enquête policière détruite par des relevés ADN souillés dès l’usine de fabrication. Les affaires Fourré, Dupas, Martin, Bernard, Castro, Goujon sont là pour nous rappeler que les experts judiciaires n’ont pas toujours brillé par leur infaillibilité.

Même les meilleurs d’entre nous doivent se rappeler que la science évolue au cours du temps. L’expert judiciaire Tardieu ne s’était jamais trompé. Il a seulement subi les ignorances de la science.

En matière informatique, avec les formidables avancées techniques où tout semble possible, les erreurs potentielles sont nombreuses. Il suffit pour s’en convaincre de lire par exemple les débats sur la loi Hadopi (je n‘en parle pas ici).

Moi-même, je suis passé pas loin d’une erreur judiciaire

Les experts se trompent parfois, mais il y a plusieurs parades à cela. Contre expertise, collège d’experts et bien entendu les experts-conseils.

Je parle assez peu (pour l’instant) de mon activité d’expert-conseil sur ce blog et pour cause, je consacre actuellement toutes mes forces à l’expertise judiciaire classique. Mais il m’arrive d’être contacté par un avocat qui souhaite être conseillé sur un dossier par un expert technique. On parle alors d’expertise privée.

Je l’aide alors à analyser un pré-rapport d’expertise « du point de vue technique », à rédiger des dires techniques en pointant ce qui m’apparait comme des imprécisions techniques (ou des erreurs). Ou alors je l’assiste comme « expert privé » lors d’une procédure d’expertise menée par un expert judiciaire.

Et pour éviter toute suspicion d’entente avec un confrère, je n’accepte que des dossiers situés hors de ma Cour d’Appel.

Mais tout cela coûte de l’argent (malgré mes honoraires très bas – pub) et est difficilement supportable par le citoyen lambda. Encore moins par le budget de la justice. Même dans mon cas où je travaille uniquement à distance par échanges GPG pour éviter les frais et honoraires de déplacements.

Enfin, je voudrais rappeler que dans toute affaire terminée par une condamnation erronée, l’un des acteurs, à un moment quelconque, a enfreint une règle essentielle de sa délicate mission. Et directement ou non, l’erreur est née de cette faute. Par penchant, plus souvent par imprudence, langueur d’esprit, désir d’arriver à un résultat ou crainte de laisser un crime impuni, quelqu’un a pris parti contre le prévenu. Dès lors, il l’a tenu coupable. Il n’a pas conçu la possibilité de son innocence, et, pour découvrir la vérité, il a cru qu’il suffisait de chercher des preuves de culpabilité. Les meilleurs s’y laissent aller. Ils croient bien faire, et préparent « des condamnations plus crimineuses que le crime » [Montaigne, Essais, livre III, chap.XII].

C’est terrible à dire, mais la justice est humaine, et la science aussi.

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Image réalisée par JM Ucciani.

En vrac

Un OPJ m’a contacté pour prendre des nouvelles de son dossier déposé chez moi il y a trois semaines. Quand j’écris « prendre des nouvelles », je veux dire en fait « demander si c’est terminé ». J’approche doucement du SEP et je crains que ceci n’entraine cela. Cela signifie clairement que ce dossier est urgent et que mes soirées et week-end à venir vont être plus dures.

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J’ai mis à jour mes mentions légales suite à un échange d’emails avec un internaute fidèle lecteur qui m’a fait découvrir les mentions légales de Maitre Mô que j’ai aussitôt pillées tellement elles m’ont plu. Original à lire ici.

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Je teste Windows 7 Pro Fr depuis quinze jours et je trouve cela pas mal. J’ai encore du mal avec quelques anciennes habitudes issues de XP, mais cela devrait se corriger avec le temps. Le mode « virtual windows XP » m’a permis d’installer toutes mes applications incompatibles. En tout cas, j’aurai échappé à Vista… J’ai donc sur mon bureau: un PC sous GNU/Linux (Debian), un PC sous Windows 7, un ultraportable sous Windows XP et un téléphone sous Windows Mobile 6.1 Pro. Cela fait encore 3 contre 1. Reste à effectuer des analyses inforensiques de Windows 7.

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Malgré tous mes efforts, je ne suis toujours pas payé pour mes expertises depuis deux ans. Cela provient d’un seul tribunal. Pas de chance, c’est celui qui me désigne le plus souvent… Peut-être parce que je suis le seul qui accepte? Je suis sur que non, mais c’est silence radio de ma compagnie des experts. Je me sens un peu seul.

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Je réfléchis de plus en plus à l’autoentreprenariat pour une activité de conseil technique auprès des avocats en matière d’expertises informatiques. Mon problème est que je ne goute guère aux délices des phrases telles que « régime micro-social (du régime micro-entreprise) avec prélèvement libératoire trimestriel ou mensuel (au choix) calculé sur le chiffre d’affaires« . Et pourtant, il faudrait, car je ne suis pas sur d’être reconduit sur la liste des experts de ma Cour d’Appel.

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Comme toujours, je teste après tout le monde Twitter. C’est assez difficile pour moi de ne pas sombrer dans le futile. Ce que j’aime, c’est surtout le côté « branchement en direct » sur les pensées des autres, mais j’ai du mal à comprendre ceux qui suivent plus de 100 personnes. Essayez twitter, et vous verrez beaucoup d’histoires de Trickster (j’ai toujours été mauvais en slogans). Et puis, c’est un excellent moteur de recherche

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Toujours dans la série, « je teste après tout le monde », j’ai reçu pour mon anniversaire le jeu « guitar Hero » pour console Wii. J’avais besoin de renouer avec mon enfant intérieur. C’est réussi, même si j’ai mal à la main gauche. J’ai ainsi pu découvrir l’excellent morceau StillBorn qui tourne en boucle sur mon PC au grand dam de mon entourage. Promis demain j’ai la barbe et les cheveux longs. Pour l’instant, je suis au niveau « facile » avec trois cordes et je bondis dans tous les sens dans la pièce. Que personne ne se moque!

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C’est tout pour aujourd’hui. J’espère en tout cas ne pas encore trop souffrir du syndrome de l’imposteur et ne pas encore avoir atteint le seuil de Peter: ni papyrophobie, ni classophilie, ni rigor cartis, un peu de papyromanie…

En tout cas, j’y travaille.

Léger rapport

findumondesansluiJ’ai lu beaucoup d’articles doctes sur le rapport Léger et la volonté du Président de la République actuel de réformer la procédure pénale avec en particulier comme mesure phare la suppression du Juge d’Instruction.

Je vous propose ici comme simple réflexion personnelle la vision d’un citoyen informaticien expert judiciaire.

Quand je regarde mes statistiques d’expertises, je constate que la grande majorité de mes dossiers sont ordonnés par le Parquet dans le cadre d’une enquête préliminaire, et une toute petite partie seulement par un juge d’instruction.

Le système actuel, qu’il était prévu de modifier en janvier prochain avec l’introduction de la collégialité suite à la commission d’enquête d’Outreau, fonctionne donc déjà (à mon niveau) essentiellement sur un pilotage initial par le Parquet.

Je suis donc particulièrement surpris de la décision de la suppression du juge d’instruction.

J’y vois comme principale justification la volonté des politiques de faire rentrer dans le rang une justice jugée trop indépendante. Comment, tous les citoyens peuvent se retrouver devant un juge d’instruction, même les plus puissants!

Par ailleurs, j’aime assez la méthode d’investigation scientifique, avec son déroulement logique implacable à partir d’une série d’hypothèses de départ. Et si plusieurs cas de figure se présentent qui semblent s’accorder avec les faits, alors le rasoir d’Occam entre en jeu et nous laisse comme vérité la théorie la plus simple.

Hypothèse de départ (simple): les politiques souhaitent mettre la justice au pas.

Je vous laisse faire les vérifications suivantes:

– les grandes affaires financières ont fait beaucoup de tords aux politiques.

– quelques femmes et hommes seuls (juges d’instruction) ont réussi à faire plier des organisations liées aux partis politiques, avec la loi et des Officiers de Police Judiciaire.

– depuis des décennies, avec une accélération ces dernières années, la justice voit ses moyens diminuer ET sa charge augmenter (il ne s’agit pas de faire des économies comme dans les autres services publics).

– une affaire judiciaire terrible (Outreau) met en évidence un certain nombre de dysfonctionnement tout au long de la chaine hiérarchique. Une commission d’enquête parlementaire fait un important travail avec des suggestions clefs péniblement mises en œuvre. Que reste-t-il aujourd’hui? Une campagne de communication contre un seul homme, tiens, c’est un juge d’instruction. Et on se sert ensuite de cette mise en abime pour justifier une décision unilatérale du président de la République.

Qu’est ce qui justifie une telle décision alors que les réformes issues de la commission d’Outreau ne sont pas encore mise en œuvre?

Je ne sais pas. Mais je ne suis pas naïf.

Quelques rappels sur le rapport de la Commission d’Outreau:

Plan de la 1ère partie intitulée « la radiographie d’un désastre judiciaire« :

– i… le signalement des maltraitances et des abus sexuels : une réaction tardive, conséquence de cloisonnements excessifs.

– ii.. la parole et le traitement des enfants : un défaut de prudence et de méthode.

– iii. une instruction univoque.

– iv.. une valorisation excessive du rôle des experts.

– v… l’exercice entravé des droits de la défense.

– vi.. les contrôles exercés par la chaîne judiciaire : une succession de défaillances.

– vii. une pression médiatique excessive.

Extrait choisi dans la rubrique iii.:

B2. Un parquet accusateur à tout prix
Défenseur de l’intérêt général, chargé d’exercer l’action publique et de requérir l’application de la loi, le ministère public obéit à une organisation hiérarchisée allant du garde des Sceaux, aux procureurs généraux et aux procureurs de la République.
Dans une telle configuration, les divergences d’analyse, si elles peuvent exister, ne devraient que fort rarement se traduire, sur une même espèce, par des réquisitions différentes entre le procureur et son supérieur hiérarchique, régulièrement avisé des développements de l’affaire. Par ailleurs, la défense de l’intérêt général doit également conduire à la mesure dans l’évaluation des charges afin de ne pas aboutir à une accusation excessive.

Le plan de la 2e partie intitulée « rétablir la confiance des français dans leur justice« , est à lui tout seul un résumé des recommandations de la commission:

– i…. réformer le régime de la garde à vue.

– ii… rendre les enquêtes du parquet plus contradictoires.

– iii.. limiter la détention provisoire.

– iv… limiter l’exercice des fonctions judiciaires isolées.

– v…. créer la collégialité de l’instruction.

– vi… refonder la chambre de l’instruction.

– vii.. garantir l’accès au dossier.

– viii. améliorer la qualité des expertises.

– ix… mieux protéger les intérêts des enfants.

– x…. redéfinir les conditions du recueil des déclarations des enfants.

– xi… repenser la gestion des carrières des magistrats.

– xii.. responsabiliser les magistrats.

– xiii. responsabiliser les médias.

– xiv.. rendre compte de la politique pénale devant le parlement.

– xv… doter la justice de moyens dignes de sa mission.

Extrait choisi dans la rubrique iv.

A) Faut-il supprimer le juge d’instruction?

[…] il ressort de l’analyse du dossier d’Outreau que nombre des dysfonctionnements relevés tiennent à la solitude du juge, qu’il s’agisse du juge d’instruction ou du juge des libertés et de la détention, à cet isolement qui mène à la défaillance de la prise en considération de la contradiction dans le processus d’élaboration de la décision juridictionnelle.

C’est la raison pour laquelle, votre rapporteur est favorable, plus qu’à la suppression du juge d’instruction au nom d’une doctrine juridique, certes cohérente mais inapplicable dans notre pays, aux vertus de la collégialité et du contradictoire. Par voie de conséquence, si votre rapporteur souscrit à la suppression du juge unique qu’est le juge d’instruction, il n’est pas pour autant favorable à la suppression du principe de l’instruction, dès lors que cette dernière serait exercée collégialement. […]

De cette dernière phrase n’est restée que la première partie.

C’est, comment dire, instructif.

Quelles seront les suites du rapport Léger?

Ce rapport, dont la conclusion phare a été annoncée avant le début des travaux de la commission par le Président de la République, va servir de test dans la communication officielle de la présidence de la république. « Mon amie la Com' » que décrypte si bien Aliocha sur son blog. Si pas trop de remous parmi les électeurs, alors ça passe.

Et hop, adieu les gêneurs de Juges d’Instruction.

Alors qu’il était si simple d’avoir le courage d’appliquer les recommandations de la commission d’enquête de l’affaire d’Outreau.

Le dernier maillon

derniermaillonElle venait d’entrer dans la salle, impressionnée par tant de personnes.

La réunion durait depuis plusieurs heures, j’avais écouté toutes les explications fournies par les parties, et je ne comprenais toujours pas pourquoi les deux entreprises en étaient arrivées là.

J’avais surtout compris que le support informatique effectué par la société de service ne s’était pas déroulé correctement et que les deux entreprises étaient maintenant au bord du gouffre, l’une parce qu’elle avait perdu toute ses données et l’autre son plus gros client.

Mais après avoir écouté, dans l’ordre de bienséance hiérarchique, les grands patrons, puis les avocats, les chefs de service et les chefs de projet, je ne comprenais pas ce qui avait fait tout capoter.

On me parlait de milliers d’euros de pertes par jour, de licenciements, de dépôt de bilan. Et moi, je ramenais toujours les débats sur le terrain de l’expertise judiciaire en informatique, rappelant que mes missions n’incluaient pas l’analyse comptable et financière de la situation, mais la recherche des causes techniques (exclusivement).

Bon, j’avais compris dès le début de la réunion que les rapports humains s’étaient vite envenimés dans cette affaire qui aurait peut-être pu se régler plus simplement et plus rapidement si les deux parties avaient usées d’un peu plus de diplomatie…

Enfin quoi, un serveur ne tombe pas en panne en même temps que son système de sauvegarde: disques durs en miroir (RAID1), sauvegardes quotidiennes complètes avec rotation sur trois bandes, archivage d’une bande chaque semaine hors site.

La société de service me décrit un système de sécurité des données infaillibles, et un suivi des procédures avec traçabilité, etc. « Nous sommes certifiés ISO machin, vous comprenez, notre société est au dessus de tout soupçon, nous n’employons que des personnes compétentes, suivant des formations régulièrement, nous avons mis en place un système de télésurveillance avec prise de contrôle à distance qui nous permet de faire des interventions en un temps record… » m’a expliqué de long en large le patron de la SSII.

« Nous payons très cher un service support qui n’a pas été capable d’empêcher ce désastre… » Me dit le patron de l’entreprise, entre deux invectives, au milieu de reproches divers sans rapport avec l’affaire qui nous concerne.

Nous avions passé en revu l’accès distant du support via internet, les fiches ISO machin d’intervention des techniciens, les rapports, les dossiers techniques, les courriers recommandés.

Moi, je voulais voir la personne qui avait appelé le support…

Elle venait d’entrer dans la salle, impressionnée par tant de personnes.

Je lui pose les questions d’usage: prénom, nom et intitulé de la fonction au sein de l’entreprise. Dans un silence à la tension palpable, elle me raconte sa version de cette journée noire.

Elle: « Comme d’habitude, avant de partir déjeuner, j’ai mis la bande dans le serveur et lancé la sauvegarde. Je sais que c’est une opération importante alors je la fais toujours avec précautions. Mon chef m’a dit que les bandes étaient très chères. »

Moi: « Comment saviez-vous que c’était la bonne bande à placer dans le boitier? »

Elle: « Les bandes sont numérotées et je dois mettre la bande correspondant au numéro du jour. »

Moi: « Pouvez-vous préciser? J’avais cru comprendre qu’il n’y avait que trois bandes. »

Elle: « Oui, mais la bande numéro 3 a été mise de côté par le comptable après la clôture des comptes. Il m’a dit de mettre la bande numéro 1 les jours impairs et la bande numéro 2 les jours pairs. J’ai trouvé cela astucieux, car avant, je devais à chaque fois noter dans un cahier le numéro de la bande utilisée. »

Moi: « Montrez-moi ce cahier, s’il vous plait. Donc depuis huit mois les sauvegardes ne se faisaient que sur deux bandes. Pouvez-vous me dire ce qui c’est passé à votre retour de pause déjeuner? »

Elle: « Les assistants m’ont appelé pour me dire que leurs terminaux ne fonctionnaient plus et pour me demander de redémarrer le serveur. J’y suis allé et j’ai vu que l’écran était tout bleu avec des inscriptions que je n’ai pas comprises. Avant de redémarrer le serveur, j’ai appelé le support. Le technicien m’a dit que cela arrivait de temps en temps et qu’il fallait que je redémarre le serveur. Je lui ai dit que la sauvegarde ne s’était pas terminée correctement. Il m’a dit de la relancer. »

Moi: « Vous avez utilisé la même bande? »

Elle: « Oui. C’est d’ailleurs ce que m’a demandé le technicien lorsque je l’ai rappelé une heure plus tard pour lui dire que de nouveau plus rien ne fonctionnait et que la sauvegarde s’était encore mal terminée. Il m’a alors indiqué que la bande devait être défectueuse et que c’est ça qui devait « planter » le serveur. Il m’a alors recommandé d’utiliser une autre bande. C’est pour cela que j’ai mis la bande n°2 alors que ce n’était pas le bon jour. »

Moi: « Vous n’avez pas de bandes neuves? »

Elle: « On ne m’en a pas donné et j’ai cru que c’était parce qu’elles coutaient cher. »

Moi: « Mais, quand votre chef vous a dit qu’elles avaient de la valeur, ne voulait-il pas dire cela à cause des données qui étaient stockées dessus? »

Elle: « Ce n’est pas ce que j’ai compris. On m’a dit qu’elles étaient chères… »

Moi: « Mais en mettant la deuxième bande, ne vous êtes-vous pas dit que si elle venait également à être effacée, il n’y aurait plus de sauvegarde? »

Elle: « Non, je n’ai fait que suivre les indications du support… »

Je l’ai regardé sortir de la salle et j’ai eu une pensée émue pour les gens qui sont les derniers maillons de la chaine de commandement, les petites mains. Ce sont souvent elles qui ont les plus grandes responsabilités in fine.

Mais je n’ai pas oublié l’ensemble des décideurs:

– un disque dur en miroir sans remontée d’alertes et sans surveillance. Résultat: depuis plusieurs mois, l’un des deux disques était en panne. Il ne restait plus qu’à attendre la panne du deuxième, ce qui venait d’arriver pendant le stress généré par la sauvegarde.

– une mauvaise formation des employés concernant le système de sauvegarde (et le coût des bandes en regard du coût de la perte des données). Ils n’avaient pas conscience que lorsqu’une sauvegarde démarre, elle écrase les données précédentes. Si elle est interrompue brutalement, la bande est inexploitable. Deux bandes inexploitables à cause d’un disque en train de tomber en panne et toutes les données sont perdues…

– une prise de contrôle à distance inopérante en cas d’écran bleu qui aurait du déclencher la venue en urgence d’un technicien.

– la décision du support de sacrifier une deuxième bande de sauvegarde sans s’être renseigné sur l’existence d’une autre bande de sauvegarde récente et en état.

– la décision de retirer une bande du jeu de trois sans prévenir le support, surtout quand cela annule la sauvegarde hebdomadaire avec déport hors site.

– l’absence totale d’exercice de restauration de données et de tests des bandes utilisées.

– la situation de quasi abandon du serveur du point de vue physique avec traces de serpillère sur la carcasse posée à même le sol et sur la multiprise parafoudre…

Il y avait beaucoup de choses à dire sur le respect de l’état de l’art par les deux entreprises. Il y a de nombreuses fois où je n’envie pas le juge qui doit trancher. Je me contente de rester un simple technicien de l’informatique.

Mais j’ai encore aujourd’hui une pensée pour le dernier maillon de la chaine, celui à qui on dit d’appuyer sur le bouton et qui fait tout exploser…

Exhaler

Exhaler, d’après mon dictionnaire « Larousse du XXe siècle » en six volumes de cinq kilos chacun et de 1930, signifie « pousser hors de soi, dégager des vapeurs, des odeurs » mais aussi « exprimer, donner libre cours à ».

C’est aussi à ce mot que je pense à chaque fois que j’utilise le moteur de recherche « exalead ».

En vérité, j’utilise ce moteur de recherche surtout depuis aujourd’hui puisque je me suis rendu compte qu’il retourne ce blog en première position sur la recherche « expert judiciaire« , là où google me place – l’ingrat – en sixième position. Il y a quatre mois, lorsque j’ai fait la précédente vérification, j’étais en quarante troisième position…

Je sens que cela va faire des jaloux…

En tout cas, cela me sort de ma torpeur estivale, surtout en cette semaine de vacances consacrée exclusivement à mes quatre expertises en cours (je n’ai pas écrit en retard, je suis dans les temps comme disait Hari Seldon).

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