Remise en état

J’avais fini mon rapport d’expertise et, pour une fois, je souhaitais le déposer en main propre. J’ai donc pris rendez-vous avec le juge d’instruction pour lui remettre mon travail et apporter des précisions sur l’affaire concernée.

Quand je suis arrivé, j’ai trouvé sa porte close et la greffière m’a informé qu’une urgence avait décalé à l’improviste notre rendez-vous d’une heure.

Une heure à tuer dans un tribunal: je me promène dans les couloirs à la recherche d’une salle d’audience pour me glisser dans le public. Chic, comme à la télé!

Par une porte entrouverte, gardée par un policier, j’aperçois une certaine animation: des avocats, des magistrats et du public… Je me glisse au fond de la salle et écarquille les yeux tout en ouvrant bien grandes les oreilles.

Tant d’avocats et tant de monde dans la salle, quelle affaire pouvait donc bien se jouer ici dont je n’avais pas entendu parler, enfermé que j’étais dans mon bureau pendant mon expertise? L’affaire ELF? L’affaire des frégates de Taïwan?

Non, une simple « mise en état ».

Si j’ai bien compris le concept, il s’agit pour les magistrats de faire convoquer à la même heure toutes les parties de toutes les affaires du jour et de voir si les affaires sont « en état » d’être traîtées correctement le jour même. Le magistrat présent s’informe par exemple de la régularité de la procédure suivie dans chaque dossier, il règle les incidents liés à l’échange des conclusions et à la communication des pièces, etc. Accessoirement, il règle aussi l’ordre de passage des affaires. Priorité semble-t-il à l’avocat dont l’inscription au Barreau est la plus ancienne, mais aussi aux avocats venant de loin, ou aux affaires complexes nécessitant la présence de nombreuses personnes… Autant dire que si votre affaire est simple, que votre avocat est inscrit depuis peu au barreau local, ainsi que l’avocat de votre adversaire, vous n’êtes pas sorti du Palais…

Si je parle de cela aujourd’hui, c’est qu’il me reste de ce souvenir un sentiment de malaise: j’étais assis dans un public essentiellement constitué des personnes concernées par les affaires du jour. Ces personnes avaient la mine sombre et visiblement rêvaient d’être ailleurs.

En face de nous, un joyeux ballet se déroulait sous nos yeux: les avocats se tutoyaient tous, des plaisanteries fusaient entre eux, avec le magistrat et le greffe. Bref, nous assistions à une réunion de travail « entre collègues » plutôt rigolote.

Sauf que je sentais que les personnes présentes n’étaient pas du tout d’accord. Leur affaire représentait à leur yeux un éléments très important de leur vie. Leur temps est précieux (ils ont pris un jour de congé au travail),leurs attentes immenses, leurs angoisses extrêmes. Comment mon avocat peut-il plaisanter avec l’avocat de mon adversaire qui m’a tant fait souffrir? Pourquoi ce climat de plaisanterie dans ce lieu? Autant d’interrogations que je lisais sur les visages.

Maintenant je sais que deux amis avocats peuvent plaider l’un contre l’autre en défendant au mieux les intérêts de leurs clients respectifs. Leurs intelligences s’affrontent à travers le développement de leurs arguments, leur persuasion. Ils n’en restent pas moins amis « en dehors du travail ».

Mais sur leur lieu de travail, sachant que leurs clients les imaginent sur un ring, eux qui sont sur le grill, ils n’auraient pas du faire preuve de cette familiarité.

D’où le malaise autour de moi.

J’ai retenu la leçon. Lorsque je connais bien un avocat apparaissant dans un dossier, lors de la réunion avec les parties je fais comme si je ne l’avais jamais vu, et ne lui réserve aucun traitement de faveur. Et je ne mange pas avec les avocats des parties. Et si je connais bien l’une des parties (le monde est petit), comme cliente ou fournisseur, je refuse le dossier.

Et je ne rigole pas souvent en fait.

Un réseau d’experts

Trouvé sur wikipédia:
Les 19 et 20 octobre 2007, l’association Wikimédia France organise le premier colloque francophone sur Wikipédia, à la Cité des sciences et de l’industrie sur le thème « Développer – Valider – Ouvrir ».

Le séminaire 1 concerne les réseaux d’experts:

Valider les contenus ou sélectionner des articles en fonction de leur qualité (par exemple pour une édition papier) nécessite de disposer d’experts capables de le faire. Mais comment sélectionner ou reconnaître un expert? S’il n’est pas un contributeur mais une personnalité étrangère à WP, comment le faire le solliciter? Qui se charge de l’entretien du réseau d’experts (dans le cadre d’un projet peut être)? Comment concilier (si c’est possible) avis d’expert et avis de la communauté ? En cas de conflit entre experts, comment intervenir? Comment rendre visible le travail des experts? Ne va-t-on pas faire une citadelle élitiste non ouverte?

N’hésitez pas à bloquer déjà ces deux dates.
On pourra y discuter ensemble de choses intéressantes!

Allez vous coucher plus tôt

Je faisais il y a quelques années auprès de mes étudiants un cours de programmation en langage C. J’avais compilé dans ce cours l’ensemble des erreurs communément faites par leurs prédécesseurs lors des séances de travaux pratiques que j’encadrais (ce qui n’empêchait pas malheureusement les étudiants de retomber dans les mêmes ornières…).

En relisant avec nostalgie ce cours, je suis tombé sur une recommandation que je faisais aux étudiants et qui me semble toujours valable aujourd’hui:

Lorsque vous travaillez tard sur un projet important, la fatigue vous entrainera à faire la « petite » erreur qui va anéantir en quelques secondes des heures de travail. Allez donc vous coucher avant que cette erreur n’arrive.

Voici ce qu’écrivait David .J. Way dans un manuel de construction de clavecin (20e siècle):

‘Penser’ est la cause de toute erreur. La preuve en est que chaque personne qui commet une erreur dit toujours « Oh, mais je pensais… ». Ne faites pas attention à ce genre de pensées – avant d’assembler des éléments, vous devez être conscient de ce que vous faites. Assemblez les morceaux sans colle, étudiez si ça va et contrôlez le résultat en le comparant avec votre dessin qui montre comment les morceaux s’emboîtent.

Et après avoir collé quelques morceaux, contrôlez le résultat une fois de plus. J’ai entendu tant de fois la triste anecdote: « Hier soir, j’ai fait ça et ça, mais ce matin j’ai regardé ce que j’ai fait… »

Cher constructeur, si vous aviez regardé hier soir, vous auriez pu encore séparer et corriger votre assemblage. Beaucoup d’entre vous construisent pendant leur temps de loisir, par conséquent vous êtes tentés de travailler tard dans la nuit. Mais, à en croire les plaintes qui me parviennent, la plupart des erreurs concernent la dernière chose que vous faites avant d’aller vous coucher. Cessez donc votre travail un peu plus tôt.

Je pense toujours que tout informaticien devrait tenir compte de cet avertissement.

La salle derrière au fond

Un jeune lecteur anonyme me gratifie d’un compliment additionné d’une petite critique: je n’ai pas écrit d’anecdotes d’expertises depuis longtemps. S’il savait…

Il n’est pas facile d’écrire des anecdotes d’expertises car il faut prendre garde de ne rien révéler qui puisse trahir le secret dans lequel baigne tout expert dans son activité.

Respect du secret bien sur, mais rien n’empêche de travestir suffisamment la réalité et de ne garder que la partie anecdotique intéressante, surtout lorsque celle-ci se répète à l’envie sur de nombreuses expertises. Plusieurs des experts qui m’ont écrit se sont amusés de situations qu’ils avaient vécues et qu’ils voyaient dépeintes dans un billet de ce blog « comme si c’était leur histoire« .

Lors d’une expertise, la première de mes missions était de venir prendre au Tribunal de Grande Instance deux ordinateurs mis sous scellés.

Une fois sur place, la greffière me dit: « Ah oui, mais le responsable des scellés est en vacances. Il va falloir que vous m’accompagniez pour aller les chercher. Et comme je ne sais pas trop ni où, ni comment ils sont rangés, cela peut nous demander un petit moment… »

J’avais fait 40 kms sur des routes de montagne pour arriver au tribunal, je n’allais pas faire la fine bouche et repartir les mains vides. Et puis, comme je suis plutôt galant…

Nous voici donc partis à travers le dédale du tribunal, passant de couloir en couloir, montant d’un étage pour en redescendre deux, pour finir enfin par sortir par l’arrière et nous retrouver face à une gigantesque porte en bois.

La greffière sort de son sac une clef comme on n’en voit que dans les films (vous savez, LA clef de la ville), la place dans la serrure et la tourne à deux mains. Nous entrons dans une salle sombre. Une fois les yeux habitués à la faible lumière issue de la seule lampe pendant du plafond, je regarde autour de moi: je venais d’entrer dans le saint des saints, Le Lieu Interdit Au Public. Je venais aussi de faire un bon d’un de deux siècles en arrière!

Des dizaines de fusils emballés dans des plastiques transparents tous évidemment munis de l’étiquette habituelle que l’on trouve sur tous les scellés (l’Etat doit avoir fabriqué au 19e siècle une quantité incroyable de ces étiquettes pour qu’elles aient toutes cet air suranné…)

Des couteaux, dont certains semblaient encore couverts de tâches sombres… Des épées, des cannes, des lampes, des manteaux, des postes de radio, des paquets, beaucoup de paquets ficelés (vous savez, cette ficelle grossière qui ressemble à de la paille)… Partout, du sol au plafond, serrés sur des étagères en bois d’un autre âge. J’avais l’impression d’être dans un Simenon. Je m’attendais à voir surgir le commissaire Maigret de derrière une étagère.

J’étais en train de vérifier si je ne détectais pas l’odeur de pipe quand la greffière me sortit de ma fascination: « Bon, Monsieur l’expert, il faut trouver dans ce bazar, deux ordinateurs sous scellés numéro XZ65… Je commence par la gauche et vous par la droite. »

Mon rêve de gamin devenait réalité: fouiller la caverne d’Ali Baba!!!

Pendant une demi heure nous avons exploré (sans déranger) ce chaos ordonné, ce bazar étiqueté. J’ai touché du doigt des affaires criminelles terribles (terribles dans ma tête bien sur), des objets chargés d’histoires horribles. Des ombres terrifiantes régnaient sur ce lieu et visiblement je n’étais pas le bienvenu. J’ai encore l’odeur de poussière et de vieux papiers dans les narines.

C’est la greffière qui a trouvé les ordinateurs.

Ils faisaient un peu tâches dans ce lieu d’un autre âge.

J’aurais du les trouver tout de suite…

Depuis, je suis retourné souvent dans cette salle, mais jamais plus je n’ai retrouvé les sensations de cette première fois.

Archéoinformatique

« L’informatique des entreprises (…) est à l’image d’un site archéologique. (…) Tout au fond, on tombe sur de vrais fossiles, calcifiés : la carte perforée n’est plus physiquement là, mais on peut trouver son « empreinte » sur des disques durs dernier cri, jusqu’à des traces d’organisation en quatre-vingt « colonnes » ».

Pierre Vandevingste, La Recherche.

Cette remarque est tellement vraie…

Un expert judiciaire peut-il tenir un blog?

La question m’a été plusieurs fois posée depuis l’ouverture de ce blog, par des experts m’écrivant directement à mon adresse zythom chez gmail.com (sans passer par des commentaires), aussi vais-je tenter d’y répondre dans ce billet.

L’humour peut-il être utilisé en la matière?

Le sujet est grave et les enjeux sont importants lors d’un procès. Mais ne dit-on pas que l’on peut rire de tout? Monsieur Desproges précisait même: « On peut rire de tout, oui, mais pas avec n’importe qui ». Si quelqu’un n’aime pas le ton de ce blog, ni la manière dont je traite des sujets parfois graves, qu’il cesse de venir alimenter mes statistiques de consultation.

La liberté d’expression est-elle compatible avec la confidentialité des dossiers d’expertise?

Alors là, clairement: non. Toutes les anecdotes citées sur ce blog sont « atemporelles », « universelles » et vous ne verrez jamais aucun nom cité ni aucune ressemblance avec des affaires existantes ou ayant existées. Les personnages et les situations étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ne saurait être que fortuite.

Puis-je dénigrer des experts sur ce blog?

D’abord, pourquoi le ferais-je? Et puis, j’ai déjà expliqué dans ce billet que la politesse élémentaire est de respecter un certain nombre de règles qui forment ce que l’on appelle une déontologie. Ces règles ne s’imposent pas à moi légalement, mais forment un ensemble qui relève du bon sens. Elles sont accessibles sur le site du Conseil National des Compagnies d’Experts de Justice. Je citerai ici:

II – 14) – L’expert observe une attitude déférente envers les magistrats et courtoise à l’égard des auxiliaires de justice.

Dois-je pour autant faire preuve de corporatisme?

Alors là aussi clairement, non. Un expert judiciaire n’est pas obligatoirement inscrit à une compagnie d’expert. Il peut exercer son sacerdoce seul. Pour ma part, je ne suis membre que d’une seule compagnie et encore, pour bénéficier de l’assurance responsabilité… De plus:

II – 15) – [L’Expert] conserve toujours son entière indépendance et donne son opinion en toute conscience, sans se préoccuper des appréciations qui pourraient s’en suivre.

Cette règle s’applique au rapport que rédige l’expert pour le magistrat. Je la fais mienne pour ce blog.

Ce blog représente-t-il tous les experts judiciaires?

Non. Mais comme il y a peu de blogs d’experts judiciaires, certains pensent que ce blog fait du tord à « l’activité ». Qu’ils reçoivent mes plus sincères excuses. Je remarque néanmoins pour ma défense que j’ai été l’un des seuls experts à défendre sur internet un confrère qui s’est rendu malencontreusement célèbre par une phrase maladroite sortie de son contexte. Pour plus d’informations, lire ce billet. Bon, je n’ai pas beaucoup mouillé ma chemise, mais je ne suis pas son avocat ni président de compagnie.

Ce blog donne-t-il une mauvaise image des experts judiciaires?

Là, je ne sais pas. J’avoue que je ne me suis pas souvent posé la question. Est-ce que dire que l’on ne peut pas tout savoir sur tout implique nécessairement être incompétent?

Ce blog devait-il faire l’objet d’un livre?

J’ai expliqué ici la raison principale qui m’a animé sur ce projet. Est-ce ma faute si le livre s’est vendu en 10005 exemplaires? Vous pouvez d’ailleurs passer commande ICI… Et bientôt, la suite!

Un expert peut-il être excentrique?

Non. D’ailleurs on lui demande de remplir sa mission avec le plus grand sérieux. Mais dès son rapport déposé, il cesse d’être expert! Par ailleurs, je dois avouer que je mets trois glaçons dans mon café le matin et qu’il m’est arrivé d’aller à mon travail en chaussons. C’est fou non?

Ai-je le droit de profiter de l’audience de ce blog pour obtenir des expertises?

I – 13) – L’expert s’interdit toute publicité en relation avec sa qualité d’expert judiciaire. Il peut porter sur son papier à lettre et ses cartes de visite la mention de son inscription sur une liste […] S’il appartient à une Compagnie membre de la Fédération, il peut le mentionner.

Je n’ai pas de cartes de visites (ni à mon nom, ni à celui de Zythom), mais j’ai effectivement un papier à entête sur lequel j’indique mon activité d’expert judiciaire, et que j’utilise pour celle-ci. Je refuse toutes les affaires qui me sont adressées par le biais de ce blog. Lire ce billet pour le vérifier.

Oui, un expert judiciaire peut tenir un blog, dès lors qu’il respecte la loi.

Rôle d’équipage

Au fil de l’eau du temps qui passe, mon agrégateur de liens RSS prend de l’embonpoint. Ce programme se charge d’adresses comme jadis de trésors les cales des navires. Plus je lis de blogs intéressants, plus ceux-ci me renvoie vers d’autres blogs tout aussi intéressants et plus je passe de temps le soir à lire les nouveaux billets.

Comme il n’y a pas de raisons pour que je sois le seul à profiter de ce plaisir et à me coucher tard, voici la liste actuelle de toutes les personnes embarquées à titre de trésors:

Dans la catégorie « Informatique« :
01net. Actualités
C’est bien fait quand même
Gizmodo FR
Ma petite parcelle d’Internet…
Pascal Charest
Ratiatum.com – Actualités
Roycod Blog
Standblog
Forensic Computing
Forensic Incident Response
IT security and more
DEFT Linux
Security distro

Dans la catégorie « Justice« :
Ca’Paxatagore
Chroniques judiciaires
legalis.net
Journal d’un avocat
Justice au singulier
Un blog pour l’information juridique

Dans la catégorie « Politique« :
Diner’s room
Commentaires & vaticinations

Dans la catégorie « Sciences« :
New Scientist Space – Mars Rovers
Planetary Society Daily Almanac
Planetary Society Weblog
Futura-Sciences Actualités

Dans la catégorie « Bandes dessinées« :
bouletcorp
Chez Lenono
Dessins au jour le jour
Le blog des cybériens
Le journal de Camille
Les petits riens
Les toujours ouvrables
Luciole en Cases
Melakarnets
Mes cartoons
Ob / Grmb
Paprika
Pfelelep
Rue89 – SOPH'S STRIP
Trentenaire, marié, 2 enfants

Dans la catégorie « Inclassables« :
Carnet de Pikipoki
Curiosity
Le blog du globe
Le Petit Champignacien illustré
Comment écrire un roman
Pour ce que j’en dis…
Un blog par jour
Un mot par jour

J’en ai profité pour mettre à jour la liste de liens située à droite de ce blog.

Bonnes lectures 🙂

La déontologie

Si j’étais mauvaise langue, je dirais que la déontologie, c’est ce que l’on enseigne aux jeunes pour éviter qu’ils ne piquent trop vite les clients des vieux…

Seulement voilà, je ne suis pas mauvaise langue et je ne pense pas un mot de ce que j’écris (cette phrase s’applique également à elle-même).

J’étais à une réunion d’informaticien dont l’objectif était l’échange des bonnes pratiques en matière de gestion des messageries électroniques et des accès internet. Après avoir présenté le système que j’ai mis en place dans mon établissement, notamment le « grey listing« , l’un des participants m’interpelle et me dit « tout cela n’est pas très déontologique… En refusant une première fois l’arrivée d’un message, vous prenez le risque qu’il ne soit pas réémis (si la machine expéditrice ne respecte pas correctement le protocole des messagerie), et donc que le destinataire ne reçoivent jamais le message! »

Il a parfaitement raison, mais tout est dans la mesure du risque.

Mais le problème n’est pas là, il vient du fait que j’ignorais alors les règles déontologiques dont il voulait parler.

La déontologie (du grec deon, -ontos, « devoir ») est la science morale qui traite des devoirs à remplir. Ces devoirs peuvent être regroupés en un ensemble qu’on appellera alors un « code de déontologie ». Il y a ainsi des textes qui régissent la profession d’avocat, d’autres les professions médicales, etc.

Tout le monde connait l’existence du serment d’Hippocrate, mais peu l’on lu et encore moins savent qu’il a été réactualisé en 1996:

Extrait du serment d’Hippocrate (version antique):

je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon avoir et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins ; je tiendrai ses enfants pour des frères, et, s’ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement.

Extrait de la version réactualisée:

J’apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu’à leurs familles dans l’adversité.

Tout cela est très joli, mais quid de l’expert judiciaire en informatique?

Pour la partie informatique, je recommande la lecture du rapport 2006 du CIGREF sur la déontologie des usages des SI.

Morceaux choisis:

Les Technologies de l’Information, de la Communication et de la Connaissance (TICC) occupent une place centrale dans l’entreprise. Celle-ci ne peut plus négliger les risques liés à l’usage de ces technologies dont les problèmes de conformité ne sont plus seulement techniques, mais aussi et de plus en plus juridiques. Dès lors, quelles bonnes pratiques mettre en place pour garantir un usage éthique et juridiquement conforme du Système d’information?

La déontologie en entreprise a pour finalité la formulation de règles de conduite inspirées tant des normes externes que des valeurs de l’entreprise traduites en principes d’action. Elle s’appuie à la fois sur des normes impératives telles que les lois et les règlements, sur des règles considérées comme essentielles pour l’ensemble des professionnels d’un même secteur d’activité, ainsi que sur des principes internes à l’entreprise (le plus souvent repris dans des chartes ou des codes de conduite).

La question de la déontologie des usages des Systèmes d’information revient donc à s’interroger sur une utilisation des outils informatiques de l’entreprise conforme aux règles éthiques, morales et juridiques définies. Il s’agit de réfléchir d’une part, sur la manière dont les règles existantes sont traduites en termes d’application concrète et, d’autre part, sur les limites de leur champ d’application. La déontologie des usages des Systèmes d’information sert ainsi de maillon fondamental entre l’utilisation régulière des outils et le comportement des utilisateurs.

La déontologie se propose en ce sens de donner à l’entreprise un certain nombre d’outils pour l’accompagner dans la mise en œuvre de procédures rigoureuses, destinées à l’aider à contrôler son degré de conformité aux dispositions légales. Elle rappelle les règles de bon sens qui, sans représenter une conformation au droit stricto sensu, ne peuvent que l’aider à se maintenir et à envisager sa pérennité.

Je vous rassure, il y a des dessins dans le rapport…

Y a-t-il des règles déontologiques spécifiques aux experts judiciaires?

La réponse est oui, dès lors qu’il est adhérent à une compagnie membre de la Fédération Nationale des Compagnies d’Experts Judiciaires, et vous les trouverez ici sur le site du Conseil National des Compagnies d’Experts de Justice. Morceaux choisis:

I – 6) – L’expert doit remplir sa mission avec impartialité. Il doit procéder avec dignité et correction en faisant abstraction de toute opinion ou appréciation subjective.

I – 7) – L’expert doit conserver une indépendance absolue, ne cédant à aucune pression ou influence, de quelque nature qu’elle soit.

V – 38) – S’il s’agit d’assister une partie alors qu’un expert a déjà été chargé d’une mission par un juge et n’a pas encore terminé de la remplir, il ne peut qu’exceptionnellement accepter de donner une consultation privée de cette nature. Dans ce cas, la consultation sera diligentée avec la volonté de répondre objectivement et dans un esprit de loyauté et de confraternité à l’égard de l’expert judiciairement commis, qu’il informera préalablement à son intervention.[…]Les observations du consultant privé ne peuvent être utilisées dans des observations écrites de la partie consultante que si elles sont produites dans leur intégralité.

A ces 40 règles, il convient d’ajouter les recommandations sur les bons usages entre avocats et experts. Quelques extraits choisis innocemment:

La communication des pièces incombe aux conseils des parties et non à l’expert.

Un bordereau inventoriant les pièces transmises est nécessaire. La numérotation de celles-ci est requise.

La transmission de l’entier dossier n’est pas nécessaire. Il est important de procéder à la sélection des pièces réellement utiles aux différents aspects de la mission de l’expert.

L’avocat modère son client si celui-ci se départit de son calme ou manque de courtoisie.

Il rappelle au besoin le rôle technique confié à l’expert par le Juge.

Mais les avocats étant plus futés que les experts judiciaires, le document donne beaucoup plus de devoirs aux experts qu’aux avocats.

Futur confrère expert judiciaire, beaucoup de lectures à apprendre par coeur!!!

Pour finir, ma pensée du jour:

« Il n’y a pas de règle, voilà la règle » (Zythom)

Hacker vaillant, rien d’impossible

Dans mon esprit, le mot hacker désigne plutôt un bidouilleur qu’un pirate ou un consultant en sécurité informatique. D’un autre côté, je ne connais pas personnellement Jacques Coeur

Par contre, je suis très (auto)satisfait de ma tentative de fonctionnement d’un disque dur USB mis sous scellé.

Le problème des scellés, c’est qu’il ne faut pas en modifier un bit afin de préserver leur intégrité. Dans le cas qui me préoccupe, il s’agit d’un conflit entre deux entreprises où l’un des ordinateurs mis en cause a été mis sous scellé. Plus exactement, une image (ghost) a été faite puis stockée sur un disque dur externe USB.

C’est ce disque dur USB qui ma été remis sous scellé.

Ma mission (et je l’ai accepté) est de procéder à un certain nombre de vérifications en faisant fonctionner plusieurs des programmes stockés sur le disque dur USB…

Problème: je n’ai pas l’ordinateur original, je ne dois pas modifier le disque dur USB (donc pas question de booter dessus), j’ai très peu de temps et ma version du logiciel GHOST ne reconnait pas ce disque USB.

Solution trouvée (si vous avez une solution plus rapide, ne me le dites pas, c’est trop tard):

– faire une image du disque USB (avec le logiciel True Image par exemple)

– déployer cette image sur un disque IDE vierge

– booter sur ce disque dur (juste pour voir au cas où, mais cela n’a pas fonctionné)

– faire une image du disque dur IDE (avec le logiciel GHOST 12)

– transformer cette image en disque dur virtuel pour le logiciel Virtual PC (avec GHOST 12)

– installer Virtual PC et créer un ordinateur virtuel utilisant ce disque virtuel

– croiser les doigts et démarrer l’ordinateur virtuel.

Et bien, chez moi, cela marche!

Résultats: le scellé est préservé et j’ai pu démarrer un ordinateur virtuel simulant parfaitement l’ordinateur d’origine, tout au moins dans ses aspects logiciels de base. Les anomalies à rechercher n’étant pas liées au hardware, ni à la configuration, j’ai pu mener mon enquête et rendre compte des résultats. En plus, c’est pratique de travailler sur son rapport tout en faisant fonctionner l’ordinateur à étudier dans une autre fenêtre.

Par contre, j’y ai laissé quelques plumes avec des nuits très courtes.

Si j’avais plus de temps, j’essaierais bien tester Xen, mais je n’ai pas (encore) réussi à l’installer.

Le chemin est long jusqu’au chapeau blanc

Beau, riche et célèbre

Mont-Joye Saint-denis ! Le livre « Zythom : blog d’un informaticien expert judiciaire » est paru. Un cadeau original qui étonnera vos amis, surprendra votre conjoint(e) ou séduira votre petit(e) ami(e). Cet achat est parfaitement inutile car les billets en question sont toujours en ligne, mais il vous évitera de vider votre cartouche d’encre noire:)
Vous pouvez en faire l’acquisition via ce lien pour le modique prix d’une clef USB.

Alors Zythom attrape-t-il la grosse tête?
A vous de juger, mais (re)lisez avant le billet intitulé « blog papier« .

Cependant, afin d’assurer la diffusion la plus large, n’hésitez pas à en parler autour de vous et à dire « j’y étais ». Pour les séances de dédicaces par contre, cela va poser un problème