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Trois heures pour installer Linux (suite)…
Suite de ce billet.
D’une source proche du dossier, les 3h passées par l’expert pour installer GNU/Linux sont dues pour 2h20 à l’installation d’un matériel wifi non supporté nativement. L’installation du reste du système n’a pris que 40 minutes, soit la durée normale pour ce type d’installation.
Un commentateur fournit également le lien du jugement que vous trouverez sur le site de l’AFUL.
Ce jugement est très intéressant en ce qu’il oblige(rait) les circuits de vente informatique à afficher explicitement les prix des logiciels pré-installés (y compris le système d’exploitation). Cela permettra au consommateur de connaître précisément les coûts du matériel et ceux des logiciels.
A quoi bon puisqu’il lui faudra de toute façon acheter le paquet complet?
Et bien c’est tout l’enjeu de la réunion du 3 juillet prochain avec la DGCCRF.
Exemple d’avancée proposée par UFC-Que choisir ou l’APRIL:
« permettre aux consommateurs de faire le choix des logiciels qu’ils souhaitent installer en les achetant séparément ou en activant ou non les logiciels pré installés via la remise ou non par le vendeur de leur clé d’activation. »
La clef d’activation éventuelle serait vendue dans une enveloppe à part, avec un prix clairement mentionné, et bien entendu son achat serait facultatif.
Enfin!
A suivre…
Trois heures pour installer Linux…
Je suis tombé sur pcimpact sur une information concernant la vente liée que j’avais un peu ratée (je ne suis pas à jour de la lecture de mes flux rss et atom…).
L’information est en soi intéressante (vente liée: non, obligation d’affichage des prix des différents constituants du lot, donc du système d’exploitation préinstallé: oui).
Mais ce qui a attiré mon attention (enfin, on l’a fait pour moi, merci BL), c’est l’intervention dans le dossier de deux experts judiciaires près la Cour d’Appel de Versailles: l’article indique que « Selon ces experts […], la désinstallation de logiciels peut compromettre la stabilité de l’ordinateur et l’installation de Linux, effectuée par ces experts donc, leur aura pris trois heures. »
Dans un autre article, sur zdnet, il est précisé: « Darty a présenté une étude d’experts en informatique (auprès de la cour d’appel de Versailles) qui conclut que « l’installation de Linux sur un micro-ordinateur répondant aux attentes actuelles des consommateurs est hors de portée de ces derniers ». Il ressort notamment que l’installation de l’OS libre prend trois heures et non 40 minutes comme l’indiquait l’UFC. »
Je ne possède pas le rapport d’expertise de mes deux confrères, et il serait malvenu d’en faire la critique a priori. Ces deux experts intervenaient, me semble-t-il, comme experts privés d’une des parties.
Je voudrais rappeler à tous ceux qui sont prompts à lancer des accusations que les experts judiciaires sont invités à suivre des règles de déontologie. Extrait:
« Selon l’article 6-1 de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales, tout citoyen a droit à un procès équitable.
Il peut donc lui être utile d’être conseillé par un expert inscrit sur une liste de juridiction, compétent techniquement et procéduralement.
Dans ce contexte, il convient de préciser les conditions selon lesquelles les experts inscrits peuvent assister techniquement des parties.
V-34) L’expert consulté sera tenu de donner son avis en toute liberté d’esprit et sans manquer à la probité ou à l’honneur.
Il évitera tout lien de dépendance économique, tout risque d’apparence de dépendance et rappellera explicitement les conditions de son intervention dans son avis. »
Il va donc sans dire (mais c’est plus clair en l’écrivant) que ces deux confrères ont rendu un rapport objectif, en toute liberté d’esprit. Le fait que ce rapport soit financé par une partie n’entre pas en ligne de compte: la réputation d’un expert judiciaire se construit sur sa probité et son honneur (merci de relire le serment prêté par l’expert judiciaire en sous-titre de ce blog).
Pourquoi alors ai-je été surpris, voire blessé, par le temps fort long indiqué: 3h pour installer Linux sur un ordinateur vendu en grande surface?
Et bien, simplement parce que j’aimerais pouvoir acheter un ordinateur sans le système d’exploitation Windows. Il m’arrive en effet fréquemment d’installer Linux sur un ordinateur, avec l’obligation de supprimer un OS pré-existant que j’ai donc payé pour rien.
C’est pourquoi la mention du temps de trois heures m’a surpris. 3h pour installer Linux, c’est extrêmement long. Mais je ne connais pas exactement la question posée à mes confrères. Et le diable se cache souvent dans les détails. En effet, de quelle installation parle-t-on?
Installer Linux (on doit dire en fait GNU/Linux) sur un ordinateur est une opération extrêmement simple aujourd’hui. Une distribution Ubuntu, Débian, Fedora, Mandriva ou Suse s’installe en moins d’une heure, c’est-à-dire que vous pouvez ouvrir une session en tant qu’utilisateur.
Mais ensuite, il vous faudra mettre à jour la distribution, et pour cela configurer votre accès internet. Si vous utilisez des logiciels non libres, vous devrez également les installer. Et tout cela prend du temps… et demande des compétences. Je suis sur que mes deux confrères ont raison.
C’est pour cela qu’aujourd’hui encore les juges considèrent que la pré-installation d’un OS commercial tel que MS-Windows sur un ordinateur n’est pas de la vente forcée, mais de la vente par lot.
Et pourtant, j’aimerais réellement avoir le choix…
A suivre certainement.
PS: Si quelqu’un dispose du jugement du tribunal de grande instance de Paris du 24 juin 2008 sur le sujet, merci de me le faire parvenir (je n’ai pas la compétence de Maître Eolas dans ce type de recherche)
Piratage téléphonique
[mode squat sécurisé ON]
https://sid.rstack.org/blog/index.php/276-piratage-telephonique
[mode squat sécurisé OFF]
Merci à Sid de m’avoir proposé la tribune de son blog…
Edit du 20/03/2012: Je place ci-dessous l’anecdote pour archivage.
Lorsque Sid m’a contacté pour de demander d’accepter de rédiger une anecdote sur la sécurité informatique, j’ai aussitôt accepté tant j’étais flatté. Puis je me suis demandé ce qu’un expert judiciaire comme moi pouvait bien avoir à raconter sur un blog de ce niveau, avec des lecteurs aussi pointus sur ce domaine. Un peu comme un médecin généraliste invité à s’exprimer lors d’un séminaire de cardiologues. Alors, soyez indulgents.
J’ai été approché, il y a quelques années de cela, par le directeur général d’une entreprise qui souhaitait me confier une expertise privée dans un contexte délicat: son serveur téléphonique avait été piraté. Malgré mes explications sur mon manque de compétence en PABX, il voulait absolument que j’intervienne sur cette affaire. Il avait eu de bonnes informations sur moi, et, je l’appris plus tard, j’avais le meilleur rapport qualité/prix…
Me voici donc, sur la base d’un forfait d’une journée d’audit, au sein de l’entreprise, un samedi pour plus de discrétion. Etaient présents sur les lieux: le DG, le DT, le RH, le RSI et moi (l’EJ:). Nous avions convenu le DG et moi que je jouerais le candide éclairé.
Nous voici donc à étudier le problème: le PABX de l’entreprise avait été piraté. La preuve était que des fuites avaient eu lieu car des conversations téléphoniques confidentielles avaient été écoutées. Les preuves étaient minces, mais le DG était convaincu de la réalité de ces fuites et de leur cause.
Le PABX était géré par deux services: le service technique (car c’est un système de gestion des téléphones) et le service informatique (car c’est « programmable » avec logiciel et base de données)… Les deux responsables de service avaient mené leur petite enquête et rejetaient implicitement la faute sur l’autre, n’ayant rien trouvé d’anormal dans leur partie.
Avant de les laisser me noyer dans des détails techniques prouvant leurs compétences et leur bonne foi, j’ai voulu en savoir plus sur le principe de fonctionnement de la téléphonie de l’entreprise: chaque salarié dispose-t-il d’un combiné identique, y a-t-il un mode d’emploi, etc.
Et me voici plongé dans le mode d’emploi (relativement simple) du modèle standard de téléphone de cette entreprise. Attention, je vous parle d’une époque pré-ToIP, mais avec des bons « vieux » téléphones numériques quand même. Tout en feuilletant la documentation, je me faisais quelques réflexions générales sur la sécurité : est-il facile d’accéder au PABX de l’entreprise, comment faire pour pénétrer le système, etc.
En fait, je me suis dit qu’il était somme toute beaucoup plus facile d’écouter une conversation en se mettant dans le bureau d’à côté. Et là, le hasard m’a bien aidé: au moment où je me faisais cette réflexion, je suis tombé sur le passage du manuel utilisateur consacré aux conférences téléphoniques. Il était possible de rejoindre une communication téléphonique déjà établie pour pouvoir discuter à plusieurs.
Le Directeur Général me confirme alors qu’une présentation de cette fonctionnalité avait été faite quelques mois auparavant aux salariés. Je demande une démonstration: le directeur technique et le responsable des systèmes d’information retournent dans leurs bureaux et conviennent de s’appeler. Une fois en conversation, je prend le téléphone présent dans la salle de réunion et compose le numéro d’une des deux personnes. Bien entendu, j’obtiens une tonalité occupée. Suivant le mode d’emploi, j’appuie sur la touche ad-hoc du combiné afin de m’inviter dans la conférence téléphonique.
Et me voici en train d’écouter les deux hommes, en prenant bien garde de ne prononcer aucune parole. Au bout de quelques minutes, les deux hommes décident de raccrocher, pensant que je n’avais pas réussi à rejoindre leur conférence téléphonique…
C’est ainsi, que devant le Directeur Général abasourdi, j’ai pu « pirater » une conversation téléphonique en appelant simplement un poste occupé et en appuyant sur un bouton…
Le PABX avait mal été configuré. Tout le monde pouvait écouter tout le monde. Quelqu’un s’en était rendu compte et en avait profité…
J’ai été payé par le patron reconnaissant une journée de travail pour deux heures de réunion 🙂
Mais je ne regarde plus mon téléphone de la même façon maintenant.
J’en pleure encore
En lisant l’éditorial de GNU/Linux Magazine n°106, je suis tombé sur une nouvelle fantastique: on a retrouvé le code source du premier UNIX datant de 1972… sur une sauvegarde en papier listing.
Amis informaticiens, admirez ce morceaux d’histoire, lisez ces 281 pages de pur bonheur:)
Toi le jeune programmeur (tu permets que je te tutoie, ce n’est pas jour de fête tous les jours), viens regarder la source de la connaissance des anciens. Toi qui ne connais qu’applets cawa ou langage Seed7, ou pour les moins jeunes la programmation par intention, ou encore la programmation orientée prototype…
Ah, sauras-tu trouver dans ce code le dépassement de buffer de la mort ou le débordement de tas qui tue?
Non, vraiment, j’en pleure encore.
Moi qui ne fait plus maintenant que du « meeting management »…
Lutte contre la pédophilie
Plusieurs personnes chaque mois me contactent via ce blog pour me demander mon aide dans leur lutte contre la pédophilie. Je voudrais par ce billet leur donner quelques éléments de réponse.
Un expert judiciaire est un citoyen comme les autres.
Il met ces compétences au service de la justice, et, pour permettre aux magistrats de lui confier des missions, il voit son nom inscrit sur une liste dans la cour d’appel dont il dépend.
C’est tout.
Je n’ai aucun pouvoir spécial.
Toute mon activité judiciaire est encadrée par le magistrat qui me choisit pour me confier des missions, et je dois lui rendre compte à travers un rapport dans lequel je donne mon avis en mon honneur et en ma conscience (cf le serment que j’ai prêté et qui est rappelé en sous titre sur ce blog).
Je ne décide pas de lutter contre la pédophilie, j’interviens (souvent) dans des affaires où la police ou la gendarmerie demande à un magistrat de nommer un expert judiciaire pour analyser des supports de stockage afin d’y établir (ou non) la présence d’images (ou de propos) de nature pédopornographique.
Que faire donc si vous tombez sur un site à contenu pédopornographique?
Le plus simple, à mon avis, est de signaler ce site via le site de protection des mineurs sur internet: [MAJ du 16/08/2009] www.internet-mineurs.gouv.fr www.internet-signalement.gouv.fr.
Vous pouvez également signaler ces infractions auprès du commissariat de police ou la gendarmerie la plus proche de votre domicile.
Faites une ou plusieurs copies d’écran (touche « Impr écran » de votre clavier, suivie d’un « copier/coller » dans votre logiciel de traitement de texte favori).
Notez les date et heure de vos copies d’écran.
Imprimez et amenez ces documents lors de votre signalement, afin de répondre aux questions éventuelles.
Et bien sur, ajoutez ce site dans la liste noire de votre logiciel de contrôle parental, et n’en faites pas de publicité autour de vous.
[Edit] Suite à une remarque de David Billard en commentaire, voici quelques sites qui peuvent vous intéresser:
Les travaux du marais de Blaye – 1698
Je m’amuse beaucoup à explorer (très partiellement je le crains) le contenu de Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque Nationale de France.
La recherche par mot clef y est possible et ouvre l’accès à des documents fantastiques dont j’ai souvent fait l’écho ici même.
Aujourd’hui, je suis tombé sur un modeste document qui fait état de travaux dans le marais de Blaye. Il s’agit d’un procès verbal de nomination d’experts en date du 17 janvier 1698. Le texte est à mon avis un peu brouillon, mais vous y trouverez un zeste d’Europe, un peu de corporatisme, des problèmes de délais, des manœuvres dilatoires, un personnage célèbre, beaucoup de monde…
Le 23 août 1697, un arrêt du Conseil dans l’instance pendante entre messire Bernard Reboul, curé de Saint-Louis, en Blayais, et syndic des intéressés dans les marais de Saint-Simon, d’une part; messire Louis, duc de Saint-Simon[1], et Théophile Audebert, sieur de la Morinerie, syndic des entrepreneurs du dessèchement, d’autre part; avait ordonné qu’il serait fait par un peintre un plan des marais et une visite des lieux par des experts, pour constater si des travaux exécutés dans la vergne et dans le petit marais de Montelipan étaient utiles ou non au grand marais; en conséquence, messire Daniel Courtade, curé de Braud et nouveau syndic des intéressés aux marais de Saint-Simon, se présenta devant messire Louis Bazin, chevalier, seigneur de Bezons, intendant de Guyenne et commissaire désigné par l’arrêt du Conseil, alors à Périgueux, et demanda qu’il fût procédé à la nomination du peintre et des experts réclamés par l’arrêt du Conseil.
Le 22 novembre 1697, Joseph de Chatillon, mandataire de Théophile Audebert de La Morinerie, demanda à l’Intendant une assignation préalable pour M. le duc de Saint-Simon, comme principal intéressé et seul propriétaire du marais de Montelipan. Daniel Courtade prétendit que ce délai était demandé uniquement pour gagner du temps et empêcher l’expertise avant l’hiver, pendant lequel les marais étaient impraticables; cependant, Joseph de Chatillon s’étant borné à demander un délai de huit jours pour avoir une nouvelle procuration d’Audebert de La Morinerie, demeurant à plus de trente lieues, dans sa maison noble ed Romas, paroisse de Neuillax, ce délai fut accordé.
Le 27 nombre 1697, Guillaume Levasseur, abbé commandataire de l’abbaye de Notre-Dame-D’Aupierre, en Limousin, se présentant comme mandataire du duc de Saint-Simon et promettant d’apporter, dans quinze jours, une procuration spéciale du duc de Saint-Simon, l’Intendant, commissaire, ordonna que le lendemain les parties procéderaient à la nomination d’un peintre et des experts.
Le 28 novembre, les parties désignèrent, pour lever le plan des marais, le sieur Jean-Baptiste Augier, ingénieur du Roi; mais Joseph de Chatillon ayant demandé de payer, s’il le fallait, les honoraires dus aux quatre experts royaux de Blaye, dont l’un était aubergiste, l’autre droguiste et les deux autres marchands de vin, et qu’on acceptât pour seul expert le sieur Vanaker, entrepreneur de dessèchements des marais, les sieurs Courtade et Levasseur s’y opposèrent, notamment parce que ledit Vanaker était hollandais et nouvellement converti; néanmoins, il fut accepté, et Courtade choisit parmi les quatre experts royaux le sieur Labat, marchand de vin.
Le 2 décembre, le sieur Vanaker, avant de partir pour aller à Castillon, en Médoc, dessécher les marais de M. de Caupos, prêta serment avec ses collègues.
Le 13 décembre, l’abbé Levasseur présenta à l’Intendant une procuration du duc de Saint-Simon, signée à Paris le 2 décembre, et se plaignit de ce que le sieur Vanaker ne s’était pas encore rendu à Blaye.
Les 27 et 28 décembre, l’ingénieur et les experts déposèrent le plan et les rapports de la visite des lieux, et firent taxer leurs vacations. L’ingénieur Augier avait employé, avec ses agents, treize journées à trente livres, et reçut 390 livres. Les experts furent payées chacun pour dix journées à dix livres, et reçurent chacun 100 livres. Les conclusions des experts étant contraires, l’Intendant nomma pour tiers arbitre le sieur de Lavoye, ingénieur du Roi à Bayonne, qui prêta serment à Bordeaux le 9 janvier 1698 et le 17 janvier suivant, ayant remis son rapport, reçut, comme indemnité de son séjour et de ses voyages, le prix de quinze journées à trente livres chaque, montant à la somme de 450 livres.
M. Bazin de Bezons a signé chacun des actes rapportés dans ce procès-verbal.
————–
[1]Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, plus connu sous le nom de Saint-Simon, né à Paris le 16 janvier 1675 et mort le 2 mars 1755, est un écrivain français, célèbre pour ses Mémoires, racontant par le menu la vie à la Cour.
A mes lecteurs
J’ai déjà expliqué ICI la ligne éditoriale de ce blog.
Comme beaucoup de blogueurs, je regarde tous les jours de temps en temps les statistiques de ce blog.
J’utilise pour cela Google Analytics que j’ai déjà rapidement présenté.
Il est temps aujourd’hui de remercier tous mes lecteurs.
Merci à tous ceux qui ont laissé un jour ou l’autre un commentaire sur ce blog. Tous m’ont fait plaisir et très peu sont passés à la trappe de la censure. Je sais que la publication après modération interdit toute sorte de dialogue à cause des délais induits, mais c’est aussi le prix de ma tranquillité vis à vis de mes obligations. Et puis, ce blog est avant tout un dialogue avec moi-même, un monologue solitaire face à l’immensité d’internet. Et c’est très bien comme cela.
Merci aux lecteurs passant régulièrement par ici. Les pics de visites du blog correspondent peu ou prou à la publication (irrégulière) des billets, les abonnés aux différents fils de syndication Atom étant bien sur les plus fidèles lecteurs.
Merci aux internautes des 103 pays ou territoires qui ont atterri ici au cours des 365 derniers jours, totalisant ainsi ici 44301 visites.
Les chiffres du top 10:
1. France 36 967 visites
2. Belgique 1 577
3. Allemagne 736
4. Canada 731
5. Maroc 504
6. Suisse 493
7. Royaume-Uni 433
8. États-Unis 374
9. Algérie 290
10. Hong Kong 210
Merci également aux personnes qui ont pris contact avec moi par email, pour un petit mot d’encouragement, pour un conseil, pour un remerciement. Une seule adresse: zythom chez gmail.com
Enfin, quelque chose qui devrait faire plaisir à Tristan Nitot, Firefox est utilisé majoritairement par les visiteurs de ce blog (stats sur un an):
1. Firefox 53,39 %
2. Internet Explorer 34,29 %
3. Safari 4,49 %
4. Mozilla 3,31 %
5. Opera 2,91 %
6. Konqueror 0,96 %
7. Camino 0,25 %
8. Mozilla Compatible Agent 0,18 %
9. Galeon 0,08 %
10. Netscape 0,03 %
Merci enfin à vous, lecteur timide, discret et anonyme.
Merci, mèsi, a ni kié, manana, takk
Souvenirs d’un expert judiciaire
Les témoignages et anecdotes d’experts judiciaires sont suffisamment rares pour que je signale cet article du Docteur Paul Benaïm pour Guysen International News.
Extrait:
L’impossibilité de conclure
Une expertise m’a laissé un souvenir pénible. Il s’agissait d’une affaire complexe, un litige entre un médecin urgentiste appelé au chevet d’un malade et une plaignante, l’épouse de ce malade. Je ne disposais, en tout et pour tout, que des versions parfaitement contradictoires des deux parties. J’ai dû rédiger un rapport concluant à «l’impossibilité de conclure», attitude peu glorieuse, mais sans doute préférable à une interprétation erronée ou arbitraire.
Je ne connais pas le docteur Paul Benaïm, ni Guysen International News, mais l’article est court, dense et très intéressant.
A lire absolument.
Sur les épaules des géants
Le travail d’un expert judiciaire est de répondre aux questions posées par un magistrat de la façon la plus précise possible. Cette fonction de l’expert judiciaire se retrouve pleinement dans le serment qu’il prête et que vous trouvez en sous titre du présent blog: « Je jure, d’apporter mon concours à la Justice, d’accomplir ma mission, de faire mon rapport, et de donner mon avis en mon honneur et en ma conscience. »
Cela ne l’empêche pas de se poser régulièrement des questions sur la qualité de son travail ou sur la bonne pratique de l’expertise. Cela peut être une réflexion collective, ou une réflexion personnelle.
Ce blog s’inscrit pour moi dans ce dernier cas, et je voudrais ici même vous faire partager les réflexions d’un de mes illustres prédécesseurs, dans un domaine très différent de l’informatique: le professeur Lacassagne, professeur de médecine légale à l’Université de Lyon et correspondant de l’Académie de médecine. Il s’agit de l’introduction de son ouvrage « Le vade mecum du médecin-expert », guide médical ou aide-mémoire de l’expert, du juge d’instruction, des officiers de police judiciaire, de l’avocat.
Remarque importante: ce texte date de 1892.
Extrait:
Il nous a semblé que le Code d’instruction criminelle si formaliste pour les magistrats, chargés de l’enquête ou de l’instruction d’un crime, laissait trop d’initiative ou de latitude au médecin expert. Celui-ci procède à un examen ou fait une autopsie comme il l’entend. L’ordre, la méthode si indispensables en ces sortes d’opérations ne sont pas imposées.
Depuis plus de vingt ans que nous nous occupons de médecine légale nous avons été frappé de cet état de choses. Dans des affaires graves, parfois même capitales, nous avons vu des experts fournir des rapports d’une demi-page, aussi courts qu’incomplets. C’était scandaleusement insuffisant.
Le rapport médical est cependant la base ou le point de départ d’une instruction. Les affaires qui viennent au grand jour de la Cour d’assises ou de la police correctionnelle, celles qui sont classées ou suivies d’une ordonnance de non-lieu ont, en effet, telle ou telle solution d’après les constatations médicales.
Personne ne songe à nier l’importance de celles-ci. Le rôle de l’expert devient de plus en plus prédominant. Mais les preuves médicales ne peuvent être utiles à la démonstration de la vérité qu’à la condition d’être complètes et marquées au coin de l’observation scientifique. Il ne s’agit pas d’être bref mais vrai. Pas d’inutilités, mais de l’exactitude. Il ne faut pas de phrases à effets mais de la clarté. Magistrats et médecins doivent avoir toujours présente à l’esprit cette vérité: une autopsie mal faite ne se recommence pas.
Dans les villes, sièges de Facultés ou Ecoles, les médecins experts sont à la hauteur de la mission qui leur est confiée. Il en est de même dans quelques autres localités, où se trouvent des praticiens toujours curieux d’apprendre ou désireux de mettre leurs connaissances au service de la Justice.
Mais en général, la tâche paraît si difficile, la responsabilité si grande, que les fonctions d’experts sont confiées à de jeunes médecins, plus audacieux qu’instruits, qui, leur réputation faite, s’occupent d’une clientèle plus rémunératrice et passent la main à de nouveaux débutants. – De telle façon que presque partout ce sont des novices qui sont experts, alors que les praticiens distingués et exercés, ayant les qualités nécessaires pour rendre service à la Justice, fuient les expertises et les ennuis qu’elles occasionnent.
D’autres fois, le crime est commis à la campagne, et l’examen ou l’autopsie sont confiés à un médecin qui est resté des années et des années sans faire la plus petite constatation médico-légale.
Comment exiger d’un praticien occupé d’avoir présentes à l’esprit les recherches à faire dans les cas si divers de médecine légale. Il y a des médecins qui, pendant leurs études n’ont jamais vu de pendus, d’étranglés, n’ont pas observé une petite fille victime d’attentats à la pudeur, etc. Le médecin distingué, même investi du titre d’expert, ne saura pas plus tard rédiger un rapport sur ces cas spéciaux. L’expérience clinique, médicale ou chirurgicale, ne fait pas la compétence médico-légale. […]
Dans son discours à l’Académie de Dijon, le 20 décembre 1789, Chaussier, illustre médecin-légiste, disait « La loi n’a encore fixé aucune règle précise à suivre dans la visite, dans la rédaction des rapports; elle n’a établi aucune précaution pour constater, en cas de besoin, si ces actes ont été faits de la manière la plus convenable; quand il s’agit de la cause publique, nous pensons que les démarches, les actions de l’homme qui en est chargé doivent toujours être surveillées, quelque confiance qu’il mérite; ainsi, pour un objet aussi important qu’un rapport chirurgical, dans un cas où la justice attend tout des lumières, de la prudence, de l’attention d’un homme, il convient d’établir des règles si précises qu’il soit en quelque sorte impossible à l’expert d’abuser de la confiance; il convient de prendre des précautions telles, que, dans tous les temps, on puisse reconnaître l’erreur de l’expert et remonter à sa cause. »
[…]
Mais en mettant cet ouvrage à la disposition des médecins experts, des magistrats et des avocats, nous espérons que les uns et les autres voudront bien nous adresser leurs critiques et même relever les erreurs et les fautes qui auraient pu nous échapper. C’est à l’usage, par la pratique, que l’on peut savoir si l’idée qui a conçu ce blog livre est bonne, si les matériaux sont utilement réunis, s’ils peuvent être facilement employés. L’encouragement des médecins et des magistrats me dira si l’entreprise était nécessaire, si mes efforts ont été suffisants.
Alexandre Lacassagne, Lyon, le 19 août 1892.
