Faire parler l'imprimante

Il y a quelques temps, je suis allé donner ma carte me présenter devant le nouveau magistrat instructeur. Pensant échanger quelques banalités pendant cinq minutes, je fus surpris lorsqu’il me demanda « Bon, qu’est-ce que vous savez faire? ».

Moi: « Heu, ben, heu, je sais extraire des informations d’un disque dur… »

Lui: « Oui, certes, mais qu’est-ce que vous savez faire d’extraordinaire? »

Moi: « Ben, en fait, rien d’extraordinaire. Je connais bien les procédures, je connais bien l’informatique, mais je ne vois rien de particulièrement extraordinaire à raconter. »

Lui: « Ah bon? Là d’où je viens, je travaillais avec un expert capable de faire parler les imprimantes »

Moi: « Ah, ça ! Mais, heuu, cela va dépendre du modèle, mais il ne devrait pas y avoir de problème. En tout cas, je peux étudier la question. »

En revenant, dans la voiture, j’étais perdu dans mes pensées. Devais-je lui dire que je n’ai pas la moindre idée de comment une imprimante fonctionne? Moi, je clique sur « imprimer », c’est tout. Je sais la brancher, l’installer sous Windows, sous Linux. Je sais (parfois) pourquoi rien ne sort quand j’essaye d’imprimer un document (urgent). Je sais que les documents sont parfois « spoolés » avant d’être envoyés vers l’imprimante. Je sais qu’il y a des serveurs d’impression pour gérer les imprimantes en réseau.

Mais je ne sais pas du tout comment fonctionne la mémoire d’une imprimante. Je me suis senti nuuuuul.

Une fois rentré à la maison, j’ai fait des recherches sur internet (google is my friend). Puis j’ai démonté une vieille imprimante. Puis j’ai démonté une imprimante neuve. Puis j’ai fait des recherches sur les photocopieurs/imprimantes du boulot. J’ai téléphoné à mes fournisseurs pour qu’ils m’expliquent comment récupérer les dernières impressions effectuées sur le photocopieur/imprimante/fax/machine à café du travail, quitte à devoir démonter le disque dur interne du photocopieur.

Bon, voilà mes conclusions:

Pour les photocopieurs/imprimantes avec disque dur, il est possible de récupérer une grande partie des données imprimées (avec l’aide du constructeur, car parfois les données sont chiffrées).

Pour les imprimantes des particuliers, le plus simple reste d’analyser le contenu du disque dur des ordinateurs qui conservent trace des fichiers générés lors des impressions. Il « suffit » de disposer des logiciels analysant les différents langages d’impression utilisés par les constructeurs d’imprimante.

Encore des frais d’achat logiciels en perspective.

Je vais quand même attendre une mission sur le sujet.

Et puis, il y a toujours les collègues des listes de diffusion qui peuvent aider.

Quand je passe près d’une imprimante maintenant, je pense « toi, si tu pouvais parler, qu’est-ce que tu pourrais raconter? »

Et parfois, cela me fait peur.

Interface AIGLX

Ceux qui ne connaissent pas Linux, ou qui ne connaissent pas la nouvelle interface graphique “3D” AIGLX, peuvent faire un test simple et sans danger avec le liveCD de la distribution Kororaa.

Après avoir démarré votre ordinateur à partir du cédérom, vous pourrez tester les effets graphiques avec les combinaisons de touches suivantes:
Alt + Tab : permutation des bureaux
Ctrl + Alt + flèche droite ou gauche : permutation des bureaux sur le cube
Ctrl + Alt + shift flèche droite ou gauche : permutation des bureaux sur le cube avec glissement de la fenêtre active
Ctrl + Alt + clic gauche sur fond du bureau : rotation du cube

Pour les autres effets, les touches sont indiquées sur le bureau après démarrage.

Remarque: les utilisateurs de la distribution Debian pourront s’amuser avec AIGLX en suivant ces explications.

Cryptologie

Un papier de Onur Aciicmez, Cetin Kaya Koc et Jean-Pierre Seifert a fait grand bruit dans le monde de la cryptologie.

En substance, il s’agit tout simplement d’une méthode permettant de craquer quasi-instantanément des codes sécurisés tels que ceux utilisés pour sécuriser les transactions sécurisées sur Internet.

Vous trouverez une très bonne présentation à cet endroit.

Un séisme en perspective ?

Que nenni si l’on en croit cette analyse critique

Bonne lecture.

Le siècle des lumières

Etre expert judiciaire en informatique, c’est devoir être prêt à tout et devoir tout savoir sur tout.

Missionné dans un dossier où l’entreprise type « bulle internet an 2000 » avait mis la clef sous la porte, je devais analyser le contenu de tous les ordinateurs et en faire l’inventaire à fin de vente aux enchères. Accompagné du commissaire priseur disposant des clefs et de quelques informations de type « mots de passe » susceptibles de me faire gagner du temps, je me retrouve dans l’ex jeune pousse.

Je m’apprête à remplir mes missions quand soudain un horrible doute me prend.

Je me tourne vers le commissaire priseur :

« Y a-t-il de l’électricité ? »

« Non, le compteur a été coupé il y a plusieurs mois. »

« Et comment vais-je analyser le contenu des ordinateurs ? »

« Ben c’est vous le spécialiste. »

200 km pour rien, une journée de perdue.

Maintenant je sais quelle question il faut ajouter à ma « check list » d’avant expertise.

Bonjour, au revoir

Il arrive parfois que l’expert judiciaire soit victime d’un combat qui n’est pas le sien.

Les avocats ont informatisé pour la plupart leur cabinet.
Bien que parfois utilisés comme des machines à écrire évoluées, les ordinateurs y sont souvent utilisés au sein d’un réseau avec serveurs de fichiers, droits d’accès, serveurs d’impression, etc.
Et bien entendu, il arrive que cela ne fonctionne pas comme attendu.
Et parfois le sempiternel conflit entre un client (ici avocat) et son fournisseur informatique est porté en justice, avec demande d’expertise judiciaire.

Avant d’aller plus loin, je voudrais préciser quelque peu l’organisation d’une réunion d’expertise.
J’exerce sur mon temps libre, c’est-à-dire que je prends une journée de congé pour d’abord organiser la première réunion d’expertise, puis pour la faire. Organiser consiste essentiellement à trouver une date convenant à toutes les parties et à leurs avocats. Il faut donc commencer par faire le tour des avocats (par politesse) ou du moins leur secrétariat et trouver plusieurs dates possibles, puis faire le tour de leurs clients, et pour finir refaire le tour de tout le monde pour confirmer la date retenue. Certains avocats jouent le jeu, d’autres jouent la montre. Le juge a fixé quant à lui une date limite pour le dépôt du rapport qu’il me faut respecter. Une fois la date fixée, j’envoie les convocations aux parties et aux avocats (en recommandé avec avis de réception), j’informe le juge et je pose un jour de congé auprès de mon employeur, en espérant qu’il l’accepte.
Je prépare ensuite le dossier en survolant les pièces que les parties m’adressent. Je préfère en effet que les parties m’expliquent leurs pièces de façon contradictoire, plutôt que de travailler seul dans mon bureau avec le danger de me faire un préavis erroné. Je survole néanmoins le dossier pour savoir s’il va me falloir venir avec des disques durs, des appareils de mesure, des DVD vierges, des tournevis ou un appareil photo. J’avoue aussi que l’arrivée en terrain technique complètement inconnu m’effraie un peu.

Tout cela prend du temps.

Dans cette affaire, arrivé le premier sur le lieu du litige (un cabinet d’avocat donc), je suis reçu par le maître de céans. Une fois les courtoisies d’usage échangées, il m’informe en ces termes :
« Je crois, Monsieur l’Expert, que la réunion ne va pas durer longtemps ».
« Maître, je crains le pire. Ai-je commis une conn bévue ? »
« Vous verrez dès le début de la réunion. Je voulais néanmoins vous avertir par politesse. Je peux vous rassurer sur un point, c’est que vous n’êtes pas en cause. Je prendrai la parole après votre introduction. »
Toutes les parties arrivent les unes après les autres, deux avocats et leurs clients, accompagnés d’un expert informatique, pour la plupart venant de fort loin par des trains matinaux.
Commençant toujours les réunions à l’heure, j’entame mon introduction, surtout destinée à expliquer la procédure et mes missions aux clients (cela permet aux avocats retardataires d’arriver).
Je laisse ensuite la parole à l’avocat, hôte des lieux.
« Chères consœurs et chers confrère, vous n’êtes pas sans savoir que nos règles déontologiques nous imposent d’écrire un courrier au bâtonnier de l’ordre pour le prévenir qu’une affaire est en cours dans laquelle vous intervenez chez l’un de vos confrères.
Je vous demande de vous mettre en règle avec nos règles de déontologie. La réunion est donc terminée. Merci de sortir de mon cabinet. »

Stupéfaction autour de la table.
Tout le monde se tourne vers moi : « faites quelque chose Monsieur l’Expert ! C’est scandaleux ».

Je n’ai pu qu’expliquer que la réunion ne pouvait se tenir contre le gré du propriétaire des lieux, bien que plaignant.

Tout le monde est sorti en colère.
Je crois que c’était le but.
J’ai du réorganiser une nouvelle réunion.
J’ai beaucoup aimé.

Formation technique 12 décembre 2006

La CNEJITA (Compagnie Nationale des Experts Judiciaires en Informatique et Techniques Associées) organise une formation le 12 décembre 2006 à PARIS, 10 rue du Débarcadère sur les thèmes:
Matin (9h-13h): “Les saisies de données ou de programmes sur requêtes au civil ou en matière commerciale”
Après-midi (14h-17h): “Bonnes pratiques de l’expertise civile en matière de Technologies de l’Information et de la Communication (TIC)”

Avis à tous les experts judiciaires !

La poubelle est pleine

Un expert judiciaire en informatique se doit de disposer de tous les logiciels (parfois forts onéreux!) permettant de récupérer les fichiers effacés sur les disques durs saisis.

Cela demande la maitrise absolue de ces logiciels, mais aussi des concepts sousjacents parfois complexes de l’organisation des supports de stockage.

Parfois, c’est beaucoup plus simple que cela:

dans une récente expertise où j’accompagnais la maréchaussée lors d’une perquisition, une fois les mots de passe obtenus auprès de Madame (Ah le prestige de l’uniforme…), j’étais prêt à sortir tout mon savoir faire pour impressionner mon petit monde.

Le gendarme qui regardait l’écran par dessus mon épaule me dit: « tiens la corbeille n’est pas vidée ».

La totalité des documents supprimés depuis le début de l’utilisation de cet ordinateur se trouvaient encore dans la corbeille! Tous les documents intéressants l’enquêteur s’y trouvaient, le propriétaire de la machine pensant qu’il suffisait de faire « supprimer » pour détruire définitivement un fichier.

On s’étonne après que les gendarmes ne font plus appel aux experts informatiques.

C’est vrai que mes honoraires dans cette expertise ont du avoir du mal à passer auprès du gendarme que j’accompagnais… Mais j’ai des frais: il faut que je rembourse mes logiciels d’investigation.

L'horreur de la pédophilie

Ce billet n’est pas à lire si l’on a moins de seize ans.

Je demande donc à mes enfants et à ceux des autres de passer leur chemin.

Ames sensibles s’abstenir.

Lors d’une discussion avec des amis, nous avons abordé le sujet des crimes que l’on est amené à traiter dans le cadre professionnel. Autour de la table, plusieurs professions étaient concernées: des avocats, des médecins, un expert judiciaire en informatique (moi). La discussion tournait autour des atrocités que nous avions pu être amenées à voir dans le cadre de nos dossiers. Les avocats présents nous ont parlé des photos qu’ils sont amenés à étudier dans les dossiers criminels (cadavre au visage lacéré par des coups de couteaux, etc.) Les médecins nous ont parlé des cas les plus tragiques qu’ils ont pu rencontrer (en générale, c’est assez gore). Finalement, cette discussion me laissait un sentiment de « déjà vu à la télé ». Un mélange d' »Urgences » et de « NCIS » (vous savez, la salle d’autopsie).

Qu’ai-je eu à raconter sur mes dossiers? Rien.

Je n’ai pas pu.

Je n’ai pas réussi à parler de l’horreur que je rencontre dans les dossiers pédophiles.

Je la livre ici.

Je suis pourtant capable de supporter les 20 premières minutes du film « Il faut sauver le soldat Ryan », j’observe sans (trop) fermer les yeux une opération de chirurgie dans « Nip/Tuck ». Mais bien sur tout ceci est fictif, une oeuvre de fiction basée sur des faits réels.

Comment expliquer l’horreur d’une image pédophile?

Une image pédophile, c’est une enfant de quatre ans empalée sur un sexe d’homme. On y voit clairement la souffrance de l’enfant liée à la différence de taille entre les deux sexes.

Une image pédophile, c’est un garçonnet de cinq ans sodomisé par un homme qui lui déchire le corps.

Une image pédophile, c’est une fillette qui a en bouche un sexe plus grand que sa tête.

Un dossier pédophile, c’est un expert judiciaire qui pleure tout seul dans son atelier.

On n’en parle pas autour d’une table, on n’en parle pas à la TV, on n’en parle pas sur les blogs. On travaille en silence, consciencieusement, et avec nous les gendarmes, la police, les greffiers, les magistrats, et d’autres, qui luttent contre ce fléau.

Ce billet est une thérapie personnelle.

PS: Je n’accepterai aucun commentaire sur ce billet.

Bogue

Extrait d’un de mes anciens rapports d’expertise:

« Il est à noter que pendant la réunion d’expertise, le terme « bogue » a été sujet à discussion. En effet, Monsieur XX, expert auprès de la société YY, considère que ce terme ne peut pas s’appliquer au progiciel ZZ car le dysfonctionnement a un caractère aléatoire. Pour ma part, je me réfère à la définition plus générale de la « bogue » suivante :

Bogue, n. f.

Défaut de conception ou de réalisation se manifestant

par des anomalies de fonctionnement.

Anglais : bug.

qui est présentée dans le Glossaire informatique des termes de la Commission ministérielle de terminologie informatique. Ces termes ont été publiés par la CMTI et l’AFNOR dans la collection A SAVOIR de l’AFNOR, sous le titre Glossaire des termes recommandés de l’informatique.

Je choisi donc de faire usage dans mon rapport du terme « bogue » sous cette définition qui s’applique ici parfaitement.

Le progiciel ZZ possède donc une bogue. »

Je pourrais compléter ce rapport aujourd’hui par cet extrait de wikipédia:

« En France, le terme « bogue » est recommandé par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLF) depuis un arrêté paru au Journal officiel du 30 décembre 1983. Ce mot, qui se veut plus français, n’exprime pas une étymologie. C’est pourquoi peu de gens utilisent la version francisée. À cette époque le genre féminin était préconisé.

Cependant à la fin de la décennie 1990, les dictionnaires tels que le «Nouveau petit Robert» et «Le Petit Larousse illustré» rapportaient l’usage de ce terme au masculin, sans doute sous l’influence québécoise où l’Office québécois de la langue française (OQLF) prônait depuis longtemps l’emploi du genre masculin. Le terme français a été popularisé avec le fameux bogue de l’an 2000 qui, sans avoir entraîné de dysfonctionnement visible majeur, a néanmoins nécessité beaucoup de travaux de transformation des systèmes d’information dans la décennie 1990.

Désormais la DGLF recommande aussi le genre masculin pour ce mot. »

Reste qu’à l’époque, ce qui m’avait amusé, c’était la tentative de l’expert « adverse » de me faire écrire que le logiciel de sa cliente n’était pas « bogué » car son dysfonctionnement était aléatoire.

Ce qui m’avait amusé également, c’était la réticence de toutes les personnes présentes à la réunion à utiliser le terme français de « bogue », qui plus est en son genre féminin…

On a les amusements que l’on peut.

Déplacement payant

Dans une affaire opposant un gérant d’un magasin informatique et un de ses clients, je m’affairais à organiser la première réunion d’expertise judiciaire.

Je contacte tout d’abord les différents avocats et nous convenons de plusieurs dates possibles pour cette première réunion.

Je contacte ensuite le gérant pour proposer ces différentes dates.

Immédiatement le gérant m’informe qu’il n’est pas question pour lui de se déplacer chez son client.

Face à mon étonnement puisque le matériel défectueux se trouvait chez le client, le gérant me répond:

« Je veux bien venir à cette réunion à la condition expresse que mon client me paye le déplacement »

J’avoue être resté sans voix.

PS: J’ai bien entendu adressé les convocations par lettres recommandées avec les avertissements usuels en cas d’absence d’une des parties. Le gérant est venu, mais avec 20 mn de retard à cette réunion.