Le creux de la vague

J’ai été opéré récemment, ce qui explique (en partie) mon silence relatif sur ce blog. J’avais déjà essayé la souffrance mentale, mais là, j’ai testé la souffrance physique.

Jusqu’à prendre de la morphine pendant plusieurs jours… C’est bien la morphine, ça joue comme un interrupteur sur le ressentie de la douleur par le cerveau. Mais le corps continue de souffrir et la fatigue s’installe. Une semaine allongé à se tordre de douleur, puis une semaine allongé à somnoler dans le brouillard.

Le pire a été quand même d’avoir conscience de sa propre lâcheté face à la douleur. L’égo s’imagine fort et conquérant, et se constate fragile et recroquevillé… Et puis à cela s’ajoute la comparaison avec les autres, ceux qui souffrent vraiment, les malades en réanimation, en urgence, les personnes cachées sous les bombes, les déplacés, les réfugiés…

Alors un sentiment de honte s’ajoute à la douleur.

“Creux” : vide intérieur dans un corps.
“Vague” : masse qui se soulève et s’abaisse.

Puis j’ai arrêté la morphine. J’ai guetté le retour de la douleur. Elle n’est pas revenue. J’ai guetté le retour de la sérénité. Elle n’est pas revenue non plus.

Mais ce qui est bien quand on est dans le creux de la vague, c’est de se voir remonter, de savoir qu’on va revoir l’horizon, et avec lui, l’immensité du bonheur.

Extrait de https://salemoment.tumblr.com/
avec l’aimable autorisation de l’auteur Olivier Ka

9 réflexions sur « Le creux de la vague »

  1. #hugs

    2 ans de creux, j’ai cru apercevoir l’horizon quelques fois avant qu’il ne disparaisse aussitôt … et l’arrêt des AD après tant de temps à peine entrecoupé de moments que je croyais OK, et cet impression de couler depuis quelques jours.
    Coincé dans une région, où je n’ai rien, que je croyais quitter assez vite pour retrouver celle qui m’a détruit, sans explication, ça me ronge… Sans exagérer, perdre ma mère a été plus supportable parce que je comprenais la maladie qui l’a emporté du haut de mes 9 ans.
    Toujours coincé dans cette région que j’espère quitter pour retrouver mes amis, qui sont ma meilleur famille, qui m’ont sauvé du pire au début de cet enfer… mais qui sont encore trop loin.
    J’ai tenté, j’ai cru aller mieux, j’ai même blessé par inadvertance, pour éviter d’emporter quelqu’un dans ma descente

    On fini par sortir de l’enfer… mais p*tain que ça semble long

    Et je te souhaite de retrouver et faire perdurer l’horizon, truely, once and for all.

    • Merci JaXX,
      Je savais en écrivant ce billet que j’étais petit joueur dans la peine. Je vous souhaite d’en sortir définitivement.

  2. La souffrance physique…
    C’est une expérience intéressante, qui fait relativiser. Une douleur phénoménale, du genre que seul les morphiniques peuvent soulager ou pas, ça vous enlève toute dignité. La seule chose qui compte, c’est l’arrivée de la petite pilule qui fera taire les hurlements. Dans ces moments là, on comprend comment ceux qui se font torturer craquent.

    ” la comparaison avec les autres”
    Je n’en vois pas trop l’intérêt. La douleur rend fou. Le moi qui souffre c’est pas le moi normal. Et puis il faut comparer ce qui est comparable. La douleur, c’est une souffrance immédiate, intense, absolue. C’est le présent qui est torture, en danger.
    “les malades en réanimation, en urgence, les personnes cachées sous les bombes, les déplacés, les réfugiés…” c’est de l’avenir incertain, mais pour douter sur l’avenir, ça veut dire qu’on a encore un présent immédiat. Tant que la bombe n’a pas explosée. Et si elle explose, soit on sera en situation de souffrance absolue, soit on sera mort ce qui supprimera le problème.
    Faut pas tenter de faire un concours de légitimité de souffrance.

    “J’ai guetté le retour de la sérénité. Elle n’est pas revenue non plus.”
    C’est peut-être à vous de la chercher? Résilience, je crois?
    Vous n’avez pas choisi d’être opéré. D’autres n’ont pas choisi d’être dans le coma, d’être sous les bombes. Vous avez par contre le choix de refuser que cette souffrance, ces catastrophes contrôlent votre vie définitivement. Quitte à vous faire aider par des médicaments ou des soins. Vous avez le droit d’apprécier chaque moment de bonheur, vous avez le droit d’envoyer ch…er le souvenir de votre souffrance.

    Bon courage.

  3. Bon rétablissement !

    Et la relativisation des peines / douleurs par rapport à d’autres n’est qu’une bien maigre consolation qu’il faut éviter, je pense.

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