Pourquoi je ne parlerai pas d’Hadopi

En créant ce blog, je me suis mis à dos un certain nombre de confrères et consœurs experts judiciaires. Le Procureur de la République Général de ma Cour d’Appel, sensible aux arguments d’un confrère mécontent, m’a poursuivi devant la commission de discipline de la compagnie d’expert à laquelle je suis adhérent. J’ai traité, avec mesure et retenu, dans ce groupe de billets pompeusement nommés « Affaire Zythom » ce complet dossier.

Les experts judiciaires semblent ne pas aimer exposer publiquement sur Internet leur expérience, leurs hésitations, leurs idées ou simplement leurs anecdotes.

C’est la raison pour laquelle, et je le déplore profondément, ce blog reste pour l’instant le seul blog de ce type.

C’est dommage, car j’aspire à pouvoir m’exprimer librement sans passer pour le porte parole, ou le mouton noir d’une communauté.

Mais la vie est ainsi faite, et je ne pourrai m’exprimer librement que lorsque ma Cour d’Appel décidera de ne pas me réinscrire, ou lorsque le nombre d’experts s’exprimant par ce biais sera suffisant.

C’est pourquoi je ne souhaite pas m’exprimer sur la décision du conseil constitutionnel concernant la loi HAPODI.

A part peut-être sur l’aspect technique. Je peux? [faites attention, il faut garder réserve et dignité]

Mais quel est le con qui a eu l’idée débile de proposer l’installation d’un mouchard sur tous les ordinateurs de la famille? « Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnait » disait Michel Audiard dans Les Tontons flingueurs. [restez calme, restez calme, reprenez vous]

Alors même que de plus en plus d’appareils pas-IBM-PC-compatibles se connectent sur le réseau familial: faudra-t-il installer le mouchard sur les téléphones portables, sur les PDA et jusque sur les NAS? Moi qui vient d’acheter un NAS qui offre en plus la possibilité de télécharger sans PC non stop sur les réseaux BitTorrent, FTP, HTTP, eMule, et NZB (dixit la notice).

Et je fais quoi de ma borne Wifi qui fonctionne encore parfaitement, mais qui ne sait pas faire autre chose que du WEP dont on sait que le premier wardriver venu saura faire sauter la clef dès la première minute? Je dois la changer? Ah bon, pourquoi? Parce que je suis expert judiciaire en informatique et que je suis bien placé pour savoir que ce n’est pas assez sécurisé? [calmez vous]

Et puis c’est quoi cette idée d’envoyer des avertissements par email? Alors que j’avais enfin suffisamment confiance en mon filtre antispam pour éviter de me taper la lecture des 50 emails non sollicités quotidiens juste pour voir si un faux positif n’était pas un email important. C’est trop cher d’envoyer un recommandé par la poste? Est-ce que j’envoie mes rapports d’expertise par email, moi?

Et la surveillance du Réseau? Avant, l’utilisation intensive des technologies de cryptage chiffrement concernait uniquement les entreprises, les services d’espionnage, les militaires, les ambassades, les terroristes, les réseaux pédophiles (enfin je suppose) et les dissidents dans les pays pas-comme-nous. Maintenant que tout le monde va se mettre à utiliser des VPN à tout va à la peer2me, comment séparer le pédophile du citoyen qui défend sa vie privée?

Vous avez quelques choses à cacher, donc vous êtes coupables. Ah bon, mais moi, j’ai des photos où je suis déguisé de façon très drôle pour mes amis, mais ridicule pour mes collègues.

Non, non, je ne dirai rien sur Hadopi, ni sur le gouvernement, ni sur les députés qui ont voté cette loi [et c’est bien]. Sauf peut-être pour les amateurs de contrepèteries: « Hadopi, c’était pourtant une belle thèse avec des bons côtés« .

SI qui RI

L’un des avantages des présentations fournisseurs est de pouvoir rencontrer des personnes ayant des préoccupations similaires aux miennes, et qui plus est autour d’une bonne table (en général).

J’assistais à une présentation VMware consacrée à la virtualisation des postes de travail sachant que je pourrais également y rencontrer plusieurs fournisseurs de serveurs et matériels SAN.

La journée s’écoule donc entre exposés, pauses et discussions techniques. Arrive l’heure du repas et me voici autour d’une table à discuter avec mes voisins des caractéristiques techniques des matériels présentés.

Au bout de quelques instants, je demande à mes voisins directs de m’indiquer le nom de leur entreprise ou établissement. Deux de mes voisins m’indiquent travailler comme ingénieurs dans un laboratoire du CNRS, me précisent leurs préoccupations actuelles et me racontent quelques anecdotes.

Un autre voisin m’indique travailler pour le ministère de l’intérieur. Intrigué par cette façon de se présenter, je lui demande de préciser:

Moi: « Vous travaillez dans le service informatique de la Préfecture? »

Lui: « Non, je suis un ancien des RG… Depuis la fusion décidée par notre Président, la DST et les RG forment maintenant les RI, c’est-à-dire les Renseignements Intérieurs.« 

Cela a jeté comme un froid autour de la table autour de laquelle se trouvaient essentiellement des universitaires.

Et pourtant la suite de la conversation a été passionnante avec pour moi la découverte du monde du renseignement intérieur, notre FBI à la française comme indiqué dans le communiqué du ministère de l’intérieur.

Cela a été aussi l’occasion de découvrir les problèmes liés à la fusion de deux mondes à la culture opposée: les RG où la circulation de l’information (en interne) était encouragée et la DST où la règle d’or était le silence. Par exemple dans le premier cas les services informatiques pouvaient installer des bornes wifi sécurisées, alors que dans le deuxième cas l’usage du wifi était strictement interdit.

Cela m’a rappelé mon service militaire dans les transmissions où la devise de ma compagnie était « rien ne vaut que le silence ». Pour des transmetteurs, c’était surprenant.

Intermède musical sans rapport avec le sujet: ma chanson de régiment. [Sur l’air des «trompettes d’Aïda» de G. Verdi]

C’est nouuuus, les descendants des régiments d’Afri-ique,
Les chasseurs, les spahis, les gourmiers
Gardiens zzz-et défenseurs d’empires magnifi-iques
Sous l’ardent soleil chevauchant sans répit nos fiers coursiers
Toujours prêts z-à servir
A vaincre ou à mourir
Nos cœurs se sont t-unis
Pour la Patriiiie.

Pour les RI qui me lisent, aucun secret défense n’a été abordé, aucune information particulière, à part peut-être qu’il semble y avoir une imprimante par ordinateur, ce qui pourrait s’expliquer par la dispersion géographique des effectifs.

Mais je ne dirai rien.

Journal d’un bureau de vote

J’ai participé, en tant que conseiller municipal de ma commune, à la tenue d’un bureau de vote pour les élections européennes de dimanche dernier. J’ai même été assesseur! Voici le déroulement de ma journée, sous la forme de quelques notes.

7h45: Arrivée devant le bureau de vote. Je suis le premier. Le président du bureau est sans doute allé cherché l’urne qui a été mise en sureté à la Mairie la veille. Je suis un peu vaseux car je n’ai pas l’habitude de me lever aussi tôt (ni le dimanche, ni dans la semaine)…

7h48: L’adjoint au Maire me rejoint avec l’urne, les documents et les bulletins. Il ouvre notre bureau de vote.

7h55: Je place le drapeau français sur la façade. Je ressens une certaine émotion à faire ce geste car je n’en ai pas l’habitude. Ma génération n’a pas connu de guerre (je suis né après la guerre d’Algérie). Mon éducation personnelle ne m’a pas amené à être très sensible à ce symbole. Pourtant, seul dans le petit matin froid, j’ai une certaine fierté à placer le drapeau français sur la façade. Je ne m’attendais pas à cette sensation. Un regret néanmoins: au lieu de placer deux drapeaux français identiques côte à côte sur un support en « V », j’aurais bien aimé mettre un drapeau français ET un drapeau européen. Une proposition à faire lors du prochain conseil municipal.

8h00: Le bureau, préparé la veille par les services techniques, est maintenant ouvert et prêt à recevoir le public. Nous sommes quatre: un à l’entrée pour accueillir les personnes afin de vérifier qu’ils sont dans le bon bureau, et trois derrière la table.

Le premier à voter est un jeune qui ne s’est pas encore couché de sa soirée de samedi. Il est encore en forme et nous annonce qu’après avoir accompli son devoir civique, il ira dormir 48h…

Le suivant est un ancien qui se prépare à aller au marché.

Toute la journée, jusqu’à 18h, se succèderont des personnes de tous âges et de toutes conditions:

Un couple de personnes âgées. Lui, calme et goguenard. Elle, énergique et tranchante. Elle nous sort plusieurs cartes d’électeurs sans savoir laquelle elle doit utiliser. Nous lui indiquons la plus récente et lui prenons les cartes périmées pour les détruire, en lui expliquant qu’elle doit passer obligatoirement par les isoloirs pour voter. Elle demande à son mari d’entrer avec elle dans l’isoloir « parce que tu ne sauras pas choisir comme il faut ». Le mari sort de sa poche un bulletin de vote qu’il glisse aussitôt dans une enveloppe sous son nez (avec un pied dans l’isoloir). Madame porte la culotte, mais monsieur fait de la résistance. Nous restons sérieux tant qu’ils sont là. Eclats de rire ensuite.

Un jeune passe la porte. Il se trouve brutalement face à nous. Timide, il rougit jusqu’à la racine et regarde autour de lui. Il voit la table où se trouvent les bulletins de vote, en prend un et nous regarde. Il se retourne et prend deux ou trois autres bulletins au hasard, et entre dans l’isoloir des personnes handicapés à tablette basse. Il ressort, regarde le rideau avec le logo « handicapé », rougit encore et entre dans un autre isoloir. Le silence règne dans le bureau. Un ange passe. Nous reprenons notre conversation. Il sort de l’isoloir, rougit encore plus si c’était possible, et va chercher l’enveloppe de vote qu’il avait oublié. Il rentre dans l’isoloir. Il sort enfin et se dirige vers moi. C’est la première fois qu’il vote. Il présente sa carte d’électeur neuve et vierge, sa pièce d’identité et me donne son bulletin de vote. Je lui précise le plus gentiment possible que c’est à lui de le glisser dans l’urne. Il le reprend et le pose dans la fente. « A voté ». Il souffle un coup et sort. Je le vois sourire fièrement.

Une dame avec un chien. Elle entre avec son jeune labrador tout fougueux. En entrant dans l’isoloir, son chien tire sur la laisse et visite les autres isoloirs. Bien entendu, la laisse s’enroule autour des pieds métalliques des isoloirs. Nous voyons toute la structure des quatre isoloirs se déplacer à droite et à gauche au gré de l’humeur du chien. Sa maîtresse est ballotée (à l’intérieur) et se retrouve finalement à quatre pattes pour libérer le chien (et les isoloirs). Je lui donne un coup de main pour dénouer les nœuds (je suis le plus jeune du bureau). Je donne au chien un bout de la brioche qu’il a senti dès son entrée dans le bureau de vote. Nous avons aménagé un coin restauration discret pour notre usage. La journée est longue quand on attend. Je tiens le chien pendant qu’elle vote et lui offre un café quand elle sort. Nous sommes en province.

La femme radiée. Une femme entre dans le bureau et montre sa carte dès l’entrée: c’est le bon bureau. Elle prend les bulletins et l’enveloppe de vote et entre dans un isoloir. Elle vient jusqu’à moi, me donne sa carte d’électeur et sa pièce d’identité. Je vérifie que la carte est bien celle qui est valide, que le bureau de vote indiqué est le bon, que la carte est signée et annonce à voix haute le numéro d’inscription sur les listes électorales. Je prépare mon tampon pour mettre la date au dos de la carte. J’attends que mon collègue annonce à voix haute le nom de la femme inscrit sur la pièce d’identité. Rien. Sur la liste dont nous disposons, on passe directement du numéro 432 au numéro 434. Et madame a le numéro 433. Coup de fil au Directeur Général des Services de la Mairie. Il est sur place une minute après et emmène madame à la Mairie. Madame a déménagé et la préfecture a rayé son nom des listes. Elle ne votera pas. Quelle aberration administrative peut amener à ce résultat? Est-ce la faute de l’électeur qui ne se préoccupe de son inscription sur les listes que le jour du vote, est-ce la faute de la préfecture qui radie? Tout le bureau est un peu secoué.

A 18h00 nous fermons le bureau de vote. Les opérations suivantes sont identiques à celles déjà racontées dans ce billet. A 18h15 une famille est venue voter. Nous leur expliquons que le bureau fermait à 18h. Ils repartent mécontents.

A 18h45 nous amenons notre comptage à la Mairie où nous retrouvons les autres conseillers des autres bureaux de vote, ainsi qu’une partie de la population venue entendre les résultats.

A 20h, j’écoute les projections à la télévision. Avec 45% de participation, nous avons fait mieux que la moyenne française. Mais ce n’est pas brillant.

La journée a été rude pour l’Europe.

Un simple citoyen

Reprise du billet que j’ai écris chez Maitre Eolas qui m’a fait l’honneur de l’accepter. J’ai conscience qu’il s’agit du moins bon billet de la série écrite hier par les magistrats dans la catégorie Magistrats en colère du « Journal d’un Avocat » devenu pour un jour le « Journal des magistrats administratifs », mais je vous promets que je l’ai écrit d’une traite en essayant de contenir ma colère.

Avec en cadeau bonus une image de circonstance provenant du site despair.com

Je suis un simple citoyen qui a mis ses compétences au service de la justice. Celle-ci les a acceptées et m’a fait l’honneur de m’inscrire sur une liste mentionnant les personnes pouvant lui prêter main forte.

Je suis un expert judiciaire.

Sans formation initiale juridique particulière, je suis un témoin privilégié de ce qui se passe dans les tribunaux. A la fois extérieur à ce monde particulier, et participant actif à la recherche de la vérité.

Et comme citoyen spectateur, je vois beaucoup de choses:
– je vois des fonctionnaires formidables qui ne comptent pas leurs heures;
– je vois des magistrats compétents, élites des formations juridiques;
– je vois des moyens financiers toujours plus limités au détriment du justiciable;
– je vois des lois qui sont publiées chaque jour plus nombreuses, rendant obsolètes les codes à peine édités;
– je vois une rapidité d’évolution à faire frémir l’informaticien que je suis pourtant blasé par les changements continus;
– je vois les délais qui s’allongent;

Le citoyen que je suis a peur de sa justice.
J’ai peur de poursuivre l’Etat pour non paiement des factures qu’il me doit, parce que je connais la lenteur de la justice, lenteur due à l’aveuglement de l’Etat face aux besoins immenses d’une justice digne du XXIe siècle.

Mais l’Etat, c’est un peu moi, nous, me direz-vous.

Dans ce cas, j’ai honte que mon Etat soit montré du doigt par des organismes internationaux pour le manque de moyens mis à la disposition de sa justice.

Alors, quand j’ai la chance de pouvoir soutenir les personnes qui font la justice, les greffiers, les magistrats, et tout particulièrement les Tribunaux Administratifs, je n’hésite pas une seconde.

Et tant pis si cela choque les frileux, les bien pensants, ceux qui ont tout à gagner à rester silencieux pour défendre leur petit près carré. La justice, qui est parfois cruelle et aveugle, saura bien me faire rentrer dans le rang en me radiant de ses listes.

Mais j’aurai vu, et je pourrai témoigner.
Et je pourrai m’engager plus avant pour que cela change.

Stockage maison

J’utilise depuis longtemps comme solution de stockage familiale un vieux portable reconverti en serveur samba sous Debian. Nous avons chacun nos répertoires privés et des répertoires partagés, en particulier pour les photos numériques.

Avec le temps, la place commençant à manquer, j’avais augmenté la capacité du serveur de stockage avec un disque dur externe USB.

Le problème de la sauvegarde de ce serveur était résolu avec mon PC d’expertise qui est doté d’une grosse capacité de stockage (plusieurs téraoctets).

Mais le temps passe, et d’autres besoins émergent: le partage de musiques, la sauvegarde de tous les PC familiaux, l’accès aux photos depuis le poste de télévision, etc.

Après analyse de tous les paramètres, et profitant d’une réflexion similaire d’un étudiant que j’encadre lors de son stage ingénieur dans un cabinet de consultants, j’ai décidé de casser ma tirelire pour m’offrir un NAS familial. Pour les mékéskidis[1] ayant la flemme de cliquer sur le lien wikipedia, un NAS est un disque dur que l’on branche directement sur un réseau, sans avoir besoin de passer par un ordinateur.

Mes critères de sélection étaient:
– le prix
– la consommation électrique
– le bruit
– la sécurisation des données
– la facilité de partage des photos et de la musique dans le cercle familial

Mon choix s’est porté sur le DS209j de Synology (acheté sans disque dur) dans lequel j’ai installé deux disques durs d’1,5To configurés en raid 1 (pour sécuriser les données). Il est assez silencieux, sa faible consommation est remarquable, surtout lorsqu’il se met en veille, et peut être éteint et redémarré de façon programmée.

Il fait serveur iTunes (bibliothèque partagée) pour l’ensemble de la maison (attention, un seul sous-réseau).

Il permet de partager des fichiers comme un serveur de fichier sécurisé (utilisateurs/groupes), et dispose d’un service spécial pour le partage de photos (diaporama, indexation, etc).

Il dispose de la fonctionnalité UPnP bien pratique pour les Freenautes pour pouvoir accéder aux photos sur la télévision.

Je n’ai pas testé le branchement possible d’une imprimante USB puisque la FreeBox offre déjà cette fonctionnalité bien pratique pour partager une imprimante.

Tous les ordinateurs de la maison sauvegardent leurs données dessus (avec un rsync programmé). Mais comme je suis parano, je consacre un disque dur de mon PC d’expertise pour faire une sauvegarde de temps en temps de la totalité du NAS. Ce disque dur est ensuite débranché du PC et rangé sur une étagère.

Et bien entendu, je conserve une copie de toutes mes photos et films numériques sur des DVD rangés sur mon lieu de travail…

Ceinture et bretelle, avec le sourire de la crémière…

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[1] Trademark Journal d’un Avocat

Le coeur à pleurer

swissair vol 111 memorial

Un professeur de l’école s’est présenté au travail aujourd’hui, après ce long week-end. Il n’était pas tellement dans son assiette.

Il revient du Brésil où il assistait à un séminaire pédagogique important.
Il a pris le vol Air France qui suit celui qui s’est écrasé en mer.
Il a appris la nouvelle du crash en arrivant à Paris.

Deux participants à ce séminaire sont arrivés en avance à l’aéroport et ont pu échanger leurs billets d’avion pour prendre le vol précédent, c’est-à-dire celui qui s’est écrasé.

Je n’ai pas osé vérifier ces informations. Mais si elles sont vraies, je comprends qu’il ne soit pas très bien dans son assiette.

Pour ma part, cela m’a rapproché des familles de cet accident.
Comme quoi, plus c’est prêt, plus cela nous touche.

L’épitaphe du mémorial du vol Swissair 111 qui s’est abimé en mer le 2 septembre 1998 contient ces mots terribles: « Ils appartiennent maintenant au ciel et à la mer ».

J’ai ce soir une pensée émue pour l’atrocité que vivent les familles qui attendaient leurs proches à l’aéroport.

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Photo « Mémorial pour le vol SR111 » sur securiteaerienne.com

Fier d’etre expert judiciaire

fierJe ne peux pas le cacher, je suis fier d’être expert judiciaire. Je ne m’en vante pas partout, sauf peut-être sur ce blog, mais je suis fier que la justice ait décidé de m’accorder sa confiance pour accepter d’utiliser mes compétences. Pourtant je sais garder la tête froide, et rester modeste « comme il faut ».

Bien m’en a pris.

Je vérifie tout plusieurs fois lors d’une expertise. J’imagine toujours le pire, aussi ai-je plusieurs stratégies de vérification: je procède à une prise d’image avec tel outil, et pendant son analyse, je prends une autre image avec un autre outil et j’effectue dessus les vérifications et confirmations de mes découvertes (ou absences de découvertes).

Je prends des photos, des notes, des mémos. Je relie mes notes, je travaille sur plusieurs jours en essayant de suivre le conseil de David J. Way dans son manuel de construction de clavecin.

Mais surtout, quand je tombe sur quelque chose de curieux, je le signale par écrit dans mon rapport, et n’hésite pas à contacter l’Officier de Police Judiciaire (OPJ) en charge de l’enquête.

Quitte parfois a être ridicule.

Dans ce dossier, j’avais ouvert l’unité centrale de l’ordinateur à la recherche d’un système de stockage: rien, nada, keutchi, walou. Et pas de système rack qui pourrait expliquer l’absence de disque dur comme dans ce dossier

Je contacte l’OPJ pour lui faire part de mon désarroi. Celui-ci s’étonne que je ne trouve rien car il a lui même éteins le PC lors de la saisie. Nous discutons un peu au téléphone et je lui déclare que je vais procéder de nouveau à un examen approfondi de l’unité centrale.

Le soir même, de retour dans mon bureau d’investigation, je réouvre l’unité centrale et regarde de nouveau à l’intérieur: une carte PCI « différente » attire alors mon regard… Mon premier disque dur SSD sur carte PCI.

Je n’ose pas imaginer ce qui se serait passé si j’avais rendu mon rapport en l’état. Comment ai-je pu passer à côté de cette nouvelle technologie. Fatigue? Incompétence?

Alors, un conseil aux jeunes experts judiciaires: soyez fiers d’être au service de la justice, mais restez modestes et n’ayez pas peur du ridicule. Croire que l’on est infaillible peut mener à la catastrophe.

Soyez fiers, mais ne faites pas le fier.

Blog sans déesse

blog sans dieu noir
Depuis que je suis accros aux blogs, c’est-à-dire depuis quelques années, je lis fidèlement les billets de nombreux blogueurs de talents. La plupart d’entre eux (quand ils sont avouables) sont dans ma blogroll sur la droite de mon blog.

Parfois, certains blogueurs espacent leurs billets dans le temps, et arrêtent de publier. Ils s’écartent de leur blog pour vaquer à des occupations plus sérieuses.

Mais ils me manquent…

Sans vouloir tomber dans la déclaration grandiloquente, si vous connaissez personnellement Maitre Veuve Tarquine, moi qui n’ai pas cette chance, dites-lui que ses émotions me manquent.

L’angoisse de l’intervention

Les Officiers de Police Judiciaire qui me contactent dans le cadre d’une enquête ont souvent de mon activité d’expert judiciaire une vision très particulière: je suis celui pour qui l’informatique n’a aucun secret.

C’est assez flatteur au premier abord, mais très stressant dès qu’il s’agit de ne pas décevoir les personnes qui vous font confiance.

Toute cette histoire commence comme d’habitude par un coup de téléphone: il s’agit d’intervenir dans une entreprise dans laquelle un salarié aurait commis une indélicatesse informatique.

Les OPJ me donnent quelques informations sur l’infraction, mais aucun détail technique: ni l’architecture du système informatique, ni le système d’exploitation utilisé, ni le nombre d’ordinateurs…

Me voici donc en route pour une destination technique inconnue.

Le fait de m’aventurer en terrain inconnu présente un certain charme sinon je n’aurais pas été passionné par la spéléologie, ni enseignant-chercheur, ni responsable informatique, ni responsable technique, ni conseillé municipal, ni papa de trois enfants… mais je suis quelqu’un de particulièrement inquiet de nature.

Je sais pourtant que l’inconnu fait parti de la vie. Je dirai même que c’est le sel de la vie. Oui, mais débarquer dans une entreprise pour chercher la trace d’une malversation sans connaitre le moindre élément technique reste pour moi une situation éprouvante.

Je n’aime pas particulièrement intervenir sur un lieu de travail, sous les yeux des salariés, en perturbant leur vie sociale. J’ai toujours l’impression de ne pas être à ma place.

Alors, et si mes collègues experts judiciaires qui le lisent veulent bien compléter cette liste, voici ce que je place dans ma valise:

– le boot CD d’analyse inforensique DEFT (ma distribution favorite depuis qu’HELIX est devenue payante);

– les outils de l’informaticien (tournevis de toutes tailles et de toutes formes)

– stylos et bloc notes (rien de plus gênant que d’avoir à demander sur place)

– un dictaphone numérique

– un ordinateur portable avec carte réseau gigabit et disque de grosse capacité pour la prise d’image en direct (perso j’utilise un disque dur SATA d’1,5 To dans un boitier externe USB, qui me sert également de « clef » USB)

– une lampe électrique, un bouchon 50 ohms et un connecteur en T (lire ICI pourquoi)

– quelques uns des outils conseillés par les dieux des réseaux universitaires

– le live CD d’ophcrack, c’est toujours impressionnant de trouver les mots de passe tout seul

– un câble réseau, un prolongateur et un câble croisé

– une boite de DVD à graver (et quelques disquettes formatées, cela sert encore…)

– une bouteille d’eau et un paquet de biscuits

[EDIT du 25/05/09 9h21 suite au commentaire de Stefan]

– un appareil photo

– un GPS

– du ruban adhésif toilé et résistant

– des élastiques de toutes tailles et des trombones.

– un clavier souple ne craignant pas l’humidité avec la connectique qui va bien.

– un tabouret en toile

– vis, patafix, colliers…

L’expert qui demande un trombone pour faire démarrer l’alim d’un PC passe pour un dieu. Celui qui ne trouve pas de trombone passe pour un c.n

[/EDIT]

[EDIT du 26/05/09 suite au commentaire de David Billard]

– disque eSATA (au lieu d’USB) ou mieux une tour sur roulette avec carte SATA adaptec + quelques disques vierges de rechange

– un ventilateur pour les disques

– une petite imprimante

– toute la connectique pour les organiseurs (Palms, Blackberry, iphone, etc.)

– des étiquettes / pastilles de couleur, des stylos et des feutres.

[/EDIT]

[EDIT du 27/05/09 suite au commentaire de Kilhian]

– un petit switch 10/100/1000

– un cable serie

– un cable usb

– une nappe IDE

– une nappe SATA

– des adaptateurs USB, SATA, IDE

[/EDIT]

Cela n’empêche pas la boule d’angoisse de se former lorsque l’on pousse la porte du lieu d’intervention (c’est une image, je suis loin derrière les forces de l’ordre).

Et bien sur, avant de partir en mission sur les lieux, ne pas oublier de demander s’il y a toujours de l’électricité. C’est une question qui fait toujours son petit effet…

Actu de la semaine

piltonfrisk
L’actu de la semaine en une seule photo.

Source: banksy.co.uk

[Pour les malvoyants: c’est la photo d’un graffiti sur un mur représentant un policier anglais en train de fouiller une jeune écolière. La petite fille a les mains sur le mur, son cartable rose est posé par terre à côté d’un ours en peluche. Le policier est penché sur elle, ses mains sont posées sur les hanches de la fillette à la recherche d’une arme]