Majority report

Tiroirs d'archives fermés avec étiquettes manuscrites et tampons administratifsJe vous ai extrait du rapport d’information sur les fichiers de police (document Assemblée nationale n°1548) de Delphine Batho (PS) et Jacques-Alain Bénisti (UMP), la longue liste des fichiers ayant un usage de police (annexe 1).

Vous y trouverez des fichiers aux noms improbables et imprononçables (AGDREF, AJDRCDS), voire sans voyelle (FSDRF). Certains noms montrent un certain sens de l’humour (LUPIN, ARDOISE, BB 2000, OCTOPUS), d’autres un intérêt pour l’antiquité (ICARE, ATHENA, ARIANE, AGRIPPA)…

Vous y découvrirez le fichier de suivi des titres de circulation délivrés aux personnes sans domicile ni résidence fixe, ou celui de la batellerie (fichier papier), sans oublier le fichier des auteurs de tags.

Et bien entendu, les nombreux fichiers des étrangers (FNAD, ELOI, VISABIO, FPR, GESI, GREGOIRE, ), bien connus de Maître Eolas

Je serais surpris que vous ne soyez pas dans l’un ou l’autre de ces fichiers.

Et n’oubliez pas de lire le rapport, qui est très intéressant…


SIS: Système d’information Schengen.
Recensement:
– des personnes recherchées, sous surveillance ou indésirables;
– des véhicules ou objets recherchés.

FNI: Fichier national des immatriculations.
Connaître à tout moment la situation administrative et juridique d’un véhicule et d’identifier son propriétaire, notamment dans le cadre de recherches de police.

FNAEG: Fichier national automatisé des empreintes génétiques.
Enregistrement et comparaison des empreintes génétiques.

FIJAIS: Fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles.
Prévenir la récidive d’infractions sexuelles ou violentes et faciliter l’identification de leurs auteurs.

ANACRIM: Logiciel d’analyse criminelle.
Opérer des rapprochements pour établir des liens entre procédures judiciaires et mettre en évidence leur caractère sériel.

SALVAC: Système d’analyse et de liens de la violence associée au crime.
Opérer des rapprochements pour établir des liens entre procédures judiciaires et mettre en évidence leur caractère sériel.

FPA: Fichier des passagers aériens.
Fichier des données collectée par les entreprises de transport international au moment de l’enregistrement (données dites APIS), envoyées dès la clôture du vol.

Traitement automatisé de contrôle des données signalétiques des véhicules (nom?).
Rapprochement des données issues des dispositifs de lecture automatisée de plaques d’immatriculation (LAPI) embarqués dans des véhicules avec le fichier des véhicules volés et signalés (FVV).

FNAD: Traitement automatisé de données à caractère personnel de ressortissants étrangers qui, ayant été contrôlés à l’occasion du franchissement de frontières, ne remplissent pas les conditions d’entrée requises ou «fichier des non-admis».
Lutter contre l’entrée et le séjour irrégulier des étrangers.

ELOI: Traitement automatisé de données à caractère personnel relatives aux étrangers faisant l’objet d’une mesure d’éloignement.
Enregistrement des données à caractère personnel relatives aux étrangers faisant l’objet d’une mesure d’éloignement.

VISABIO: Traitement automatisé de données à caractère personnel relatives aux étrangers sollicitant la délivrance d’un visa.
Notamment faciliter sur le territoire national les vérifications d’identité opérées par les services de la police et de la gendarmerie en vertu de l’article 78-3 du CPP.

Fichier relatif à la carte nationale d’identité (nom?).
– Mettre en œuvre les procédures de délivrance et de renouvellement;
– Limiter les risques de contrefaçon et de falsification;
– Faciliter l’action des policiers et gendarmes lors du franchissement des frontières.

FAED: Fichier automatisé des empreintes digitales.
Enregistrement et comparaison des empreintes digitales.

FRG: Fichiers des renseignements généraux.
Centralisation des informations sur les personnes:
– pouvant porter atteinte à la sûreté de l’État ou à la sécurité publique par la violence;
– ayant sollicité ou sollicitant l’accès à des informations protégées;
– exerçant ou ayant exercé un mandat électif ou jouant un rôle politique, économique, social ou religieux significatif.

GEVI: Gestion des violences.
Recueil des informations sur les individus majeurs ou les personnes morales susceptibles d’être impliquées dans des actions de violences urbaines ou de violences sur les terrains de sport pouvant porter atteinte à l’ordre public et aux institutions.

AGDREF: Système informatisé de gestion des dossiers des ressortissants en France.
Notamment permettre aux services de la police et de la gendarmerie de vérifier la régularité du séjour en France (article D. 611-3).

STIC: Système de traitement des infractions constatées.
Faciliter la constatation des infractions pénales, le rassemblement des preuves et la recherche de leurs auteurs, ainsi que l’exploitation de ces données à des fins statistiques.

Delphine et TES: Fichier relatif aux passeports.
– Mettre en œuvre les procédures d’établissement, de délivrance et de renouvellement des passeports;
– Prévenir et détecter leur falsification ou contrefaçon.

JUDEX: Système judiciaire de documentation et d’exploitation.
Faciliter la constatation des infractions pénales, le rassemblement des preuves et la recherche de leurs auteurs.

CRISTINA: Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et les intérêts nationaux.
Lutte contre toutes les activités susceptibles de constituer une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation.

PPL: Traitement de données «pré-plainte en ligne».
Permettre à la victime ou à son représentant de faire une déclaration en ligne, pour certaines infractions, et d’obtenir un rendez-vous pour la signature de la plainte.

FNPC: Fichier national des permis de conduire.
Enregistrer et gérer toutes les informations relatives aux permis de conduire, en particulier les droits de conduire de tout conducteur.

FNT: Fichier national transfrontière.
Collecte des informations concernant les embarquements et débarquements de passagers aériens à destination ou en provenance de pays «sensibles».

BB 2000 (Bureautique brigade 2000): Traitement automatisé d’informations nominatives de gestion et de suivi des procédures et du courrier dans les unités élémentaires de la gendarmerie.
Application locale destinée à gérer le service et les registres et de permettre un partage de l’information sur la connaissance de la circonscription de l’unité.

FSDRF: Fichier de suivi des titres de circulation délivrés aux personnes sans domicile ni résidence fixe.
Suivi des titres de circulation délivrés aux personnes sans domicile ni résidence fixe, soumises aux dispositions de la loi n° 69-3 du 3 janvier 1969.

SUICRA: Fichier de suivi des personnes faisant l’objet d’une rétention administrative.
Assurer le suivi des personnes faisant l’objet d’une décision de rétention.

MCI: Main courante informatisée.
Gérer l’emploi des effectifs, les événements et les déclarations des usagers.

FVV: Fichier des véhicules volés.
Faciliter les recherches:
– pour la découverte et la restitution de véhicules volés;
– la surveillance de véhicules signalés dans le cadre d’activités répressives ou préventives;
– des personnes susceptibles d’utiliser un véhicule volé ou signalé.

FPR: Fichier des personnes recherchées.
Faciliter la recherche de personnes recherchées (au titre de décisions judiciaires, faisant l’objet d’une enquête, étrangers faisant l’objet d’une décision d’expulsion, mineurs en fugue, personnes disparues, etc.).

Fichier national automatisé des personnes incarcérées.
Gestion des affectations des détenus et production de statistiques sur la population pénale.

SCPPB: Service central de préservation des prélèvements biologiques.
Assurer la gestion des prélèvements biologiques effectués dans le cadre d’affaires judiciaires concernant l’une des infractions mentionnées à l’article 706-55 du code de procédure pénale et entraînant l’enregistrement au FNAEG.

FNIS: Fichier national des interdits de stade.
Prévenir et lutter contre les violences lors des manifestations sportives, notamment en garantissant la pleine exécution des mesures administratives et judiciaires d’interdiction de stade.

AGRIPPA: Application de gestion du répertoire informatisé des propriétaires et possesseurs d’armes.
Traitement automatisé de données à caractère personnel concernant les détentions d’armes et de munitions.

Fichier de la batellerie (fichier papier).
Suivi des mariniers ainsi que des bateaux affectés au transport fluvial de marchandises.

FAR: Fichier alphabétique de renseignements (fichier papier).
Permettre aux brigades de gendarmerie d’acquérir une connaissance approfondie de la population, notamment en vue de la réalisation d’enquêtes administratives.

FPNE: Fichier des personnes nées à l’étranger (fichier papier).
Enregistrement de toute personne née à l’étranger entrant en contact avec la gendarmerie.

FAC: Fichier des avis de condamnations pénales (fichier papier).
Compléter le FAR avec les renseignements collectés auprès des greffes des tribunaux (condamnations exécutoires inscrites au bulletin n° 2 du casier judiciaire).

FTPJ: Fichier de travail de la police judiciaire.
Collecte d’informations sur des délinquants spécialisés.

FBS: Fichier des brigades spécialisées.
Fichier de travail des services de police spécialisés luttant contre la grande délinquance et le crime organisé. Il a pour objectif d’utiliser au mieux les diverses informations collectées à l’occasion de la surveillance du milieu criminel, de permettre des échanges confidentiels entre services spécialisés et d’autoriser tous les croisements de recherche possibles entre les informations figurant dans la base.

LRP: Logiciel de rédaction des procédures.
Rédiger les procès-verbaux et les rapports administratifs ou judiciaires.

FNFM: Fichier national du faux monnayage.
Recenser les affaires relatives au faux monnayage commises sur le territoire national (données relatives à l’affaire, à l’infraction, aux coupures saisies, à l’identité des mis en cause et à leur signalement).

FOS: Fichier des objets signalés.
Vérifier si un objet bien identifié a été signalé par les unités de gendarmerie à l’occasion d’une enquête judiciaire ou par le SIS comme étant volé.

GESTEREXT: Gestion du terrorisme et des extrémismes violents.
– Prévenir les actes de terrorisme;
– Surveiller les individus, groupes, organisations et phénomènes de société susceptibles de porter atteinte à la sûreté nationale.

OCTOPUS: Outil de centralisation et de traitement opérationnel des procédures et des utilisateurs de signatures.
Recherche des auteurs de «tags» (identification des auteurs de dégradations, établissement de synthèses de faits et de recoupements).

LUPIN: Logiciel d’uniformisation des prélèvements et identification, ou Logiciel d’Uniformisation des Procédures d’Identification (selon les pages du rapport: p.158 ou p.356).
Lutter contre les cambriolages en procédant à des rapprochements à partir des données de police technique et scientifique et relatives aux modes opératoires recueillies sur les scènes d’infraction.

CORAIL: Cellule opérationnelle de rapprochement et d’analyse des infractions liées.
Diffuser aux services d’enquêtes les fiches relatives à des faits sériels, sous la forme d’états opérationnels tirés des infractions, afin de faciliter les rapprochements.

STIVV: Système de traitement des images des véhicules volés.
Exploiter à des fins judiciaires les photographies de certains véhicules prises par les radars automatisés (véhicules volés, mis sous surveillance, etc.).

ARAMIS (sens?).
Système de traitement des informations présentant un caractère opérationnel (gestion des interventions; messagerie interne de suivi des situations; renseignement pour le suivi de l’ordre public).

ATHENA (sens?).
– Améliorer l’accueil du public et les relations avec les usagers;
– Aider et sécuriser les interventions;
– Optimiser le traitement du renseignement d’ordre public et de défense.

AJDRCDS: Application judiciaire dédiée à la révélation des crimes et délits en série.
Faciliter la détection:
– des crimes et délits de même nature et imputables à un même auteur ou groupe d’auteurs;
– des infractions ou comportements délinquants réitérés par un même auteur ou groupe d’auteurs.

EDVIRSP: Exploitation documentaire et valorisation de l’information relative à la sécurité publique.
Collecte, conservation et traitement des données relatives:
– aux personnes dont l’activité individuelle ou collective indique qu’elles peuvent porter atteinte à la sécurité publique;
– aux personnes faisant l’objet d’enquêtes administratives.

ARIANE: Application de rapprochements d’identification et d’analyse pour les enquêteurs.
Faciliter la constatation des infractions, le rassemblement des preuves et la recherche des auteurs.

FOVES: Fichier des objets volés et signalés.
Vérifier si un objet ou un véhicule ont été signalés ou déclarés volés. L’ensemble des objets et véhicules sera classé en 12 catégories.

ARDOISE: Application de recueil de la documentation opérationnelle et d’informations statistiques sur les enquêtes.
Collecter et archiver les informations recueillies lors des missions de police judiciaire ou administrative (données issues de procès-verbaux, comptes rendus d’enquêtes et rapports administratifs ou judiciaires).

ICARE (sens?).
Assister les militaires de la gendarmerie dans la rédaction de leurs procès-verbaux.

PULSAR (sens?).
– Gérer le service et les registres ainsi que les amendes forfaitaires;
– Créer des messages d’information statistique et les bulletins d’analyse des accidents.

GESI: Gestion des étrangers en situation irrégulière.
Assurer une gestion en temps réel, de l’interpellation jusqu’à la reconduite, des étrangers en situation irrégulière interpellés par les services de la préfecture de police.

GREGOIRE (sens?).
Refonte complète de l’application AGDREF. Il vise notamment:
– le traitement interministériel des dossiers des étrangers dans les préfectures, avec un périmètre étendu aux consulats, services de police et unités de gendarmerie;
– l’introduction de la biométrie à des fins de lutte contre la fraude.

Contournement

Vue aérienne d'une route sinueuse en S traversant un champ vert
Je ne sais pas pourquoi, mais en tombant sur cette image en surfant sur internet, cela m’a tout de suite fait penser aux problèmes posés par le projet de loi HAPODI…

Un autre monde

Bâtiment futuriste en forme de soucoupe volante, dôme bleu et corps jaune, au bord d'une rivièreJe déjeunais au restaurant avec mon épouse et quelques unes de ses consœurs avocates, et j’écoutais, fasciné, leur conversation:

« Moi, récemment, j’ai pris deux ans pour vol dans une affaire de stup! »
« Ah ben m’en parle pas, moi j’ai pris six ans pour une agression… »

Alors, forcément, quand je suis intervenu dans la conversation pour ajouter « bon, si vous pouviez parler un peu plus bas, et me dire quand il faudra que je vous apporte des oranges », vu leurs têtes, je suis tombé un peu à plat.

En fait, imaginez une réunion de responsables informatiques où la conversation serait:

« Moi, récemment, j’ai cru que j’avais effacé toutes mes données, mais on m’a dit que ce n’était que des raccourcis sur mon bureau! »
« Ah ben m’en parle pas, moi je n’ai pas pu travailler de la journée parce que la femme de ménage avait débranché mon ordinateur… »

Franchement, est-ce que les informaticiens se mettent à la place des utilisateurs? Non? Si?!

En tout cas, les avocats oui.

C’est un autre monde.

Le film d'horreur permanent

Enfant assis à table de cuisine face à un ours en peluche et du lait, message « C'est la fin du monde sans lui »En discutant avec mes enfants ce week-end, ils se sont gentiment moqués de moi parce que j’envisage toujours les pires accidents.

Je dois dire que je vis dans un autre monde que celui de la plupart de mes amis: je vois l’accident partout. Lorsque je conduis, j’imagine un enfant surgissant d’entre deux voitures stationnées. Sur l’autoroute, s’il m’arrive quelques minutes de conduire avec une seule main sur le volant, dès que j’en prends conscience, je repositionne mes deux mains correctement en imaginant un pneu qui éclate…

Je vis en permanence dans un monde ensanglanté, où tout évènement est prétexte à accident douloureux.

J’occupe depuis bientôt deux ans le poste de responsable des services techniques, en plus de mes anciennes attributions de responsable informatique. J’ai donc à ce titre la charge de la sécurité du personnel et des étudiants, au sein d’un établissement recevant du public. L’établissement où je travaille est sain et sécurisé, mais il est toujours possible d’améliorer les conditions de travail et d’accueil: personnes handicapées, systèmes d’alarmes, organisations des salles, etc.

Lors de notre dernière formation SST, le formateur a remarqué qu’une table se trouvait devant une issue de secours dans la salle d’examen. Je n’avais pas remarqué lors de ma dernière visite, et les surveillants d’examen avaient « amélioré » les espaces séparant les étudiants en réagençant les tables pour gagner de l’espace… jusque devant les issues de secours! J’ai aussitôt imaginé une nuée d’étudiants cherchant à sortir en courant en cas d’incendie…

Lors d’une discussion préparatoire aux journées portes ouvertes de l’établissement, j’ai indiqué que, contrairement aux habitudes, les portes coupe-feux resteraient fermées, et non pas bloquées par des cales. Cela a fait une mini-révolution qui s’est encore reproduite cette année (« Quoi? Une journée portes ouvertes avec des portes fermées?! »)

Je sais, et vous savez, et tout le monde sait que j’ai raison. Mais personne ne semble imaginer le pire mieux que moi.

En fait, maintenant que j’y réfléchis, cela semble remonter très loin dans le temps. Aussi loin que portent mes souvenirs, je me revois en train de soupeser le pour ou le contre face à tel ou tel danger imaginé.

En spéléo: « Faut-il s’engager dans cette direction? Dispose-t-on d’assez d’eau? La corde a-t-elle un noeud à son extrémité?… »

Lors de mon stage d’artificier: « Le fil est-il assez long? Que faire si un bloc blesse quelqu’un? C’est quoi déjà les numéros d’urgence?… »

Pendant la préparation de notre voyage aux USA: « Que doit-on avoir comme papier sur soi si l’on doit être hospitalisé? Comment appeler les secours dans un parc national? Faut-il payer cash une évacuation par hélicoptère ou par ambulance?… »

C’est assez éprouvant pour mes proches qui n’ont pas forcément envie d’envisager toutes les catastrophes possibles pendant les préparatifs d’une fête ou d’un voyage (n’empêche, j’ai toujours un seau d’eau près de moi quand je fais un barbecue).

C’est pourquoi, en général, je garde pour moi mes visions d’apocalypses et gère tout seul mes cauchemars éveillés. Je reste quelqu’un d’assez souriant et j’ai à mon actif quelques beaux gestes. Je suis assez habitué pour ne rien laisser transparaitre, sauf peut-être lorsque mes enfants me questionnent (dis papa, pourquoi tu nous obliges à porter un casque à vélo?).

Non, je ne vis décidément pas dans un monde de bisounours… Même si je viens de décider d’ouvrir à tous les vents mon réseau Wifi (oui, ni Wep, ni WPA, ni portail captif). En test bien entendu, mais ouvert à tout le monde.

Pourtant, mon esprit est toujours plein d’idées morbides. J’aurais pu être conseiller technique de terroristes, ou scénariste dans un film d’action (ou d’horreur).

Et puis, il y a toujours plus triste que soi. Tenez, par exemple, je viens de recevoir un email d’une jeune femme veuve africaine dont le mari fortuné est mort brutalement sans avoir pu régulariser sa situation financière et qui semble rechercher désespérément une aide pour transférer une somme assez coquette…

Moi, bien sur, j’y vois la plus louche des intentions.

Tout cela me mine au plus haut point.

Heureusement, il y a l’évacuation par l’écrit.

Sur mon blog par exemple.

Avec sa couleur noire.

L'expert devant le TPE

Maison blanche avec deux échelles appuyées contre le murMon relatif silence des derniers temps s’explique par une aventure relativement difficile: je suis passé en jugement devant le TPE.

Avec un recul de quelques jours, je peux maintenant vous raconter cette anecdote, malgré l’effort que cela me coûte. Imaginez la scène: une juge d’instruction, une procureure et un président qui demandent ma tête. Je suis devant eux, avec mon avocate. Le procès se déroule à huit huis clos.

Le Président: « Qu’avez-vous fait Monsieur l’Expert? Où est votre contribution? »

Moi: « Ben, heu… »

Mon avocate: « Monsieur le Président, Madame le Juge d’Instruction et Madame la Procureure, mon client est innocent! Certes, il peut apparaître parfois que ses obligations ne sont pas toujours remplies avec célérité, mais il a toujours eu à cœur, lorsqu’il est investi d’une nouvelle mission, de la remplir avec honneur et conscience. Mon client est un homme curieux. Et quand je dis curieux, je ne veux pas dire bizarre, mais rempli de curiosité. Heu… Quand je dis rempli de curiosité, je ne veux pas dire que son corps est plein d’objets insolites, mais que son esprit est avide d’apprendre de nouvelles choses! »

Moi: « Oui, c’est vrai, une fois j’ai participé à… »

La Procureure, me coupant la parole: « C’est FAUX! J’étais présente et vous n’avez rien fait! D’ailleurs, Madame la Juge d’Instruction ici présente vous le confirmera, Monsieur le Président. »

La Juge d’Instruction: « Il est vrai que l’enquête approfondie que j’ai rondement menée a permis d’accumuler de nombreuses preuves à charge contre Monsieur l’Expert. Il délaisse des tâches importantes. Il a même recours à la sous traitance la plus infâme, qui relève de l’exploitation de la catégorie humaine la plus faible, la plus fragile… »

Mon avocate: « Oui, c’est vrai, mais il a des excuses: ce n’est qu’un homme… »

Le silence se fait sur le Tribunal. Je baisse la tête. Mon sort est frappé d’un petit sceau rouge de cire. Je suis condamné.

La peine prononcée est la suivante: je vais devoir aider beaucoup plus aux travaux ménagers, faire les courses (et pas seulement l’achat des lourds packs d’eau), contribuer à l’éducation de mes enfants en passant plus de temps avec eux (par exemple en les aidant à ranger leurs chambres), faire la vaisselle des objets qui ne vont pas dans le lave-vaisselle (il parait que cela existe), vérifier les devoirs tous les soirs, sortir au cinéma, sortir le week-end, prendre des vacances, aller à DisneyLand, acheter des cadeaux, faire du jardinage…

La liste du Tribunal Pénal de mes Enfants (TPE) est longue.

Le rôle du Président du TPE a été tenu par mon fils Mario (7 ans). La Procureure est incarnée par ma fille Zelda (11 ans) et la Juge d’Instruction par mon ainée Lara C. (14,5). Je suis sur que mon épouse, l’avocate peu convaincante de cette affaire, a été payée par la Cour et le parquet.

La porte de mon bureau a été condamnée par un verrou sous prétexte que je m’y réfugie toujours avec la même excuse « j’ai une expertise à finir », alors qu’il parait qu’on y entend des bruits curieux: pwned, Hadopi, wikipedia, journal d’un avocat, Aliocha, Boulet, gouvernement, mairie, voirie, piste cyclable, déchèterie, PLU, wifi en panne, tiens-c’est-quoi-ce-composant-sur-la-carte-mère…

C’est trop dur.

Expérimentations

Deux jeunes enfants couverts de peinture blanche et brune jouant sur le sol du salonEn relisant certains billets de ce blog, j’ai fait le constat suivant:
– le ton est devenu très sérieux depuis que je sais que les magistrats de ma Cour d’Appel et mes confrères de la compagnie pluridisciplinaire savent qui je suis, et savent que je sais qu’ils savent;

– ce blog sert avant tout à me mettre en avant et à flatter mon ego en racontant des anecdotes qui me sont arrivées et qui n’intéressent plus personne dans ma famille tellement je les ai racontées;

– certains billets me permettent de décompresser quand cela va mal, car je ne suis qu’un misérable petit vermisseau en ce bas monde;

– quelques billets sont des billets d’opinion, mais trop souvent très mesurés car rarement dans le feu de l’action;

– je n’arrive pas à écrire des billets d’actualité: pas le temps, pas le recul, pas le talent. Si Aliocha me fait l’honneur de me lire, elle sait que je ne serai jamais journaliste;

– j’approche le seuil des 500 billets en ligne. J’étudie sérieusement la suppression des anciens billets, un peu comme « Les petits riens » de Lewis Trondheim. Cela me permettra de re-raconter certaines anecdotes pour les nouveaux lecteurs (400 par jour maintenant!) avec un angle nouveau;

– je retravaille l’autoédition sur le site Lulu.com sous l’angle d’un livre ciblé sur les expertises, avant ma possible radiation l’année prochaine. Cela sonnera ainsi moins comme un geste d’aigreur que comme un bilan positif. Ce ne sera pas une suite de cet ouvrage qui était plutôt destiné à mes amis et ma famille;

– avec l’augmentation de notoriété essentiellement liée à Maître Eolas, que je remercie au passage, avec son référencement sur son blog et plusieurs mentions dans ces billets, je me rends compte qu’il m’est plus difficile d’innover, de me laisser aller dans des billets expérimentaux. C’est une erreur, et je vais m’employer à la corriger. Vous voilà donc prévenu, cher lecteur, ici va régner L’EXPERIMENTAL (c’est à dire le grand n’importe quoi).

Mais avant d’innover pour innover, je vais, d’abord et avant, faire tout ce que j’aime et ce que je veux: j’ai trois expertises en cours, je viens de commander un nouveau netbook pour jouer travailler, je viens d’installer linux en version 64bit…

Bref, je vais rappeler un peu ici que dans le titre du blog, il y a aussi « informaticien ». Pas le meilleur peut-être, mais un qui n’en veut encore!

HADOPI black-out

Écran noir avec texte blanc « LE NET EN FRANCE... »Écran noir avec texte blanc « BLACK-OUT. »
Projet de loi Internet et création (Hadopi), appelez votre député:

# VOUS: « Bonjour, je suis (Prénom, Nom), j’habite à (Ville), je suis (profession ou occupation), et je viens de vous envoyer un courrier électronique au sujet de la loi « création et internet ». L’avez-vous bien reçu? Avez-vous pris connaissance du dossier de La Quadrature du Net? »

# BUREAU-DU-DÉPUTÉ: « Bonjour, M./Mme (député) est très occupé(e) en ce moment. Nous recevons beaucoup de mail à ce sujet. Nous vous recontacterons. »

# VOUS: « Attendez, j’ai voté pour M./Mme (député) et j’aimerais tout de même savoir. Que pense M./Mme (député) de cette loi? Et plus particulièrement du fait que la procédure étant basée uniquement sur des relevés informatiques, elle condamnera inévitablement des innocents, et que les utilisateurs éduqués à la technique peuvent très facilement la contourner? »

# BUREAU-DU-DÉPUTÉ: « M./Mme (député) pense que ce texte de loi est un texte pédagogique qui aidera à endiguer le fléau du piratage qui tue les artistes. »

# VOUS: « Le problème est que cela ne peut pas marcher: les preuves collectées sont faibles et impossibles à contester. Comment peut-on confier la détection d’infraction, qui relève de la mission de la police, à des acteurs privés? »

# BUREAU-DU-DÉPUTÉ: « Si cela décourage certains ‘pirates’, cela sera déjà bien! »

# VOUS: « Il y a un grave problème de séparation des pouvoirs. Personne n’a jamais prouvé sérieusement que des gens dissuadés iraient acheter plus de disques et de fichiers, pas plus qu’aucune étude sérieuse n’a démontré que les échanges sont la cause principale de la crise du disque (et l’industrie du film se porte plutôt bien!). Il existe pourtant de nombreuses études scientifiques (gouvernement canadien, gouvernement néerlandais, big champagne, m@rsouin) qui démontrent le contraire ! »

# BUREAU-DU-DÉPUTÉ: « Vous n’êtes qu’un pirate qui veut pirater, c’est du vol, du pillage, etc. »

# VOUS: « Quoi que vous et moi pensions de l’échange d’œuvres entre particuliers, ce qui est important c’est que cette loi violera des principes fondamentaux de notre droit, comme la présomption d’innocence, tout en étant absolument inefficace. Cette loi témoigne avant tout de l’incompréhension totale qu’a le gouvernement d’Internet et des technologies numériques. Les forums grondent d’arguments pertinents contre cette loi, et personne qui connaît Internet n’est dupe de la rhétorique de la ministre Albanel. La France va de plus devenir la risée de ses voisins: la Suède, l’Allemagne et la Norvège ont déjà rejeté la riposte graduée, et la Nouvelle-Zélande, seul autre pays avec la France qui comptait l’adopter par voie législative, vient d’abandonner cette idée. Il faudrait vraiment que M./Mme (député) s’oppose à cette loi. Pouvez-vous lui transmettre mon courrier et mon appel s’il vous plaît, je rappellerai pour tenter de lui parler ou d’obtenir un rendez-vous. »

Source (et plus d’informations): www.laquadrature.net

Toute la force des partisans de ce projet de loi est d’utiliser le mot « pirate » qui fait peur:
– Aventurier qui courait les mers pour piller les navires de commerce
– Individu sans scrupules, qui s’enrichit aux dépens d’autrui, dans la spéculation.
(dictionnaire Petit Robert 1991)

Je milite pour mes enfants.

Pour qu’ils cessent d’être montrés du doigt dans la cour de récréation parce que leur père leur interdit le téléchargement, le partage et les sites de streaming.

Non aux assuétudes

Publicité Nescafé : lignes de lettres Z se transformant en N, slogan « Nothing wakes you up as Nescafé »L’usage du terme «addiction», pourtant récent, s’est banalisé au cours des dernières années. Utilisé dans le français juridique médiéval où il désigne la contrainte par corps imposée au débiteur insolvable, puis tombé en désuétude, il est aujourd’hui employé dans l’acception qu’il a prise au début du XXe siècle dans le monde anglo-saxon.
[…]
Il est employé largement au-delà du domaine de la santé publique et son registre se confond avec celui de la passion, du goût, voire du simple intérêt. On dit volontiers d’un produit, d’un comportement, qu’il est addictif. Nous serions tous «addicts» à quelque chose, du café aux tranquillisants en passant par le sucre. Le terme a même séduit les publicitaires qui baptisent de ce nom les produits qu’ils font vendre, sans parler des artistes qui utilisent la toxicomanie comme métaphore de l’amour. Pour rompre avec un terme dont l’usage médiatique et commun tend à devenir source de confusions, on pourrait envisager d’employer le terme «assuétude»: celui-ci désignait, dès 1885, l’accoutumance d’un corps aux produits toxiques et a été adopté dans la plupart des pays francophones de préférence à «addiction» pour qualifier la dépendance subie à la consommation d’un produit ou à un comportement dont on ne peut réduire la fréquence et que l’on se trouve malgré soi contraint d’augmenter.

Après cette longue introduction (tirée d’un rapport du Sénat étrangement appelé « le phénomène addictif: mieux le connaître pour mieux le combattre« ), je souhaite montrer à tous les lecteurs égarés ici que ce blog ne contient pas que des informations intelligentes et poétiques, mais aussi de l’information LOURDE et pointue, sur un ton sérieux et profond.

Attention toutefois, ce blog n’est pas une vitrine de l’expertise (qui l’eut cru?). C’est un blog quelconque, tenu par quelqu’un de quelconque qui ne se veut représenter personne, ni aucune catégorie particulière de la population.

En tout cas, c’est mon blog et j’y raconte ce que je veux, avec mesure et dignité, sur le fond noir de la couleur que je veux (même si je sais que ça fait mal aux yeux, mais que voulez-vous j’ai des actions chez Essilor).

Je vous informe donc que, 14 ans après avoir arrêté de fumer net un paquet par jour: j’ai arrêté le café depuis mercredi 11 février 2009 8h14.

Et cela ne me manque pas, mais alors pas du tout, pas pas pas du tout tout.
Il est 13h, je vais aller me coucher moi…

Les souhaits des américains

Page scolaire « Say and write » avec 6 animaux à nommer : vache, oiseau, chat, chien, canard, poissonJe suis tombé sur le livre d’or permettant aux américains d’écrire leurs vœux de changements.

A l’heure à laquelle j’écris ce billet, les vœux les plus populaires sont les suivants:

1) Fin de l’interdiction du cannabis
2) Décider de devenir le pays le plus « vert » du monde
3) Arrêtez d’utiliser les ressources fédérales pour saper les lois des états autorisant l’usage du cannabis dans les traitements médicaux
4) La fin de l’éducation d’abstinence sponsorisée par le gouvernement et son remplacement par une éducation sexuelle adaptée à l’âge
5) Des trains rapides et plus nombreux, gérés au niveau fédéral
6) La fermeture définitive de tous les camps de torture américains
7) La suppression de la réduction d’impôt de Bush pour les 1% plus riches
8) Sortir les compagnies d’assurance du système de sécurité sociale
9) Supprimer l’allègement d’impôt de la Scientologie
10) Revenir à la Constitution d’origine

Des idées pour le royaume de France?

Internet

Escalier blanc marqué « INTERNET » en noir et blancJe suis plongé dans mes pensées. Personne n’interfère. Le silence règne autour de moi et je pense. Finalement, on est toujours seul avec ses pensées. On peut essayer de les exprimer, de mettre des mots dessus, des concepts, pour les partager. Mais si on ne dit rien, nos pensées, nos opinions ne regardent que nous.

Parfois le besoin de vivre avec ses semblables se fait pressant. Dans ce cas, le premier cercle est celui de la tribu. On joue, on parle, on échange avec ses enfants, on partage avec sa femme. On avance ensemble, côte à côte.

Puis vient le cercle de la famille. Les liens du sang. L’amour peut aussi y régner. La distance aussi parfois. La durée toujours.

Bien sur, il y a les amis. Proches, fidèles ou de circonstance. Confidents des difficultés ou attirés par les trop pleins de bonheur affichés. Certains ont parfois accès au plus profond de vos pensées. Si vous les exprimez.

Puis les voisins, les collègues, les connaissances. Ceux que vous croisez régulièrement et qui connaissent votre nom, ceux qui vous disent bonjour. On échange des banalités pour occuper le vide des conversations. Parfois plus, des potins, des éléments de vie qui nous lient parce que l’on vit au même endroit, ou parce que l’on travaille dans la même entreprise. Les conversations peuvent parfois être riches parce que l’on va échanger sur une passion commune.

Il y a les gens. Ceux que vous croisez par hasard. Dans la rue, dans le train, à la télévision, au café. Vous captez parfois une bribe de leur opinion.

Vous entrevoyez

leurs préoccupations,

leurs occupations,

leurs passions,

leurs Sions

Les personnes en nombre indéterminé, le peuple, les gentis.

La cité, la nation et leurs règles.

Et au dessus, il y a le monde. Le jus gentium. Les milliards de pensées inconnues. Le vertige de la multitude.

Vous êtes seuls avec vos pensées. La folie vous guette à long terme. Sauf si:

– vous êtes entourés par le premier cercle

– vous discutez avec votre famille, vos amis

– vous échangez avec vos voisins, vos connaissances

– vous regardez les gens ou… vous surfez sur internet.

Seul dans un bureau, seul dans votre tête, vous écrivez vos pensées, vous décrivez des sensations à travers une petite lucarne sur le monde. Avec l’impression d’être en sécurité chez soi. Avec l’impression d’être libre.

Et puis, vous tombez sur ça… (faire code source de la page).

Mon moral baisse…

J’arrive à Houghton.

Panneau routier « END OF EARTH 2 HOUGHTON 4 » sur route campagnarde