Il n'existe rien de constant

Manifestation avec pancarte affichant 'All Political Test Sign Please Ignore'

Un billet rapide entre deux projets, deux trains, deux dossiers, trois enfants et une femme (merveilleuse).

Je n’oublie pas la suite de ma petite série sur le chiffrement des emails. J’avais prévenu qu’elle se ferait « à mon rythme ». Il reste à voir un cas pratique plus simple que celui basé sur le copier/coller et le chiffrement du presse-papier. Il reste à voir la signature des emails, la sécurité relative des échanges, la mise en perspective de la pratique collective… A suivre donc.

Il n’existe rien de constant…

J’ai une charge professionnelle élevée avec beaucoup de projets dans l’école d’ingénieurs où je travaille. J’y consacre toutes mes forces, avec l’aide de toute une équipe de personnes. Il y a de vrais challenges à relever, tant du point de vue technique que du point de vue humain. Un vrai travail d’équipe. Mais cela me laisse, le soir, sans énergie, à peine bon pour un World of Tanks 😉

Il n’existe rien de constant…

Du côté « vie publique », mon activité de conseiller municipal s’est considérablement alourdie par la délégation du maire, qui m’a confié la réflexion sur le développement numérique de la commune. J’ai beaucoup d’idées, mais leurs réalisations relèvent à chaque fois du soulèvement de montagnes. C’est à la fois usant, désespérant et tellement humain : tout le monde veut que cela change, mais tout le monde critique chaque pas dans la direction du changement… des habitudes. C’est tellement plus simple de ne rien proposer et de critiquer.

Il n’existe rien de constant…

Concernant les expertises judiciaires, c’est le grand calme plat. Aucune désignation depuis de nombreux mois. Du coup, comme toujours dans cette situation, je me demande si c’est moi qui ne donne pas satisfaction, ou si c’est le budget de la justice qui empêche les magistrats d’ordonner des expertises judiciaires informatiques. Je vais vite savoir si la première hypothèse est la bonne puisque ma demande de ré-inscription sur la liste des experts judiciaires va être ré-étudiée, comme c’est la règle maintenant tous les cinq ans.

Il n’existe rien de constant…

J’ai la particularité d’être particulièrement chatouilleux sur mon
indépendance et sur ma liberté d’expression. Cela ne plaide pas toujours
en ma faveur : je mets mes compétences au service des magistrats, pas à
celui du « clan » des experts judiciaires. Un jour je paierai pour cela.

Il n’existe rien de constant…

Je n’ai pas encore de retour sur ma demande d’inscription sur la nouvelle liste des experts près ma Cour Administrative d’Appel. Là aussi, je ne connais pas les critères qui feront que mon dossier sera accepté ou pas, ni qui le défendra ou l’enfoncera.

Il n’existe rien de constant…

Je vous ai parlé plusieurs fois de mon activité débutante de consultant. De ce côté là, les perspectives sont excellentes. J’ai suffisamment de clients pour remplir mes soirées libres et mes week-ends. Je profite de ce billet pour remercier les avocats qui me font confiance. Je peux leur assurer que je mets toutes mes compétences à leur service.

Il n’existe rien de constant…

Quant à l’avenir de ce blog privé, je suis un peu dubitatif. J’ai bien conscience que beaucoup viennent y chercher des anecdotes sur l’expertise judiciaire, sur la face cachée des investigations. C’est d’ailleurs ce qui m’avait été reproché lors de l’Affaire Zythom qui m’a durablement marqué, ainsi que mes proches qui m’ont accompagné au tribunal. J’ai parfois la tentation de faire comme l’auteur de Grange Blanche dont le dernier billet se termine pas ces mots :

Mais il faut savoir arrêter quand on a le sentiment qu’on a donné tout ce que l’on pouvait, il faut savoir s’arrêter avant de ne poursuivre que par habitude.
Bonne continuation à tous.

Mais j’ai déjà arrêté ce blog une fois… Et, en suivant les conseils de Maître Eolas, je l’ai rouvert en me rendant compte que je pouvais publier des billets à mon rythme, sans pression, pour mon seul plaisir, même si je n’ai rien à dire d’intelligent.

Il n’existe rien de constant…

Ceci dit, au sujet des anecdotes d’expertises judiciaires, comme je ne peux pas romancer tous les dossiers qui me sont confiés, et que je suis de moins en moins désigné, j’ai choisi de faire comme Baptiste Beaulieu, blogueur talentueux en plus d’être l’auteur d’une « pépite d’humanité » (je cite Le Monde) et l’une des idoles de ma fille aînée qui marche dans ses pas : je propose à tous ceux qui le souhaitent de m’adresser leurs histoires d’expertises judiciaires informatiques. Que vous soyez avocat, magistrat, expert judiciaire ou simple citoyen, vos histoires m’intéressent. Je choisirai celles qui m’inspirent le plus et les ré-écrirai à ma façon, avec mes mots et mon style. Les billets en question commenceront par « L’histoire c’est X, l’écriture c’est moi ». Je trouve l’idée de Baptiste Beaulieu intéressante, et je vais essayer d’en être à la hauteur. On verra bien.

Pour raconter, écrivez ici. N’hésitez pas.

« Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement » (Bouddha).

Moustache de novembre

Portrait d'homme avec moustache épaisse et lunettes de soleil

Encouragé par mes étudiants, j’ai participé à Movember, c’est-à-dire à une action de sensibilisation sur le sujet des cancers masculins.

Le concept est très simple : les hommes qui participent doivent se laisser pousser la moustache pendant un mois, afin de faire réagir leurs proches, leurs amis et toutes leurs connaissances. Les femmes les encouragent et les soutiennent.

Les cancers masculins, à savoir le cancer de la prostate et le cancer des testicules, sont un sujet plutôt tabou. Peu d’hommes en parlent facilement, d’où l’intérêt de proposer un prétexte pour faciliter le dialogue, et faire entrer le sujet dans la conversation.

Je suis très fier de mes étudiants pour avoir abordé le sujet, avec un mélange d’humour et de sérieux, et pour s’être démenés à collecter des fonds pour la lutte contre ses deux cancers.

Pour ma part, j’ai donc testé la moustache pendant un mois, avec un résultat calamiteux pour ce qui concerne le look Supermario (en guise de moustache, j’ai l’équivalent d’une brosse à poils durs, très… durs, et très indisciplinés), mais avec un franc succès en ce qui concerne les discussions que cela a entraîné avec mes amis et connaissances. Entre moqueries sur la moustache et discussions sérieuses sur le dépistage de ces cancers, cela a été l’occasion d’aborder un sujet plutôt tabou. Les hommes en ont parlé et les femmes en ont parlé aux hommes. C’était le but.

Professionnellement, c’est plutôt compliqué. Entre la première semaine ou tout le monde pense que vous êtes mal rasé, et les rendez-vous professionnels avec des personnes qui vous jugent souvent sur votre aspect, il faut savoir gérer.

Mais si dans le lot, une personne pense à se faire dépister et arrive à se faire soigner à temps, l’objectif sera atteint.

Tous les matins et tous les soirs, je regardais, incrédule, un visage de plus en plus étrange se refléter dans le miroir. Mon cerveau buggait un peu, comme Boulet dans cette BD.

La personne la plus méritante dans cette histoire, est, comme d’habitude, mon épouse, qui a du supporter (aux deux sens du terme) bon gré mal gré cette lubie maritale. Mes enfants ont aussi été d’un soutien indéfectible. Même si, pendant trois semaines, personne n’a voulu m’embrasser. Il paraît que c’était trop douloureux…

Bref, un mois de novembre pénible, mais pour la bonne cause.

Je vous laisse une preuve en image.

Gros plan sur moustache fournie

Une pensée pour lui

Je ne suis pas un spécialiste de la sécurité informatique, mais comme bon nombre d’informaticiens, j’aime bien essayer de comprendre cet univers bien particulier de l’informatique.

Je lis plusieurs blogs sur le sujet, dont un qui me plaisait bien, avant que son auteur ne disparaisse, il y a tout juste un an.

Aujourd’hui, mes pensées vont à ses amis et à ses proches.

Et à lui bien sur.

Requiescat in pace, Sid.

Portrait gros plan d'un homme barbu aux cheveux longs

Sexisme ordinaire

Groupe de femmes en costume d'Halloween avec le texte « Better than Christmas »L’image qui illustre ce billet de blog m’a fait sourire. Je l’avais déjà utilisée dans ce billet sur Halloween. Les images des « automotivateurs » me font souvent marrer.

Et comme Halloween s’approche, j’ai posté cette image sur mon compte Twitter.

Quelques minutes après, trois des femmes qui me suivent sur Twitter m’ont fait remarquer qu’elles étaient surprises que je puisse publier une telle photo sexiste, car dans leur esprit, j’étais quelqu’un qui valait mieux que cela.

Comme toujours dans pareil cas, je suis resté bête : j’ai regardé la photo, et je me suis dit qu’elle était marrante, et que « bah, si on ne peut plus rigoleeeeer, kwa ». Et quelques neurones ont commencer à réagir, pour me dire que si l’on me faisait cette remarque, il y avait peut-être un peu de vérité. Un peu. Un peu beaucoup en fait.

Cette photo est l’illustration parfaite d’un sexisme ordinaire.

Oui, mais…

Il n’y a pas de mais.

J’ai twitté comme un beauf une photo sexiste qui me faisait marrer. Je me suis aussitôt excusé, mais le fait est là : j’ai encore des progrès à faire en matière de sexisme ordinaire.

J’ai d’autant moins d’excuses que je suis persuadé avoir des idées saines sur l’égalité hommes-femmes. J’essaye de me comporter correctement avec les femmes qui m’entourent, je suis poli, attentionné, galant-mais-pas-trop. Mes critères d’appréciation d’une personne passent avant tout par ses compétences, sa joie de vivre, pas par son sexe ni son physique. Je ne fais pas de différences entre mes étudiants et mes étudiantes. Je n’ai pas de problème à être dirigé par une femme « parce que c’est une femme ». Bref, je ne vais pas sortir tous les clichés du sexiste ordinaire.

Mais, car il y a un mais, je suis bien obligé d’admettre que je suis capable d’avoir un comportement inapproprié. Comme beaucoup de garçons, j’ai connu les troisièmes mi-temps graveleuses entre mecs, avec une ambiance virile à souhait. Il reste sans doute quelques réflexes machistes enfouis en moi, des restes d’éducation où le garçon était roi.

Heureusement, le cerveau humain garde une certaine plasticité synaptique, et Twitter est aussi là comme moteur d’amélioration personnelle. Je vais donc être plus vigilant, essayer d’être plus attentif à ne pas blesser mes lectrices (et mes lecteurs) par des blagues pas si innocentes que cela. Il y a un chemin entre les idées et la réalité des actes.

Tout cela commence par ce billet d’excuses que je dédie tout particulièrement à @LauVign, @Lunevirtuelle et @annso_

Et à ceux qui me reprocheraient d’en faire trop, je réponds qu’on n’en fait jamais assez en matière de respect des autres.

Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa.

Mélanges

Plongeur en eaux profondes explorant une formation marine bleue

J’ai plusieurs activités que je mène en parallèle : ma vie professionnelle de responsable informatique et technique, une activité d’expert judiciaire, un mandat de conseiller municipal (délégué au développement numérique de la commune), des missions de conseils auprès des avocats, une vie familiale, une identité numérique et une vie personnelle (et sportive)…

Tous ces univers sont relativement étanches et indépendants.

J’ai des collègues de travail dont je suis relativement proches, j’ai de très bonnes relations avec des confrères experts judiciaires, je m’entends très bien avec mes colistiers de la commune (même avec certains de l’opposition, c’est dire ma bonne composition), j’ai une vie familiale riche et grisante, des copains…

Mais je ne suis pas quelqu’un de très bavard (sauf quand on me lance sur mes marottes 😉 et en dehors de ma proche famille, je n’ai pas d’ami, au sens que Montaigne donnait à ce terme (Par « ami », j’entends « quelqu’un qui peut traverser la France en cas de coup dur », pas un lien Facebook)

Finalement, je me sens assez seul, et ce blog me permet de tromper ce sentiment par l’écriture, en parlant de moi (oui, je sais, ce blog perso est TRES égocentré).

Pourtant, je peine à expliquer à la
plupart des personnes que je rencontre, l’intérêt des interactions
issues du monde virtuel. Probablement parce que le mot « virtuel » n’est
pas approprié. Un blog, un compte Twitter, une page Facebook, cela permet de générer des interactions sociales, des échanges d’idées, des piques, des blagues, des nouvelles sur tous les sujets, avec des vrais gens qui vivent dans le vrai monde réel.

Personne marchant sur une plage avec reflet miroir dans l'eau

Les outils numériques me permettent d’échanger avec un nombre très important de personnes, sans avoir à aller boire un coup au café, sans m’abrutir devant le journal télévisé, sans attendre la prochaine réunion familiale. Cela m’ouvre sur le monde, moi qui suis un peu autiste.

Quand je retrouve les copains avec qui j’ai fait mes études, j’ai du mal à leur faire comprendre l’intérêt des blogs. J’ai beau leur expliquer que ce blog m’a permis de rencontrer des gens formidables, de discuter avec des internautes par réseaux interposés, de participer à des conférences, de progresser dans mon savoir faire et dans mes opinions, je sens une certaine résistance de leur part…

Twitter est un outil plus compliqué à expliquer, car derrière la simplicité du concept se cache des interactions et des codes plus complexes. C’est un outil également très chronophage, que j’utilise avec parcimonie, car j’ai le souhait de lire TOUTE ma ligne de temps, c’est-à-dire TOUS les tweets des personnes que je suis. Je suis aussi le roi du retweete et je tweete souvent des liens d’articles de blogs que j’aime bien. Je suis assez pauvre en création personnelle (du coup vous pouvez me suivre sans crainte d’être flooder, enfin pas souvent 😉

Ma personnalité se transforme, au gré des passages d’un type d’interactions à un autre. Je suis sérieux dans mon travail, en charge d’une équipe, d’un groupe d’étudiants ou d’un projet. Je sais décider, trancher, avancer, tel un petit Salomon de Prisunic (©Desproges). Alors que dans ma vie publique de conseiller municipal, je suis beaucoup plus hésitant, à l’écoute, près à changer d’avis. Et sous mon identité numérique, je m’épanche volontiers sur mes sentiments, mes doutes, mes souffrances, ce que je ne fais jamais dans mon univers professionnel.

Je souffre d’un trouble dissociatif de l’identité : j’ai plusieurs personnalités qui se mélangent, et chacune se complaît dans un univers particulier. C’est assez étrange. Je peux assister à un événement très privé et me faire la réflexion, tout à fait hors de propos, « tiens, ça ferait un bon sujet de blog ». Je peux me rendre compte en réunion d’expertise que le problème évoqué pourrait tout à fait concerner le système informatique de ma société. En faisant la fête avec mes copains, j’ai parfois envie d’en faire profiter mes followers sur Twitter.

Mes copains sont bienveillants envers moi, les internautes qui me lisent
aussi, pour la plupart. Mes collègues, les étudiants, les magistrats, les clients me
trouvent compétent, enfin certains. Ma famille et ceux qui me côtoient de près, me trouvent un peu étrange, comme un grand gamin. Tous ces mondes se mélangent et s’interpénètrent, comme une surface de Boy.

Je m’enrichis de ces différences et, quand « les autres » m’effraient un peu, le filtre de l’écran me rassure un peu. Je suis un enfant qui ne veut pas mûrir.

Je crois que j’abuse aussi parfois des mélanges.

Mais c’est un abus fort commun et très plaisant.

Formulaire humoristique « Vous avez bu ? » avec cases OUI et NON, la NON marquée d'un X

6e saut PAC

Le sixième saut de la formation PAC est le dernier saut accompagné avec un moniteur. L’objectif de ce saut est de faire des rouleaux longitudinaux dans un sens, puis dans l’autre. C’est assez rigolo (voir vidéo). Le moniteur m’a aussi proposé de choisir tout seul ma manière de sortir de l’avion : j’ai choisi « sortie de dos avec double salto arrière ».

Mais le souvenir marquant que j’aurai de ce saut est la perte de mes surlunettes…

Sur la vidéo, à 38″, on voit bien que je cherche à remettre en place les surlunettes qui protègent les yeux et recouvrent mes lunettes de vue. A 40″, j’abandonne car j’ai compris très vite que je ne réussirai pas à les remettre. Je fais alors une croix sur mes lunettes de vue qui risquent de partir à tout moment (j’ai des branches droites) à cause de la vitesse de chute.

Après le débriefing, le moniteur (à qui rien n’échappe), m’a félicité pour ma gestion du problème en me racontant que certaines personnes préfèrent mettre la priorité sur la conservation des lunettes plutôt que sur la gestion du saut…

Ce qui est le plus amusant, c’est que ma seule pensée pendant cette fin de chute libre a été la question suivante : « si je perds mes lunettes de vue, est-ce qu’elles peuvent blesser quelqu’un ? ». Bien entendu, mon cerveau était pas mal occupé par la gestion de mes émotions et du saut pour ne pas se lancer dans des calculs de vitesse limite de chute…

Cela ne m’a pas empêché de mettre les deux mains sur les yeux (à 1’05 ») pour éviter que mes lunettes ne soient éjectées lors de l’ouverture du parachute 😉

6e saut PAC… et le problème des lunettes !

Ce billet clôt cette série sur mon apprentissage du parachutisme. Le septième saut (et dernier de la formation PAC) est un saut solitaire (ie sans moniteur). C’est le saut qui m’a fait le plus peur. Je l’ai déjà raconté dans le billet « septième ciel« . J’ai depuis effectué également deux autres sauts en solo, avec toujours autant de sensations, le week-end qui a suivi mon stage de formation (j’étais toujours en vacances).

Pour ceux que cela intéresse, il faut savoir qu’un stage PAC coûte assez cher : 1300 euros pour 7 sauts, mais qu’ensuite, chaque saut coûte « seulement » 40 euros (location du parachute incluse). Tous les clubs ne proposent pas ce type de formation, renseignez-vous avant de vous déplacer. Je vous recommande bien sur le club de Royan où j’ai fait ma formation : « Europhénix 17« , mais comme je n’ai pas encore pratiqué d’autres « Drop Zones », je ne suis pas forcément d’un bon conseil 😉

J’ai appris beaucoup de chose d’un sport passionnant, mais il me reste encore beaucoup à apprendre. La seule chose que j’ai refusé d’apprendre, car cela me stressait trop, est le pliage du parachute. J’ai été le seul stagiaire à faire son septième saut avec un parachute encore plié par un professionnel : tous les autres stagiaires ont sauté avec un parachute qu’ils avaient pliés eux-mêmes ! Chacun ses limites dans la gestion du stress, les miennes commencent là. Peut-être apprendrai-je en 2015, car cela me semble faire partie de la philosophie des pratiquants, et que les sensations fortes sont aussi le moteur de ce sport…

Un ouvrage pdf que j’ai trouvé bien fait et complet (pour ce que je peux en juger) et que je recommande à ceux qui veulent réviser la théorie enseignée pendant la formation : Manuel Notions de Base – Premiers sauts et perfectionnement (site de la Fédération Française de Parachutisme).

Et n’oubliez pas : « Les esprits sont comme les parachutes, ils ne fonctionnent que lorsqu’ils sont ouverts » (Louis Pauwels).Les esprits sont comme les parachutes. Ils ne fonctionnent que quand ils sont ouverts.

Source citations sur la page Parachute – Citations – Dicocitations

5e saut PAC

C’est le quatrième jour de formation. Tous les stagiaires se sont levés très tôt pour être présents comme demandé dès 8h à l’ouverture du club. Le temps semble meilleur que les jours précédents : pas de vent, et une couche nuageuse qui semble peu épaisse.

Je fais partie de la deuxième rotation du jour : je monte donc rapidement dans l’avion sous le regard envieux de mes camarades. Le temps peut changer rapidement, le vent se lever, donc personne n’est jamais sûr de sauter (même une fois dans l’avion, le vent peut être trop important en altitude).

Objectif de ce saut : faire une sortie de l’avion en roulé-boulé avant, puis des rotations de 360° à plat, à droite et à gauche.

C’est la vidéo qui a le plus impressionné mes enfants et mes neveux et nièces ! La sortie en roulé-boulé est plutôt amusante à faire (voir vidéo). Quand je tends les bras et les jambes, je me retrouve cette fois sur le dos, alors que je n’ai rien demandé. Du coup, je peux faire le retournement que je n’avais pas pu faire lors du saut précédent (voir 4e saut PAC) : il suffit de bien se cambrer, et HOP on se retourne comme une crêpe. C’est tellement rapide que j’ai une jambe qui part en avant et que je ressemble à un pantin désarticulé (tous les enfants ont bien rigolé avec cette vidéo). Les virages à plat sur 360° sont plutôt réussis, mais je perturbe l’harmonie de la figure en regardant mon altimètre comme on regarde sa montre (ce qui stoppe net la rotation).

5e saut PAC, ou le pantin désarticulé qui cherche à se stabiliser 😉
Musique audionautix.com (Pentagram)

Le vol sous voile s’est bien passé. Le moniteur m’a fait faire mes premiers 360° sous voile (pour me faire descendre plus vite). C’est très impressionnant !

Contrairement à toutes les autres prises de terrain (effectuées en U), cette fois-ci, le moniteur m’a fait exécuter une approche en S (voir image ci-dessous).

Schéma technique approche saut en S avec vue perspective et dessus

Source image : FFP (pdf)

Atterrissage sur les fesses, mais ça, je commence à avoir l’habitude 😉

4e saut PAC

Après mon atterrissage à la Usain Bolt de ce matin (lire 3e saut PAC), le deuxième saut de la journée est beaucoup plus calme, même si le vent est limite TRES fort…

L’objectif du saut est de savoir de retourner quand on se retrouve comme une tortue sur le dos. Pour varier les plaisirs, la sortie de l’avion se fera de dos. Petit frisson garanti pour un débutant comme moi ! Le vrai problème, c’est que je me suis retrouvé immédiatement sur le ventre, et que malgré mes efforts, je n’ai pas réussi à me mettre sur le dos pour faire l’exercice. Sur la vidéo, on voit mes piteux efforts pendant trois secondes pour essayer de me mettre sur le dos. J’arrête assez vite pour me concentrer sur la stabilisation de ma position. C’est en effet (et je ne le savais pas) la première fois que le moniteur ne me tient pas du tout pendant la première partie de la chute libre. Du coup, je découvre un balancement d’avant en arrière que j’ai du mal à corriger…

Je passe le temps en essayant de faire des 360° à plat, sans avoir prévenu le moniteur qui me fait vite comprendre que c’est lui le boss (il me prend fermement par le bras !)

J’ai changé de combinaison à la demande du moniteur, qui voulait que je porte quelque chose de (beaucoup) plus ample pour freiner un peu ma chute. Son explication : « j’en ai marre de donner un coup de rein pour te rattraper à cause de ton poids à cause de ta combinaison trop moulante ».

4e saut PAC

Le vent est encore plus fort que le matin, la descente sous voile se fait immobile, face au vent, face à la mer, avec une vue magnifique. Un moment magique !

J’écoute un peu moins les ordres donnés dans mon oreillette, d’autant moins que, comme le matin, il y a deux voiles de la même couleur. L’atterrissage est cette fois presque parfait, mais toujours sur les fesses.

Je commence à me prendre en main.

Je commence à faire le tri dans mes sensations : je suis moins béat.

Je sens la peur commencer à s’infiltrer en moi, et cela me rassure : rien n’est plus dangereux dans une activité à risque qu’une personne qui n’a pas peur.

Ce qui commence à me faire peur, c’est la procédure de secours.

Extrait du manuel :

« En cas de mauvaise ouverture du parachute principal, il sera nécessaire d’effectuer une procédure de secours. Cette procédure consiste à se désolidariser de sa voilure principale en tirant sur la poignée de libération (O_O) pour ensuite déclencher l’ouverture de la voilure de secours en tirant sur la poignée d’ouverture de son conteneur. Cette procédure permet d’éviter une interférence entre votre voilure principale mal ouverte et certainement instable et votre voilure de secours.« 

Vous avez bien lu, en cas de problème avec votre parachute mal ouvert, il faut le larguer ! Oui, oui ! Donc imaginez un peu : vous êtes en chute libre, c’est génial, vous faites des supers figures, et puis vient le temps où l’altimètre vous dit que le sol se rapproche fissa. Vous ouvrez le parachute et PAF, il s’ouvre mal (voire pas du tout). Donc, là, il faut DECIDER tout seul de virer le parachute, alors que vous êtes secoué de tous les côtés, balancé ou en rotation rapide, pour retomber en chute libre (le sol se rapproche encore plus vite), puis de tirer sur une AUTRE poignée, pour ouvrir le parachute de secours.

Mais oui.

Pour cela, on s’entraîne au sol, physiquement ET mentalement.

Il faut :

1) regarder la poignée de libération (à droite)

2) la saisir à deux mains (sans la tirer tout de suite)

3) porter le regard sur la poignée du parachute de secours (à gauche)

4) tirer la poignée de libération à fond sans quitter du regard la poignée du parachute de secours

5) saisir la poignée du parachute de secours

6) la tirer à fond (et prier).

Après renseignement auprès des moniteurs, il semble qu’un saut sur 1000 nécessite une procédure de sécurité.

Sincèrement, je ne sais pas comment je vais réagir si cela m’arrive… Je sens la peur s’insinuer sournoisement en moi. C’est le moment d’une petite litanie contre la peur :

Je ne connaîtrai pas la peur car la peur tue l’esprit.

La peur est la
petite mort qui conduit à l’oblitération totale.

J’affronterai ma peur.

Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi.

Et lorsqu’elle
sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin.

Et là où
elle sera passée, il n’y aura plus rien.

Rien que moi.

J’ai hâte pour mon saut suivant !

3e saut PAC

Troisième jour de stage. J’ai dormi comme un bébé suite aux deux sauts de la veille. L’altitude, le stress, l’âge, tout ça quoi… Le temps est meilleur mais le vent est assez fort (8 m/s), juste au dessous de la limite autorisée (10 m/s je crois).

Ce vent va avoir des conséquences importantes sur mon troisième saut, vous allez voir…

L’un des objectifs de ce saut est d’apprendre à tourner à plat, à gauche, puis à droite. Pour cela, c’est très simple, dixit le moniteur, il suffit d’enfoncer le coude dans l’air (coude gauche pour tourner à gauche, droit pour tourner à droite). Pas si simple pourtant quand on manque de souplesse… 

« Sauter d’un avion en parfait état n’est pas un acte naturel. Alors exécution et profitez de la vue », disait le sergent Tom Highway (Clint Eastwood) dans Le Maître de Guerre. La sortie de l’avion est toujours OK, je ne ressens pas de peur particulière. La température extérieure est aujourd’hui de -5°C, mais je ne sens pas la morsure du froid. Je suis concentré sur l’exercice et surpris que cela fonctionne correctement, mais pas autant que je le voudrais. J’étais sensé faire un 360° à gauche puis à droite (en suivant les signes du moniteur), mais je n’ai osé faire que des timides quart de tours (voir la vidéo).

C’est donc 45″ de chute libre plutôt calmes, je commence à sentir les choses un peu mieux, même sans vraiment maîtriser grand chose. La traversée du nuage (à 31″) reste un moment impressionnant pour moi. Les choses vont se compliquer à l’atterrissage.

3 saut PAC – tourner à plat

Ce que les vidéos ne montrent pas, puisque ce n’est pas moi qui filme, c’est toute la partie « vol sous voile », c’est-à-dire après que le parachute se soit ouvert. Il semble que les parachutistes s’intéressent d’ailleurs plus à la chute libre qu’à cette phase là, dite de transport.

Avant d’atterrir, donc, vous profitez pendant 5 à 6 mn d’une descente lente sous voile. Enfin, lente, c’est vite dit puisque la vitesse de chute est d’environ 4 m/s, soit 15 km/h. Pour illustrer, cela correspond à peu près au saut que vous feriez si vous montez sur votre bureau… A mon âge, c’est rude ! (on ne se moque pas)

Première chose à faire dès que la voile s’ouvre : vérifier qu’elle est ouverte correctement. Puis saisir les commandes (bras en l’air) et les tirer jusqu’aux hanches pour mettre la voile « en œuvre », puis reprendre la position de pilotage de la voile (bras hauts).

Ensuite, il faut regarder où l’on se situe, c’est-à-dire trouver l’aérodrome. Ce n’est pas si évident que cela, et sur l’un de mes sauts, je n’ai pas réussi à le trouver jusqu’à ce que l’idée me vienne de faire un demi-tour (l’aérodrome était derrière moi, panique dans la tête du gros oiseau)…

La descente parachute ouvert présente deux risques particuliers : la collision et l’atterrissage sur obstacle : il faut donc regarder où se trouvent les autres voilures, vérifier sa hauteur, s’orienter par rapport au terrain et en fonction du vent.

Avant la formation, je pensais simplement qu’une fois le parachute ouvert, il suffisait d’attendre que le sol se rapproche et de faire un roulé-boulé dans l’herbe. Que nenni ! Vous devez rester dans une « zone d’évolution » puis vous diriger vers un point de rendez-vous situé à 300 m de hauteur. A partir de ce point de rendez-vous (que l’on vous a indiqué juste avant de monter dans l’avion car il change si le vent change), vous entamez le circuit d’atterrissage (comme un avion).

Le circuit d’atterrissage le plus utilisé en parachutisme (information donnée pendant ma formation) est le circuit en U ou PTU (prise de terrain en U). A partir du point de rendez-vous de 300 m, il faut faire successivement :

1) Une étape en vent arrière

2) Une étape en vent de travers

3) Une dernière étape en vent de face pour se poser.

Un U quoi. Évidement, pour compliquer, il y a les U main droite et les U main gauche…

On essaye toujours de se poser face au vent pour réduire la vitesse horizontale par rapport au sol. En effet, en l’absence de vent, votre voile vous fait avancer horizontalement à environ 8 m/s (29 km/h). Avec un vent de face de 5 m/s, vous n’avancez plus qu’à 3 m/s (11 km/h) par rapport au sol, ce qui est plus confortable pour rester sur ses deux jambes.

Vous ajoutez à cela que le sens du vent et sa vitesse ne sont pas toujours les mêmes en fonction de votre hauteur. Vous pouvez avoir un vent fort en altitude dans un sens donné et un vent tournant au sol avec une autre vitesse…

C’est pour cela que les débutants comme moi, disposent d’une oreillette radio dans laquelle sont donnés les ordres de guidage par un moniteur au sol. Autant vous dire que pour moi, c’est parole d’évangile ! Le moniteur au sol surveille la descente de toutes les voiles et nous dirige en donnant des ordres précis du type « voile rouge, quart de tour à droite ! ». Le problème, c’est que tout le monde est sur le même canal de fréquence (utilisé également par le centre de voile tout proche, mais ça, c’est une autre histoire), et donc que tout le monde entend les mêmes ordres. Heureusement, chacun connaît la couleur de sa voile et agit en conséquence.

Oui, mais… sur ce saut, deux voiles avaient la même couleur (avec une petite différence : un trait jaune pour l’une, un trait vert pour l’autre). Et notre guide terrestre adoré s’est un peu emmêlé les pinceaux. J’étais sous voile rouge (avec trait jaune délavé) à environ 70 m du sol, bien face au vent, en train d’entamer ma dernière phase du circuit d’atterrissage, quand j’ai entendu un ordre sec dans mon oreillette : « voile rouge demi-tour gauche BORDEL ! ». Bien obéissant, en bon élève appliqué, j’ai fait un rapide demi-tour gauche… Ce qui m’a mis vent arrière ! Ensuite, étant trop près du sol, impossible de corriger quoi que ce soit.

Un simple et rapide calcul (que je n’ai évidement pas fait à ce stade du saut, bien plus occupé par l’arrivée rapide du sol), montre qu’avec un vent d’environ 8 m/s et une vitesse horizontale relative de 8 m/s qui s’additionnent en vent arrière, j’ai atterri à 16 m/s, soit 57,6 km/h. Je ne suis pas armé pour courir à cette vitesse là, même sans harnais (je rappelle que la vitesse de pointe d’Usain Bolt est de 44,72 km/h sur 100 m).

Bref, toutes ces explications pour vous dire que je me suis rétamé de tout mon long sur 10 m en broutant de l’herbe.

Je me suis relevé le plus dignement possible et j’ai fait signe que tout allait bien. Puis quelqu’un est venu me chercher en quad…

Je n’avais qu’une seule envie, recommencer !

Maso, je vous dis 😉

2e saut PAC

Le deuxième saut était encore mieux !

Un seul moniteur, le plaisir de mieux maîtriser son saut… avec un nouvel objectif : faire la flèche (voir la vidéo). Les sensations sont différentes : je suis toujours concentré, mais sur la nouveauté, un peu comme une sauvegarde incrémentielle…

Ce deuxième saut se fera le même jour que le premier saut. J’ai encore toutes les sensations en tête, et la crainte d’une procédure de sécurité (ouverture du parachute de secours).

Les objectifs qui m’ont été fixés par le moniteur pour ce saut sont simples :

– sortir correctement de l’avion

– trouver rapidement une position stable (il est maintenant seul à me tenir)

– faire la flèche lorsqu’il me fait le signe ad hoc avec sa main

– reprendre une position stable

– lire ma hauteur sur mon altimètre

– faire une poignée témoin

– surveiller mon altimètre pour ouvrir le parachute à 1700 m

– gérer le vol sous voile (toujours avec les conseils via l’oreillette)

– atterrir correctement et au bon endroit.

Mes prédécesseurs ont sauté dans un nuage (voir vidéo) alors que j’ai la chance de profiter d’une trouée. Tous les objectifs à réaliser sont atteints, sauf peut-être ma poignée témoin (j’ai mis la main un peu à côté, immédiatement corrigé par le moniteur). J’oublie un peu de regarder mon altimètre après chaque exercice, et je m’en rappelle d’un seul coup (d’où le geste un peu brutal)…

Mais cette fois, c’est bien moi qui ouvre le parachute, tout seul comme un grand, malgré la présence de la main du moniteur sur la mienne.

2e saut PAC : faire la flèche

Ce que ne montre pas la vidéo, c’est que je m’attendais à une ouverture en douceur du parachute, comme lors du premier saut. Or, et c’est en forgeant que l’on devient forgeron, chaque ouverture de voile est différente. Sur ce deuxième saut, ma voile s’est ouverte brutalement, me secouant comme un pantin désarticulé ! J’en ai gardé deux magnifiques bleus sur le haut des bras… Mais l’adrénaline des 45″ de chute, puis de la gestion de la voile et de l’atterrissage m’a fait ressentir une puissance qui m’a rappelé mes 20 ans 😉

L’atterrissage s’est fait comme pour le premier saut : sur les pieds, pour amortir, puis sur les fesses, pour le confort.

Le mauvais temps ne permettra pas de faire comme prévu le troisième saut le jour même. Ce n’est que partie remise. Deux montées à 4200 m et deux poussées d’adrénaline d’une demi-heure ont eu raison de mes capacités physiques : ce soir-là, j’ai dormi comme un bébé, en rêvant d’une chute dans un couloir lumineux qui se terminait par « Oh mon Dieu, c’est plein d’étoiles ! » 😉