La salle derrière au fond

Lors d’une expertise, la première de mes missions était de venir prendre au tribunal deux ordinateurs mis sous scellés. En général, il me sont amené par des policiers ou des gendarmes, mais parfois le magistrat me demande de venir les chercher.

Une fois sur place, la greffière me dit : « Ah oui, mais le responsable des scellés est en vacances. Il va falloir que vous m’accompagniez pour aller les chercher. Et comme je ne sais pas trop ni où, ni comment ils sont rangés, cela peut nous demander un petit moment… »

J’avais fait 40 km pour arriver au tribunal, je n’allais pas faire la fine bouche et repartir les mains vides. Et puis, quand c’est demandé avec le sourire…

Nous voici donc partis à travers le dédale du tribunal, passant de couloir en couloir, montant d’un étage pour en redescendre deux, pour finir enfin par sortir par l’arrière et nous retrouver face à une gigantesque porte en bois d’un autre âge.

La greffière sort de son sac une clef comme on n’en voit que dans les films (vous savez, LA clef de la ville), la place dans la serrure et la tourne à deux mains. Nous entrons dans une salle sombre. Une fois les yeux habitués à la faible lumière issue de la seule lampe accrochée au plafond, je regarde autour de moi : je venais d’entrer dans le saint des saints, Le Lieu Interdit Au Public. Je venais aussi de faire un bon d’un ou deux siècles en arrière !

Des dizaines de fusils emballés dans des plastiques transparents tous évidemment munis de l’étiquette marron habituelle que l’on trouve sur tous les scellés (l’État doit avoir fabriqué au 19e siècle une quantité incroyable de ces étiquettes pour qu’elles aient toutes cet air suranné…)

Des couteaux, dont certains semblaient encore couverts de tâches sombres… Des épées, des cannes, des lampes, des manteaux, des postes de radio, des paquets, beaucoup de paquets ficelés (vous savez, cette ficelle grossière qui ressemble à de la paille)… Partout, du sol au plafond, serrés sur des étagères en bois d’une autre époque. J’avais l’impression d’être dans un Simenon. Je m’attendais à voir surgir le commissaire Maigret derrière une étagère.

J’étais en train de vérifier si je ne détectais pas l’odeur de la pipe du commissaire quand la greffière me sortit de ma fascination : « Bon, Monsieur l’expert, il faut trouver dans ce bazar, deux ordinateurs sous scellés numéro XZ65… Je commence par la gauche et vous par la droite. »

Mon rêve de gamin devenait réalité : fouiller la caverne d’Ali Baba !!!

Pendant une demi heure nous avons exploré (sans déranger) ce chaos ordonné, ce bazar étiqueté. J’ai touché du doigt des affaires criminelles terribles (terribles dans ma tête bien sur), des objets chargés d’histoires horribles. Des ombres terrifiantes régnaient sur ce lieu et visiblement je n’étais pas le bienvenu. Je sens encore l’odeur de poussière et de vieux papiers, comme dans un vieux grenier.

C’est la greffière qui a trouvé les ordinateurs.

Ils faisaient un peu tâches dans ce lieu d’un autre âge.

Depuis, je suis retourné souvent dans cette salle, mais jamais plus je n’ai retrouvé les sensations de cette première fois.

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