On me demande souvent comment je procède lorsque les données d’un disque dur ont été chiffrées, ou lorsqu’un mot de passe a été utilisé pour protéger un fichier zippé.
Je vais donc vous délivrer ici même mon secret.
Mais avant, faisons ensemble quelques petites introspections.
Nous aimons bien nous protéger des intrusions d’autrui. Il nous semble naturel de mettre une serrure à clef sur notre porte d’entrée, parfois même un système d’alarme. Pour autant, la nature humaine étant ce qu’elle est, la clef est souvent cachée sous le paillasson ou dans le pot de fleur le plus proche, et le code de l’alarme est 4321, quand ce n’est pas 5555 (qui par hasard est la touche la plus usée).
En informatique, l’humanité qui est en nous reste la même, avec ses défauts et ses qualités: la plupart de nos petits secrets sont protégés par des mots de passe.
J’ai lancé, il y a quelques années, le logiciel « crack » sous Unix, pour tester la sécurité des comptes étudiants. Sur 700 mots de passe, 10 ont été trouvés en moins d’une minute, 50 en moins de dix minutes et enfin 10 en moins d’une heure, soit 10% des comptes crackés en moins d’une heure (avec les ordinateurs de l’époque. Je pense que ce temps peut être divisé par 10 aujourd’hui).
Quelques étudiants utilisaient le login comme mot de passe, d’autres leur prénom, certains poussaient « l’astuce » jusqu’à utiliser un mot écrit à l’envers, ou même en phonétique comme le langage SMS d’aujourd’hui (t1t1 pour tintin…).
Tous les mots de passe constitués d’un mot pouvant être trouvé dans un dictionnaire (y compris en langue étrangère, en phonétique même exotique ou écrit à l’envers) sont trouvés en moins de quelques minutes. Même (et surtout) s’ils sont associés à un nombre représentant plus ou moins une date…
Mais mon secret ne réside pas dans l’utilisation de logiciels tels que John l’éventreur ou Ophcrack.
Le Truc, c’est que chacun tend à la paresse autant qu’il le peut. Nous n’utilisons donc qu’un nombre très réduit de mots de passe. Très très réduit si j’en crois mes statistiques d’expertises.
La plupart des utilisateurs n’utilise donc qu’un ou deux mots de passe. Et ces mots de passe sont soumis à très rude épreuve: pensez donc, l’utilisateur s’en sert pour tous ses comptes emails, msn, meetic, et autres sites web où l’on demande de choisir son mot de passe. Et le plus souvent, ce mot de passe est envoyé par email, à fin de vérification.
Il ne reste plus à l’expert judiciaire qu’à lancer une petite recherche avec comme mot clef ‘mot de passe’ dans le courrier électronique, ou parfois ‘password’ pour récupérer une petite collection de mots de passe très révélatrice.
Parfois, il suffit de regarder dans le navigateur adhoc la liste de tous les mots de passe très gentiment conservée de façon très pratique.
De temps en temps, c’est plus subtil, il faut retrouver les mots de passe dans une page web conservée sur le disque dur par un mécanisme de mise en cache très opportun, en zone non allouée par exemple ou en mémoire cache.
Parfois, c’est vrai, l’utilisateur utilise des moyens sérieux de chiffrement (TrueCrypt avec volume caché), des outils d’effacement efficaces (Eraser par exemple) et des mots de passe sophistiqués qu’il change souvent.
Mais quand je lis les billets des spécialistes de la sécurité (ce que je ne suis pas), comme chez Sid, Nonop ou Expert: Miami, je me dis que finalement, vu les comportements divers et variés des utilisateurs et/ou des entreprises, il est assez normal que je n’ai pas encore rencontré un utilisateur ayant blindé son disque dur sans laisser trainer le mot de passe quelque part.
Et si ce jour arrive, je demanderai aux Officiers de Police Judiciaire ou au magistrat de demander gentiment le mot de passe au propriétaire. On verra bien quelle excuse sera utilisée pour ne pas le donner.
Et enfin, s’il me faut un jour tenter d’analyser le disque dur d’un spécialiste de la sécurité, (l’Admin m’en garde), ou si le disque dur est chiffré par Mme Michu avec la dernière génération de système NSA à clef quantique, j’écrirai alors dans mon rapport:
à l’impossible nul n’est tenu.



Notre spécialiste des réseaux cryptés Kraftonz a eu l’excellente idée d’