Agence tous risques

Je suis en train de préparer un voyage familial aux youessa pour juillet (nous sommes en novembre). De nombreux sites internets permettent de trouver les vols les moins chers. Mais il faut aussi lire les petites lignes des contrats et diverses assurances. Ainsi, notre compagnie nationale des chemins de fer s’est diversifiée en proposant des prestations aériennes, et je suis tombé sur ce petit bijou de contrat d’assurance consacré à l’annulation de votre voyage…

Quelques extraits choisis (mes commentaires sont en gras):

Outre les exclusions particulières à chaque garantie, sont également exclues de l’ensemble de nos garanties, les conséquences des circonstances et évènements suivants:

31. La guerre civile ou étrangère, les émeutes, les mouvements populaires, les grèves, les actes de terrorisme, les prises d’otage, la manipulation d’armes.
J’aime bien l’association des différents concepts…
[…]

33. Tout effet d’origine nucléaire ou causé par toute source de rayonnement ionisant,
Là, franchement, cela me fait peur…
[…]

Chapitre 4 Les exclusions de garantie (encore!)
42. La grossesse, sauf complication nette et imprévisible, l’interruption volontaire de grossesse, l’accouchement, les fécondations in vitro et leurs conséquences,
Sans commentaire
[…]

45. Les accidents résultant de la pratique, à titre amateur et à tout niveau, de sports mécaniques (auto, moto, tous véhicules à moteur) ou aérien,
Ouf, la spéléologie n’est pas citée!
[…]

46. Les épidémies, la pollution, les catastrophes naturelles faisant l’objet de la procédure visée par la loi 82.600 du 13 juillet 1982 ainsi que leurs conséquences,
ça, c’est petit…

47. Les conséquences de procédures pénales dont vous faites l’objet,
ça, c’est très petit…

Finalement, je ne sais toujours pas si les motifs suivants sont acceptés:
-« mon patron me demande de rester travailler quelques jours de plus sur un dossier important »
-« j’ai une expertise judiciaire urgente qui vient de m’être confiée, avec quelqu’un en prison qui en attend les résultats… »

Le domaine des Dieux

Vous avez toujours rêvé de disposer de votre nom de domaine bien à vous, avec son cortège de boite aux lettres à vos prénom et nom, votre site internet (mais pas trop compliqué hein!), un agenda, une messagerie instantanée, un blog…

Oui, mais tout ça, c’est très cher, et c’est très compliqué.

Bon, je vais voir si je peux vous faire ça pour moins de 100000 euros, ma petite dame.

Attention, ceux qui ont déjà versé une somme conséquente à leur prestataire vont s’en mordre les doigts.

1ère étape: achat du nom de domaine.
Mon choix: gandi.net
Pour moins de 15 euros TTC, vous vous achetez votre petit domaine bien à vous pour une année. Lisez bien les modes d’emploi, vérifiez bien les erreurs de frappe, et au besoin, faites vous aider par un « copain informaticien » pour bien comprendre chaque étape.

2e étape: l’hébergement.
Vous voulez des serveurs fiables avec une bande passante confortable, des boites aux lettres de grande capacité, en nombre quasi illimité, un petit site web de type « plaquette », le tout très simple à gérer?
Faites héberger gratuitement votre nom de domaine par Google avec Google Apps

3e étape: il n’y a pas de troisième étape.

Pour le blog, vous avez le choix entre gandi.net (offre incluse dans le prix de base) ou Google via blogger.com (le présent blog y est hébergé gratuitement). Pour les listes de diffusion, il vous suffit de passer par Google groups (listes privées fermées dans mon cas, réservées à mon groupe de proches).

Total de l’investissement = 15 euros TTC par an!
Et en plus, si vous gérez l’informatique d’un établissement d’enseignement supérieur, vous pouvez disposer ainsi d’un nombre illimité de boites aux lettres de 4.7 Go chacune (2000 dans mon cas)!!! Sans avoir à gérer les sauvegardes, les changements d’OS, les pannes serveurs, les temps d’accès, le SPAM…

Ah, j’entends certains me parler de confidentialités de leurs emails, gna gna gna. N’oubliez pas: un email qui circule sur internet est aussi confidentiel qu’une carte postale. Et certainement moins. Mais vous utiliserez alors GPG pour vous rassurer.

Vous l’avez compris, Google is still my friend…

Le Monde Informatique

Depuis quelques temps, LMI nous a quitté, tout au moins la version papier.
Cet hebdomadaire rythmait mon activité professionnelle et expertale.
Abonné à titre professionnel, j’en étais le lecteur principal sur mon lieu de travail, avant que l’ouvrage ne prenne place au centre de ressources documentaires de l’établissement, à destination des étudiants et des chercheurs.
Après quelques années passées sur les étagères, les numéros étaient voués à la destruction. Mais, avec la complicité de la documentaliste, je pouvais les récupérer pour stockage à la maison.

Dans certaines expertises, il m’est demandé un avis sur la valeur (financière) de tel ou tel logiciel ou matériel, dans le contexte de l’époque. Conserver cette revue (et d’autres) à mon domicile me permettait de constituer à bon compte une mémoire sur les us et coutumes, les termes en vogue, les technologies prometteuses et les flops.

Une autre raison à cette récupération, la principale en fait, est que j’adore les dessins de François Cointe.

D’un autre côté, c’est vrai qu’après avoir abandonné à peu près tous mes abonnements papiers pour préférer en général les abonnements (gratuits) à des flux RSS, je ne peux pas m’étonner de la disparition progressive des différents journaux papiers. Et quand je vois la piètre qualité de certains d’entre eux, je ne regrette pas cette évolution.

J’espère que tous les journalistes de qualité qui réalisaient « Le Monde Informatique » sauront rebondir.

Mais ce journal me manque.

Un provincial à Paris

Question à deux euros: A quoi reconnait-on un provincial à Paris?

Réponses:

1) Dans le métropolitain:

– A son air souriant;

– C’est le seul qui regarde les publicités;

– Il sourit du phénomène acoustique permettant d’écouter une conversation du quai d’en face;

– Il se tient immobile sur la partie gauche des escalators (quelle horreur);

– Il n’emprunte pas les mystérieux couloirs marqués d’un sens unique (« David Vincent has seen them. For him it began one lost night on a lonely country road, looking for a short-cut that he never found. »);

– Il propose sa place assise à une femme enceinte qui refuse d’un air méfiant;

– Il attend pour monter dans la rame que les personnes aient fini de descendre;

– Il regarde sans arrêt les noms des stations (et le plan au dessus des portes) pour ne pas rater la sienne;

– C’est le seul à ne pas avoir de lecture dans la rame (car il ne sait pas où sont distribués « 20minutes » ou « Métro », et n’a pas pensé à prendre un livre de poche);

– Il est habillé « différemment »;

– C’est le seul à dire (et écrire) « métropolitain » en parlant du métro.

2) Dans la rue:

– Il attend le signal « piéton vert » debout sur le trottoir au lieu d’être avancé d’un mètre sur la rue (trouillard va);

– Il regarde partout, surtout en l’air, pour observer les structures des bâtiments;

– Il marche systématiquement dans la première déjection canine présente sur le trottoir;

– Il ne s’extasie pas devant la première station Vélib’ venue, la province étant équipée en bicyclettes partagées depuis des décennies.

3) Partout:

– Il a dans les oreilles de discrets écouteurs au lieu d’avoir un gros casque hifi sur la tête comme tout le monde;

– Il dit « bonjour » et « merci » aux différents commerçants, même si ceux-ci lui parlent à la troisième personne: « Il veut quoi le monsieur? »;

– Il marche incroyablement lentement.

Vous l’aurez compris, votre serviteur s’est expatrié pour une journée dans la ville des Lumières.

Je suis un plouc!

RSS addict

Ayez une pensée émue pour toutes les personnes abonnées à cet enfer que sont les flux RSS. Pour avoir osé défier les dieux, Sisyphe fut condamné à rouler éternellement une pierre jusqu’en haut d’une colline alors qu’elle redescendait chaque fois avant de parvenir à son sommet.

Depuis plusieurs jours, le nombre de billets non lus de mon agrégateur de flux avait dépassé la valeur fatidique de 100. Ah bien sur, il suffit de cliquer sur « Tout marquer comme lu » (© Google Reader). Mais alors, à quoi bon s’abonner, si l’on ne lit pas les billets.
J’ai donc pris le taureau par les cornes, et me suis appliqué à lire tous les billets en retard. Vous trouverez d’ailleurs ceux qui m’ont le plus intéressé sur le côté droit de ce blog dans le cadre orange (NB: il ne s’agit pas d’une boite Adsense ou autre source de revenus! C’est parfaitement désintéressé).

Et bien, maintenant que le compteur est à zéro, je me sens comme frustré.
Je regarde le lecteur de flux d’un air désolé.

Complètement RSS addict, je vous dis.

Les missions pièges

Ou plutôt les pièges des missions.

J’ai deux stratégies pour établir un devis:

– la plus bête, mais la plus précise:

je fais le travail, j’en déduis le coût, j’établis un devis (forcément précis) qui, lorsqu’il est accepté, me permet d’être l’expert judiciaire le plus rapide du monde 🙂 Pourquoi cette stratégie peut-elle être bête: tout simplement lorsque le devis est refusé…

– la plus intelligente, mais la plus risquée:

Comme toute activité établissant des devis, mettre en place une grille d’estimation. Parfois on tombe au dessus, parfois au dessous. C’est rapide, propre et tout le monde est content. Alors quel est le risque? Et bien, c’est le petit détail qui a échappé et qui peut multiplier par deux ou trois le temps consacré…

Exemple:

J’ai eu à établir un devis préalablement à une expertise de type « recherche d’images pédophiles » (il faut croire que j’en deviens le spécialiste). Je regarde les missions de l’ordonnance, je contacte les personnes chargées des scellés pour en avoir le détail, je vais même jusqu’à récupérer les scellés pour savoir le type d’OS et les tailles de disques durs (une fois, après un devis basé sur les unités centrales, j’ai ouvert l’UC pour y trouver trois disques durs de 300 Go chacun… trop tard).

Dans ce dossier, une fois tout le matériel sous la main, j’ai établi un devis AVANT de commencer à travailler. Une semaine plus tard, le devis a été accepté. Je démarre alors mes investigations. Je contacte l’OPJ en charge du dossier pour avoir des éléments me permettant d’être plus efficace. Cela me permet d’avoir des mots clefs plus précis pour trouver certains types d’information, etc.

A la fin de la conversation, le gendarme me dit: « Et pourriez-vous me transmettre les images retrouvées sur deux cédéroms: l’un sous scellés, et sa copie pour investigation? »

Comment refuser?

Sauf que je n’avais pas prévu de mettre en évidence une montagne d’images pédophiles: 40 Go d’images et de films pédopornographiques, le tout mélangé avec une centaine de gigaoctets de films pornographiques!!!

J’en suis sorti mentalement rincé (relire ce billet pour comprendre).

C’est donc complètement lessivé par tout ce tri, que j’ai entrepris de graver les 20 DVD (10×2). Classer les données par paquet de 4Go et graver les fichiers en mode vérification, cela représente environ 1/4h par DVD. Multipliez par 20, c’est cinq heures de boulot hors devis (pour ma pomme).

Dans ce type de dossier, l’argent compte peu, mon temps non plus. Car finalement, le piège dans ce type de mission, ce n’est pas le devis raté, c’est de toucher le fond de la souffrance humaine: celle des enfants.

Et ça, c’est vraiment dur.

Portabilité du bricolage

J’ai reçu il y a quelques jours un ordinateur portable de marque Apple.

Je n’aime pas analyser les portables, vous allez comprendre pourquoi.

La devise de l’expert judiciaire en informatique est celle d’Hippocrate : Primum non nocere, qui se traduit par d’abord, ne pas nuire ou plus généralement avant tout, ne pas nuire à la preuve.

Il faut donc être sur de ne pas endommager ou écrire sur le disque dur que l’on doit analyser.

Dans mon cas, je ne maîtrise pas de système simple pour booter un Apple ibook G4 sur cédérom pour une prise d’image à travers le réseau. Il me faut donc démonter le portable pour en extraire le disque dur afin de le placer sur mon matériel d’analyse.

La galère commence.

Première phase, trouver sur internet un site qui décrit le plus précisément possible le démontage. En l’espèce, il s’agit de l’excellent site aberco.free.fr/ibook/demontage1.html qui me sauve la vie.

2ème phase: la préparation des outils. Après avoir étudié le problème en détail, il s’agit de faire l’inventaire de tout le matériel nécessaire. Ici, j’ai besoin de plusieurs tournevis cruciformes très fins, de tournevis Torx et d’un tournevis mou (une brosse à dent limée). Je recommande également le rangement d’un vaste espace de travail, ceci pour placer les différentes vis extraites sur des croquis de remontage.

3ème phase: le démontage. Personnellement, j’ai mis quatre heures! En effet, le propriétaire du portable apprécierait peu que son matériel lui soit rendu avec des marques de démontage (d’où le tournevis mou) ou avec des pièces mal remontées. Il faut utiliser le bon tournevis pour chaque vis afin de ne pas marquer la tête (de vis). Il faut placer la vis démontée sur une feuille blanche sur laquelle on aura reporté un croquis de la machine, pour être sur de la replacer au bon endroit. Il faut travailler au dessus du plan de travail (et non sur ses genoux) pour qu’une vis malicieuse qui saute de son emplacement ne rebondisse pas dans un endroit inaccessible.

Il faut démonter 42 vis sur un ibook G4 avant de pouvoir extraire son disque dur… Et elles sont presque toutes différentes! Certaines sont cachées derrière des petits aimants. Et pour couronner le tout, avec l’évolution de la fabrication, le portable que je démontais n’était pas exactement comme celui du site internet: certaines vis manquaient et d’autres, surnuméraires, étaient vicieusement cachées.

Règles d’or: quand vous avez enlevé toutes les vis, il en reste une cachée quelque part. Ne pas forcer. Rester calme.

Pour compliquer le tout, des clips maintiennent certains éléments plastiques qu’il faut forcer… mais pas trop.

Quatre heures, je vous dis!

Mais l’analyse en valait le coup…

PS: J’ai oublié de dire qu’il m’avait également fallu 4 heures pour remonter l’ensemble des pièces, avec quelques frayeurs quand je n’avais pas correctement repéré le trou dans lequel la vis devait être remontée (surtout vers les premières étapes du remontage).

J’en ai profité pour enlever la poussière accumulée sous le clavier et pour passer un coup de chiffon sur le parebrise.

Primum non nocere

Le PC à huile

Si vous en avez assez du bruit de votre machine et rêvez de pouvoir utiliser votre bel ordinateur dans un silence reposant, et bien PrésencePC l’a fabriqué et testé pour vous: le PC à (refroidissement à) huile… SGDZ.

Je n’ai pas testé, je ne sais pas si cela fonctionne, ni si c’est dangereux ou non, mais j’attends de voir si des OPJ vont me livrer ce type de scellé!

Alleï, ce soir, c’est frites!

Réservation

Vous connaissez sans doute déjà mes déboires avec la société nationale des chemins de fers français.

J’ai beaucoup progressé dans mes rapports avec ses agents.

Mais il m’arrive encore d’être piégé par le système mis en place.

Lors de sa mise en service, le Train à Grande Vitesse a inauguré un système de surcoût permettant de déguiser habilement une grossière augmentation des tarifs en service artificiel. Ce système est curieusement nommé par la SNCF « réservation ». A l’époque, le système était expliqué comme étant un service à valeur ajoutée pour le confort du passager. Souvenez vous, dans les trains normaux, les riches pouvaient avoir un papier jaune glissé dans un support plastique présent sur chaque siège qui leur donnait le droit d’éjecter l’opportun qui s’était assis sur leur place RESERVEE. Et bien dans les TGV, tout le monde sera placé comme les riches. Le progrès est en route.

Je me présente au guichet pour acheter un billet aller-retour vers la capitale.

Le guichetier me reçoit les yeux tournés vers l’écran de son ordinateur d’un bonjour mécanique.

Moi qui demande à mon équipe d’éteindre leur(s) écran(s) pendant les réunions, l’attention envers autrui tendant vers zéro en présence de LCD (une propriété des cristaux sans doute).

Je commence donc la relation client-serveur légèrement agacé.

« Bonjour, je voudrais un aller-retour vers la capitale ».

« Vers quelle ville? »

« Vers Paris »

« Un aller simple ou un aller-retour? »

« Un aller-retour »

Vous remarquerez la parfaite cohérence entre la conversation et l’ordre des cases de l’écran (heureusement allumé), sauf peut-être sur la première phrase (un problème de plasticité synaptique peut-être?).

« Le train est complet. Je vous prends une place quand même? »

« Heu, mais s’il est plein, je vais pouvoir monter quand même? »

Le guichetier s’est tourné vers moi, sans doute pour voir quel étrange animal lui posait une question aussi stupide (c’est vrai qu’elle est bête cette question).

« Oui. Mais je ne peux pas vous garantir une place assise ».

« Je comprends. Je prends quand même un billet. »

C’est là que j’ai manqué de discernement en ajoutant:

« Je suppose que vous ne me comptez pas de réservation… »

« Monsieur, la réservation est OBLIGATOIRE dans les TGV »

« Oui, je comprends la règle, mais là, vous ne me réservez pas de place assise! A quoi me sert la réservation? »

Nous nous affrontons du regard.

Comme le combattant de la Tribu de Dana, je sens mes armes me glisser des mains (et mes larmes couler à flots).

J’ai quand même lancé une petite pique.

« OK, ok, je prends la réservation. Vous acceptez ma carte famille nombreuse, même si je voyage seul? »

Je n’ai pas osé ajouter « c’est possible? ».

Je suis sur qu’il l’aurait pris de haut.

Il faut toujours se méfier de l’haut qui dort (je sais, c’est nul).

J’ai voyagé debout pendant une heure.

Je vous promets que si le contrôleur avait osé vérifier les billets (vous avez remarqué qu’il ne passait pas lorsque le train est bondé), je n’aurais fait aucune remarque.

Je sais me tenir.

Je suis réservé.

Les risques du métier

Ce billet s’adresse plus particulièrement aux futurs jeunes experts judiciaires.

L’activité d’expert judiciaire peut amener à prendre des risques et à se retrouver au pied du mur. Voici la mésaventure arrivée à un confrère, et rapportée dans la revue Experts (n°70 et 76) par l’excellent Gérard ROUSSEAU, Docteur en droit, expert honoraire près la Cour de cassation. Je la place dans ma rubrique Anecdotes d’expertises, en priant pour que ce type de mésaventure ne m’arrive jamais.

Un expert judiciaire est physiquement agressé pendant une réunion d’expertise par l’une des parties qui le projette à terre. Cette agression entraîne le dépôt d’une plainte par l’expert. Un mois après, l’expert dépose son pré rapport, preuve que l’expertise était avancée lors de l’agression. Un mois après, l’agresseur dépose une requête demandant la récusation de l’expert sur le fondement de l’article 341 du NCPC. Cette requête est rejetée trois mois plus tard par le magistrat en charge du contrôle des expertises qui confirme l’expert dans ses missions. L’agresseur fait appel de cette décision. Un mois après, parallèlement à l’affaire principale, il est condamné pénalement pour l’agression qu’il a commise sur l’expert. Pendant ce temps l’expertise continue, et un dire est déposé par l’agresseur trois mois plus tard. L’expert rend son rapport final un mois après. Un an passe avant que la cour d’appel ne confirme la décision du magistrat en charge du contrôle des expertises estimant qu’il n’y a pas lieu à récusation de l’expert. Pourvoi en cassation de l’agresseur. Un an plus tard, jugement au fond sur le rapport déposé par l’expert. L’agresseur perd son procès civil, mais fait appel. Une année s’écoule encore avant la cassation de la décision du magistrat ayant décidé qu’il n’y avait pas lieu à récusation de l’expert, avec retour devant la cour d’appel. Cette dernière jugera que la révocation de l’expert est justifiée.

Patatra.

Cette mesure est rétroactive puisqu’elle dénie au récusé toute légitimité depuis sa désignation. Elle entraîne la nullité de tous les actes effectués par l’expert. De plus, l’expert a été condamné à l’article 700 du NCPC (2000 euros) outre les entiers dépens (8500 euros). Le rapport étant nul, la rémunération n’est pas admise et celle perçue (2500 euros) devrait être remboursée indépendamment des frais.

Cela fait cher pour une personne au service de la justice.

Extrait des conclusions de Gérard ROUSSEAU: les juridictions du premier et second degré auraient dû mettre en demeure l’expert de suspendre ses opérations en attendant une décision passée en force de chose jugée, en l’occurrence l’arrêt de la Cour de cassation. Ou mieux de prononcer la récusation et de faire verser à l’expert le coût des travaux effectués. […] Quant à l’expert, nous savons que les techniciens ne sont pas des juristes, mais il aurait dû se déporter immédiatement, dès lors qu’un plaideur l’avait agressé.

J’aime bien ce passage aussi:

Si l’agression devient l’une des possibilités d’obtenir une récusation, la formation à l’expertise judiciaire devra pour le moins inclure une épreuve de lutte gréco-romaine qui pourrait utilement être enseignée à l’Ecole Nationale de la Magistrature, les magistrats étant eux-mêmes récusables.

Toujours envie de devenir expert judiciaire ?